"- On... On va tous... mourir..."
Sa voix claqua l'air comme un fouet, une arme en fer chauffé à blanc. Sa voix sonna comme une sentence absurde dans le silence qui avait régné un temps autour d'elle en attendant ses paroles.
Tout le monde la regarda mais personne ne réagit, bien trop sous le choc.
"- On... On va tous... mourir..." répéta-t-elle, sans que ne sache si c'était pour les gens qui la regardait avec un air hagard, ou bien seulement si elle se répétait cela à elle-même, comme on se parle parfois, pour se rassurer, pour comprendre, pour réfléchir.
Sa voix avait à peine rendu sa place au silence qu'elle basculait en arrière. Si Fred et ses réflexes rapides -probablement dut à toutes ses années en tant que batteur dans l'équipe de Quidditch- n'avaient pas été présents, elle se serait effondrée à même le sol.
Elle gémit faiblement quand il la prit dans ses bras. Son corps battait si fort dans sa poitrine qu'il pouvait presque le sentir même entre les différentes couches de tissus qui les séparaient. Etrangement, elle n'était pas évanouie et pas consciente non plus. Juste quelque part entre les deux.
C'était effrayant comme état. Fred ne l'avait jamais vu comme cela et priait pour ne jamais al revoir.
Le voir se relever en tenant fermement Hermione contre lui comme on tiendrait une princesse eut pour effet de sortir la totalité de l'assemblée de sa nouvelle léthargie ambiante.
Tout le monde se leva du canapé le plus proche afin qu'il puisse l'y allonger.
"- Allez chercher la médicomage !
- Non ! Non ! Pas la médicomage... Pas la médicomage... Pas la médicomage...
- Mais Hermione ! C'est peut-être grave !" sa bouche était pâteuse, elle avait du mal à parler, alors elle secoua simplement la tête.
"- Pas besoin... Médicomage non... Allez chercher Kingsley... McGonagall... Les membres de l'Ordre..."
Fred tourna sa tête vers sa mère comme si elle allait avoir la réponse. Comme si elle allait savoir ce qu'il fallait faire dans ce genre de situations précises. Comme si il y avait un mode d'emploi...
Mrs. Weasley tourna la tête sur le côté. Prenant une fraction de secondes pour réfléchir.
"- C'est probablement un choc émotionnel, Hermione n'y est pas sujette d'habitude, mais il faut croire que la grossesse change la donne. C'est à surveiller de près mais je crois qu'on peut accéder à sa requête. Arthur contacte Kingsley. Harry envoie un Patronus au Professeur McGonagall. Les autres, débrouillez pour que tous les membres de l'Ordre encore effectifs et en qui on peut avoir confiance nous rejoigne. Moi, je vais chercher des linges humide et un verre d'eau pour la petite."
Tout le monde acquiesça, trop heureux que Mrs. Weasley prenne les commandes et leur expliquent avec précision ce qu'était leur tâches au juste.
Hermione les regarda s'agiter à moitié, comme déconnecté de tout ce qu'il se passait autour d'elle. Ce n'était pas faute de tenter de rester présente. Mais tout s'embrouiller dans sa tête et... Merlin qu'elle avait peur. n'était-elle pas censée être une Gryffondor ?
Elle se sentait tellement faible...
Peut-être que c'était justifié, mais qu'importe...
"- Hermione ma chérie, que se passe-t-il ?" elle tourna son regard vers le propriétaire de la main qui parcourait sa joue.
"- Attendons... Les autres... Fred... Je n'aurais pas le courage de répéter deux fois." il hocha la tête, semblant comprendre. L'état de sa petite-amie continuait malgré tout à l'apeurer, et diable ! Il aurait préféré qu'elle accepte que le médicomage Jeffson vienne l'ausculter en personne.
Même enceinte, Hermione était loin d'être le genre de personne à s'effondrer comme ça ! C'était peut-être grave !
Et les bébés ? Elle y pensait à la santé des bébés ?
Fred sentait dans son dos les allers et venues incessantes, les pas pressés, les regards inquiets.
