Hola Strangers !
Je reviens avec la suite de SLL pour un chapitre post Dark Room pas des plus joyeux (celui qui s'attendait à du bisounours, HAHAHA. Naïf). Je sais que cette fiction en est à son quatrième chapitre (sans compter le prologue), mais je voulais dire une chose qui agit de manière rétrospective : cette fiction est un combo de TOUTES mes fictions Maximum Victory. Il y a dans ce texte des références et des clins d'oeils à tous mes autres textes en ligne. Je reste persuadée que personne ne pourra en trouver tous les caméos car, je suis celle qui a écrit ces histoires et je connais mes mots et mes situations, mais si vous en repérez, mettez les commentaires, ça me fera rire.
Voilà voilà !
Bonne lecture à tous~
Kiwi
Chapitre 4
Stuck in this Loop
"You don't take a photograph. You ask quietly to borrow it."
— Unknown
Une fois qu'elles se furent retrouvées à plusieurs kilomètres de là, Victoria se détendit légèrement dans le siège passager, incapable de tenir une réelle conversation. Son cœur refusait encore de ralentir la cadence affolée par la course dans laquelle il s'était embarqué. Ses mains tremblaient de manière incontrôlable et sa poitrine, en feu, lui donnait l'impression qu'on enfonçait un pieu dans ses poumons pour le faire tourner lentement dans la plaie. Son corps n'était plus que douleur. Et il lui fallut de longues minutes à rouler dans la nuit pour qu'elle prononce enfin son premier mot :
- Merci.
La petite hipster lui répondit par un « hmm » accompagné d'un imperceptible hochement de tête qui signifiait qu'elle avait compris. Victoria retrouva son silence, serrant ses bras contre son corps dans une tentative de se protéger du monde extérieur. Elle voulait tout oublier. Elle voulait arrêter de voir cet homme penché dans sa direction, son appareil photo braqué sur son visage capturant son image alors que sa voix semblait la tuer à petit feu. Elle frissonna de plus belle, la douleur dans sa poitrine lui coupant la respiration. Elle allait mourir… elle n'allait pas y survivre. Mais alors que sa crise de panique atteignait son paroxysme, une voix plus douce l'ancra dans l'instant présent.
- Tu es saine et sauve, et tu es forte, Victoria.
Elle ne répondit rien, mais ne put s'empêcher de se concentrer sur la petite hipster.
- Désolée de ne pas être arrivée plus tôt.
- Qu'est-ce qui s'est passé là-bas ?... demanda finalement Victoria, la gorge sèche et la voix tremblante malgré son effort pour tenter de reprendre le contrôle sur son état.
La voiture dorénavant arrêtée en bas de son appartement, elle avait gardé le silence pendant tout le trajet. Elle n'osait parler que maintenant. Et Max respectait cela.
- Tu as été… droguée et kidnappée, répondit-elle avec une légère hésitation, ne sachant pas comment lui annoncer la nouvelle autrement.
- Kidnappée.
Un silence lourd de non-dit envahit l'habitacle. La petite hipster tourna la tête sur sa droite, découvrant le profil fermé à toute expression de la photographe. Elle fixait au loin devant elle, le regard vide. Sa peau ne lui était jamais parue aussi blanche, presque translucide. Ses cheveux blonds étaient complètement décoiffés, son eyeliner s'était en partie effacé. Ses traits étaient tirés et la peur semblait lui avoir fait prendre dix ans en une soirée. Victoria n'était plus que l'ombre d'elle-même.
- Si je peux te demander ça… De quoi tu te souviens ? Demanda doucement Max.
- J-je… je ne sais pas… c'est tellement confus…
Ce constat sembla l'effrayer.
- C'est pas grave, tu as besoin de rep…
- Je me souviens juste que tu m'as prévenue de rester loin de Mark… la coupa-t-elle, les pensées incohérentes. Mais… mais je n'ai pas voulu t'écouter… on était dans un café.
Elle suffoqua, le regard perdu, incapable de savoir vraiment ce qu'elle était en train de dire.
- Il était gentil… on a discuté. On a parlé photographie. Exposition. La vie en général… et ensuite il m'a proposé d'aller voir ses dernières photos inédites… et puis… je ne sais pas… je ne me rappelle plus…
Victoria s'arrêta en plein milieu de sa phrase, son corps tremblant de nouveau de manière incontrôlée. Max se rendit compte qu'elle n'aurait pas dû poser la question.
