Salut Strangers !

Mais que vois-je ? Serait-ce un cadeau de Noël à l'avance ? J'en ai bien l'impression ! Hahaha.
Suite au dernier chapitre très centré sur les émotions de Victoria, on attendait qu'une chose, l'entrée en scène de Max. J'espère que ça vous plaira, et qu'en attendant vous passez de bonnes fêtes de fin d'année ! Pour ceux qui passent des examens, je vous souhaite bon courage, tandis que ceux qui sont en vacances, ne mangez pas trop de chocolat !

Bonne lecture à tous :D

Kiwi


Chapitre 7

Somewhere in Time

"Taking an image, freezing a moment, reveals how rich reality truly is."

— Anonymous


La soirée arriva à la fois lentement et bien trop rapidement au goût de Victoria qui attendait encore qu'on lui livre les amuses bouches qu'elle avait commandé chez un traiteur. Elle regardait sa montre toutes les deux minutes et commençait lentement mais sûrement à s'impatienter. Il était 18h30. Ces imbéciles auraient dû la livrer quinze minutes plus tôt.

Quand son interphone sonna, elle se jeta dessus. C'était son concierge et gardien qui lui demandait s'il pouvait faire monter un livreur. Elle confirma son identité et lui dit qu'il pouvait le laisser passer. Enfin.

Se retournant pour vérifier l'état de son salon, Victoria se félicita que tout soit prêt pour recevoir son invité. Une musique calme résonnait dans ses haut-parleurs, l'éclairage était au point, l'espace ordonné et propre. Il ne manquait plus qu'à sortir une bouteille du frigo et agencer les petites choses à manger.

.

Max arriva à l'heure. A 19h02, elle tapait à sa porte et Victoria l'accueillit avec un sourire chaleureux. Fidèle à elle-même, son invité portait une tenue décontractée composée d'une veste en cuir sur un t-shirt noir et un jean bleu serré. Malgré tout, cela lui allait bien. La photographe lui lança un petit « salut », et, ne sachant pas trop comment la saluer, elle se contenta de l'inviter à entrer pour lui désigner son salon.

- Fais comme chez toi, proposa-t-elle gracieusement. Tu connais déjà les lieux.

- Je connais même ta chambre, répliqua la châtain avec un sourire flottant sur les lèvres.

Cette répartie surprit l'héritière Chase autant qu'elle la ravit. Bizarrement, elle lui fit même chauffer les joues bien qu'elle réussit à le dissimuler. Elle préféra tout de même changer de sujet.

- Installe-toi, je nous emmène de quoi grignoter. Qu'est-ce que tu veux boire ?

Max prit place sur le canapé semblant apprécier le confort des coussins en cuir.

- Qu'est-ce que tu proposes ?

- J'ai à peu près tout ce que tu peux imaginer. Vins, alcools forts, apéritifs, digestifs, thé, jus de fruits, énuméra-t-elle en jetant un regard à la petite hipster depuis sa cuisine à l'américaine. Celle-ci se retourna d'ailleurs juste assez pour capter croiser ses iris verts.

- Dans ce cas, plutôt quelque chose de non-alcoolisé.

- J'en étais sûre. J'ai des jus frais, si tu veux. Je peux te proposer citron, orange ou mangue.

- Va pour un citron avec un peu de sucre.

- Un citron, ça marche, fit-elle en ouvrant son frigo.

Quelques minutes plus tard, Victoria tendit un verre à son invité avant de disposer tout une panoplie de sushis, makis et sashimis sur la table basse entre elles. Elle put voir avec une pointe de satisfaction les yeux de l'écrivaine pétiller. Elle avait deviné juste en ce qui concernait ses goûts alimentaires.

- Je me suis dit que tout le monde aimait les sushis, commenta la riche héritière en s'asseyant à ses côtés sur le canapé mais en laissant une distance respectueuse entre elles.

- C'est vrai. J'adore la nourriture japonaise, souffla-t-elle en réponse.

- Dans ce cas, fais toi plaisir, sourit son hôte en retour en levant son verre de vin blanc pour trinquer.

Max l'imita, ses yeux bleus se plongeant dans ceux vert impérial qui lui faisaient face.

- A nos retrouvailles, proposa la blonde.

Max esquissa un sourire qui fit rebondir le cœur de Victoria. Le temps sembla se ralentir juste assez pour que cette dernière puisse percevoir l'étrange lueur dans les orbes azurés qui ne la lâchaient pas.

