Helloooo~

Je sais je sais, ce chapitre s'est fait attendre. J'ai évidemment de bonnes excuses. La première c'est que mon PC est mort (R.I.P chéri T.T tu resteras toujours dans mon coeur), et la deuxième c'est que j'ai déménagé et que j'étais en vacances ! Donc sorry not sorry.

Je n'ai pas grand chose à dire ici, si ce n'est que ce chapitre est relativement court comme le prologue, il y aura plus de longueur pour les prochains si vous aimez cette histoire. Voilààà ! Bonne lecture !

Kiwi


Chapitre 1

Like the Cool Kids

"Taking pictures is savoring life intensely, every hundredth of a second."
— Marc Riboud


Quelques jours après l'inauguration de son exposition, Victoria sortit d'un Starbucks, gobelet chaud en main. Elle regarda la montre à son poignet et découvrit qu'il lui restait un peu plus d'une demi-heure à tuer avant de rencontrer le journaliste qui désirait l'interviewer. D'ici là, elle avait le temps de flâner sans être prise par son téléphone qui ne cessait jamais de sonner. Pour s'occuper, elle s'engouffra dans une immense galerie marchande. Sa première envie fut d'aller jeter un oeil dans les magasins chics qu'elle avait l'habitude de fréquenter. Les devantures étaient attrayantes et les vitrines semblaient l'appeler. Elle fit un pas dans leur direction. Mais, après mûre réflexion, la blonde se rendit compte qu'elle aurait l'air fine avec une dizaine de sacs sur les bras quand elle arriverait à son rendez-vous. Elle se connaissait… elle ne pourrait pas s'en empêcher. Autant éviter toute tentation.

Tournant d'un quart de tour, le regard de la jeune femme se posa sur la façade en bois verni d'une grande librairie. Cela l'interpella sans même qu'elle n'y songe vraiment. A quand remontait la dernière fois où elle s'était abandonnée dans les pages d'un livre ? Plusieurs semaines ? Plusieurs mois ?... Entre son travail et ses voyages, la photographe n'avait eu que très peu de temps pour elle ces derniers temps. Elle se demanda alors quelles étaient les lectures en vogue du moment ? Quel auteur faisait rêver les nouvelles générations de lecteurs ? Et quels étaient les derniers prix littéraires ?

Décidée à s'occuper jusqu'à l'heure de son rendez-vous, Victoria pénétra dans la boutique. Sa curiosité alertait ses sens. Son esprit, en soif de vagabonder parmi les rayonnages de papier, lui fit revivre ce sentiment scolaire désireux d'apprendre comme lorsqu'elle étudiait à la bibliothèque de Blackwell. Du plus loin qu'elle se souvienne, elle avait toujours aimé lire, même si elle en avait un peu perdu l'habitude dernièrement de par son travail. Les livres l'attiraient. Ils dégageaient un caractère sacré, éternel, un puit sans fond de connaissances qui remplissait son âme sans jamais pouvoir assouvir ses désirs. Et suivant son instinct, l'héritière Chase se retrouva en un rien de temps dans le rayon « autour du monde ». Tout se passa en un claquement de doigts. Sans même qu'elle ne s'en rende compte, elle avait déjà entre les mains un ouvrage assez volumineux qui rassemblait les clichés de jeunes talents encore méconnus. Victoria se mit à tourner les pages lentement et respectueusement, ses doigts détourant les clichés aussi divers que variés. Elle n'était jamais passée par cette phase. Elle avait débuté avec le titre de sa famille qui dirigeait de grandes galeries d'art à plusieurs endroits du pays avant de s'en défaire pour n'être personne. Puis, elle avait réussi. Elle était devenue Victoria Chase, grande photographe contemporaine. Certains disaient même qu'elle allait marquer le XXIème siècle.

- Ça y est, tu l'as ?

- Oui ! J'ai trop hâte de le lire !

- J'ai lu que de bonnes critiques sur internet. Allez, je vais le prendre aussi !

Interloquée, Victoria observa du coin de l'œil, deux adolescentes qui avançaient d'un pas pressé vers les caisses, chacune un livre affectueusement serré dans les bras. Depuis sa position, il lui était difficile de lire le titre de l'ouvrage. De toute manière, en vue de l'âge des deux individus, elle devina sans peine que cela devait être une histoire d'amour tirée par les cheveux à la Twilight. Autant dire, pas vraiment sa tasse de thé, pas même à l'époque où elle se laissait guider par ses hormones et les effets de mode.

- Hé, mec, tu as entendu parler de ce bouquin ?

- Quoi ?... Non, c'est un truc pour nana, ça !

- N'importe quoi ! C'est super à ce qui paraît. En plus, ça se passe à Arcadia Bay.

Cette fois-ci, ce furent trois jeunes hommes, certainement des étudiants, qui se dirigèrent vers les vendeurs pour régulariser leur achat. Bien que ne pouvant voir la couverture dans son intégralité, la blonde remarqua tout de même que le livre était de la même couleur que celui qu'avaient pris les adolescentes un peu plus tôt.

