Désolée, je suis pour l'instant plus plongée dans la version anglaise de l'histoire, et la traduction a été laissée de côté... Mais je reviens en force !
Let's enjoy...


Quelques secondes après que l'homme massif m'avait dépassée, je vis l'ombre de son poursuivant. Tout comme sa proie, il était aussi agile et silencieux qu'un chat. Mon coeur fit un bond. Je ralentis. Les ennuis m'attendaient si je m'approchais plus. Et d'où j'étais, je pouvais encore les voir. Ils se trouvaient à une cinquantaine de mètres de moi, mais la rue était si vide que rien ne pouvait obstruer ma vue.

Ma bouche était sèche. Mes mains trempées. Je m'arrêtai complètement et m'aplatis contre le mur d'un des grands bâtiments. A notre époque, les appartements étaient bien isolés, même les HLMs. Le prix du matériel d'isolation sonore ne représentait financièrement plus rien. De ce fait, les bagarres de rues - monnaie courante depuis des lustres - passaient inaperçues. Enfin... Même si c'était le cas en temps normal, si les deux adversaires face à moi allaient trop loin...
Ils étaient en plein combat. D'où j'étais, je remarquai que la plus petite silhouette avait réussi à s'emparer du sac - ce sac d'une forme peu rassurante. L'autre silhouette titubait, comme si salement amochée. Je me sentis nauséeuse. Je ne savais pas pourquoi. Je devais faire quelque chose... Je devais réagir avant que... Oui... Il se rapprochait de la petite silhouette... Une sorte d'arme à feu à la main... Pas bon... Vraiment pas bon...

Je frappai dans mes mains. Tout simplement. Fort. Je me mordis la langue ensuite, me maudissant pour ce que je venais de faire. ("Il m'a entendu, c'est foutu, il va venir me faire la peau...")
Pendant quelques secondes interminables, le temps s'arrêta. Je m'invectivais mentalement. Jusqu'à ce que l'homme massif redirige son attention sur l'autre ombre.
Puis, je déglutis. Il lui arrachait les membres ? J'essayai de ne pas vomir, et détournai le regard...

Silence. Pendant quelques secondes, je restai immobile, avant d'oser ouvrir les yeux. L'homme était parti. L'autre était étendu sur le sol, inconscient... Je bombai le torse pour me donner du courage et je m'approchai...


-Monsieur ? Monsieur... Vous m'entendez ?

Mince... Il aurait espéré pouvoir mettre son cerveau en stand-by le temps d'une minute. Il savait déjà ce qu'il se passerait. Il porterait le label du "terroriste vagabond". Il avait encore des souvenirs amers d'un temps où il avait été attaché à une chaise EMP pour subir les questions de gardes qui l'avaient trouvé dans leur cargo quelques mois auparavant...* Il devrait encore faire face à ça ? Oh que non...
Il n'avait même pas assez de force pour ouvrir les yeux... Il avait tellement sommeil...
Sommeil... Là...
De suite...
Trou noir.


-Monsieur ? Vous...

J'étais à ses cotés, mais il ne répondait pas. Etrangement, j'étais soulagée de voir que ses bras arrachés n'étaient en fait que des augmentations. Enfin, je veux dire, ce n'était pas de VRAIS bras. Du coup, il y avait beaucoup moins de sang et de chairs arrachées que ce que j'avais imaginé. L'arrière de son crâne semblait plutôt pas mal amoché cependant, ce qui expliquait son coma.
A ce moment précis, je n'avais pas vraiment réfléchi à quoique ce soit.
Je devais cacher cet homme, c'est tout. Et vite. Au fond, je savais qu'il avait fait une bonne action ce soir-là. Si je le laissais seul ici, il serait capturé - un Aug, en territoire Nat ? Mauvaise idée...
Je me souvins alors des lumières rouges clignotant au dessus des barrières de la gare. Il s'agissait d'une action anti-terroriste. Cela arrivait souvent ces derniers jours. Cette fois, l'événement se serait déroulée en banlieue Nat, où je vivais... J'étais inculpée, que je le veuille ou non. Et cela rejoignait tout ce à quoi j'avais pensé ces derniers jours...

