Bonjour à tous.

Je ne voulais pas en arriver là, mais aujourd'hui je pousse mon gros coup de gueule parce que je commence sérieusement à en avoir marre. Je ne compte plus le nombre de message privés que je reçois me disant ouvertement "Tu veux pas arrêter Life is Strange pour réécrire sur FF XIII ?", "Le FLight c'est carrément mieux que le Chasefield", "Lightning est supérieure à tout surtout à Victoria". STOP ! I'M DONE !
J'écris ce que j'ai envie d'écrire. Vous aimez Lightning et Fang, changez d'auteur, parce que je ne suis pas prête d'en réécrire. Ca sert à rien de comparer mon style littéraire de maintenant à celui d'avant pour me faire culpabiliser sur le fait que j'écris moins bien ou peu importe. J'adore les personnages de FF XIII mais cette période de ma vie est terminée, je veux que vous respectiez cela et que vous ARRÊTIEZ de dénigrer Victoria et Max.
Ce genre de commentaires me donnent simplement envie d'arrêter d'écrire, ou plutôt d'arrêter de poster mes fictions en ligne. Je vous rappelle que j'écris pour mon propre plaisir et que je partage mes histoires pour VOUS faire plaisir, VOUS faire rêver et partager ma passion avec VOUS. Si vous n'êtes pas content et si vous continuez vos critiques gratuites et sans intérêt, sachez que ce chapitre sera le dernier.

Voilà.

Sur ce, je souhaite une bonne lecture aux gens qui ont envie de lire du Maximum Victory. Les autres, je ne vous retiens pas.

Kiwi


Chapitre 3

From the Past with Love

"It's one thing to make a picture of what a person looks like; it's another thing to make a portrait of who they are."
— Paul Caponigro


Quand Victoria poussa la porte pour pénétrer dans le Coffee Roasters, Mark Jefferson l'attendait déjà. Il se tenait à quelques mètres de l'entrée, les jambes croisées, assis autour d'une petite table basse avec décontraction. Il lui apparut fidèle au souvenir qu'elle avait gardé de lui en tant qu'enseignant à Blackwell. Un homme qui savait ce qu'il voulait et qui l'obtenait toujours grâce à son statut et son charme indéniable. Victoria s'avança légèrement dans sa direction, une boule au ventre qui n'avait pas lieu d'être. Il ne l'avait pas encore remarqué, sa tête tournée en direction de la carte entre ses mains. Paisible, dans son apparente décontraction, Il étudiait le menu derrière ses épaisses lunettes rectangulaires et la blonde profita de cet instant d'anonymat inopiné pour l'observer discrètement.

Jefferson restait Jefferson. Même avec huit ans en plus. C'était presque surprenant de voir qu'il avait si peu changé au niveau de son style vestimentaire assez académique. Toujours charismatique dans ses chemises blanches ouvertes sur pantalons noirs, elle remarqua tout de même que les années avaient commencées à marquer son faciès séduisant. De légers sillons s'étaient dessinés autour de ses yeux marrons et un léger grisonnement de ses cheveux venaient désormais transformer sa chevelure d'ébène. Sans surprise, cela lui donnaient un charme plus mature, plus sage et plus expérimenté comme un grand vin arrivant à maturité. Il avait gagné en prestance et Victoria put remarquer que plusieurs filles dans le coffee shop l'observaient à la dérobée – de manière très peu discrète –, attendant le bon moment pour venir engager la conversation.

- Intéressant comme lieu de rendez-vous, le salua Victoria en s'arrêtant face à la table.

Elle connaissait le Coffee Roasters de réputation. C'était un coffee shop un peu trendy pour les amateurs de lieux insolites et d'endroits calmes où se poser. Ses boiseries brutes et pourtant raffinées dans leurs nervures se couplaient à un style urbain un peu intime. Les quelques clients qui occupaient les canapés rembourrés étaient vêtus selon les dernières tendances et discutaient à mi-voix, préservant la quiétée de l'ensemble. Et si, l'odeur entêtante de café en grain des quatre coins du monde donnait un petit air prétentieux et réservé, il n'en restait pas moins appréciable.

