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CHAPITRE DEUXIEME
Ne dispute pas avec un beau parleur, ne mets pas de bois sur le feu - L'Ecclésiastique, in la Bible
-Bonjour à toi, vil manant osant s'aventurer dans une contrée où tout intérêt quelconque est proscrit, l'apostropha Oprah. Moi, Ô chiromancienne amatrice entourée de Joncheruines n'arrivant pas à brouiller mes pensées, mon illustre autre moi, mon je et mon dernier, mais non des moindres, moi-même, en plus d'une superbe fantômette en herbe que l'absence d'allusion tuerait de bonheur... mais peut-on vraiment tuer un fantôme ? Moi, dis-je donc, te salue.
Mon Dieu, s'écria intérieurement Ann en frôlant la crise d'apoplexie. Lupin. Il ne manquait plus que lui. Enfin, si en lui-même il ne la dérangeait pas, c'était plutôt ce qui s'annonçait qu'elle craignait.
-Il n'y a plus de place dans les autres compartiments, commença Remus Lupin, Préfet à Gryffondor et probablement futur Préfet-en-Chef.
-Et nous te manquions tellement que tu as décidé de venir nous tenir compagnie plutôt que parler avec le couloir, qui, au demeurant, a une excellente conversation, bonne pour le repos neuronal, Loupin ? Continuait Oprah, l'air de rien, comme si ce n'étaient que des paroles saines d'esprit.
Elle baissa la tête pour le pas voir le nouveau venu, se concentrant sur ses cadavres de dragées en se triturant les cheveux, mélangeant peut-être un peu de colorants dans le blond-gris tristounet de ses mèches. Ce qui n'était pas grand chose par rapport à ce que sa Poppy lui avait déjà fait.
-... Est-ce qu'on peut s'installer ici ? Persista toutefois le Gryffondor sans compartiment fixe.
Peut-être que ce n'était rien, mais elle tiqua malgré tout. Parce que ça n'augurait rien de bon. Et elle s'en doutait depuis le début sans vouloir y croire.
-Qui ça, « on » ?
Oprah venait de se réveiller, semblait-il. Un peu trop tard, peut-être.
-Selon la logique, Poppy, le « on » ne semble pas avoir été utilisé comme un pronom impersonnel, il parle probablement de ses amis, autrement dit ceux qui se font appeler les Maraudeurs, exagéra-t-elle sciemment pour la mettre un peu en rogne et la préparer pour la bataille. Il y a peu de chance qu'il s'agisse de quelqu'un d'autre puisque Remus Lupin n'est pas connu pour avoir d'innombrables amis ou être un émérite coureur de jupon sans cervelle. Mais est-ce que nous, on veut les voir, eux ? Personnellement, j'émets une réserve à ce sujet.
Sa voix en devenait tremblotante sur la fin, presque chevrotante, comme d'habitude dans ces cas-là. Elle rougissait à la vitesse de la lumière et commençait à trembler. Et puis elle avait chaud. Quelle horreur.
-Pense à comment tu te sentirais si une bactérie s'installait à ta table pendant que tu manges... Moi, reprit-elle pensivement, je préfère encore ma crotte de nez à tes amis, ces butors les plus insensibles que j'aie eu l'infortune de rencontrer, décréta Oprah en prenant une autre dragée, tandis que Ann priait avec beaucoup trop de ferveur pour que ce qu'elle avait noté ne se réalise pas.
Peine perdue, mais ce n'était pas le temps qui manquait. Autant tenter le tout pour le tout.
-Il n'y a plus aucun compartiment de lib-
Il avait continué son plaidoyer pour une cause perdue avec la conviction d'un gars qui jouait sa dernière carte. En fait, il avait vraiment pas l'air retors, ce Remus Lupin. Ann ne s'était jamais vraiment intéressée à lui, l'englobant dans le groupe de dégénérés qu'il fréquentait, mais c'était probablement le plus intègre.
Et puis il y avait Peter, mais lui, il était un peu à part.
Non, il n'avait plutôt clairement rien à faire avec les deux autres crétins.
Crétins qui vinrent bousculer leur pote un peu trop pacifiste pour s'installer sans aucun gêne dans le compartiment. Et la jeune fille se sentait prise de combustion spontanée alors qu'elle se tassait vers la fenêtre, sans les regarder.
-Bah voilà, j'te l'avais bien dit qu'on trouverait un coin tranquille sans avoir besoin de se séparer, trompetait l'un des intrus aux yeux gris et à la tignasse récalcitrante que l'on reconnaissait par sa simple voix.
L'illustre et tristement connu Sirius Black venait de faire son apparition.
Il n'y avait probablement personne de plus exaspérant et de plus agaçant au monde, songeait la jeune fille en tournant son visage vers la fenêtre, pour éviter tous ces gens et tous leurs regards. Car à en entendre la voix empreinte de fierté du Gryffondor, ils étaient tous là. Il n'aurait eu aucune gloire à fanfaronner sans son fidèle meilleur ami James Potter, et Peter devait tous les suivre, comme à son habitude. Elle ne comprenait pas ce qu'il leur trouvait, mais admettons. De toute façon, ils étaient toujours fourrés ensembles, ces Maraudeurs stupides.
