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CHAPITRE CINQUIEME
Bienvenue dans la jungle - Guns'n Roses
-Les premières années, par ici !
Elle adorait la rentrée. Elle adorait vraiment ça. Mais comment quelqu'un de sensé pouvait-il adorer le fait de se faire littéralement engloutir sous une vague d'élèves bien trop pressés et agglutinés les uns aux autres. Et puis il pleuvait, par Saint-Augustin ! Non seulement leur avancée vers les calèches était lente, mais en plus elles avaient le temps de se faire noyer par l'arrosoir céleste. Ou par les cheveux d'Oprah, qui s'essayait à l'art canin de l'ébrouage. Ce qui était bien plus redoutable en soi.
Le mors aux dents, elle avança tête la première au milieu des retrouvailles et de l'excitation ambiante en envoyant valser les petits de deuxième année avec son gabarit de moineau et la cage bien plus imposante de Sir Charles-Edouard de la Motte. Peut-être était-ce l'expression énervée du hibou faisant gonfler ses plumes trempées qui éloignait davantage les gens que la tentative de bélier d'Ann.
Elle tenait la main d'Oprah qui avançait insouciamment sans faire très attention à ce qui l'entourait, bien plus intéressée par les étoiles et le beau temps – qui manquait au rendez-vous - que par leur arrivée à Poudlard.
-Allez, allez, on va être en retard.
Elle n'avait que trop peu de patience lorsque les cours étaient dans la balance. Déjà parce qu'elle aurait craint de perdre sa bourse au mérite. Mais aussi car elle abhorrait l'instant horrible où, en tant que retardataire, elle se tenait face à toute la salle et devait expliquer au professeur les raisons de son absence temporaire. Quelle horreur. Elle était souvent si tétanisée que rien ne sortait de sa bouche, quand bien même ses quelques écarts horaires étaient toujours justifiés de façon impeccable. Et puis après il fallait rattraper les cours. Et ça faisait vite d'une taupinière une montagne.
-Celui-là, ça te va ? Demanda-t-elle sans que personne ne l'entende en pointant une des calèches vides les plus proches du peloton de tête.
Mais ce fut sans attendre la moindre réponse qu'elle entra dans l'habitacle en trébuchant à moitié sur le bois détrempé et glissant. Ça avait beau être la cinquième fois qu'elle les empruntait, elle n'avait toujours pas trouvé de solution pour faire baisser le marchepied, bien trop haut pour elle et pour ses robes de sorcier. Et ce depuis sa quatrième année. C'est à peu près là qu'elle avait cessé de grandir, à son grand désarroi.
Saleté de marchepied.
Comment un mécanisme aussi simple pouvait-il devenir aussi mesquin ?
Saleté de marchepied stupide.
Et puis Thor continuait de se marrer en frappant de son marteau sur l'enclume de ses malheurs.
Comme tous les ans.
Elle haïssait les marchepieds.
Maltraitant le métal rouillé récalcitrant, elle parvint à faire descendre le bout de bois fatigué de quelques centimètres, suffisamment pour pouvoir se hisser dans la diligence. Et puis sa robe craqua. Elle avait craqué, nom d'Odin. Alors qu'elle n'avait que trois ans, encore plus jeune que son Manuel d'étude des Théories de Chimie quantique. Elle rêvait, non ? Sauf que le hululement énervé du hibou qui patientait dans sa cage aurait même réveillé un basilic hibernant avec du heavy metal comme berceuse.
Il la fixait de son regard d'or en fusion – avec un peu de cuivre, ce qui aurait pu faire un alliage relativement bien conducteur – en bombant son buste plein de terre. Malheur de malheur, la loi de Murphy continuait de s'appliquer avec précision sur sa pauvre personne. Tout en l'animal irradiait de pulsions meurtrières.
-Je suis sincèrement, entièrement et complètement désolée, Sir, s'accroupit-elle face à l'oiseau furieux. Mais ce sacrifice était nécessaire pour le bien de tous. C'était une étape Ô combien difficile et douloureuse, mais on ne pouvait passer outre. Je vous promets de vous brosser les plumes ce soir dans le dortoir si vous le désirez. Vous aurez aussi un peu de Patacitrouille, ajouta-t-elle en voyant les aigrettes dangereusement hérissées de l'animal trembler d'agacement.