Un livre multigénérationnel ? se demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

N'était-elle pas venue pour voir les lectures en vogue du moment ?... Elle se mordit la lèvre, hésitant à suivre sa curiosité. Le pour et le contre s'entrechoquèrent dans son esprit le temps d'un éclair. Elle avait l'impression de faire quelque chose d'interdit pour les adultes - célèbres - comme elle... mais son instinct fut plus fort. Elle finit par céder en se disant qu'il était bien d'en avoir le cœur net. Elle ne faisait de mal à personne et si elle faisait vite, peut-être qu'elle ne croiserait aucune de ses connaissances. Elle s'élança donc dans la direction d'où les jeunes gens lui avaient semblé provenir en regardant tout autour d'elle. Le rayon fantastique... Pourquoi Victoria n'était-elle pas surprise ? (elle avait peut-être fait une erreur en suivant son instinct finalement). Mais, elle ne laissa pas ses préjugés l'arrêter et s'avança jusqu'à un présentoir qui empilait des livres d'une seule et unique auteure : Life is Strange. À contrecœur, la blonde devait admettre que le titre était tout aussi accrocheur qu'intrigant. Sur la couverture, le cliché d'un polaroid représentant une adolescente au regard droit et déterminé attirait le regard alors que, tout autour de la photographie, divers lieux clés d'Arcadia Bay étaient dessinés dans un style croquis-crayonné. Sans qu'elle ne s'explique la raison, cela lui fit penser à une sorte de journal intime ou de carnet de voyage avec des fausses taches d'encre et des traits mal définis. Victoria retourna le livre.

Le résumé dévoilait l'histoire d'une jeune étudiante à Blackwell qui, du jour au lendemain, recevait un don bien particulier : celui de remonter le temps. La jeune fille en question devait faire des choix, porter la lourde responsabilité qui pesait sur ses épaules et apprendre à trouver un équilibre entre le bien et le mal qui ne semblait pas toujours évident. La riche héritière hésita un instant. Ce n'était pas du tout son genre de lecture. Elle préférait largement les livres historiques ou autobiographiques de personnes pouvant lui donner une réelle leçon de vie, et pourtant, son cœur balançait. Quelque chose l'attirait vers ce bouquin à l'aspect plutôt simple. Elle l'observa encore, comme si la réponse allait soudain surgir d'entre les pages.

Tu fais ta crise d'adolescence à 26 ans, ma vieille ? se moqua une voix au fond d'elle. Fais gaffe, les pulsions hormonales c'est mauvais pour la peau.

Et aussi... si elle tombait sur une ridicule histoire pour gamins ? C'était possible ! Y avait-il de précisions quant à l'âge cible quelque part ? Rapidement, elle se mit à tourner le livre entre ses mains à la recherche d'informations, mais alors qu'elle ouvrait la dernière page, le rabat de la quatrième de couverture lui fit l'effet d'un soufflet. Victoria chancela comme si son coeur venait de lâcher. Sur la tranche en plastique, il y avait une petite autobiographie de l'auteure accompagnée d'une photo. C'était elle. C'était l'inconnue qui était venue à son exposition quelques jours plus tôt. Celle que la blonde avait identifiée comme étant...

- Et merde ! pesta Victoria en scrutant l'heure à sa montre. Je vais être en retard !

Sans plus réfléchir, cette dernière se dirigea vers les caisses avec sa trouvaille. Elle était bien trop intriguée par le livre et celle qui l'avait écrit pour en rester là.

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- C'était d'un barbant ! s'exclama Victoria en rentrant dans son appartement.

Téléphone coincé entre sa joue et son épaule, elle referma la porte derrière elle du bout du pied. Puis, elle retira ses talons qu'elle jeta négligemment dans l'entrée. Elle déposa le sac de la librairie sur le comptoir qui séparait le salon et la cuisine avant d'attraper un verre dans le placard.

- Ce ne devait pas être si terrible que ça. Tu fais ta Drama Queen, là.

- Nate ! soupira la blonde avec exagération. Le journaliste était plus intéressé par notre relation que sur le succès de mon exposition.

- Outrage !

- Je t'entends rire, tu sais !

La jeune femme se mordit les lèvres pour ne pas accompagner son ami dans son hilarité. Certes, elle était contrariée par la situation, furieuse même, mais son camarade arrivait toujours à lui arracher un sourire. Le plus agaçant est qu'il était parfaitement conscient qu'il avait ce pouvoir. Mais, par fierté, elle n'allait pas lui offrir une victoire facile. Alors, pour laisser sa dernière phrase s'abattre telle la foudre, elle garda le silence et se servit de la limonade.

- Bon, d'accord. Cet idiot a peut-être un peu dénigré ton travail, reprit-il. En même temps, c'est le troisième magazine qui t'interviewe. Il cherchait vainement du croustillant pour devancer les autres. Tu ne peux pas lui en vouloir… surtout que je suis un bon parti !

- Ce n'est pas une raison, grommela Victoria après une petite gorgée rafraîchissante.

- Et si je fais fermer boutique à la maison d'édition, tu arrêteras de bouder ?