A côté de lui, Hermione faisait vraiment peine à voir. Elle se serrait tout contre son corps robuste, s'accrochait au jeune homme comme on s'accrocherait à une bouée de sauvetage.
Elle n'avait pas peur. Elle était terrorisée.
Fred s'inquiétait de la voir comme ça. Il n'en était pas vraiment sûr, mais il se doutait qu'elle ressemblait à la Hermione qu'elle avait été durant son coma.
Depuis son réveil, il avait tout les jour prié pour ne jamais avoir à la revoir ainsi.
Et une part de lui à l'intérieur ne pouvait s'empêcher de crier encore et encore, de refuser l'idée même de savoir ce qu'il se passait, de rester dans l'ignorance, de vouloir remonter à la veille. Parce qu'hier, tout était encore beau, tout lui souriait, tout lui semblait possible.
Oui, il ne voulait pas entendre, il ne voulait pas être au courant. Et au diable l'esprit du vaillant Gryffondor !
Il était instinctivement sûr que l'ignorance serait mille fois mieux que ce qu'il l'attendait.
Dans le salon, toute l'assemblée et les nouveaux arrivants regardaient autour d'eux d'un air inquiet et perdu.
Pourquoi les avait-on rassemblé de nouveau en catastrophe ? Pourquoi ces mines de circonstances ? Pourquoi Hermione jouait-elle si nerveusement avec le verre vide qu'elle tenait dans ses mains ?
Elle devait vraiment faire peur à voir, pour qu'aucun des nouveaux venus, pourtant leurs amis, n'aient le courage de venir la saluer.
Ils restaient tous à bonne distance, parlant à voix basses, chuchotant, lui jetant des œillades à la dérobée.
Ce n'était pas vraiment méchant, mais on avait connu des comportements plus amicaux par le passé.
Hermione ne semblait même pas se rendre compte de leurs comportements... Elle était juste comme... Bloquée dans ce qu'elle semblait avoir appris. Plongée dans un cauchemar irréel, ou rien n'avait de sens, rien sauf la menace d'un danger imminent, d'une ombre noir planant sur leurs têtes avec un rire sadique.
A leur entrée dans la pièce, Lupin et Tonks -avec le petit Teddy dans les bras qui semblait avoir du mal à se réveiller- se dirigèrent immédiatement vers Hermione et Fred avant même d'avoir salué une autre personne -quoique le loup-garou adressa un sourire au fils de son défunt ami- l'instinct parental sans doute.
Le petit enfant, en dépit de sa fatigue, reconnu immédiatement Hermione et tendit les bras vers elle.
Fred récupéra le verre encore humide dans ses mains, et avant même d'avoir compris ce qu'il se passait, un bébé gazouillait tout près, sur les jambes de la jeune sorcière.
A sa grande surprise, alors que lui avait échoué, le gamin détendit instinctivement Hermione et à une vitesse folle en plus !
Non mais ! Comment pouvait-il oser ?! Déjà il lui piquait sa chérie, et en plus, il était plus doué que lui pour calmer ses angoisses ! C'était quoi ce délire ?!
Frustré et jaloux malgré la situation, Fred dévisageait le petit bonhomme sans sourciller alors que juste à côté d'eux, Hermione avait entamé la discussion avec ses parents.
Le bébé fixa ses pupilles pendant une très longue minute, sans que l'un ou l'autre cède.
Mais quand Teddy lui offrit un grand sourire innocent, Fred ne put s'empêcher de rire et de le trouver mignon à son tour.
La seconde d'après, les cheveux du gosse était roux.
"- Hermione... Ma chérie... Tout le monde est arrivé..." lui apprit Mrs. Weasley de sa douce voix aux accents maternels.
La jeune fille balaya l'assemblé d'un coup d'œil. Le salon du Terrier était beaucoup trop petit pour tous les contenir. Ils étaient installés ça et là, debout, installés sur des genoux, les tables, les accoudoirs des fauteuils ou à même le sol parfois. Ils étaient à l'étroit, mal à l'aise, parfois donnant l'air d'être prêts se mettre au lit, parfois donnant l'air de ceux qui allaient tout juste passer à table. Mais peu importe, sur tous le visage se retrouvaient ce même mélange entre la curiosité et l'inquiétude.