- Et au changement, ajouta-t-elle en portant son verre de jus de fruits à ses lèvres.

Perturbée le temps d'un instant, la blonde s'empressa de la suivre, appréciant le goût sucré et fruité de son spiritueux. Son regard, cependant, refusait de lâcher la silhouette de la jeune femme assise dans son salon. Il y avait quelque chose d'extraordinaire à la revoir après tant de temps. Une sorte de prédestination qui les faisait se retrouver malgré les années ou les épreuves. Elles avaient beau avoir changées, quelque chose les reliait et la faisait se sentir en sécurité en sa présence.

Devant ses yeux, Max se pencha pour attraper à l'aide de baguettes un maki saumon-avocat-menthe qu'elle porta à ses lèvres sans difficulté. Une expression ravie illumina son visage dès qu'elle se mit à le savourer en le mâchant avec une lenteur calculée. On aurait dit qu'elle venait de manger la meilleure chose de sa vie, songea Victoria qui se sentait hypnotisée par ses moindres faits et gestes. Elle remarqua que Max avait à la fois un petit côté gracieux et maladroit. Un quelque chose d'attendrissant dans sa manière enfantine d'apprécier les choses simples.

- Ils sont excellents ! s'exclama-t-elle, la tirant de sa contemplation.

Victoria sourit, dissimulant son inattention avec une perfection rodée par l'habitude des échanges en société.

- Me dis pas que tu t'attendais à quelque chose de moins qu'excellent en venant manger chez moi ? argua-t-elle feignant l'offense.

- Hahaha. Le raffinement Chase. Encore et toujours. Fais attention, je pourrais m'y habituer.

La blonde rit doucement en se servant à son tour un maki à la mangue. L'exotisme du sucré-salé était à ses yeux la pointe de la gastronomie.

- Il existe un restaurant à New-York qui en fait de meilleurs encore.

- J'en déduis que tu as vu du pays ces dernières années ? la questionna Max en se resservant.

- Pas mal, oui. Principalement pour la photographie. New-York reste quand même un coup de cœur si on s'en tient aux Etats-Unis, mais ce n'est rien comparé à l'Europe.

- Te connaissant, quand tu parles d'Europe, tu parles de Paris, je suppose ?

- Tu as l'esprit étroit, la taquina-t-elle en retour, son arrogance refaisant surface. Florence est magnifique. Et je ne parle pas de Barcelone.

Les sujets s'enchaînant, elles se mirent à discuter de qui leur était arrivé ces dernières années, puis ce qu'elles étaient devenues avec une affinité surprenante. Les anecdotes foisonnaient et les sourires se faisaient plus nombreux et plus sincères à chaque réplique. A l'étonnement persistant de Victoria, tout semblait naturel. Avoir Max à ses côtés, chez elle, semblait la chose la plus normale qui soit en cet instant précis. Elle avait l'impression qu'elles étaient d'anciennes amies qui se retrouvaient après ne pas s'être parlé pendant un temps qui avait semblé trop long.

- Au fait, finit par dire Victoria en se penchant pour récupérer quelque chose dans le tiroir sur la table d'appoint derrière elle. Je voulais te parler d'une chose.

Max arqua un sourcil, curieuse.

- Ca se mange ? Parce que je ne peux plus rien avaler après tes sushis.

- Hahaha, pas vraiment, reconnut-elle dans un semi-sourire alors qu'elle sortait un livre que la châtaine reconnut immédiatement.

Son sourire malicieux mourut sur ses lèvres. Son corps sembla se raidir malgré sa tentative pour le cacher.

- J'ai lu ton roman.

- Ah oui ? Ce n'était pas le cas la dernière fois quand tu es venue à ma séance de dédicaces ? demanda-t-elle en essayant de plaisanter.

- Non, avoua-t-elle en balayant la couverture du livre du regard. Ce jour-là, je suis juste venue par curiosité. Mais depuis, j'ai pris le temps de corriger cela.

La jeune femme eut un petit rire qui sonnait nerveux et embarrassé. Rien à voir avec celui qu'elle lui avait servi un peu plus tôt quand elles parlaient de leurs mésaventures aux quatre coins du monde.

- Ca me fait bizarre de me dire que quelqu'un que je connais en vrai a lu mon livre. C'est plus facile quand ce sont des inconnus, on n'a pas peur du jugement.