- Victoria, lui sourit Mark en se redressant pour l'accueillir comme il se devait.

- Mais je ne devrais pas être surprise par ce choix qui sied étrangement ta personnalité.

Il s'avança juste assez pour la serrer rapidement dans ses bras et lui proposer un fauteuil en cuir. Puis il se rassit, son sourire ne quittant pas ses lèvres.

- Est-ce que j'entends une forme de reproche ? Demanda-t-il à sa critique des lieux.

- Pas vraiment, disons plutôt que je n'étais jamais venue ici.

Son regard survola le comptoir en bois et les fauteuils imitation Louis XV.

- Cet endroit est tellement rétro que je suis presque sûr qu'ils n'ont même pas leur propre site internet afin de rester en marge de la société.

- Ouh, touché, rit son ancien professeur en s'installant un peu plus confortablement. Mais si j'étais toi, je ne me moquerais pas trop de ce genre d'endroits. Les coffee shop de ce genre sont en vérité un hommage aux gentilshommes britanniques du XVIIIème siècle, la sermonna-t-il gentiment, son ton ayant recouvré celui d'un homme habitué à parler devant une audience. (il écarta légèrement les bras pour inclure l'ensemble de l'établissement) Le café, en tant que boisson, autant que l'endroit où on le savoure à petites gorgées, a toujours représenté la sophistication de la noblesse. Et aujourd'hui, il a gardé cette image forte et prestigieuse. Les coffee shop sont la consécration d'un savant mélange entre les boudoirs privés, les bibliothèques universitaires d'Oxford et les quartiers chics de Londres ou Manchester. Il ne faut pas dénigrer les hipsters, ma chère Victoria, ils portent les stigmates de l'histoire londonienne, termina-t-il dans un nouveau sourire.

- C'est que tu me rendrais presque nostalgique de tes cours d'Histoire, s'amusa-t-elle face à son hochement de tête qui acceptait sa réticence. J'arriverais presque à avoir un peu plus de respect pour les hipsters.

- Au moins j'aurais essayé de plaider ma cause, concéda-t-il.

Un serveur portant un t-shirt avec écrit dessus une citation de Darwin se porta à leur table pour leur demander s'ils avaient choisis. Celui qui n'évolue pas disparaît, Charles Darwin, lut Victoria du coin de l'œil, en essayant de ne pas montrer qu'elle venait de porter de l'intérêt au jeune homme. C'était cliché. Pourtant, bien qu'elle essayât de refouler ce sentiment insensé, cette phrase lui laissa un goût amer lui rappelant un peu trop bien une altercation cinq jours plus tôt. Elle secoua la tête, reportant son attention sur la carte que Jefferson lui tendait qu'elle n'avait toujours pas regardée. Ce dernier s'excusa auprès du jeune homme qui s'éclipsa discrètement en promettant de revenir dans quelques minutes.

- Tu sais ce que tu vas prendre ? demanda la blonde par-dessus sa lecture.

- Ca va dépendre de toi, répondit-il honnêtement.

Elle baissa sa carte en haussant un sourcil.

- Ne me dis pas que tu es le genre d'homme à prendre exactement la même chose que ce que je vais choisir, répondit-elle dans un reproche à peine voilé.

- Non. Pas du tout.

Il rit de bon cœur, ce qui dévoila sa dentition parfaite et fit plisser ses yeux sombres de contentement.

- Je suis plutôt le genre d'homme à prendre une boisson alcoolisée si la fille qui m'accompagne en prend une également. Sinon, j'opterais pour un simple café colombien, argua-t-il, son regard de prédateur redessinant les traits fins du visage qui lui faisait face.