- Quand je me suis réveillée, il était là… (ses yeux se dilatèrent, semblant revivre la scène) Il était là ! Et il agissait de manière si bizarre… déglutit-t-elle, les larmes manquant de poindre. Il me… photographiait… et il n'arrêtait pas de parler. De me dire des choses horribles… de m'insulter… de me dire que j'allais mourir…
L'écrivaine n'osa pas toucher Victoria pour la rassurer. Tout contact aurait été perçu comme une attaque dans son état actuel. Son espace vital, tout son être avait été violé… mais surtout son esprit avait été salement secoué. Ses barrières mentales avaient cédées. Elle avait besoin de temps. De temps et de repos.
- Nous sommes arrivées chez toi, je vais te raccompagner jusqu'à ta porte ensuite je m'en irai, d'accord ?
Victoria acquiesça faiblement. Max aurait pu lui dire n'importe quoi, elle aurait répondu à l'affirmative. Sa tête était trop chamboulée pour penser clairement. Et la migraine qui commençait à poindre ne l'aidait pas à tenir debout. Du coup, quand la jeune auteure fit mine d'ouvrir la portière pour sortir du véhicule, l'héritière Chase l'imita comme un automate. Elle s'extirpa de la vielle Ford cabossée pour se retrouver dans le froid nocturne d'Arcadia Bay. Il n'était pas loin de quatre heures du matin. Max finit par se mettre en mouvement et Victoria la suivit de près, sa tête n'arrêtant pas de se tourner pour regarder par-dessus son épaule au cas où elles avaient été suivies. Rien que l'idée que quelqu'un pouvait se trouver dans son dos lui donnait des sueurs froides. Imaginer qu'on puisse lui sauter dessus à tout moment pour l'attaquer… la droguer... la kidnapper. Elle sentit les larmes se bloquer dans une boule dans sa gorge. Mais seul le néant et le hululement d'une chouette répondirent à ses angoisses paranoïaques. Elles pénétrèrent silencieusement dans le bâtiment moderne. Le vigil d'astreinte les salua d'un léger hochement de tête depuis sa cabine de surveillance. Il ne daigna même pas sortir pour vérifier leur identité ou inscrire leurs noms sur le registre, ayant reconnu la grande blonde aux cheveux courts de loin. Elles traversèrent donc le couloir avant d'attendre l'ascenseur du hall central. Aucune des deux n'osa briser le silence qui s'était installé. L'attente, renforcée par cette atmosphère lourde parut durer une éternité à Victoria. Elle n'en pouvait plus. Elle voulait retrouver la sécurité de son appartement, de sa chambre. Elle voulait qu'on la laisse tranquille et ne plus jamais en sortir.
Quand elle pénétra finalement dans son chez elle, la blonde jeta les clés sur le bar à l'américaine qui donnait sur sa cuisine pour aller se pelotonner dans son canapé. Max la suivit avec plus de lenteur. La petite hipster prit soin de refermer la porte derrière, d'essuyer ses chaussures sur le tapis prévu à cet effet devant une penderie remplie de talons aiguilles avant de finalement rejoindre la propriétaire des lieux au salon.
- Ca va aller ? demanda Max en s'arrêtant à hauteur du canapé sans pour autant s'asseoir.
Victoria était semi-allongée, les yeux fermés. Sa poitrine se soulevait et s'abaissait alors qu'elle essayait de respirer profondément.
- Je ne suis pas sûre que ça aille avant un moment, répondit-elle honnêtement dans un soupir.
- Tu veux être seule ?...
- Je ne sais pas… soupira-t-elle. Pas vraiment, non.
Bizarrement, elle se surprenait à faire confiance à Max. Sans raison apparente, depuis qu'elle était montée dans sa voiture, elle se sentait apaisée en sa présence. Le pire c'est qu'au fond elles ne se connaissaient pas plus que cela. Elles étaient deux étrangères qui avaient eu quelque cours en commun dans une école d'art et qui ne s'étaient jamais vraiment parlées. Pourtant, l'idée qu'elle s'en aille et la laisse seule, terrifiait la riche héritière. Victoria voulait qu'elle reste avec elle. Elle voulait qu'elle soit là et qu'elle lui parle sans avoir à la supplier.