-Oh la la. Les Baroudeurs nous envahissent, se trompa Oprah une fois de plus sans la moindre gêne. C'est l'Apocalypse, la Fin du monde. Je vais appeler un dératiseur.
Elle les déshabillait presque du regard, ce dont elle n'avait probablement aucune envie au demeurant, constata Ann lorsqu'elle osa lorgner du coin de l'œil la scène.
-A ta place j'ferais pas ça. Gaffe à ta carapace, Braveblatte, ricana Potter en s'affalant juste à côté d'Oprah, tout content de lui alors qu'il sortait un sandwich de son sac.
-On ne veut pas vous déranger, continuait le pacifiste commis d'office.
-'Fin au pire vous pouvez toujours partir hein, y a plein de compartiments bondés qui vous attendent. Tu m'diras, continua Black en s'adressant à Potter, elles sont tellement chiantes qu'on pourrait les refouler à l'entrée.
Ann soupira en ramenant ses jambes vers elle, les yeux plantés dans les nuages, en essayant de se faire la plus petite possible pour ne pas attirer l'attention. Elle n'avait pas entendu Peter depuis que les trois autres étaient entrés dans le wagon. Le seul point positif de leur intrusion manquait à l'appel. Gé-nial.
-Qu'entends-je ? Mes oreilles bourdonnent. Je crois entendre des voix. Sûrement les bribes d'un insignifiant cafard passant dans le coin, hm ?
Sentant qu'on lui parlait, Ann tourna la tête vers sa meilleure amie en envoyant voler ses mèches emmêlées. Mais c'est en voyant James Potter qui la fixait qu'elle se résigna sur le coup, retournant se cacher contre sa fenêtre en regardant le bétail défiler dans la cambrousse. Elle n'y connaissait rien en races de vaches, mais celles-ci étaient bien jolie, avec des yeux ourlés de blanc et une robe brune, presque caramel. Il fallait qu'elle s'y mette, songeait-elle alors qu'un pré rempli de Selle-Français et de Lusitaniens passaient sous ses yeux. Par contre, niveau chevaux, elle était bien incollable. Mais il fallait dire qu'ils étaient faciles à reconnaître, des disparités existant entre les races tant au niveau des robes que de la morphologie, que ce soit de la tête ou du corps. Pareil pour les chiens. Mais les vaches...
-Jolies cicatrices, en passant, repris Oprah en se détournant d'elle. Maya l'Abeille les prémices ? Mais ce ne sont pas les bonnes couleurs, dommage. Essaie encore.
C'est le moment que choisit Peter, ce bon vieux Peter, pour entrer en scène en ouvrant la porte du compartiment. Il était temps, songeait Ann en tournant des yeux plein d'espoir vers lui. De toute façon, personne ne faisait attention à elle, donc elle s'en fichait d'être vue.
-Vous avez trouvé un compartiment... Oh, tiens, salut !
Il adressa un petit sourire complaisant à Ann et Oprah accompagné d'un petit signe de tête. Frugaux comme signes de retrouvailles ? Peut-être. Ann s'attendait plus à des embrassades et des étreintes à tout va, comme Peter en avait le secret, mais ça allait devoir attendre. Il avait toujours caché leur amitié pour les protéger du couple Potter-Black. Et elle l'en remerciait toujours plus au fur et à mesure qu'elles côtoyaient ces énergumènes.
-Tu les connais ? Rebondit immédiatement Black en haussant les sourcils.
Ça devait lui faire bizarre de se dire que Peter avait des fréquentations qui ne tournaient pas autour de lui ni de son petit ami. Bien fait, en rigolait-elle intérieurement.
-Vite fait, répondit-il tout naturellement en haussant les épaules, comme si de rien n'était. Pourquoi, y a un problème ?
La jeune fille secoua la tête pour répondre à la négative, préférant essayer d'apaiser les tensions avant que sa Poppy ne fasse une liste exhaustive de tout ce qu'elle reprochait à James Potter et à Sirius Black. Autrement dit, ils en auraient eu pour une semaine au bas mot. Mieux valait couper court au plus vite.
-Non, tout va bien, commença-t-elle courageusement en prenant beaucoup sur elle. On était juste en train de discuter et cela se passait plutôt bien, et ce même en omettant les dissensions internes à notre groupe plutôt hétérogène. Les Serdaigles et les Gryffondors ne sont pas vraiment connus pour cohabiter très souvent, mais pour l'instant nous communiquions comme toute personne sensée est supposée pouvoir faire. Aristote lui-même disait que « L'Homme est un animal social », on est donc tous dans la possibilité de s'appré... cier...
Elle s'était interrompue en entendant le silence qui était apparu lors de sa prise de parole, ce qui la fit instantanément flamber de honte. La seule chose qui la sortit de sa spirale de l'embarras fut Prince-Charmant, qu'Oprah lui avait fait tomber sur les genoux. Et les ronrons de l'animal parvinrent à la calmer assez efficacement, ne serait-ce qu'un peu.