Cette fois-ci, l'héritière Chase laissa échapper un petit rire. C'était plus fort qu'elle, le côté canaille de son ami l'emportait toujours. Et le pire dans toute cette histoire était qu'elle le savait capable d'un tel acte rien que pour lui faire plaisir. Nathan était ainsi, impulsif et surprotecteur, du moins avec ses proches. Bien que maladroit, il avait un cœur gros comme une montagne. Jetant un rapide coup d'œil à l'horloge dans sa cuisine, la blonde remarqua qu'il était bientôt dix-huit heures. La fatigue la saisit rien qu'à l'idée de devoir passer sa soirée parmi une foule de personnes qui chercheraient à accaparer son attention.

- Tu ne viens vraiment pas ce soir ? supplia-t-elle presque au téléphone.

- Tu sais très bien que ce soir, mon père et moi, nous devons rencontrer ses plus vieux associés. Autant te dire que j'aurais préféré me retrouver à l'œuvre de charité de tes parents !

- Volons un bateau et quittons Arcadia Bay !

Nathan éclata de rire à l'autre bout du fil.

- Ce n'est pas censé être moi le plus impétueux de nous deux ? En plus, le temps que Madame choisisse quel yacht elle veut dérober pour aller avec la couleur de sa robe, la police sera déjà là pour nous coffrer.

- On ne coffre pas Nathan Prescott, railla Victoria avec un sourire en coin.

- Excuse-moi, pour une fois que je voulais me montrer solidaire.

La photographe roula des yeux même si son interlocuteur ne pouvait pas la voir. Ils échangèrent encore quelques piques et banalités avant de raccrocher. C'était leur petite routine. Il ne se passait jamais un jour sans que l'un ait des nouvelles de l'autre. Et tous les deux jours, ils s'appelaient au moins une fois pour raconter les derniers potins de vive voix. Du moins, quand leur emploi du temps les empêchait de se croiser, ce qui était rare, car ils faisaient partie du même milieu.

Un dernier coup d'œil à l'horloge et Victoria fonça dans sa chambre pour se préparer à la longue soirée qui l'attendait. Parfois, elle se disait que de vivre une existence simple et anonyme devait être bien plus reposant.


Traînant des pieds jusqu'à sa cuisine, Victoria alluma sa machine Nespresso. Son horloge annonçait huit heures du matin tandis qu'à l'extérieur, la vie citadine commençait à s'éveiller et à s'émouvoir. Baillant à s'en décrocher la mâchoire, la blonde ignora le bruit des voitures qui passaient pour se focaliser sur la liqueur noire qui s'écoulait lentement et lui promettait un véritable réveil. Ça et une bonne douche. Attrapant sa tasse fumante, Victoria s'installa sur l'une des chaises hautes près du comptoir. Elle se sentait épuisée par toutes les réceptions auxquelles elle avait dû atteindre et ses responsabilités. Et pourtant, pour rien au monde, elle n'aurait échangé sa place. N'était-ce pas cela le bonheur ? La réussite sociale et professionnelle ? Que pouvait-elle demander de plus ?

Les yeux de la jeune femme se posèrent sur le petit sac portant le logo de la librairie. Seigneur, cela lui était complètement sorti de la tête ! Cette dernière semaine, elle n'avait fait que de passer en coup de vent à son appartement. Soit pour se changer, soit pour s'écrouler de fatigue dans son lit. Sans plus attendre, Victoria se saisit du livre où elle put encore fixer longuement la photo de l'auteure. Un regard océan magnétique, des cheveux mi-longs châtains et une expression si particulière.

- Rachel Price, lut-elle avec un air dubitatif. Ce n'est pas ton véritable nom.

Pourquoi avoir choisi ce nom de plume ?... Irrémédiablement, la blonde songea à son ancienne camarade de classe qui était portée disparue... Rachel Amber... Une personne qu'elle ne pourrait jamais oublier même si elle le désirait.

Curieuse, Victoria se leva d'un bond et rejoignit son salon où son ordinateur portable reposait sur la table basse. Une fois qu'il eut démarré, l'héritière Chase s'empressa de taper le nom de l'écrivaine dans la barre de recherche. Étonnamment, il n'eut pas beaucoup d'articles à son propos. Life is Strange était son premier ouvrage sorti il y avait quelques mois de cela. D'abord passé inaperçu, il connaissait désormais un succès grandissant, autant chez les jeunes que chez les adultes.

La photographe se redressa vivement en découvrant l'annonce de la plus grande librairie de la ville : « Rachel Price en dédicace chez nous ! Venez nombreux ! » Lorsque Victoria vit que la date énoncée était celle d'aujourd'hui, son cœur se mit à tambouriner dans sa poitrine.

Shit.

C'était trop beau. L'univers devait lui envoyer des signes à ce niveau-là. Et si l'occasion était inespérée, c'était la possibilité de faire lumière sur l'identité de cette écrivaine qui était venue à son exposition. C'était maintenant ou jamais... La décision ne fut pas difficile à prendre. Elle fonça dans la salle de bain.


A suivre...