Ah ! Vous êtes revenus. Je vois que vous êtes curieux. C'est bien. Oh ! Toi là-bas, tu m'as l'air d'avoir une vilaine bosse. Quand j'ai dit de se méfier du saule, ce n'était pas à mon crapaud que je parlais, nom d'un balai sans manche !
Pour les plus pointilleux d'entre vous, je précise que cette histoire a été écrite lorsqu'Antoine habitait encore Paris (pour rester un peu dans un semblant d'authenticité) donc voilà, elle se déroule à Paris.
Disclameur : Aucun des personnages ne m'appartient et Antoine Daniel est lui-même ici sous la forme d'un personnage dont j'invente le caractère.
Voilà qui est fait. Reprenons.
Chapitre 2 : Quelques œufs dans le cacao
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Le soir d'Halloween, Antoine a reçu la visite incongrue d'un étrange personnage. Celui-ci lui a défendu de donner des bonbons périmés aux enfants qui attendent devant sa porte sous peine de les transformer en zombies. Mais devant l'insolence de ces derniers, le vidéaste décide sur un coup de sang d'enfreindre cette règle.
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Antoine repart d'un pas précipité en direction de sa cuisine et ouvre le casier dans lequel il avait rangé ses bonbons quelques minutes auparavant. Mais alors que sa main s'apprête à se refermer sur le paquet désiré, il se stoppe net : le type bizarre lui a bien dit de ne pas les donner. Mais s'il n'avait été qu'une simple hallucination de sa part ? Le vidéaste ne boit pourtant pas souvent – même si une cuite avec ses potes de temps en temps, ça ne fait pas de mal. Cependant, préférant tout de même jouer la sécurité, Antoine se ravise et referme son placard. Il se retourne ensuite et son regard analyse la pièce dans la quelle il se trouve. Il faut pourtant bien dénicher quelque chose ! Ses yeux tombent soudain par hasard sur une tablette de chocolat encore dans son emballage. Il s'en empare de suite et retourne à sa porte d'entrée que les trois monstres n'ont pas quittée.
- Et voilà, dit-il en leur tendant la tablette. Il ne me restait plus que ça, j'espère que ça vous conviendra.
C'est avec soulagement qu'il voit les enfants la lui prendre en souriant et lui souhaiter un joyeux Halloween avant de sortir de sa propriété en sautillant.
D'un geste, Antoine referme sa porte et retourne d'un pas mécanique dans sa chambre, puis il s'assoit lourdement sur son lit à côté de Richard, le regard comme perdu dans un monde que lui seul peut voir.
- OK, Antoine, articule-t-il. Là, tout de suite, j'ai grand besoin d'une explication claire et précise.
» Eh bien, pour te l'expliquer simplement, Antoine, un type habillé en guenilles qui provient du futur est apparu chez toi pour t'interdire de donner des bonbons à des gosses afin qu'ils ne se transforment pas en zombies.
» Merci pour ton aide très utile, Antoine.
» Mais de rien, Antoine.
- Tu deviens comme ton pote Mathieu ? intervient sa peluche.
- Richard. Un homme que je ne connais pas est apparu mystérieusement devant moi pour me faire une prédiction apocalyptique avant de s'en aller aussi vite qu'il est venu. Comment veux-tu que je sois sain d'esprit, là, maintenant ?
Pvooouuuvv !
- Antoine ! Mais QU'EST-CE QUE TU AS FAIT ?!
L'intéressé frôle une nouvelle fois la crise cardiaque.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a, encore ?! s'irrite-t-il. Et puis, qu'est-ce que vous avez à apparaître chez les gens, comme ça ? Je vous rappelle que c'est une propriété privée, ici !
- Tout simplement parce que tu as... ! Oh ! Ça me fait tout drôle de te revoir comme ça ! s'exclame soudain la nouvelle apparition en souriant.
- Que... Quoi : « comme ça » ?
- Eh bien, je ne m'attendais pas à te revoir avec tes cheveux coiffés ainsi. Parce que, figure-toi que dans le futur, tu es chauve.
- COMMENT ?
- Oui, oui, comme un œuf.
- Mais que... ? Oh et puis zut ! Qu'est-ce que j'ai fait de mal, cette fois-ci ? J'ai respecté ce que vous m'avez demandé de faire : je n'ai pas donné de bonbons aux gamins.
- Mais tu leur as donné du chocolat !
- Oh ! Mais dans ce cas, il aurait fallu me le préciser aussi qu'il ne fallait leur donner ni des bonbons ni du chocolat ! s'insurge le déclaré fautif sur un ton ironique. Et qu'est-ce qu'il leur a fait à ces gosses, ce chocolat ? Il les a transformés en crapauds ?
- Mais oui, c'est exactement ça ! s'exclame l'autre individu en ouvrant de grands yeux.