- Je suis désolée pour ce qui s'est passé, Victoria… Vraiment. J'aurais aimé que ça se passe autrement dans cette réalité.
Victoria arrêta ses exercices de respiration pour se figer. Outre le fait que le « je t'avais prévenue » semblait flotter dans l'air, quelque chose d'autre la fit tiquer. Elle avait déjà eu ce sentiment étrange qu'elle n'arrivait pas à comprendre. Ce sentiment qui s'était manifesté à deux reprises depuis qu'elle avait croisé Max à son exposition de photos. La première fois quand elle lui avait adressé la parole au Chase Metropolitan et la seconde lors de la dédicace. Ce sentiment qui lui assurait que la brune en savait bien plus long que ce qu'elle n'en disait… Victoria rouvrit lentement les yeux pour capter l'attention de la jeune écrivaine qui lui faisait face. Celle-ci n'avait toujours pas bougé, se tenant, le corps rigide à l'angle entre son canapé et sa table basse. Elles se jaugèrent sans rompre le silence qui faisait suite à cette phrase sibylline. Victoria fronça les sourcils. Un élan de frustration qui sembla voiler sa peur durant une seconde se dessina sur ses traits qui se fermèrent sans même qu'elle en ait conscience. Elle retourna sa phrase dans sa tête. De nombreuses fois. Et une question qui lui était venue lorsqu'elle se trouvait dans la voiture osa enfin faire le chemin dans son esprit :
- Comment tu savais que Mark, je veux dire… Jefferson était dangereux ?... demanda-t-elle, le regard impénétrable.
- Je ne le savais pas, répondit la brune paraissant, d'un seul coup, nerveuse. Un instinct, à mon avis.
Si elle ne sembla pas bouger, ses pupilles se dilatèrent pour remplir l'habituel bleu océan de noir. Victoria ne manqua pas ce détail. Max essayait de dissimuler une émotion qu'elle devina être un mélange de colère et de tristesse.
- Max. Ne me mens pas, s'il te plaît. Tu es venue me prévenir. Comment savais-tu ce qui allait se passer si je le revoyais ?...
Max accusa le coup en changeant à peine la répartition de son poids d'une jambe sur l'autre. Elle posa une main sur le dossier du canapé et son regard, qui pourtant la fixait toujours, lui donna l'impression de se perdre. Comme à la librairie, nota la blonde intérieurement. Ses yeux bleus se firent distants, hors de ce temps et de cet espace alors qu'elle reprenait :
- Je le trouvais déjà bizarre quand on était à l'école… il avait une manière flippante de fixer les filles dans la classe, et… je ne sais pas si tu te rappelles mais il avait aussi une manière bizarre de faire des photographies où ses modèles semblaient se soumettre à lui. 'fin, je ne le sentais pas, c'est tout, répondit-elle, le regard ailleurs et le ton évasif.
Victoria la fixa plus intensément encore, essayant de passer outre son voile de taches de rousseur qui semblait garder des informations primordiales dans l'ombre. Elle essaya de percer le secret de ses prunelles nébuleuses.
- Et qu'est-ce que tu faisais là ? Comment as-tu fait pour me retrouver ?
- Je t'ai suivie.
La riche héritière ne s'attendait pas à une réponse aussi franche et haussa les sourcils, surprise. Max lâcha un petit soupir en retour.
- Je savais que tu irais à l'encontre de mon avertissement vu comment s'est terminée notre discussion lors de notre dernière rencontre, avoua-t-elle en finissant par s'asseoir dans un fauteuil en cuir. Pour le reste, il m'a suffi de faire un tour au Chase Metropolitan pour avoir accès à ton agenda.
- Mon agenda est dans mon bureau fermé à clés, précisa la blonde avec un ton accusateur qui incitait à la confession d'un crime.
- Peut-être, mais sache que ta stagiaire en communication est très bavarde.
Encore une réponse courte et expéditive. Elle ne fait que cela, songea la blonde légèrement frustrée. Un silence qui dura à peine une poignée de secondes traversa l'espace qui les séparait. Victoria refusait de lâcher prise.