- Si ça peut te rassurer, il est très bien écrit, la complimenta la blonde avec sincérité. J'ai été transporté par ton histoire…

Elle laissa sa phrase en suspens.

- Mais ? Reprit Max.

- Mais… il y a certaines choses que j'aimerais bien comprendre, lâcha finalement Victoria après avoir réfléchi à comment annoncer les choses.

La petite hipster esquissa cette fois un sourire dénué de chaleur en portant de nouveau son verre à ses lèvres. Elle cherchait à occuper ses mains, semblait deviner de quoi cette conversation allait retourner mais attendait que la blonde fasse le premier pas.

- Qu'est-ce que tu veux savoir exactement ?

- Hm… Je ne sais pas trop par où commencer. (Victoria marqua une pause pour ordonner ses pensées) Ce n'est pas difficile de voir que ceci (elle montra le livre), est une autobiographie, osa-t-elle, prudente. Mais j'aimerais savoir à quel point c'en est une.

Leurs regards s'accrochèrent dans un silence lourd de paroles. Mais avant que Max n'ouvre la bouche, la blonde lui coupa l'herbe sous le pied et poursuivit sur sa lancée.

- Enfin… je ne veux pas me faire d'idées mais il est facile de te reconnaître en Jodie. Son caractère, sa façon de parler, de s'exprimer, de parler de photographie, de voir le monde… tout comme son histoire qui commence à Seattle et qui continue à Arcadia Bay. C'est toi. C'est tellement logique… et je ne parle pas de tous nos anciens camarades avec Kate, Taylor, Alyssa, Dana, Nathan et les garçons… même moi. Je suis dans ce livre, n'est-ce pas ?... Je suis Diana.

- Oui, reconnut Max dans une absence d'hésitation.

Victoria fut presque surprise qu'elle n'essaya pas de nier. Elle s'était attendue à devoir argumenter et donner des exemples de situations au début du livre qu'elle se souvenait avoir vécues. Mais étonnamment non. Peut-être que, comme elle le disait, être lue par une personne qui vous connaissait avait un caractère bien particulier, une note différente. On devinait plus facilement l'auteur à travers les personnages.

- C'est bien ce qu'il me semblait…

- C'est ce qui t'a gênée pendant ta lecture ?

- Non, pas vraiment. C'est même plutôt flatteur à vrai dire... continua-t-elle, songeuse. Ce qui m'a interpellée en revanche, c'est le fait que tu parles de choses…non, tu racontes avec précision des choses qui nous seraient potentiellement arrivées. Tu donnes des détails presque improbables, des descriptions et qui sonnent tellement… vraies ? Alors qu'elles ne se sont jamais passées pour de vrai à Blackwell.

Elle s'arrêta un instant, semblant vouloir vocaliser une pensée qui lui paraissait folle.

- Le pire… c'est que je sais qu'elles auraient pu arriver dans d'autres circonstances !.. Qu'on aurait pu être amies et travailler ensemble sur des projets de classe parce que… (sa voix se brisa un instant) parce que je t'admirais quelque part. J'ai toujours trouvé que tes photos avaient un charme particulier… et, j'avais envie de te parler autant que de te fuir à cause de ça… admit-elle comme si elle révélait un secret qui lui avait toujours pesé au fond d'elle. Et puis, au-delà de nous, il y a Mark aussi ! Comment as-tu pu écrire des choses à propos de lui aussi véridiques il y a des années alors qu'il s'est révélé être un psychopathe il y a quelques jours à peine ?!

Victoria porta une main à l'une de ses tempes.

- C'est dingue ! Complètement dingue. Je n'arrive pas à comprendre comment… comment tu as pu savoir tout cela.

Max reposa son verre sur la table devant elle avant de croiser les jambes, son regard fixé dans celui son hôte. Elles se jaugèrent. Longuement. Dans un silence électrique. Chacune tentait de lire dans les iris de l'autre ce que les mots étaient incapables d'exprimer en cet instant. Il y avait du doute. De la crainte certainement. Mais aussi une forme de respect et d'affection.

- On l'oublie souvent, mais… L'imagination est un grand pouvoir, confessa Max sur une voix qui se voulait neutre mais qui marquait un non-dit criant.

- Maxine. Arrête, s'il te plaît.

Cet appel par son prénom stoppa net la châtaine. Elle se tut. Victoria avait ce pouvoir sur elle.