- … Oh non. C'est vrai ?
- Mais non, crétin !
L'homme en guenilles souffle un bon coup en s'adossant contre l'armoire derrière lui, comme si tout le poids d'un terrible évènement lui était retombé sur les épaules.
- Bon alors. Pour faire simple, les fèves de cacao qui ont servi à fabriquer ce chocolat proviennent d'Amérique latine. Or, à cause de la trop grande utilisation de pesticides par l'homme, les insectes visés par ces produits toxiques ont commencé à muter. C'est principalement le cas d'une mouche très rare mignonnement appelée Hallucina.
Il forme des guillemets avec ses doigts pour en ponctuer le nom.
- Je ne connais pas ce type de mouche, lâche Antoine sans conviction en le fixant de travers.
- C'est parce que son existence n'a pas encore été dévoilée par les scientifiques, voilà pourquoi. Je disais donc que cette mouche a très fortement muté à cause des pesticides. Or, ses œufs, elle les pond dans les fèves de cacao. Et justement, c'est à cause d'une simple erreur d'inattention de la part d'une personne que l'une de ces fèves infestées à servi à la fabrication du chocolat que tu as donné aux enfants. Malheureusement, une fois ingéré par un être vivant, ce cacao provoque chez lui des hallucinations plus ou moins fortes en fonction de la dose avalée. Il se croit alors dans un univers parallèle. Sauf que les trois mômes se sont partagés la tablette, soit une dose suffisante pour les transformer en...
- ... zombies, termine Antoine.
- Non ! Ils se sont transformés en ce en quoi ils étaient déguisés... mentalement parlant, en tout cas.
- … Pardon ?
- Les œufs de la mouche Hallucina ont également la caractéristiques de donner à celui qui les a ingérés des capacités surhumaines. Par exemple, ce soir, si un type déguisé en loup-garou avale ces œufs, il va se prendre pour un loup-garou. Tu me suis ? Et certaines capacités du loup-garou vont lui être attribuées comme par exemple... faire des grands bons ou dévorer un être humain.
- Pareil pour les zombies ?
- Oui.
- Et... Et les sorcières ?
- Elles ont vraiment la capacité de jeter des sorts.
- Hein ? Mais c'est impossible !
L'inconnu s'avance alors vers lui et se penche à sa hauteur, l'index levé, si bien qu'Antoine écarte son visage du sien.
- Tout est possible dans une fanfiction, articule-t-il avec lenteur.
- Qu... Attendez, je n'ai rien compris à ce que vous venez de me dire !
- Ne te pose pas de questions ! lui jette l'homme étrange en faisant demi-tour. Il faut absolument que nous réparions ta faute avant que les lecteurs ne s'endorment. L'épidémie a déjà commencé !
- Comment ça ? Quelle épidémie ?
Son interlocuteur fait alors volte-face :
- Eh bien, figure-toi que tels des zombies, les personnes contaminées par des œufs d'Hallucina ont l'instinct de mordre les êtres encore sains, les contaminant aussitôt.
- Et c'est si grave que ça ?
L'autre le dévisage d'un air de sombre augure :
- C'est beaucoup plus sérieux que tu ne le penses.
Puis il se dirige dans le couloir en lui lançant :
- Suis-moi et vite ! Nous allons réparer tout ça et sauver le monde !
- OK bah... Quoi ? Parce que je dois venir avec vous jouer les héros en plus de ça ? s'énerve le youtuber. C'est hors de question !
Le type au visage ensanglanté revient en arrière, affichant un sourire cynique, et lui jette d'un ton menaçant :
- Tu viens avec moi ou je te fais bouffer tout ton paquet de bonbons périmés et, crois-moi, ça ne sera pas beau à voir.
Et c'est qu'il n'a vraiment pas l'air de plaisanter.
Antoine bondit sur ses pieds, soudain bien décidé à le suivre :
- OK. Où allons-nous ?
- Au cimetière du Montparnasse, lui annonce l'autre. Nous devons y être avant minuit.
- Au cim... ? D'acc', je me tais. Samuel, il est quelle heure ?
- Il est vingt-et-une heures et seize mi...
- OK, merci Samuel !
Le vidéaste aux cheveux fous sort de sa chambre sur les pas de l'inconnu du futur tout en rajustant sa veste.
- Eh ! Antoine ! l'interpelle Richard, toujours couché sur le lit. Si tu n'es pas revenu demain matin, je pourrai m'approprier ton ordi et inviter des filles canons ?
Sans lui répondre, le susnommé se précipite sur les talons de l'homme passé devant lui qui l'attend sur le palier.
- Bon, dit celui-ci en posant à nouveau un doigt sur l'un des boutons de sa machine. Pour aller plus vite, nous allons directement nous téléporter dans le cimetière. Je t'ai dit de ne pas te poser de questions pour l'instant ! Accroche-toi à mon bras !
