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CHAPITRE TROISIEME

"Neuf personnes sur dix aiment le chocolat ; la dixième ment" - John G. Tullius


Poppy remuait un peu la hallebarde dans la plaie en toute conscience. Mais ça faisait du bien de le voir être déstabilisé et outré pour une fois. Lui, le grand Sirius Black, perdait un peu de sa superbe, c'était rafraîchissant. Bien que ça soit surtout Potter qu'elle aurait aimé voir être coincé. Lui, elle n'avait jamais trop pu le cerner mis à part sa facette qui rivalisait de bêtise avec la débilité de Black. Ou peut-être qu'il était simplement bête. Mais ça aurait été bien trop triste comme conclusion.

-Bonjour les enfants !

Elle tourna la tête en sursautant, ne s'attendant pas à voir débarquer Bubblebee, la dame qui vendait bien trop de mauvaises choses pour son cholestérol. Mais qu'elle ne pouvait se manquer de dévaliser à chaque fois qu'elle la voyait. Et puis c'était pas si cher que ça, et ça contribuait à l'esprit de la rentrée.

-Bonjour, Miss Bubblebee, fit-elle plus par réflexe qu'autre chose, rougissant encore comme après chaque prise de paroles.

-Dragées Surprises de Bertie Crochue, Ballongommes du Bullard, Bonbons à hoquet, Chocogrenouilles, Chocoballes, Patacitrouilles, Fondants du Chaudron, Baguettes magiques à la réglisse, Souris en sucre ou encore Suçacides ! Il y en a pour tous les goûts !

La première à réagir fut sa gourmande de meilleure amie qui avait sauté de son siège, laissant totalement un Sirius Black hébété en plan pour se concentrer sur la vendeuse de bonbons. Elle profita du détournement de l'attention pour glisser un regard en direction de Peter, qui s'était installé fortuitement entre elle et Stupere Black. Brave Peter. Elle allait lui prendre quelques Ballongommes.

-Et voilà, uniquement du chocolat pour toi, ma chérie. Ça fera dix-sept mornilles et quatre Noises.

Forte de son nouveau butin de guerre, elle ne put s'empêcher d'en faire tomber sur Remus Lupin en passant. Elle avait trébuché ? Ce n'était pas vraiment son genre. Etait-ce calculé ? Son amie aurait-elle fait exprès de vouloir partager ses friandises avec un Maraudeur autre que Peter ? Ça ne semblait pas vraiment probable, surtout que l'onomatopée ayant suivi l'action était d'une placidité guère équivoque. Pourquoi voudrait-elle être gentille avec lui ? Ça n'avait définitivement aucune logique. Toute cohérence avait été abandonnée dès lors que son amie était en jeu, mais elle pensait au moins que sa conduite envers les débiles était un minimum constante. Mais, en soi, Remus Lupin n'était pas ce que l'on pouvait confondre avec James Potter ou Sirius Black. Quoi qu'il en était, elle ne comprenait pas trop le but de la manœuvre. Lui devait-elle quelque chose ? Normalement, selon les thèses d'Aristote, l'amitié revenait à la triple obligation de donner, recevoir et rendre, à la fois libre et obligée, intéressée et désintéressée. En donnant, espérait-elle recevoir ? Et voulait-elle lier une amitié avec Lupin ?

Question à creuser.

-Euh-Attends, fit ledit fauteur de troubles de ses pensées en direction d'Oprah, tu oublies ça !

Mais Ann savait que tout avait été fait sciemment, et pour preuve, son amie ignora royalement le Gryffondor désemparé couvert de bonbons. Et apparemment donner une Souris en sucre à son chat était d'une importance autrement supérieure à celle de répondre à un autre congénère humain. Elle allait avoir du sucre de partout, elle le sentait venir avec des sabots de trois tonnes cinq chacun.

-Je ne crois pas au hasard, Loupin. Ce n'est pas parce que c'est tombé sur toi de façon totalement mystérieuse et nébuleuse qu'il ne s'agit pas en réalité d'un message codé de la Vie. Profite de cette synchronicité saugrenue.

Sirius Black avait profité de cet instant pour se ravitailler en sucreries en tout genre, mais surtout en Chocogrenouilles. Si jamais il en profitait pour leur en envoyer dans le compartiment, Ann jurait sur tous les Saints connus et inconnus qu'elle lui ferait avaler sa baguette et son balai en même temps.

-C'est trop suspect. Rends-les Moony, elle va t'empoisonner !

-Selon toute logique, ne put-elle s'empêcher de corriger, il serait étonnant que les chocolats reçus par Remus Lupin fussent empoisonnés d'une quelconque façon. Étant donné qu'ils sont encore emballés et viennent directement du chariot de Miss Bubblebee, cela ne voudrait signifier que deux choses : Soit, mais je ne le pense pas, Miss Bubblebee, s'empressa-t-elle de rassurer la vendeuse, les chocolats étaient d'ores et déjà empoisonnés avant que vous n'entriez dans notre compartiment, ce qui exigerait habileté et adresse pour les reconnaître et les donner à Remus Lupin. Soit, et là encore ce serait extrêmement improbable, Poppy aurait trouvé le moyen d'incorporer une substance dangereuse aux produits à travers un papier fait d'aluminium et de plastique. Cependant, si elle y était parvenue, elle aurait reçu depuis longtemps une chaire à côté du professeur Slughorn pour ses avancées dans le domaine de l'inoculation des potions magiques.

Elle conserva sa dignité. Elle conserva sa dignité malgré le fou-rire de Sirius Black, l'air gêné de Remus Lupin, l'hilarité entendue de James Potter et l'expression ahurie de Peter, qui n'était toujours pas habitué. Elle conserva sa dignité.