- Tu as fait parler ma stagiaire… ? Reprit-elle en arquant – avec un air hautain – un de ses sourcils parfaits.
- J'ai utilisé mon statut d'auteur.
- Tu lui as dédicacé un livre et elle t'a tout dévoilé ?...
- Non, je lui ai fait croire que je voulais engager une photographe pour un shooting professionnel, à savoir toi, pour couvrir l'évènement de mon prochain livre. On a ensuite essayé de négocier une date et elle m'a parlé de tous tes créneaux disponibles… et donc ceux qui ne l'étaient pas.
Victoria observa la brune dans une ébauche de sourire qui pourtant était loin de revêtir sa chaleur habituelle.
- Je serais presque impressionnée. Presque. (elle marqua une pause) Et… tant qu'on y est… Je suis désolée de t'avoir crié dessus la dernière fois… lâcha-t-elle d'une voix presque inaudible. C'était débile… je ne sais pas ce qui m'a pris.
- Ca va, je le méritais, je pense.
- Non. J'ai passé mes nerfs sur toi à ce moment-là. C'était déplacé.
Max esquissa un sourire à la fois triste et attendri que Victoria eut à peine le temps d'apercevoir avant de replacer un bras en travers de ses yeux. L'atmosphère se détendit légèrement et la photographe en profita pour expirer lentement l'air de son ventre, répétant le procédé à plusieurs reprises. Parler lui faisait du bien. Etre chez elle, en sécurité, lui faisait du bien. Maxine lui faisait du bien… Elle ne disait pas grand-chose, mais sa présence et ses gestes presque délicats la rassuraient. Les yeux fermés, Victoria essaya de visualiser la jeune femme qui se trouvait dans son salon. L'image lui apparut rapidement avec une limpidité surprenante. Max était légèrement plus grande que dans ses souvenirs, les cheveux dorénavant attachés au lieu de leur habituelle courte ondulation naturelle. Par contre son visage n'avait pas changé si ce n'est cette expression dépressive qui marquait son regard comme une marée noire aurait entaché l'océan pour détruire toute vie sur son passage.
- Je ne pensais jamais te revoir, Maxine. Enfin, depuis qu'on a quitté Blackwell, je veux dire.
Victoria reprit la parole sans même s'en rendre compte, disant à haute voix les pensées qui traversèrent son esprit. Elle avait besoin de parler pour se débarrasser de ce poids qui écrasait sa poitrine et rendait sa respiration difficile. Les drogues avaient beau faire encore effet, annihilant ses sens, la panique arrivait tout de même à se frayer un chemin dans sa cage thoracique.
- Ca me paraît si loin cette période, répondit Max d'une voix égale.
- Huit ans.
- J'ai l'impression que ça remonte à plusieurs siècles.
Victoria retira le bras qui cachait sa vue pour ramener son regard sur sa sauveuse, assise dans son fauteuil. Pendant quelques secondes, sa vision resta trouble, conséquence de la pression qu'elle avait exercée sur ses paupières. Lorsqu'elle se stabilisa, elle capta le regard océanique qui lui faisait face. Sans qu'elle ne puisse faire quoique ce soit pour y résister, il l'embarqua instantanément dans une envolée aux multiples nuances de bleu. Victoria perdit pied un moment qui lui sembla à la fois durer une éternité et à peine un centième de seconde. Il y avait quelque chose de tellement triste, de tellement solitaire dans ces iris ternis de tout éclat de vie.
- Je me rappelle que tu as brusquement quitté l'école, lâcha Victoria, malgré elle.
Sa langue, entraînée par sa curiosité, avait été plus rapide que sa pensée.
- Oui.
- Pourquoi ?... osa-t-elle demander, presque timidement. Tu aimais la photographie au moins autant que moi si je me souviens bien.
- Certaines choses étaient difficiles à gérer.
Au vue du nouveau voile de mélancolie qui traversa le visage de Max, l'héritière Chase comprit qu'elle n'obtiendrait encore une fois rien de plus. Elle avait beau vouloir respecter le silence de Max, ce petit jeu commençait à l'agacer malgré elle. Elle faisait des efforts alors qu'elle ne se sentait pas bien et la brune continuait à jouer la mystérieuse.