Hermione se leva, profitant pour rendre le petit Teddy à ses parents qui se blottit immédiatement dans les bras de son père.
Elle s'avança où elle serait la plus visible pour tous, récupérant au passage ses parchemins de notes, que George avait récupéré de ses mains et posé sur la table.
Malgré l'eau qu'avait put lui donner Molly, sa bouche restait pâteuse, et peu encline à laisser les mots s'échapper. Ce n'était pas de sa faute, elle se répugnait à gâcher l'espoir, et tout le travail de reconstruction que les braves gens devant elle avaient entreprit à la force de leurs larmes et de leurs sourires brisés par une guerre qu'ils n'avaient pas choisi.
Elle croisa le regard du nouveau Ministre de la Magie, qui se voulait encourageant. Puis les lèvres pincées de son ancien professeur de Métamorphose, qui, sans être aussi expressive que Kingsley, lui renvoyait les mêmes sentiments.
Inspiration. Expiration. Elles commença.
"- Bon et bien... Je suis désolée de vous avoir tous dérangé si tard, mais vous vous doutez bien qu'il y a une raison à cela. ... Voilà, ils se trouvent qu'il y a quelques semaines, McGonagall est venu me trouver pour... "
Elle entreprit de leur raconter toute l'histoire, les Cahiers Perdus, les Sibylles, les recherches qu'elle avait mené, et les runes qu'elle avait dut déchiffrer avec une certaine difficulté. Ils l'écoutaient tous avec une attention non feinte, et Hermione ne pouvait que se délecter de la facilité de ses propos. Ce qu'il disait pour l'instant, c'était simple, ça allait encore. Mais viendrait le moment où elle devrait expliquer le pourquoi de leur présence, ce qu'elle redoutait plus que tout...
"- Les... Au fil de mes traductions, je suis tombé sur des prophéties plus qu'inquiétantes... Ecoutez... Je ne sais pas vraiment comment vous le dire ou vous l'annoncer mais... Les Sibylles ne se sont jamais trompées alors... Il y a de fortes chances pour que les jours que nous vivons soient nos derniers jours."
Murmures dans la salle.
"- Co-Comment cela ?
- Les... Les Sibylles ont prédit la fin des sorciers à l'aube du XXème siècle..." une unique larme roula sur la joue d'Hermione. Hermione la forte combattante, Hermione l'insoumise qui ne se laissait jamais abattre. Et cette larme, elle était probablement encore plus poignante que les mots de sa créatrice.
Autour d'elle les gens s'échangeaient des regards, de plus en plus emplis de la panique grandissante qui semblait les atteindre comme une fièvre.
McGonagall resta impassible.
"- Dites nous en plus Miss Granger je vous prie...
- Je... Bien Professeur... Le problème c'est que les prophéties restent assez floues, particulièrement celle-là. Sans compter que les Sibylles utilisaient une langue antique, aussi vieille que le monde ou presque, et qu'il est très compliqué de trouver des équivalences dans nos langues modernes." elle s'arrêta un instant, semblant chercher ses mots, relire ses notes. " Enfin... Je... De ce que j'ai put traduire... Il s'agirait d'une sorte de... Machine. Une Machine qui fonctionne avec un rituel sacrificiel complexe ou quelque chose du genre. Une fois actionnée, elle... Elle semble être une arme de destruction massive conçue pour réduire au silence un peuple entier."
Silence de mort.
"- Et... Miss Granger ? Vous êtes sûres de ce que vous avancez ? Vous êtes sûres que cette... Machine peut vraiment anéantir le Monde Sorcier ?
- Je... Oui, j'en suis sûre...
- Comment ?
- Parce que... Il s'avère que les Sibylles avaient prédit leur déchéance... Et, de toute évidence... C'est cette Machine qui les a toutes tuées. "