Complètement perdu dans cette histoire de cacao, de mouche bizarre et d'apocalypse, Antoine hésite un court instant à sauter à pieds joints dans ce tourbillon de folie qui semble s'être abattu sur sa maison en l'espace d'à peine une heure. Mais, poussé par un nouvel appel de son drôle de guide, il entrecroise finalement son bras au sien.
- Très bien, déclare l'autre. Here we go !
Il presse alors le bouton qui n'attendait que cela et Antoine retient son souffle tout en s'agrippant à l'épaule du type sans vraiment le vouloir.
Mais à la place du bruit habituel faisant penser à un couinement de joujou pour enfant, c'est le son d'un jouet électronique en panne qui retentit à leurs oreilles.
Le futuriste réitère la même manœuvre mais le résultat reste similaire au premier. Le youtuber, de plus en plus proche de l'apoplexie, le regarde retourner sa machine et marmonner dans sa barbe – qui est la seule chose bien entretenue dans son allure – une suite de mots inarticulés exprimant son incompréhension concernant le fait que son gadget n'est pourtant pas en veille. C'est lorsque le propriétaire de l'objet aperçoit la DEL rouge clignotant dans un recoin dudit machin qu'il jure, exaspéré :
- Et voilà ! Il ne me manquait plus que ça ! Plus de batterie !
- Alors... qu'allons-nous faire ? s'inquiète Antoine.
- Tu n'as pas un... un moyen de locomotion quelconque ? lui demande l'autre en posant ses yeux sombres sur lui.
- Euh... J'ai bien une voiture.
- Très bien ! s'exclame l'annonciateur de bonne aventure qui est déjà en bas de l'escalier. Vite, ouvre la porte !
Sans plus attendre, le jeune vidéaste le rejoint, s'exécute et les voilà tout deux sortis sur le trottoir, dans la fraîcheur nocturne automnale.
- Wouaaah ! C'est ça, ta voiture ! s'extasie le perturbateur devant la magnifique décapotable grise et neuve garée devant lui.
- Euh... Non. La mienne, c'est celle-là, fait Antoine en en pointant une autre du doigt.
- Pouah ! La vieille caisse toute pourrie, là ?
- Non ! Celle-là !
C'est finalement une petite voiture rouge vif et reluisante arrêtée un peu plus loin qui s'offre à leur vue.
- Ouais... Elle est bien aussi.
- N'est-ce pas ? C'est mon bébé après Richard, affirme Antoine en montant dans le véhicule. C'est là qu'il faut s'asseoir, indique-t-il au clochard du futur en pointant de l'index la place passagère.
- OK. Direction le cimetière du Montparnasse, déclare l'autre en s'y asseyant. J'imagine que tu sais très bien que c'est à Paris. Vas-y roule, Daniel !
- C'est Antoine...
- Oui, bon, Antoine ! Roule !
Le moteur démarre dans un doux vrombissement et son conducteur mène son engin sur la route. Dans sa précipitation, il sent à peine la vibration émise par son portable dans la poche arrière de son jean.
- Bon alors, commence-t-il tandis que les lueurs jaunes émises par les lampadaires défilent de l'autre côté des vitres. Vous me devez des explications. Allez-vous enfin me dire qui vous êtes et qu'est-ce que tout cela signifie.
- T'es vraiment curieux, toi, hein ? Eh bien, pour faire simple, les gens m'appellent le Visiteur du Futur et...
- Quoi ? Mais ce n'est pas un nom, ça !
- Oui mais je l'aime bien, moi. Et puis, si tu veux vraiment le savoir, je m'appelle... Attention !
Antoine évite juste à temps un petit groupe d'enfants qui marchent sur le bord de la chaussée.
- Mais fais un peu gaffe quand tu conduis ! s'énerve le Visiteur.
- Je ne demande pas mieux mais vous me stressez un peu, là ! se défend le conducteur maladroit.
- Ça va, ils n'étaient pas contaminés, ceux-là, déclare son passager en jetant un œil derrière lui. Heum... Je disais donc que je viens du futur et ce pour sauver le monde des différents cataclysmes qui le frapperont quelques temps plus tard. Car, pour ton information, laisse-moi te dire que le monde en 2550, eh bien... ce n'est plus vraiment celui que tu connais.
- Et vous les faites seul ces... interventions ?