-Je dois te le concéder : tu es un excellent Gryffbatteur

Ne cherchant pas à comprendre le pourquoi du comment de la réplique qui ne percuta même pas son cerveau, elle se fraya un chemin entre les jambes et les rires vers le chariot de Miss Bubblebee en sortant quelques Mornilles de sa poche, sans trop compter combien, ses yeux et son attention étant déjà rivés à toutes les victuailles qui emplissaient le chariot. Elle ne devait pas trop en acheter, les courses de rentrées l'ayant une fois de plus mise sur la paille. Avec au maximum dix Mornilles en tout et pour tout dans sa bourse, elle allait devoir se retenir.

Dure mission en perspective.

C'est sans faire attention aux bruits étouffés derrière elle, interrompant l'hilarité générale dans son dos, qu'elle dévora des yeux et des pensées chacun de bonbons présents devant elle.

-Que te faut-il, mon cœur ?

Toujours aussi adorable, Miss Bubblebee. Elle prit un sachet sur le côté du chariot et commença à le remplir avec un peu trop de choses pour qu'elle puisse les compter. Plein de Patacitrouilles. Beaucoup de Chagaufres. Et encore plus de Suçacides. Plein de Suçacides.

-Ça te fera trois Mornilles et cinq Noises, lui sourit la vendeuse affectueusement.

Elle s'acquitta du prix de ses victuailles, un Suçacide déjà en bouche, alors qu'elle revenait vers sa place, toute guillerette, et la tête pleine de choses sucrées et pleines de caries en perspective.

-Oh mais c'est pas juste ! J'ai payé deux G-

Les protestations de Sirius Black furent bien vite étouffées dans l'œuf d'une Chocoballe dans la bouche. Ça le faisait presque ressembler à ces cochons clichés des films moldus, cuisinés avec une pomme au même endroit comme si ils étaient encore en état de la manger une fois rôtis. Certains soutenaient que cela avait pour but de faire circuler la chaleur dans le corps entier du cochon, mais une simple broche bien placée faisait amplement l'affaire pour maintenir sa bouche ouverte. Peut-être que la pomme n'était là que pour faire faire un sourire morbide au cochon en entrouvrant légèrement sa gueule sans pour autant mettre un piquet dedans, faire joli et symboliser une certaine richesse, une abondance presque honteuse car sacralisant un cadavre.

-Ah, Oprah, je... voulais te dire merci pour les chocolats.

Ce brave Remus Lupin rassemblait tous les traits caractéristiques du garçon n'ayant jamais réellement parlé à une fille selon le Traité psychologique des relations masculines. Gêne rendue flagrante par le ton de sa voix, hésitant entre tremblotements et réserve, léger rougissement et regard qui se détournait sans réelle raison. Pauvre Remus Lupin. Ça ne devait pas être facile tous les jours de traîner avec deux benêts mais il l'avait voulu, c'était son choix.

-Attends, laisse-moi goûter, 'voir si c'pas si dégueu que ça, s'imposa James Potter en piochant des chocolats tel le goujat qu'il était.

C'est sur un autre regard complice et entendu vers Peter qu'elle admira donc ledit James Potter s'empiffrer avec des friandises qui ne lui étaient – et ne lui auraient de toute façon jamais été – pas destinées. Un Gryffondor brave et courageux dans toute sa splendeur, capable de faire preuve d'une témérité et d'un courage sans limites lorsqu'il était question de soustraire quelques bonbons à l'un de ses amis.

Elle secoua la tête en réprimant un petit sourire, qui s'agrandit malgré elle au vu de sa Poppy qui tournait encore visiblement une de ses sempiternelles interrogations dans sa bouche.

-Avocat ou gingembre, s'enquit-elle à brûle-pourpoint.

C'était prévisible, comme genre de question. Mais ça ne rassura guère la jeune fille, bien au contraire. Elle était un peu trop au courant des us culinaires de son amie pour faire l'innocente. Sachant que c'était elle qui allait payer les pots cassés et devoir goûter.

Elle adorait son amie. Mais un peu moins ses gâteaux.

-Et pourquoi pas jus de poubelle, tant que t'y es ? Singea James Potter sans le moindre respect.

Ainsi dégringolait le Jamesus Potterus dans l'échelle de son estime.

-Pas assez innovant, rétorqua stoïquement Oprah en fourrant une dragée dans la bouche de l'imbécile. Loupin, avocat ou gingembre ?

Elle lui parlait comme s'il était la dernière lumière avant la fin de sa vie. Et puis, bizarrement, l'attention d'Ann fut tirée vers un outsider qui gigotait un peu trop pour un simple élément du décors. Sirius Black s'était débarrassé de sa Chocoballe. Mais de toute façon, tant qu'il restait tranquille, il ne dérangeait personne. Sauf qu'elle savait que c'était sans compter sur son extraordinaire bêtise.

-Mais tout va de travers avec toi, ma pauvre fille. Comment comptes-tu faire une bonne épouse en ayant aucun goût et en chassant les papillons à sabots roses ?

C'est en imaginant ce que pouvait bien ressembler un papillon, à savoir un monarque dans ses pensées, avec des sabots roses jurant extravagamment avec ses ailes orangées qu'Ann pouffa légèrement, bruit rapidement étouffé dans le brouhaha généré par le Jamesus Potterus, spécimen apparemment extrêmement performant lorsqu'il s'agissait de soutenir l'un de ses amis en le congratulant de sa stupidité.

-Mes amis, dit Oprah en fixant Ann... Ou pas, continua-t-elle en se tournant vers Sirius, c'est l'heure.