Elle sortit une souris en sucre guère vivace maintenant qu'elle avait séjourné quelques temps dans sa poche et la suspendit au-dessus du hibou en profitant de sa léthargie. Aussitôt vue, aussitôt gobée. Un roucoulement rassurant se fit entendre. Un problème en moins.
Mais un souci de plus pour les Elfes de Maison. Le hibou s'était ébroué. La boue n'avait fait qu'une substitution de propriétaire.
Soulagée malgré tout, Ann leva les yeux de la cage, prête à enfin entrer dans la diligence pour enfin pouvoir s'y poser et vérifier l'ampleur de son accroc maintenant colmaté par de la terre.
Ah. La loi de Murphy faisait son coming back.
Ça n'avait pas dû plaire à Murphy qu'elle se tire avec brio de ces quelques déboires.
Il devait copiner avec Thor, celui-là, semblait-il.
C'est en maudissant le destin, les augures, les astres et toutes les arcanes de la Divination qu'elle vit l'Evansae Stupidae s'avancer vers eux. Accompagnée de ses éternels faire-valoir, elle avançait en conquérante dans des terres qui auraient dû l'avaler tant elle était insupportable.
Un jour, le grand Fenrir viendrait l'avaler. Et ce jour-là, elle s'installerait à la meilleure place en partageant du pop-corn avec Tyr. Il allait falloir qu'elle s'arrange avec lui pour être du côté de sa seule et unique main. Mais c'était du détail, seul comptait le spectacle.
-... Evian.
-C'est Evans !
-Oprah Braveheart, nullement enchantée. Mais il me semble qu'on a déjà fait connaissance, non, Evian ?
Marlène McKinnon et Alice Remingway suivaient leur figure de proue, l'une conquérante, l'autre... toujours aussi Alice. Elles avaient fendu la foule sans embrun, ne laissant dans l'écume de leur passage que des élèves toujours aussi perdus que si elles n'avaient pas existé. Elles n'avaient en réalité aucun impact sur la société. Le monde aurait pu perdurer sans elles, et ce sans rien perdre du tout. Bien sûr, Alice était exclue. Elle l'aimait bien, Alice. Elles papotaient souvent à la bibliothèque, et la Gryffondor semblait apprécier son étalage de connaissances. Et puis elle lui avait donné une raison d'approfondir sa botanique désastreuse.
D'un bon gros Troll, elle était peut-être passée au Désolant.
-Ça a les Maraudeurs au complet dans leur compartiment mais ça préfère quand même parler à des bestioles bizarres et imaginaires ?
Marlenae McKinnonae Horribilae avait soudainement eu la mauvaise idée d'ouvrir sa grande bouche bien trop loquace, faisant profiter de son immense bêtise tous ceux qui avaient le malheur de passer à côté. Elle était extrêmement bien assortie avec l'autre Homo Stupere, le Sirius Blackus lui-même, qu'elle s'échinait à suivre comme elle le pouvait et surtout dès qu'elle le pouvait. Ses qualifications à leur sujet se répétaient sans cesse. Diablement bien assortis. Elle viendrait lancer des fleurs lors de leur mariage. Tous ses vœux de malheur, cordialement.
Rien qu'à les imaginer ensemble, elle se voyait déjà rajouter quelques lignes au Ragnarök dévastateur. Leur union correspondait à une conséquence naturelle de la fin des temps.
-Marly, arrête, je voudrais juste pouvoir entrer dans un wagon avant de me transformer en cascade. S'il te plaît ?
Pauvre Alice. On aurait pu croire qu'elle avait attendue des nuits sous la pluie tant elle dégoulinait de -être avait-elle dû attendre que Marlène McKinnon ait terminé de râler sur tous ceux qu'elle croisait alors qu'elle était déjà descendue du train. À ce moment-là, c'était une hypothèse tout à fait valide.
Ladite, malheureusement, Marlène McKinnon répondit avec un sifflement de dédain, essayant d'afficher le plus possible son agacement avec tout ce dont elle était capable, des pieds qui frappaient frénétiquement le sol à tour de rôle, à la tête avec toute la contrariété du monde peinte sur la figure. Sourcils froncés, lèvres pincées, visage fermée. Elle s'enlaidissait sans raison. Et cela dépassait Ann, quelque part, qu'une fille essayant de paraître la plus jolie possible car elle n'avait rien pour elle fut capable de telles expressions. Ça n'avait aucun sens.