Victoria, loin de se laisser démonter bien que légèrement mal à l'aise par ce soudain intérêt physique, croisa ses bras avec sa confiance habituelle. Son ton se fit railleur quand elle reprit :

- Et tu vas essayer de me le vendre en me disant que c'est le meilleur café de la ville, qu'ils arrivent à broyer les grains avec une expertise scientifique héritée de 1750 ?

- Hahaha, j'aimerais bien, mais je n'en ai aucune idée.

- Dans ce cas, je vais prendre un cappucino, termina-t-elle comme assurant sa victoire sur cette joute verbale. Avec un supplément chocolat.

.

Leur rendez-vous se termina plusieurs heures plus tard quand la nuit commença à tomber sur Arcadia Bay. Victoria, consciente qu'il se faisait tard, expliqua à Jefferson qu'elle devait rentrer et celui-ci se proposa de la raccompagner. C'est ainsi qu'elle se retrouva assise sur le siège passager dans sa berline noire, à discuter de leurs derniers projets photographiques en cours.

- D'ailleurs, lança Mark sur le ton de la conversation, si ça te dit, on peut faire un rapide crochet par chez moi pour que je te montre mes dernières photographies. Je te préviens tout de suite, c'est de l'inédit. Je ne les ai dévoilées à personnes encore…

- Sérieusement ? S'étonna-t-elle, sincèrement flattée.

- Pour tout dire, je les ai faites développer et imprimer en début de semaine. Elles rejoignent un projet secret que j'ai de longue date.

Victoria lança un long regard surpris pendant plusieurs secondes, puis se sentie tentée par la proposition du brun qui gardait ses yeux fixés sur la route. Avoir une avant-première sur un projet de Mark Jefferson tenait de l'occasion d'une vie à ne pas manquer.

- C'est une proposition que je ne peux pas refuser, admit-elle avec un respect mêlé de curiosité. Je sais que ce n'est pas un scoop vu que tu m'as eu comme élève pendant plusieurs mois, mais… J'ai toujours beaucoup aimé ton travail. Surtout celui en noir et blanc sur les femmes du monde.

- Dans ce cas, tu ne vas pas être déçue. Le chiaroscuro reste mon sujet de prédilection même aujourd'hui, sourit-il avec cette espèce de fausse modestie qu'elle avait déjà perçue dans sa jeunesse.

- Je me sens privilégiée alors, plaisanta-t-elle sur un ton léger.

- Je te dois bien ça après la fortune que tu as dépensé pour ma photographie aux enchères.

Victoria ne répondit pas mais se détendit dans son siège. Tournant légèrement la tête vers l'extérieur, elle admira en silence le ballet nocturne des lumières des lampadaires. Pour dire la vérité, au début, elle avait accepté ce rendez-vous avec Mark par pur esprit de contradiction avec Maxine. Elle n'avait pas réfléchit. Elle avait juste eu le besoin de le faire. Et maintenant qu'elle y pensait à tête reposée, la blonde ne savait pas pourquoi elle avait réagi si vivement à sa provocation. Pourquoi elle s'était sentie si blessée et trahie dans son vieux désir d'être toujours respectée dans les yeux de leur ancien professeur. Quelque chose l'avait vraiment énervée dans la façon dont Max avait essayé de la retenir pour finalement ne lui donner aucune explication. Elle s'était attendue à autre chose quand leurs regards s'étaient accrochés mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt sur quoi exactement.

