23.
Pétrifié, le regard écarquillé, Pouchy ne put que voir Alguérande en flammes.
Mais ce dernier ne se tordait pas de douleurs. Les flammes ne semblaient d'ailleurs pas attaquer sa chair.
La mine un peu surprise, Alguérande fixa ses mains autour desquelles des flammèches s'enroulaient. Il sourit, infiniment serein.
- Et voilà, mon Pouch', c'était simple, finalement !
- L'Unique ? Il a disparu !
Alguérande se dirigea vers son cadet, s'arrêtant devant lui.
- Tout comme le Monarque, il était une partie de moi, d'où son apparence de dragon ! C'était une coïncidence trop évidente que pour ne pas éclater aux yeux !
- Et tes mèches noires ont disparu ! commenta Pouchy en passant les doigts dans la chevelure fauve de son aîné.
Pouchy écarquilla les yeux.
- Tu étais l'Unique ? Ou plutôt il était toi ? Comment est-ce possible, tu avais déjà été le Monarque !
- Oui, comment tout cela a-t-il pu être possible ? questionna à son tour Albator à l'adresse de ses fils.
- Le Monarque était ma détresse d'enfant. L'Unique était ma rage d'adulte, l'expression de toutes mes frustrations, de mes impuissances. Il était le grand dragon, alors que moi je dispose juste de ses ailes ! expliqua Alguérande tout en savourant un bienvenu verre de red bourbon.
- Mais que cherchait-il, quel était son but ? insista son père.
- Il voulait m'aider…
- De quoi ? s'étranglèrent Albator, Pouchy, Clio et Gander, présent à bord du cuirassé vert touché de rouge du premier.
- Pour faire disparaître le Monarque, ce fut l'amour des miens qui m'a sauvé, et j'ai fait la paix avec ces années de chagrins et de souffrances. Pour surpasser l'Unique, je devais accepter de ne pas toujours gagner, de perdre volontairement sans avoir tenté de seulement me défendre. Et c'est uniquement ainsi que je pouvais apaiser la colère qu'engendrait une autre forme de peurs.
Le jeune homme eut un franc sourire qui contrastait avec le masque de fatigue qui marquait son visage.
- Je suis complet, d'une certaine façon. Je ne me ferai plus déborder désormais par un pouvoir qui m'avait été donné trop tôt, trop vite, et trop puissant pour mon âge !
- Il était nécessaire de passer par une épreuve aussi inhumaine ? se récria Albator.
- Je crains bien que oui.
Alguérande fit la grimace.
- Je n'ai surtout pas eu le choix !
Son père se leva alors pour venir lui étreindre les épaules.
- Ce dragon ne t'a peut-être pas causé la moindre brûlure, mais tu es toujours au bord de l'épuisement complet !
- Oui, et je dois d'ailleurs retourner sur Terra IV. Peut-être que maintenant je vais pouvoir atteindre Madaryne et la ramener…
Bien que flageolant sur ses jambes, Alguérande se redressa et disparut une fois de plus.
Albator jeta un coup d'œil à Pouchy qui répondit d'un signe négatif de la tête.
Incapable de tenir plus longtemps sur ses jambes, Alguérande était tombé à genoux l'Arbre de Vie.
Les larmes inondèrent ses joues.
- J'ai atteint la plénitude de mon contrôle, mais je ne perçois toujours rien de toi, Madaryne ! Où es-tu donc, mon cœur, où erres-tu sans que je ne puisse rien pour toi ?
Le jeune homme à la crinière fauve soupira.
- Je viens d'accepter le fait que je ne puisse pas réaliser tous les miracles attendus de moi ou que j'espère. C'est un peu trop frais pour que je le mette en pratique ! Madaryne, je t'attends depuis des mois, devoir atteindre ma plénitude a aussi eu raison de mes dernières forces et elles ne sont toujours pas suffisantes pour que je puisse te rendre à nos enfants ! J'ai tellement honte, Mady. Je me sens si méprisable, je te déçois une fois de plus… J'ai sauvé de parfaits inconnus, des êtres dont je ne connaîtrai jamais l'existence, et je n'arrive même plus à faire entrer mon âme en résonnance avec la tienne… Je peux passer ma vie à t'attendre, mais nos enfants ont tellement besoin de toi, ils ne pourront pas supporter encore bien longtemps ton absence !
Des poings, il frappa rageusement le sol, s'y déchirant la peau, mais totalement incapable de percevoir la douleur des chairs sanguinolentes.
Rejetant la tête en arrière, il hurla, encore et encore.