J'appliquai une main sur le front de l'inconnu. De la sueur s'en dégageait, mélangée au sang. Mais il ne semblait pas plus fiévreux que ça. J'avais lu des articles concernant les régulateurs de santé, dans le temps. Cet homme semblait si lourdement augmenté qu'il devait sûrement bénéficier de ce type d'implant. Il serait "remis sur pieds" en moins de deux... Enfin, vu que ses pieds étaient hors d'usage - les genoux violemment écrasés - ce n'était qu'une façon de parler...
Après son rétablissement, je lui parlerai... Le questionnerai. Je voulais savoir ce qu'il se tramait...

Je le trainai donc tant bien que mal jusqu'à chez moi, les bras enlaçant son torse. J'habitais à quelques mètres de là, de toute façon. J'étais juste un peu anxieuse de me faire remarquer. J'espérai ne pas faire d'erreur de jugement... Je tenais à ma vie, quand même...


Milieu de l'après-midi. J'étais restée à la maison toute la nuit. Je ne pouvais bien sûr pas sortir de chez moi alors qu'un inconnu occupait ma chambre d'amis. J'avais pris le soin de retirer les bouts de membres cybernétiques de la rue. Quand j'étais rentrée, il n'y avait plus aucune trace de combat excepté quelques tâches de sang sur le bitume. Les gens penseraient qu'il y avait eu des échauffourées entre des fêtards alcooliques, comme d'habitude.
Je ne savais pas ce qu'il était advenu de l'action anti-terroriste par contre. La sécurité avait-elle été levée ? Les gardes avaient-ils attrapé l'homme massif durant la nuit ? J'avais regardé la télévision toute la matinée, mais rien n'avait été annoncé, autre que le renforcement de la sécurité pendant la soirée de la veille. Mais bon... J'étais soulagée, en soit : mon invité ne faisait pas parti des agresseurs... Au contraire, d'ailleurs.

Puis je réalisai quelque chose... Je devais le fouiller. Ses poches, en tout cas. Je devais en apprendre plus sur lui.
J'entrai dans la chambre d'amis. D'un geste, je dégageai une mèche de cheveux blonds obstruant ma vue pour la passer derrière mon oreille. Il était temps de jouer au détective.
Je n'avais pas retiré son gilet part-balle. Je l'avais juste tant bien que mal allongé sur le lit en mettant une gaze sous son crâne ouvert. La plaie ne saignait plus. Il n'avait pas bougé de la journée...
Il avait des poches dans son pantalon, en tout cas. Et je réussis à en retirer leur contenu. Un secrétaire de poche, des papiers officiels, une carte de crédit... Rien de bien surprenant. J'étais cependant attirée par les papiers.

Adam Jensen. 1993. Une carte de visite "chef de sécurité - Sarif Industries". Un badge du SWAT légèrement brisé. Un bout de papier avec un symbole particulier... Le côté américain de la Terre, planté d'une sorte d'épée faite en circuits électroniques...

Ouah...
Attends...
Là. Juste là. ça, c'est bizarre...

Comment cet homme originaire du SWAT s'était-il retrouvé chef de sécurité pour finalement finir dans un groupe d'hacktivistes travaillant dans l'ombre ? Oui : ce symbole était celui du Collectif Juggernaut. Très peu d'informations étaient divulguées sur leur compte. Tout ce que je savais, c'est qu'ils aimaient se mettre à dos les hommes d'affaire de la haute en général. Ils ne s'adressaient jamais directement aux gens. Mais parfois, des choses filtraient à travers les Info-link, ou les chaînes cachées de radios et de télévisions. Ils avaient déjà réussi plusieurs fois à hacker la chaine principale de Picus TV. Ils mettaient à jour des extraits d'informations par à-coup pour ne pas être traqués. Des informations concernant des détournements de fonds, des manipulations, des extorsions... Ils donnaient des noms. Ils les postaient à la vue de tous avant que Picus TV n'efface le contenu inapproprié pour ceux dont les poches étaient plus profondes que les autres. Dans quel monde vivions-nous, vraiment ?
Ce genre de groupes anonymes existait depuis la nuit des temps. Mais de nos jours, cette activité était de plus en plus difficile à exercer. J'étais sûre qu'ils devaient risquer leur vie tous les jours pour accomplir ce qu'ils pensaient être juste. Et 80% du temps, c'était inutile. La sécurité était renforcée dans le monde de l'information. Le libre-internet n'existait plus. Enfin... Avait-il vraiment existé un jour ? Nous le croyions. Tout comme nous croyions que rien ne pouvait nous atteindre aujourd'hui.