Après coup, elle s'était confortée dans le fait que rencontrer son ancienne idole en tête à tête lui permettrait de mettre ses sentiments à son égard au clair une bonne fois pour toute. Jefferson était un pas à franchir. Une étape dans sa vie de jeune femme et de photographe. Il l'avait accompagnée dans ses débuts et elle avait besoin de savoir où elle se tenait par rapport à lui pour aller de l'avant autant personnellement que professionnellement. Et après ce rendez-vous, Victoria pouvait dire qu'elle trouvait Mark sympathique, charmant même, mais cela s'arrêtait là. Il n'y avait pas plus. Elle ne fondait plus devant lui comme elle en avait le souvenir dans sa mémoire. Elle ne buvait plus ses paroles, mais à la place arrivait à discuter avec lui comme deux personnes égales. Cependant, si elle était tout à fait honnête, elle dirait que quelque part, elle serait toujours un peu impressionnée par son talent artistique; mais elle n'arrivait pas à retrouver cette fascination qu'elle avait un jour éprouvée. Il était un bon photographe c'était certain, mais elle avait vu mieux depuis.

- On est arrivés.

La voix de Mark la tira de sa contemplation. Elle n'avait pas vu le temps passer et se demanda même si elle avait manqué la suite de leur conversation.

- J'habite au troisième étage, ici, fit-il en pointant le bâtiment qui leur faisait face. Un ami m'a prêté son studio le temps que je décide si je veux rester à Arcadia Bay ou pas.

Victoria plissa les yeux en observant la construction qui devait dater de plusieurs dizaines d'années. Elle avait beau essayer de voir au dehors, elle distinguait mal la façade défraîchie qui semblait sur le point de tomber en ruine. La lumière dans la rue était presque inexistante à cause d'un manque d'éclairage public et elle n'arrivait pas à reconnaître le quartier non plus. Son instinct la prévint cependant qu'ils devaient être non loin de la sortie de la ville à la vue d'un panneau qui indiquait le kilométrage pour atteindre le prochain village.

- Je n'aurais jamais imaginé que tu vives dans un endroit pareil… hésita-t-elle d'une voix méfiante.

- Ça reste habitable malgré les apparences. C'est même assez cosy.

La blonde se redressa sur son siège en essayant de dissimuler au mieux son sentiment de malaise naissant. Bizarrement, toute confiance en l'homme qui se tenait à côté d'elle venait de s'envoler. Elle observa le décor alentour. C'était sinistre et lugubre… Victoria avait un mauvais pressentiment. Une alerte se mit à sonner dans sa tête et en peu de temps, elle sentit son cœur accélérer de panique.

Dans un geste brusque, elle tourna la tête vers son ancien mentor pour lui demander s'il était sûr de ne pas s'être trompé, mais, à la place… elle sentit qu'on lui bloquait le bras jusqu'à se retrouver immobilisée. Elle poussa un cri de surprise qui renforça la prise sur elle puis une douleur éclair déchira sa nuque. C'était… ? Une aiguille ?... Sonnée et choquée, elle dévisagea Mark à la recherche d'une réponse. Celui-ci la fixait en silence, toute sympathie ayant quitté ses traits d'habitude si doux et séduisants. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais il la coupa en chuchotant :

- Arrête de résister, ça ne sert à rien. Ca fait huit ans que j'attends ce moment… huit ans, Victoria…

La riche héritière essaya de porter une main à sa tête pour éclaircir sa vision, mais son corps refusa de lui répondre. Elle sombrait, elle le sentait. Que lui avait injecté ?... Dans une dernière tentative de résistance, elle produisit un petit son qui mourut sans délivrer son message, puis ce fut le néant.


- Oh Victoria… Oui, comme ça… c'est bien, chuchota une voix près de son visage. Ne bouge pas, c'est parfait !

Comme répondant à un instinct primaire, Victoria essaya d'entrouvrir péniblement les yeux à l'entente de son prénom. Mais son corps refusa de lui répondre. Elle resta plongée dans le noir. L'esprit divaguant, elle se sentit étrangement engourdie, le corps fixé dans du béton… Son ombre de conscience lui répondait de loin. Très loin. Comme un écho insondable à travers une boule coton.

- Cet angle accentue ta pureté…

Un flash passa devant ses yeux, suivit d'un « clic » reconnaissable.