-Hors de question qu'on partage le leur. Au pire il reste plein de banquettes pour deux dans les autres diligences, on a qu'à les virer.
En attendant que la Marlenae McKinnonae fasse une fois de plus preuve de son intelligence suprême, elles se faisaient toutes tremper de toute part. Elle allait finir avec une boule afro sur la tête. Une boule afro de cheveux blonds-gris, un peu plus moches que d'habitude. Ça en surprendrait beaucoup, ceux qui songeaient que ça ne pouvait pas être pire. Le nid d'oiseaux que sa chevelure constituait d'habitude allait pouvoir s'agrandir d'un foyer sans trop de peine avec autant d'eau.
-Oui, la majorité l'emporte, Braveheart, fit Lily Evans avec son ton pédant de première de classe incontestée – chose qu'elle n'était pas, incontestée. Serdaigle devrait te l'avoir enseigné, maintenant.
Bien entendu, les esprits les plus affûtés ne pouvaient s'empêcher de s'acoquiner pour le malheur du commun des mortels.
Profitant sournoisement du fait que tout le monde avait les yeux tournés, Ann alla poser silencieusement la cage de Sir Charles-Edouard dans le compartiment, au sec, se protégeant d'un regard assassin inhumain qui menaçait de la réduire en charpie si elle tardait ne serait-ce qu'une minute de plus.
Et le Fléau était toujours au sec.
Tout allait pour le mieux, finalement.
Ou presque. Elle préférait le préciser. C'était pour éviter une nouvelle blessure dans l'ego de Murphy.
-L'herbe du voisin est toujours plus verte,
Jouer sur l'attrait de Lily Evans pour Serdaigle, et sur sa frustration latente depuis sa répartition dans le gang des têtes brûlées, montrait bien qu'Oprah n'avait pas tant envie que cela de se séparer de sa proie favorite. Ou peut-être était-ce Ann qui avait envie d'assister à leurs sempiternelles joutes verbales. Dans tous les cas, le spectacle dans la diligence allait être de très bonne qualité à n'en point douter.
Elle se décala sur le côté après avoir vu du coin de l'œil sa Poppy se diriger vers la porte et s'engouffrer dedans. Prête à lui emboîter le pas telle une ombre, elle fut interrompue dans son élan par Marlène McKinnon, qui prenait à cœur d'exposer à nouveau son animosité sans équivoque.
-Je sais que tu n'as rien, mais tu aurais pu investir tes quelques noises dans une robe qui n'est pas de seconde main. Comment peux-tu te balader avec une telle loque ? Alors que les Maraudeurs sont venus dans ton compartiment…
Elle ne l'écouta pas. Elle monta malgré tout. En réalité ? À partir d'un certain niveau dans l'échelle de son estime, l'opinion des personnes ne l'intéressait guère. Et Marlène McKinnon minorait grandement ladite échelle avec beaucoup d'avance sur ses prétendants au titre, à savoir le couple James Potter-Sirius Black.
Elle tira tranquillement sa baguette de son écrin, délicatement, sans brusquerie, et commença à la lustrer en amorçant sa réponse.
-À en juger de la fréquence à laquelle tu changes de robe de sorcier, à chaque fois pour des robes de qualité supérieure, nul doute que tu fais partie des élèves les mieux habillés de Poudlard, nota-t-elle depuis l'intérieur de la diligence, en butant un peu sur chaque mot. Cependant, au vu de la façon dont Sirius Black te traite, à savoir guère mieux qu'un paillasson ou qu'un plan d'un soir selon ses envies versatiles de personne stupide, il me semblerait logique d'en conclure que la maxime « l'habit ne fait pas le moine » s'applique ici au sens propre et que ce n'est pas en misant sur tes vêtements que tu pourras entreprendre quoi que ce soit de sérieux avec lui, si tant est qu'il puisse être sérieux. Il te faudrait revoir ta stratégie.