Quelque chose bougea derrière moi. Ou plutôt quelqu'un. Mon invité se réveillait-il ? Enfin ?
Même si je me sentais confuse et déprimée, je souris. Mon côté espiègle faisait des siennes, parfois. Je savais que ce que j'allais faire serait un peu stupide et dépassé, mais je ne pouvais pas m'en empêcher. Je devais le dire, tout en me retournant doucement, et de manière théâtrale vers lui :


-Vous êtes enfin réveillé... Adam Jensen.

Il ouvrit anxieusement les yeux. Déjà ? Génial...
Etrangement cependant, il ne se sentait pas trop mal. Malgré le trou à l'arrière de son crâne - vue la douleur cuisante, il avait bien l'impression que c'était un trou béant - il n'avait pas vraiment de séquelle. Et il n'était pas attaché non plus. Pas dans une de ces saletés de chaises à pulsion électrique dont il avait eu la chance de tester l'efficacité par le passé*.
Non, il était... Allongé dans un lit ?
Sans bras ni jambes fonctionnelles, il était impossible pour lui de se redresser. Son abdomen était encore faible. Avec une langue pâteuse, il essaya de parler. Sa voix était plus rauque que jamais.

-C'est quoi, ici... Une maison de retraite ?

La chambre semblait en effet vraiment propre. Propre, avec un plafond et des murs blancs. Adam inclina légèrement la tête pour dévisager son hôte. C'était une jeune femme. Semblant considérer sa question, elle regarda autour d'elle et pouffa doucement.

-Vous aimeriez bien que ce soit le cas, je pense. Après tout ce que vous avez fait dans votre vie.

Tout en disant cela, elle lui montra ses effets personnels pour appuyer ses propos.

-Mais non. C'est ma maison, c'est tout. Le seul problème, c'est que... C'est une maison Nat.

Elle grimaça, embarrassée.
Malgré la situation, elle semblait plutôt détendue pourtant. Des cheveux blonds, soyeux, coupé en un carré parfait. Une peau claire, des yeux vifs et bruns. Grande et mince, habillée de vêtements simples de couleurs pastel. Elle devait avoir vingt ans, vingt-cinq tout au plus. Elle poursuivit :

-Je ne dis pas que ça me dérange, les augmentés, non. Mais là, dans cette situation, nous sommes tous les deux en danger.

Elle se rapprocha pour poser les papiers d'Adam à côté de lui.

-Je les ai vérifiés, et d'après ce que j'ai vu, je pense - je pense seulement - que je peux vous faire confiance. Il y a plein de questions que je veux vous poser. Mais d'abord, j'aimerais que vous me dites comment je suis censée entrer en contact avec une clinique AMPLIB pour leur dire qu'ils ont un patient en territoire Nat ?

Elle avait raison. Si Jensen avait encore des bras, il les aurait croisées sur sa poitrine, dans un geste de réflexion. Après avoir légèrement toussé - sa gorge était si sèche... - il dit :

-Je dois contacter quelqu'un... Je reboot mon Info-link. C'est sécurisé, ici ?

Il ne savait pas pourquoi, mais il sentait qu'il pouvait faire confiance à cette fille. Ce n'était pas comme s'il était dans une situation confortable, de toute manière. Il n'avait pas trop le choix. Il n'était qu'un tronc sans vie pour l'instant.

-On est loin des postes de contrôle. Il n'y a pas de trackers par ici, en tout cas que je sache. Enfin, on ne sait jamais mais... Je vais vous laisser appeler. Je vais vous chercher un verre d'eau. On dirait que vous en avez bien besoin.

Elle tapota son épaule amicalement avant de se diriger vers la porte. Si Jensen n'était pas épuisé, son visage aurait exprimé sa surprise. C'était la première fois en plusieurs mois qu'un non augmenté le touchait, ou lui parlait de cette façon. Amicalement, s'entend. L'humanité méritait peut-être toujours d'être protégée, malgré tout...