- Tu ne te rends pas compte l'honneur que je te fais, Victoria.

Encore ce clic.

- Tu es tellement obnubilée par ton succès que tu ne vois pas ta propre laideur, fit la voix avec un mépris mordant, Tu es… hideuse ! Hideuse malgré l'image que tu aimes admirer dans le miroir tous les jours. Je n'ai même pas les mots pour te dire à quel point tu me répugnes… Ton comportement en société, ce masque que tu portes continuellement… j'exècre les gens comme toi !...

La voix se fit plus froide, les clics continuèrent.

- Tu te complais dans la laideur de ton quotidien alors que tu caches encore une forme d'espoir au fond de toi. Mais au lieu de la laisser s'épanouir, tu t'accroches à ta vie si parfaite, une vie faite uniquement de faux-semblants, de jeu de « paraître » pour être admirée et complimentée. Sache que tu te trompes ! Cela t'enlaidi ! (il y eut une pause) Tu devrais me remercier, Victoria, je te rends cette pureté… Je te rends ta beauté.

La blonde se sentit sombrer de nouveau. Elle ne comprenait pas. Elle ne comprenait rien. Ses paupières lui paraissaient tellement lourdes, tellement pesantes... Elles retombèrent avant même de se relever complètement. C'était au-dessus de ses forces. Victoria préférait rester ainsi… plongée dans sa léthargie, à l'abri, dans son cocon. Elle percevait des sons étouffés, le sol froid contre sa joue. Etrangement, cela ne la dérangeait pas vraiment. La célèbre photographe savait qu'elle était réveillée… mais la pénombre l'appelait, l'enveloppait de son manteau aimant. Elle voulait s'y abandonner encore un peu, oublier le monde alentour…

- C'est quand il est léthargique qu'un modèle est le plus naturel, le plus honnête… il ne possède aucune vanité, il ne fait aucune pose exagérée, il offre simplement… une expression à l'état pur.

D'autres flashs. D'autres clics.

- Mon dieu… mais quel visage parfait… Oui, là tu es parfaite.

Victoria gémit douloureusement en réponse. Ces lumières à répétition la déroutaient à chacune de ses tentatives d'ouverture de ses paupières. Le cerveau bourdonnant et alourdi, elle tenta de nouveau l'effort du réveil. L'énergie que cela lui demanda sembla la vider du peu de forces qu'elle possédait. Ses yeux s'entrouvrir finalement, découvrant à la vue du monde, leur éclat d'émeraude pour discerner des formes floues et imprécises. Que se passait-il ? Où était-elle ? Victoria essaya de relever légèrement la tête pour entendre un hurlement qui lui vrilla les tympans :

- Garde cette expression ! NE BOUGE PAS !

La voix résonna dans son esprit, lui donnant le tournis à en avoir des hauts le cœur. Devant elle, ce qu'elle devinait être deux spots lumineux lui renvoyaient une lumière crue qui l'empêchait de percevoir son environnement.

- Putain Victoria ! Tu as ruiné mon cliché ! S'égosilla la voix masculine au bord de la rupture nerveuse. T'es contente ?! Espèce de sale petite garce !

Victoria arrêta de bouger. Il y eut un petit silence. Elle se sentait mal. Terriblement mal. Elle avait froid. Elle avait envie de vomir… ses muscles se mirent à trembler. Elle ne comprenait pas ce qui se passait. Le visage de Mark entra dans son champ de vision toujours flou. Il tenait quelque chose dans ses mains qu'il porta à son œil. Un autre flash suivi de plusieurs bruits de déclencheurs.

- Mais ne t'en fais pas, on a tout le temps, reprit-il sur une voix plus douce comme s'il lui confiait un secret. Du moins pour l'instant…

Il se déplaça pour changer d'angle. Victoria ne pouvait plus le voir mais elle entendit de nouveau l'appareil immortaliser son image. Quelques secondes plus tard, elle sentit une main se saisir de sa cheville pour déplacer ses jambes et lui faire prendre une nouvelle pose.