Elle ne comprenait pas pourquoi elle faisait l'objet d'un tel acharnement de la part de Marlène McKinnon, et c'était peu dire. Elle ne l'appréciait pas mais en réalité, outre son comportement à son égard, Ann n'avait rien contre elle. C'était juste qu'avec toutes ses réactions puériles, la Gryffondor avait peu à peu perdu le respect qu'elle accordait très justement à toutes les personnes qu'elle rencontrait, quelles qu'elles soient. Elle aurait pu vivre toute sa petite vie sans même lui accorder trois secondes de ses songes. Sauf que ça durait depuis le tout début de leur scolarité. Et que ça avait commencé à cause du Fléau.
Ô brave Fléau. Ne pas le rencontrer aurait sauvé Ann de bien plus de soucis que l'on pouvait compter de moutons pour s'endormir.
-Un paillasson ? Moi ? Alors que c'est toi qui éponge le sol de ta robe de seconde main ? Qui es-tu pour parler, déjà ? Comment peux-tu penser être en position d'insinuer quoi que ce soit quand on vient d'où tu sors ? J'y crois pas. Et tu oses critiquer Sirius ? Tu ferais mieux de réfléchir avant de sortir tes tirades à deux Noises.
Brave orgueil empli de préjugés, quels problèmes improbables tu étais capable d'amener. Ô grande rancune, que de combats ont été menés en ton nom. Imbécilité, régente des majorités numériques, ou de celle-ci dans tous les cas, que de dégâts ton invocation même brève pouvait susciter.
Ça n'aurait manqué à personne si rien de tout ça n'avait été créé au sein du Ginnungagap.
En fait, il en allait de même pour la Marlenae McKinnonae.
Que de corrélations en ce si beau monde.
Lentement, tout en essayant d'amortir les cahots de la route, Ann huilait et soignait sa baguette, pointée vers Marlène McKinnon sans même qu'elle s'en soit rendue compte. Et, tout aussi innocemment, elle se demandait de bonne foi pourquoi est-ce que contrairement à son habitude la Gryffondor la laissait terminer ses tirades sans la moindre remarque.
Que d'incompréhensions en ce si beau monde.
-À vrai dire, je ne suis pas partisane de la théorie du déterminisme social, et je ne vois pas l'intérêt d'en parler avec une disciple de ce courant de pensée digne d'Émile Zola, commença-t-elle le plus naturellement du monde en frottant le Fléau machinalement. Il me semble important d'insister sur le fait que chacun devrait être capable d'exprimer ce qu'il pense dès l'instant où cela semble au moins un peu vrai. Et en ce sens, je suis aussi à-même de critiquer Sirius Black que tu es de l'idolâtrer. De plus, j'en suis d'autant plus légitime que mon assertion est en réalité partagée par bien trop d'étudiants pour les compter sur les doigts de deux mains - à savoir plus de dix non inclus, je préfère le préciser, ajouta-t-elle innocemment comme on aurait expliqué à un enfant que deux plus deux ne faisaient pas cinq. Mais on pourrait en dire autant de James Potter, avec qui il partage quelques chromosomes de la stupidité en plus de toutes leurs bêtises.
-Tu me fais perdre mon temps.
Le manque de combativité de son interlocutrice ne l'intrigua guère, c'était généralement ce qui arrivait lorsque l'une des parties manquait d'arguments. Elle perdait, se voilait la face, rejetait toute sa faute sur l'adversaire victorieux. Trouvait une pique normalement mal choisie et se complaisait face à sa répartie surestimée.
Et puis elle s'était installée face à elle, probablement à dessein. Malheureusement. Comme si elle avait envie de contempler ses boutons et ses points noirs durant tout le trajet. Alice s'était plantée – quel agréable jeu de mots - entre Marlène McKinnon et Lily Evans. Position plus politique qu'agréable, il n'était jamais bon de mettre côte à côte deux forces alors qu'elles pouvaient créer une coalition à tout moment, et ce aux dépens de leurs ennemis tout comme de leurs alliés.
-Et plus jamais tu parles de Sirius devant moi, poursuivait-elle avec dédain et mépris. Ose encore l'insulter alors que je suis là et je jure devant Merlin que je te ferai avaler ta baguette merdique.
-Courage et abnégation, lui souffla Oprah au moment où Prince-Charmant décidait que la vedette allait une fois de plus être sa petite personne.