- Et dire qu'on était rivales à l'époque. Qui aurait cru qu'on se retrouverait dans de telles circonstances des années après ? ajouta-t-elle en essayant d'aviser la réaction de son opposante.
Max resta songeuse, se contentant d'un petit « hum » approbateur. Comme lors de la dédicace, elle refusait de répondre véritablement aux questions et trouvait des esquives dans des semblants de vérités. Victoria se renfrogna pour de bon. Elle ne s'expliquait pas sa réaction. Max était venue la sauver – avec des raisons plus que douteuses – et maintenant, elle agissait comme si elles n'avaient rien en commun toutes les deux. Elle était là, bien présente physiquement mais ne partageait rien avec elle. Il fallait lui arracher les mots de la bouche et cela commençait à la fatiguer.
- Tu sais… Si je t'emmerde avec mes questions, dis-le ! Parce que je commence à en avoir marre de parler toute seule.
Aussitôt le regard de la petite châtaine revint dans sa direction.
- Non, ce n'est pas ça…
- Dans ce cas c'est quoi ? protesta la blonde, perturbée par ses émotions qui s'entrechoquaient.
Sa colère, sa peur, son incompréhension et sa fatigue commençaient à former un cocktail explosif.
- Dis-moi ce que c'est, parce que je ne comprends pas à quoi tu joues là…
Son ton prit en ampleur. Victoria se redressa en position assise. Elle avait besoin de soutien en cet instant. Elle avait besoin d'être rassurée, d'entendre le son de la voix de la châtaine pas de subir son indifférence qui la transperçait comme une lame diablement bien aiguisée. Elle avait besoin de briser le mur qui les séparait… Et plus que tout, Victoria voulait comprendre. Elle voulait des réponses à ses questions pour ne pas perdre pied. Son cerveau était encore embrumé et fatigué mais elle pensait clairement.
- Vic.
- Et maintenant tu gardes le silence. Encore mieux.
Son ton monta encore d'un cran, ses joues se colorèrent sous le coup de la montée de sang.
- Pourquoi est-ce que tu refuses de me parler pour de vrai ?! Je ne suis pas une de tes lectrices qui se contente d'une miette de réponse pour se sentir honorée jusqu'à la fin de ses jours. Je suis une personne que tu as connue. Je ne t'en demande pas des tonnes, simplement la vérité !
Victoria se mit à suffoquer entre rage et frayeur. Ses émotions qu'elle avait tenté de retenir depuis qu'elles avaient quitté l'appartement de Jefferson débordaient en un flot furieux. Elle n'avait plus de filtre. Sa gorge serrée, la brûlait et lui fit monter les larmes aux yeux. Elle ne comprenait pas pourquoi elle était autant énervée, mais elle ne pouvait pas s'arrêter.
- Je t'ai posé une question ! Comment savais-tu que Jefferson était un monstre ?! Comment… Comment tu savais qu'il allait essayer de me faire du mal ? Et ne me sors pas tes excuses à deux balles sur sa manière de nous regarder, tu n'écoutais jamais en cours, je m'en rappelle bien. Tu ne participais même pas aux concours de jeunes talents organisés chaque trimestre !
Son débit s'était fait aussi rapide qu'une tornade et fauchait les oreilles de Max qui restait impassible. Imperturbable. Elle se contentait de la fixer en silence. Et cela énerva encore plus Victoria qui se serait attendue à la voir se défendre.
- Pourquoi es-tu venue me sauver, Max ?! Pourquoi ?!... Tu me détestes ! Tu m'as toujours détestée ! Je le sais !
Cette vérité fut de trop. Ce fut plus fort qu'elle, Victoria craqua et fondit en larmes.