- J'ai toujours su que tu étais spéciale, Victoria, susurra-t-il à son oreille en repositionnant son profil. Cela fait huit ans que j'attendais de pouvoir compléter mon portfolio avec ton image. A l'époque déjà, tu possédais cette aura que je voulais capturer…

La blonde qui reprenait conscience de secondes en secondes se mit à trembler sans pouvoir s'en empêcher, le cœur au bord des lèvres. Mais qui était cet homme ? Qui était ce malade mental ?... Ce n'était pas le Mark Jefferson qu'elle avait connu. Ce n'était pas l'homme qu'elle avait admiré… et peut-être même aimé… C'était.. C'était un psychopathe !...

Dans les méandres de son esprit, Victoria comprit une chose : elle allait mourir ici…

Electrisé par cette pensée, elle voulut bouger mais un nouveau cri la figea dans un gémissement plaintif.

- Je t'ai dit de ne pas bouger ! Aboya-t-il avec une pointe de folie. J'ai besoin que tu respectes ma mise en scène !

- J-je…

Immédiatement, une main caressa sa joue d'albâtre dans une tendresse aimante pour incliner son visage de quelques degrés. L'héritière Chase sentit son corps se révulser à ce contact qu'elle ne put prévenir. Le dégoût envahit sa bouche et son envie de vomir se renforça à lui tordre les entrailles.

- Ah voilà, ne gigotes plus… joli !... bien bien… (la blonde essaya de relever la tête dans sa direction) Ah ! quel regard !

Les flashs et clichés se succédèrent. Et Victoria se perdit dans une lutte contre sa conscience, ses sens engourdis et la peur au ventre. Elle voulait que cela cesse… Elle voulait que tout s'arrête…

- Pourquoi ?... murmura-t-elle faiblement. Pourquoi fais-tu… ça…

Sa propre voix lui parut étrangère, et durant une infime seconde, Mark abaissa son appareil photo pour l'observer en écarquillant les yeux. Il la regarda en silence comme s'il venait de réaliser qu'elle était vraiment humaine et pas simplement un mannequin sans vie qu'il pouvait manipuler à sa guise. Il paraissait à la fois surpris et heureux mais reprit très vite ses esprits dans la forme d'un sourire fou qui se peignit de nouveau sur ses lèvres. Il s'accroupit devant elle pour se mettre à sa hauteur.

- Oh Victoria, rit-il avec une pointe de fierté. Je suis tellement content que tu poses la question. (il marqua une pause le temps de faire une photo). Pour faire simple devant ton cerveau endormi, je te dirais juste que je suis obsédé par l'idée de saisir le moment où l'innocence devient corruption. Ce passage du noir, au blanc, puis au gris… et au-delà…

Il se déplaça encore, brandissant sa caméra comme une arme meurtrière pour l'aveugler sans la moindre pitié une fois encore. L'objectif lui donna l'impression qu'on braquait un canon dans sa direction, qu'on allait appuyer sur la gâchette.

- La plupart des modèles sont cyniques, surfaits, expliqua-t-il avec sa voix calme d'enseignant, mais la blonde pouvait percevoir une flexion dans son timbre qui lui donnait la chair de poule. Ils surjouent leurs émotions sans même les ressentir… alors que quand mes modèles se réveillent – il laissa sa voix traîner, savourant ce qu'il allait dire – ils affichent tous cette expression effarouchée naturelle qui se transforme en terreur lorsqu'ils se rendent compte de ce qui va leur arriver… Une expression magnifique qui définit la nature même du genre humain.