Elle ferma la porte blanche derrière elle. Quelques secondes plus tard, Adam se concentra et appela. Des bruits blancs d'interférences perturbaient un peu la transmission, mais à travers eux, il perçut une voix :

-Allô ? Hé ! Adam, c'est toi ?
-Salut, Stanley.
-Mon dieu ! Tu es vivant ? J'y crois pas ! On n'a rien entendu de la journée. Rien dans les journaux, plus aucune alerte aux points de contrôle de la gare... On croyait que Marchenko t'avais embarqué !
-Non, bien qu'il aurait pu. Je me demande pourquoi il ne l'a pas fait...
-Où es-tu exactement ? Tu as l'air bien endormi.
-Plus que jamais. Je suis coincé dans un appart' Nat. Dans la banlieue. Tu peux probablement retracer mon signal.
-C'est ce qu'Alex est en train de faire. Elle est juste à côté de moi. On est de retour au QG, je ne pouvais pas faire autrement.
-C'est bon, c'est ce que tu étais censé faire. Passe-moi Vega.
-Ouais. Alex, c'est Adam. Je vous laisse.

De nouvelles interférences. Adam attendit patiemment. Par pure curiosité, il activa sa Vision Intelligente pour voir à travers la porte fermée. La fille était là, tenant ce qui semblait être un verre d'eau. Qui ne ferait pas de même, dans sa situation ? Ce n'était pas vraiment de l'indiscrétion, de son point de vue. Et Adam n'avait pas vraiment grand chose à lui cacher. Elle savait déjà tout.
Une voix claire résonna dans sa tête.

-Adam ? Comment ça s'est passé ?
-Et bien... La bombe n'a pas explosée. Aucune victime. Mais Marchenko s'est enfuit après m'avoir mis hors service. Je suis scotché dans un lit dont tu auras bientôt la location, d'après Stanley.
-Hors service ? A quel point ?
-Plus de bras, et jambes cassées. Mais au moins j'ai les idées claires.
-Mince... En tout cas, tu as l'air d'être dans un endroit sûr, non ? Tu n'utilises pas de sub-vocal, tu ne chuchotes pas...
-Une civile m'a traînée jusqu'à chez elle et me couvre. Elle est inoffensive. Elle a même l'air plutôt encline à m'aider, dit Jensen en regardant à nouveau à travers la porte.
-Ok. On va apporter des membres de rechange avec nous. Du modèle premier prix, par contre, pour au moins te permettre de te déplacer. On devra parler ensuite...
-Donne-moi le synopsys. J'aurai le temps d'y penser pour patienter.
-On a un créneau. Janus a trouvé des informations qui valent le coup. Je t'expliquerai tout ça quand on arrivera. Accroche-toi, Jensen.
-Je n'ai pas grand chose avec quoi m'accrocher pour l'instant, mais j'apprécie l'effort d'encouragement... Jensen out.


Bien sûr, je n'avais rien entendu de ce que le contact disait à l'autre bout du fil, mais... Cet homme n'était définitivement pas mauvais. C'était un soulagement. J'attendais quelques secondes, puis ouvris la porte, un verre d'eau fraîche en main. Adam Jensen m'observa et remarqua la boisson. Il déglutit.
Je l'aidai à boire - sans mains, ce n'était pas évident pour lui - et il soupira. Avec une expression de sincère gratitude, il opina doucement du chef :

-Merci... Miss...
-Hellen. Hellen Kafka.

Je lui souris.

A cet instant précis, je ne pensais pas aux multiples refus d'emploi que j'avais du endurés ces derniers mois. Je ne pensais pas à la vie déprimante que j'avais eu à vivre ces derniers temps. Je ne pensais ni à ma mère, ni au loyer et aux taxes à payer, ni aux jours à venir.
C'était ma chance. La seule chance que j'avais de changer les choses pour le mieux. Pour au moins une personne dans ce bas monde. Je n'agirai pas comme un monstre. Je ne ferai pas comme si cet homme était un monstre, un robot, quelqu'un à jeter au fossé. Bien que les Nats aient craché au visage des Augs pendant des mois, lui, il continuait à les protéger.
Je devais lui retourner la faveur.
Je lui devais au moins ça.
Enfin, il n'était pas obligé de le savoir...


*Référence aux événements du DLC "Le chaînon manquant"
*Alex Vega : elle apparaît dans le jeu Deus Ex : The Fall et dans la démo de Mankin Divided. Elle est pilote dans The Fall, et un membre du Collectif Juggernaut dans la démo.