- Habituellement, j'ai des coéquipiers mais pour des raisons X et Y, ils n'ont pas pu m'accompagner ce soir, ces flemmards. Mon pote Raph est allé pécho et pour lui, son petit kiki importe plus que le destin du monde. Quant au deuxième, il n'a pas trouvé mieux que de programmer son robot. Ah, j'te jure ! Je peux me débrouiller en solo lorsqu'il s'agit d'empêcher un gars comme toi de donner des bonbons à des gosses le soir d'Halloween mais, vue la tournure que prennent les choses, j'avoue qu'un peu d'aide de leur part m'aurait bien arrangé. Oh ! Et ma machine qui ne fonctionne plus ! Me voilà coincé dans cette époque sans personne pour m'aider à m'en échapper ! Ah mais non, j'ai encore mon téléphone...
Dehors, les maisons sur le bord de la route se font plus nombreuses, mais le coin semble désert.
- Bon, je récapitule, annonce Antoine qui peine à remettre les choses en ordre. Vous êtes un homme qui vient du futur, de l'année 2550, je crois, et qui retourne dans le passé à l'aide de votre... machin-chouette, là (il désigne ledit objet du doigt)...
- C'est une machine à remonter dans le temps. C'est mon ami Henry qui l'a conçue – l'autre dont je t'ai parlé. Ça lui a pris...
- Oui, peu importe, le coupe précipitamment le conducteur. Et donc, vous revenez en arrière dans le temps pour empêcher les gens de commettre des actions qui entraîneront une fin du monde imminente dans un futur proche...
- Ou lointain...
- Et ce soir, vous êtes venu à ma rencontre pour m'empêcher de donner à des enfants des bonbons qui les auraient transformés en zombies. Au lieu de ça, je leur ai offert du chocolat qui s'avère être contaminé par des œufs de... mouche mutante, qui ont eu pour effet de leur donner des capacités surhumaines provoquées par leur imagination. Et le pire de tout, c'est que ce phénomène est une épidémie qui provoquera la fin de l'humanité si on la laisse se propager. J'ai bon ?
- Dix sur dix.
- Pour ce faire, nous devons nous rendre dans un cimetière de Paris – aller dans un lieu pareil le soir d'Halloween, je me demande bien pourquoi ça ne me surprend pas – pour... pour y faire quoi, au fait ?
- Eh bien, selon mes sources, il y a dans cet endroit un... un objet qui nous permettra de mettre fin à cette épidémie.
Sous le choc, Antoine fait ralentir sa voiture de dix bons kilomètres à l'heure.
- Attendez ! Vous m'emmenez dans un cimetière la nuit, au beau milieu d'une invasion d'humains mutants, et vous ne savez même pas ce que nous devons trouver ?! lui reproche-t-il en haussant la voix.
- Oh ! Calme-toi ! Mes sources sont vagues, je sais, mais je suis sûr qu'il y a là-bas un élément qui stoppera l'apocalypse. Et puis, si tu ne voulais pas être embarqué dans toutes ces histoires, tu n'avais pas qu'à donner ce chocolat à ces gamins !
- Eh ! s'insurge l'accusé avec plus de véhémence. Comment vouliez-vous que je connaisse l'existence d'une mouche à pondaison hallucinogène, moi ? Et puis, c'est votre boulot d'empêcher les catastrophes, pas le mien ! C'est plutôt de votre faute si nous en sommes là maintenant ! Vous n'aviez qu'à revenir me voir comme la première fois pour me prévenir que cet aliment était infesté lui aussi.
- Woh, woh, woh ! On n'est pas là pour désigner des coupables, hein ? se défend son interlocuteur en pointant sur lui un index menaçant. Et puis, je serais bien revenu t'avertir si cette satanée Brigade Temporelle ne m'avait pas mis des bâtons dans les roues. Ils sont beaucoup plus coriaces que je ne le pensais chez les Missionnaires.
- Bon, écoutez, je ne comprends strictement rien à votre histoire de Brigade et de Mercenaires, moi !
- Écoute, Daniel...
- Antoine !
- Oui, oui, Antoine. Regarde ta route ! s'alerte le Visiteur en pointant la voie goudronnée du doigt. Je... je comprends que tu sois énervé contre moi et... et je n'aurais pas dû faire de même mais... Arrêtons ça ! Nous devons entretenir notre esprit d'équipe ! Ce n'est pas en nous montant l'un contre l'autre que nous accomplirons ce que nous devons entreprendre ce soir.
Un ange passe, puis l'autre se calme et soupire :
- Oui, je sais. Mais promettez-moi qu'une fois que toute cette histoire sera terminée, je pourrai rentrer chez moi et ne plus jamais entendre parler de vous.
- Ça, c'est seulement si tu ne menaces pas une nouvelle fois de détruire le monde, rectifie son associé. Mais oui, c'est d'accord.
Ce dernier tend alors une main au grand chevelu qui la serre avec un léger sourire en coin, comme si tout deux venaient de sceller un pacte.
- Accroche-toi, l'avertit alors le Voyageur du Temps, nous arrivons.
A suivre... Rendez-vous le mardi 25/10.