Victoria serra les dents, les larmes au bord des yeux. Ses sensations lui revenaient lentement. Elle pouvait dorénavant sentir le scotch qui bloquait ses mains, la lourdeur de son corps qui refusait de s'évanouir. Elle aurait tellement dû écouter Max… elle aurait tellement dû l'écouter et ne jamais appeler Mark… Victoria ferma les yeux avec toute la force qu'elle possédait. Elle était terrifiée. Elle voulait croire que tout ceci n'était qu'un cauchemar et qu'elle allait se réveiller. Peut-être que si elle se le répétait, cette scène d'horreur s'effacerait et elle se retrouverait dans son lit, bien au chaud enroulée dans son drap. Elle serra ses doigts. Elle Pria. Pria. Pria. Que ça s'arrête. Que ça s'arrête, répéta-t-elle en boucle comme un mantra. Que ça s'arrête, par pitié… La voix de Jefferson continuait de lui donner des frissons. Il la tenait. C'était fini. Une main vint redresser son menton… Victoria serra les dents, pleurnichant de frayeur.

- Tu vas avoir besoin d'une nouvelle dose, tu perds de ton naturelle, commenta-t-il avec regret.

Ou alors était-ce du dégoût.

- Non… pitié…

- Ne t'inquiètes pas, tu ne sentiras rien.

- Pitié…

- Même en quittant ce monde tu ne sentiras rien. Certaines personnes te regretteront peut-être un peu, mais elles t'oublieront sitôt qu'elles auront repris leur petit train-train quotidien.

Il y eut une nouvelle pause que Mark sembla savourer et durant laquelle Victoria essaya de se débattre faiblement pour échapper à son toucher.

- Personne n'est irremplaçable, poursuivit-il. Et surtout pas une sale gosse pourrie par l'argent comme toi.

Son ton s'était refait glacial, et par réflexe, la blonde ferma les yeux de toutes ses forces, incapable de mettre son corps en mouvement… c'était la fin. Il allait la replonger dans un état second et la tuerait quand elle serait incapable de se défendre. C'était bel et bien fini. Victoria n'eut même pas le luxe de pouvoir pleurer pour évacuer sa terreur. Son corps s'était entièrement arrêté de fonctionner sous le coup de la réalisation.

- Mais ton image sera conservée précieusement. Elle entrera dans l'Histoire avec moi.

Elle allait mourir ici… Elle allait mourir ici, oubliée de tous, aux mains d'un psychopathe en qui elle avait eu un jour confiance. La blonde essaya de se calmer… d'accepter l'inévitable pour arrêter de souffrir. Elle le savait au fond d'elle… Elle n'avait qu'à arrêter de se battre, abandonner… C'était facile. Il suffisait de lâcher prise. Imaginer qu'elle était chez elle. Au chaud. Lâcher prise. Respire. S'intima-t-elle. Tu ne partiras pas en pleurant. Et elle s'apprêtait à le faire, rassemblant le peu de courage qui lui restait. Respire, et ce sera fini.

Un mouvement sur sa droite.

Respire. Encore.

Elle sentait enfin son cœur ralentir quand soudainement un bruit sourd lui parvint. Le bruit d'un choc suivi d'une chute. Puis ce fut le silence. Un silence lourd qui découvrait une tension morbide qui sembla envahir l'atmosphère. La voix s'était tue. La blonde retint sa respiration.

- Victoria !

M… Max ?

Percutée par ce timbre féminin qu'elle n'osait reconnaître, la concernée ouvrit grand les yeux. Elle avisa d'abord Jefferson étendu à côté d'elle avant de relever promptement la tête pour tomber sur la dernière personne qu'elle s'attendait à voir apparaître. Un visage si reconnaissable, doux qui en cet instant transpirait la peur, mais surtout le courage sous ses éternelles taches de rousseur. Max s'arrêta devant elle pour vérifier qu'elle allait bien et recueillir sa figure entre ses mains.

- Tu es en vie, souffla-t-elle.

Son regard possédait une lueur terrifiée ? soulagée ? Victoria ne comprenait pas.