Peut-être qu'elle avait commencé à voir en P-C un concurrent potentiel, ou peut-être que ça n'avait aucun lien, mais ce fut le moment que choisit l'Evansae Stupidae pour revenir au centre de l'attention. L'une des choses qu'elle semblait apprécier le plus. Ça, et remballer James Potter dès l'instant où ce-dernier osait témoigner de son attrait pour elle. Peut-être que tout ce qu'il faisait n'était qu'une vaste blague de plus, peut-être que ce n'était que pour amuser ses très chers amis. Mais si le but était d'énerver Lily Evans, alors il méritait le grand prix de la réussite.
Bien trop d'hypothèses pour une si banale personne.
Ah. Et elle adorait se penser plus intelligente que le reste du monde. Un peu jalouse, Lily Evans ? Assurément, il n'y avait aucun doute là-dessus. Ou alors ce n'était qu'une simple frustration lié à un complexe d'infériorité. À ce moment-là, c'était plus facile à changer. Mais la Gryffondor n'en aurait jamais l'envie ni la motivation. Elle n'y songerait même pas.
Bien entendu, vu qu'elle était parfaite.
-Je ne sais pas si cela est physiquement possible, songea Ann sans trop se préoccuper de ce qui se passait à côté d'elle – encore à cause de P-C, comme d'habitude. Il te faudrait pour cela réussir à attraper ma baguette, chose que moi-même ai encore du mal à faire. Alors je n'ose pas imaginer comment quelqu'un qu'elle ne connaît pas finirait si jamais il posait un doigt sur elle. Mais je pense que l'on doit arrêter pour le bien de l'estime que certaines personnes dans cette diligence semblent te porter, Marlène McKinnon. Je crains que le point mort atteint par la discussion ne soit pas à ton avantage. Ah, Alice, apostropha-t-elle avec un sourire, des epilobium blaliplobium, aujourd'hui ?
Il y avait les gens, avec qui elle se taisait la plupart du temps. Il y avait ses amies, ou tout du moins ses connaissances, avec qui elle arrivait à parler – mais pas plus de deux phrases sans incident, après ça relevait du miracle. Il y avait Oprah, avec qui elle n'avait pas besoin de parler. Et puis il y avait Marlène McKinnon. Elle n'avait rien contre elle. Peut-être avait-elle été un peu méchante dans ce qu'elle lui avait dit. C'était encore sa volonté de croire qu'il y avait du bon en chacun. Ou du pas trop mauvais, dans tous les cas. Marlène McKinnon la détestait, c'était un fait. Qu'avait-elle fait pour exacerber son ire démesurée ? Elle voulait bien se croire coupable. Mais elle ne voyait pas ce qu'elle lui reprochait. Sa proximité avec Peter ? Peut-être y voyait-elle une menace pour Sirius Black ?
Dans tous les cas, l'échange s'était déroulé sans encombre. Du moins, sans encombre notable, elle n'avait pas manqué de s'asphyxier en pleine crise de spasmophilie ou de tétanie. Contrairement à ce qu'elle craignait d'habitude. Était-ce sous le coup de la colère ? C'était une question récurrente lorsqu'elle voyait Marlène McKinnon, et elle devait se l'avouer, c'était possible. Sauf qu'elle n'était pas énervée. Pas plus que d'habitude. Mais ça marchait, c'était ce qui comptait.
Cependant, s'il fallait que le monde entier en vienne à appartenir à l'espèce Marlenae McKinnonae, autant se tirer une balle dans la tête et se faire manger par un phoque.
-Oui, répondit la petite voix douce et irrévocablement optimiste d'Alice. Je les trouvais plus... adaptées que les roses pour un trajet en train, elles survivent mieux une fois coupées.
Marlène McKinnon rongeait son frein. Oprah et Lily Evans étaient en pleine bataille rangée. Et Ann discutait tranquillement plantes avec Alice.
La scène était presque trop banale.