-C'était bien mieux quand tu parlais pas, toi, ricana Sirius en pouffant sur son siège. Encore plus chiante que le vieux Binns. On dirait qu'elle récite son manuel quand elle parle.
Ann venait de se prendre une baffe. En pleine joue, avec un gant en métal plein de pointes acérées. Avec beaucoup d'élan et une pointe de sadisme. Elle était officiellement décédée dans la plus grande des hontes. Jamais elle n'atteindrait le Valhalla. Fini.
-Oh, Siri… soupira Oprah en secouant la tête d'un air désespéré. Ne peux-tu pas imiter les poissons ? Même eux savent éviter les ennuis en fermant leur bouche.
Les mouches faisaient plus de bruit en volant que toute la troupe de garçons à ce moment-là. Le Sirius Blackus n'était apparemment pas très féru de conversations. Un Gryffondor, très bien. En fait, c'était la première fois depuis qu'elle y était montée qu'elle pouvait entendre le train avancer. Le bruit répétitif étaient toujours aussi reposant. Elle se serait probablement octroyé une petite sieste sans l'interruption malencontreuse des parasites vagabonds.
-Ah. Un sort de Mutisme ? Tant mieux. Peut-être que ça t'apprendra qu'un Sang-Pur élevé dans l'ombre de l'autoproclamé Lord des Mouches n'a rien à dire à une Serdaigle de Sang-Mêlé. Et surtout pas sur son éducation et sa manière de se comporter, rajouta une Oprah tranquille parfaitement consciente de la bombe qu'elle lançait. Le sang ne saurait mentir, hm ?
-Dixit l'héritière de mes fesses qui ne finira par exister qu'une fois mariée ? S'tu veux je peux te faire l'honneur de t'épouser, histoire que tu finisses par avoir un nom à toi, Cendrillon.
Ah, le retour du Titan. Il n'avait manqué à personne, à part peut-être à James Potter. Quelle joie de le revoir sur pieds. Elle en avait rêvé toute sa vie. Quel crétin.
-Tu as révisé tes classiques moldus ? C'est bien. Encore un peu de travail et tu finiras par être renié, futur Mr. Culcendron.
-Moi, au moins, j'assume. Je me cache pas derrière un papa avec qui on parle de connerius énormus alors qu'au fond tout le monde aurait préféré que je sois un mec.
-Énormus à Babille, le reprit Oprah machinalement. Avec qui tu sembles avoir des liens de parenté, vu votre tendance commune à vous gonfler pour vous donner de l'importance. Je me souviens d'une époque où tu te vantais de devenir comme Oncle Orion, plus tard. Ennuyeux à mourir et fervent fanatique de Magie Noire.
-Bah, c'est comme tes formes. Faudrait les gonfler pour leur donner de l'importance. Est-ce qu'on voulait tellement que tu portes un service trois pièces qu'on a essayé de te rendre androgyne ?
-Et toi, est-ce que tu renies tellement ton rôle d'héritier que tu en es venu à porter les cheveux aussi longs que ceux d'une fille ?
-Bah, pour toi qui es au courant des trucs moldus, tu devrais savoir que ça se fait. Mais pas dans les milieux pour petite fille sage à son papa.
Il avait accompagné sa pique mesquine d'un clin d'œil, un éternel rictus plaqué sur ses lèvres. Et il était terriblement moche, en fait, songeait Ann en le détaillant de haut en bas. Tout en lui indiquait une fierté sans nom et un orgueil à toute épreuve. Il avait une façon de parler qui suintait l'arrogance par tous les pores, et qui le rendait encore plus insupportable. Toujours plus insupportable. Même si, nota la jeune fille dans son étude poussée du Sirius Blackus, il y avait quelque chose dans ses sourcils, dans ses yeux, qui laissait transparaître une certaine insécurité. C'était subtil, et compréhensible aussi.
Ça le rendait un peu moins insupportable. Mais toujours aussi con.
En fait, elle retrouvait le même sentiment d'intranquilité que celui qu'arborait le Remus Lupinus en permanence.
-On dirait que ton fanatisme préconçu de Magie Noire s'est détourné au profit des moldus. T'es un grand garçon, maintenant, Sisi. T'as jamais remarqué que certaines filles n'aimaient pas du tout ce style peu sorcier que tu te donnes ?
-Tu serais étonnée de l'ampleur de mon succès, Poppy. Même ta copine. Il suffirait que je lui propose une nuit avec moi pour qu'elle me tombe dans les bras.
-Le fait que tu sois un Dom Juan, commença timidement Ann d'une voix tremblante, et un collectionneur de femmes n'implique pas que tu doives essayer de draguer chaque hominidé de sexe féminin qui passe à proximité de toi. Ou hermaphrodite. Ou de sexe masculin. Chacun ses goûts, je ne critique pas, les trois cas sont après tout équiprobables. Tu as bien sûr le choix de la personne avec qui tu vas passer ton temps et, très possiblement, mélanger des fluides corporels dont je ne m'avancerai pas à préciser la nature.
-Est-ce que tu es train d'insinuer que je suis gay ? s'offusqua finalement un Black interdit.
-Ce n'est pas le cas ?
Merci de prendre le relai, Oprah.