- Tu me détestes…
Ramenant les mains sur son visage pour y déverser toutes ses émotions, elle se recroquevilla sur elle-même. Elle en avait marre. Elle se sentait tellement vulnérable et perdue… Elle voulait oublier la voix qui lui avait promis une mort rapide. Elle voulait oublier ce photoshoot malsain qui lui retournait les entrailles… Mais alors qu'elle perdait la notion de réalité autour d'elle, deux bras l'enveloppèrent avec force. La prise la surprit, mais elle n'eut pas le temps de réagir qu'un corps chaud et réconfortant entrait en contact avec le sien. Max passa ses bras autour de ses épaules avec une légère fermeté pour ramener sa tête au creux de son cou. Chamboulée, Victoria se laissa faire, se laissa attirer contre elle sans chercher à résister. Les larmes ruisselaient sur ses joues sans pouvoir s'arrêter. Le flot semblait ne plus vouloir se tarir. Elle n'en pouvait plus. Elle était épuisée physiquement et moralement, et n'était pas sûre de la marche à suivre en cet instant où Maxine veillait sur elle. Qu'était-il en train de se passer ? Son cerveau n'en était pas certain... Pourtant, dans un réflexe de sécurité, elle se blottit un peu plus contre la célèbre auteure jusqu'à ce que l'espace entre leurs corps devienne inexistant. Et Victoria abandonna toute résistance lorsque la main de la châtaine trouva le chemin de sa nuque pour la masser doucement. Ses murailles psychiques s'effondrèrent.
- Je ne te déteste pas, Victoria, chuchota-t-elle en appuyant son menton contre sa tempe. Je ne pourrai jamais te détester.
Elles restèrent un moment ainsi, serrées l'une contre l'autre dans une chaleur partagée. Max semblait savoir où appuyer pour la calmer. A la grande surprise de la blonde, ses mains trouvaient du premier coup tous ses points sensibles de sa nuque à ses oreilles en passant par le haut de ses omoplates. Des points dont elle n'avait jamais parlé à personne. Et Max savait les stimuler dans un rythme apaisant qui tarit non seulement ses larmes mais calma le rythme de son cœur jusqu'à ce qu'elle se retrouve dans une léthargie de pré-sommeil avancé. D'une manière impossible, Max semblait la connaître par cœur, réalisa Victoria avec stupeur. Elle savait l'écouter, la comprendre et… maintenant qu'elle y songeait, la petite hipster avait peut-être fait exprès de rester distante pour qu'elle laisse exploser ses émotions et relâche toute la pression de la soirée…
C'était improbable, non ?...
Pourtant, le simple fait de sentir son odeur et sa chaleur, d'entendre sa voix qui murmurait des mots doux lui donnaient l'impression qu'elle était à sa place en cet instant. Alors qu'elle avait toujours vécu dans des villas ultrasécurisées, ici, dans les bras de Max, Victoria se sentait à l'endroit le plus sûr et tranquille au monde. Elle profita d'avoir le visage enfoncé dans son cou pour inspirer discrètement son parfum et s'en imprégner. La petite hipster sentait un mélange de cannelle musquée et de vanille qui n'allait pas s'en rappeler la douceur des taches de rousseur de son visage.
Elle fut presque surprise quand la voix de Max la tira de son état ensommeillé :
- …toria ?
- Hm ?
- Tu t'endors, tu ferais mieux de te coucher.
Sans même voir son visage, Victoria sentit une forme de sourire et d'amusement dans sa voix. Elle approuva d'un hochement de tête si léger que la petite hipster ne l'aurait pas perçu si celle-ci n'avait pas été en contact avec son corps.
- Je vais y aller, reprit-elle d'une voix calme. Peut-être devrais-tu appeler Nathan pour qu'il vienne s'occuper de toi ?
Cette phrase électrocuta la blonde qui sentit le sommeil refluer. Max comptait partir ? Elle comptait vraiment la laisser alors qu'il y avait cette espèce de… lien entre elles ? De confort ? Il fallait qu'elle trouve quelque chose à dire pour la retenir. N'importe quoi.
- Nathan dort à cette heure-ci et je ne voudrais pas le réveiller, commença Victoria hésitante, alors que Max caressait toujours ses cheveux du bout des doigts. Est-ce que… tu veux bien rester jusqu'à demain ?... Je ne me sens pas de dormir seule…
Bien. Très fin.
La prise sur son corps se desserra en réponse et pendant une seconde, la panique ressurgit dans l'esprit de la blonde qui crut qu'elle allait se faire rejeter. A la place, en redressant la tête, elle croisa le regard océan qui attendait qu'elle s'écarte.
- Dans ce cas, on va se coucher maintenant. Il n'est pas loin de six heures du matin et tu tombes de sommeil.
Victoria refoula le petit sourire de soulagement qui chercha à faire son chemin sur ses lèvres. Max restait.
A suivre.