-Il m'a semblé lire dans le Nouveau Manuel de Botanique Appliquée de Josepha Legendry qu'on leur avait, je le cite, récemment trouvé une vertu de guérison pour la dragoncelle. Cependant, étant donné que ce livre date de 1952, je ne sais pas vraiment si l'on peut s'y fier, surtout qu'il y était simplement fait allusion à une atténuation de la douleur ainsi qu'à un allongement de l'espérance de vie de quelques semaines tout au plus. Et du coup je me demandais si cela avait pu être approfondi, parce qu'étant donné qu'aucune méthode de guérison totale n'était trouvée à ce jour, ça aurait pu être une piste à-
-Hé, l'apostropha une Marlène McKinnon qui rongeait son frein depuis quelques minutes déjà. D'où tu me fais taire comme ça ? Tu parles sans cesse de politesse, tu l'ériges toujours en, attends, c'était quoi déjà ? « Parangon de la vertu » ? Mais tu te penses polie et respectueuse, c'est ça ? Je vais te dire ce qui est poli et respectueux, moi. C'est de te taire pour ne pas assommer les gens, c'est d'arrêter de parler parce que ça endort le monde qui t'écoute, c'est de l'écraser et acquiescer. C'est ce qui devrait se passer, quand on est quelqu'un d'inférieur ou d'handicapé mental, rajouta-t-elle en se tournant vers Alice, comme si Ann n'avait plus aucune valeur en tant qu'être humain pensant et compréhensif de son langage. Gnagnagna, attends, je m'étouffe, à l'aide, gnagnagna, je stresse, aidez-moi. Si tu es aussi apeurée à l'idée de parler, juste, tais-toi.
Elle avait vraiment l'air pas très bien dans ses émotions, la Marlène McKinnon. On aurait presque pu voir une veine battre à sa tempe si elle n'avait pas de cheveux qui la couvraient, elle en était certaine. Bon. Elle était séchée. Ou plutôt trempée par toute cette... cette haine et cette méchanceté qui suintaient de ces mots perfides. Et puis elle l'avait singée comme une idiote. Pas très cool. Elle ne lui avait rien fait, pourtant.
Pas très cool, non, non.
-Qu'est-ce qui te prend, Marlène ? Demanda une Alice au moins aussi étonnée qu'elle. T'es malade ou quoi ?
Elle lui avait bien dit d'arrêter de parler au moment le plus opportun. Ann avait prévu le coup, calculé le moment où après, ça allait partir en eau de boudin. Ce n'était pas faute d'avoir essayé. Bon, elle s'en remettrait, ça allait aller. C'était pas cool quand même. Mais elle relativisait déjà, et puis de toute façon au vu de l'état de Marlène McKinnon, avec son souffle tellement fort que sa poitrine s'en soulevait ostensiblement, avec son teint rouge comme elle n'en avait jamais vu sur quelqu'un d'autre qu'elle-même, avec ses lèvres pincées, avec ses yeux bien trop grands. Ses sourcils tressautaient. Elle était proprement effrayante.
Oh. Sir Charles-Edouard avait décidé d'accompagner Oprah dans sa chanson.
Qui était bien plus distrayante que les expressions d'une Marlène McKinnon en plein combat avec elle-même.
Elle les écouta, décréta qu'ils feraient un duo extrêmement réussi dans l'industrie musicale et se demanda s'il était possible pour un hibou d'acquérir le statut de chanteur. Probablement, étant donné que dès l'instant où l'on pouvait entendre sa voix dans un album sur lequel on était crédité, il devenait automatiquement interprète de la chanson. Et, par interprète, on faisait souvent l'amalgame avec chanteur. Il fallait qu'elle en fasse part à Oprah. Peut-être tenait-elle les prochains Black Sabbath ? Il allait falloir qu'elle leur compose une chanson sur la guerre du Vietnam, aussi. C'était bien en vogue chez les Moldus ces temps-ci.
-Si c'est pour chanter quelque chose d'aussi stupide, tu ferais mieux de te taire, Braveheart.
Lily Evans en avait apparemment eu marre. Malheureusement pour elle, elle ne semblait pas capable d'apprécier la portée d'une telle envolée lyrique pourtant si riche en interprétations. Les carrières musicales n'étaient pas pour elle, pauvre chose.
-Stupide ? Depuis quand quelque chose est stupide si l'on a pas la capacité d'en comprendre le raisonnement intrinsèque logique ?