- Maxine… chuchota la blonde en réponse, estomaquée. Max… qu'est-ce que…

Les mots lui manquaient. Son souffle lui manquait. Emprisonnée et paradoxalement libérée par les grands yeux bleus qui ne quittaient pas les siens, elle se mit à pleurer. Des larmes chaudes qui expulsaient toute sa frayeur.

- Max, répéta-t-elle, la voix entrecoupée de sanglots, je suis tellement désolée pour tout ce que je t'ai fait…

- Shhh, la rassura cette dernière en la prenant dans ses bras. Tout va bien, je suis là. Tout va bien…

- J'aurais dû t'écouter…

- Ca va, tu n'as rien. C'est le principal.

- Je suis désolée… sanglota-t-elle, l'esprit en lambeaux.

Au creux de ses bras, Max se mit à la bercer tendrement, leur corps se balançant d'avant en arrière alors que Victoria imbibait sa veste de ses pleurs qui ne s'arrêtaient plus. La main de la brune caressait ses cheveux dans un geste lent et répétitif ramenant ses mèches courtes en arrière. Elle répétait qu'il n'y avait rien à craindre, que tout allait bien. Sa voix marquée de son petit accent de l'Ouest de l'Oregon devint son univers. Sa bulle protectrice. Avec son ton posé et vierge de reproches, elle calmait les battements douloureux de son cœur… chassait la voix effrayante de Mark de son esprit terrorisé. C'était tellement apaisant après ce qu'elle venait de vivre. Victoria se serra un peu plus contre elle, en état de choc. Et Max attendit qu'elle se calme sans un mot. Son corps, fermement enveloppé autour du sien parlait à sa place. Elle était là. Victoria était sauve. Max était venue…

.

Au bout d'un moment, la respiration de la blonde retrouva un rythme normal qui fut le signe que Max attendait pour s'écarter.

- Je sais que ce que je vais te demander est difficile mais il faut qu'on sorte d'ici le plus rapidement possible, déclara la brune, toujours sur un ton calme mais autoritaire. Je vais te détacher et tu vas te redresser, d'accord ?

La photographe hocha la tête. Cela sembla suffire à son interlocutrice qui coupa ses liens à l'aide d'un ciseau posé sur une table d'appoint. Une fois libre, Victoria essaya d'écarter ses bras, mais son corps refusait toujours de lui répondre. Elle se sentait incapable de contracter le moindre de ses muscles pour se mettre en mouvements. Ce fut Max encore qui l'aida à se mettre sur ses jambes puis passa un bras sous ses épaules pour la guider vers la sortie. Arrivées dans le couloir, la petite hipster s'arrêta pour demander à la blonde de l'attendre une seconde. Elle lui fournit une prise stable contre la cage d'ascenseur, appuya sur le bouton d'appel de la machine et, sous le regard ébahit de la riche jeune femme, s'engouffra de nouveau dans l'appartement.

- Non ! Maxine…, la supplia-t-elle.

Mais la châtaine avait déjà disparu, hors de portée de sa voix faible et nasillarde. Victoria sentit la peur croître en elle de nouveau. Et si Mark s'était réveillé ? Et s'il lui arrivait malheur ?... elle voulut se redresser pour prendre véritablement appui sur ses deux jambes, une boule enserrant son estomac, mais avant qu'elle n'y parvienne, Max était de retour. Sans lui donner d'explication sur ce qu'elle venait de faire, elle repassa son bras sous ses épaules, l'obligea à prendre appui sur elle et la conduisit dans la misérable boîte en métal qui faisait office d'ascenseur. Elle lâcha simplement :

- Les flics arrivent, on a dix minutes devant nous.


Peut-être à suivre. Ca reste à décider.

PS : Pour ceux qui ont apprécié le chapitre, je voulais vous pointer du doigt à quel point le titre et la citation sur la photographie au début sont ironiques. Je vous en laisse en saisir tout le cynisme.