Ah, mince. Le petit ego de Lily Evans, pourtant flatté jour après jour, inlassablement, et nourri aux compliments de tout son monde venait de se prendre une baffe. Tant et si bien qu'elle s'en était levée, toute énervée, ce qui ramenait au nombre de deux les bombes prêtes à exploser dans leur diligence maintenant arrêtée.
Heureusement qu'elles n'étaient pas seules, et qu'elles furent vidées sans trop d'encombres.
Pauvre Alice.
Il était aussi temps pour elle et Oprah de quitter leur carrosse pour rejoindre cette très chère pluie torrentielle. Armées l'une de son bonnet-sorcier à pompon et l'autre de sa trop grande cage à hibou, elles pourfendirent les missiles aqueux lancés par ce bon vieux Thor, elles franchirent la longue distance qui les séparaient du château, elles vainquirent le déluge.
Quelques mètres sous la pluie, tout un exploit.
-Par Saint-Augustin !
Bien trop habituée, Ann se protégea instinctivement de l'effet kiss cool de la pluie, du retour de bâton, du double tranchant de la goutte d'eau. Attendant patiemment qu'Oprah s'ébroue, elle regarda un peu autour d'elle. Cet environnement lui avait vraiment, vraiment manqué.
-Si ça continue, nous aurons une inondation sur les bras, commenta-t-elle en jetant un coup d'œil dehors. Le lac va déborder.
-Peut-être qu'on pourra faire du… surf ? Commença une Oprah finalement assez au fait des mœurs moldue mais en hésitant malgré tout sur le mot. Du surf, oui, dans le parc ?
La suite ? Ce fut presque comme dans un rêve. Un rêve sur la rentrée à Poudlard, avec son banquet, avec son parc, avec ses élèves tout frétillants. Avec son Peeves.
Son sacré Peeves.
Cette année, ça allait, il faisait dans le soft avec de simple bombes à eau. Les Bombabouses, par contre, pour les enlever des cheveux, il fallait se lever de bonne heure, ou exceller au Récurvit. Sinon, il en restait toujours un petit morceau agaçant qui sentait comme une bouse entière. Et puis bonjour l'ambiance dans la Grande Salle, après.
Par contre, ça ne plut ni au Sir qui hulula comme un perdu, ni à P-C, égal à lui-même. Ni à Mrs. McGonagall, apparemment.
-Peeves ! Peeves, arrête immédiatement !
Et comme pour clore ce voyage bien trop long en beauté, elle glissa sur le sol. Et tout le monde resta interdit pendant au moins deux bonnes secondes avant que les premiers rires étouffés ne retentissent au premier rang.
Toute empressée qu'elle était de se rattraper, elle s'était tout bonnement accrochée à Oprah comme si sa vie en dépendait. Pendue à son cou, elle faisait bien moins austère et froide qu'à l'accoutumée.
-Veuillez m'excuser, Miss Braveheart.
-Hm. Pas de mal, professeur.
De toute façon, son attention s'était déjà reportée sur les escaliers, semblait-il.
-Peeves !
L'esprit frappeur, qui s'était tenu silencieux durant toute la cascade, finit par cancaner, tout fier de sa réaction en chaîne.
-Je ne fais rien de mal, rigolait-il de son ton arrogant et moqueur. Ils sont déjà mouillés, non ?
Mais Mrs. McGonagall n'avait pas l'air du même avis. Absolument pas. Ça se voyait assez nettement dans ses yeux qui auraient pu transformer l'air en éclairs s'ils l'avaient voulu.
-Je te préviens, Peeves, lui assena-t-elle froidement une fois son chapeau pointu et ses lunettes remis à leur juste place. Le Baron sera prévenu !
Ann profita de la fin de tous les déboires, ou du moins l'espérait-elle, pour poser son sac-à-Fléau-et-à-sucreries-spéciales-hibou ainsi que ledit hibou par terre, afin de les voir disparaître comme chaque année dans un petit bruit. Les Elfes étaient définitivement exploités. Il faudrait les aider un jour. Mais elle n'avait pas le temps, il faudrait que quelqu'un d'autre s'en occupe. Ça commençait à devenir gênant pour la communauté sorcière de continuer à glorifier l'esclavage.
-Bon, allez-y maintenant. Tout le monde dans la Grande Salle !