- Ne me parle pas d'imagination, la réprimanda la blonde d'une voix pourtant dénuée de colère. Je ne suis pas stupide. Ce livre n'est pas un roman mais un témoignage. Je suis certaine que tout ce que tu dis dedans est arrivé. Je veux juste savoir comment.

Une grimace lui répondit.

- Tu en es sûre ?...

- Oui.

- Tu vas vraiment me prendre pour une folle… regretta Max comme une dernière tentative de repousser une échéance qui était arrivée à terme.

- Essaie toujours.

La petite hipster soupira longuement, affaissant ses épaules qui semblèrent sur le point de lâcher un fardeau bien trop lourd à porter.

- Je suppose que tu n'as pas manqué de remarquer le pouvoir dont est pourvue Jodie ? commença-t-elle en se passant une main dans la nuque.

- Remonter dans le temps. C'est un peu l'intrigue principale de ton roman, ajouta-t-elle avec une petite pointe de sarcasme.

Max ne la releva pas.

- Et si je te disais que c'est possible ?... que je n'ai rien inventé, tu me croirais ?

Son regard bleu océan ne vacilla pas. Il resta droit. Intense. Plein de vérité et d'une forme de défi. Elle la mettait au défi de la croire. Au défi de lui faire confiance, et incapable de détourner les yeux, Victoria sentit son cœur manquer une série de battements. Cela paraissait tellement gros, tellement improbable. Remonter dans le temps, sérieusement ?... Et pourtant, tout aurait pu s'expliquer si c'était le cas. Il y avait d'abord le fait qu'elle connaisse la vraie facette de Jefferson, mais également la sienne ou celle de Nathan… mais également la raison pour laquelle elle avait quitté Blackwell à la mort de Chloé. Mais si c'était le cas, cela voudrait dire que toutes les horreurs qu'elle avait décrites étaient vraies aussi. Max aurait souffert la perte répétée de sa meilleure amie… elle l'aurait vu mourir sous ses yeux encore et encore. Elle aurait vécu un traumatisme dans la chambre noire bien pire que le sien. Elle aurait vu Kate tenter de se suicider par SA faute. Blackwell se déchirer dans une tornade. Des dizaines… non, des centaines de personnes perdre la vie.

La tornade !

La phrase de Max lorsqu'elle s'était pointée à l'improviste lors de son gala d'ouverture du Chase Metropolitan lui revint en mémoire : « La tempête arrive. »

Victoria crut qu'elle allait défaillir. Toutes les pièces du puzzle se mettaient en place. Et rien qu'à l'idée d'imaginer la douleur que la châtain avait traversée, le cœur de la blonde se serra à lui arracher un cri.

- Comment ?... murmura-t-elle, secouée.

- Je ne sais pas. Cela s'est déclenché un jour sans explication comme je l'ai écrit dans mon livre.

Max resserra inconsciemment ses bras autour de son corps. Et Victoria ne manqua pas cette expression de crainte et de besoin de se protéger.

- Je sais juste que d'un seul coup, j'étais capable de remonter dans le temps et d'altérer les événements…

Comme à chaque fois qu'elle parlait de son temps à Blackwell, ses yeux se perdirent dans le lointain. Son regard se fit distant et malheureux. Elle souffrait encore. Elle souffrait terriblement.

- Au départ, j'avais du mal à y croire et j'ai tenté des expériences à droite à gauche. J'ai notamment tenté de te connaître toi, Victoria, parce que je sentais qu'il y avait plus en toi que ce masque arrogant que tu affichais en permanence…

Max laissa sa phrase planer un court instant.

- Et devine quoi ?... j'avais raison. Il suffisait de faire un pas vers toi et de briser la glace pour se rendre compte qu'on n'était pas destinées à être ennemies jurées. C'était à la fois grisant de pouvoir faire ce que je voulais, dire ce que je pensais et changer les choses à ma convenance. (elle s'arrêta pour reprendre sa respiration) je sais que j'essayais de faire les choses bien, de faire les bons choix, rendre les autres heureux et leur disant ce qu'ils voulaient entendre… mais je ne pouvais pas nier être inconsciemment profondément égocentrique et désirer me faire apprécier par tout le monde en retour. En testant des choses et en remontant le temps, je maîtrisais ma timidité, j'avais forcément les bons mots. Je maîtrisais ma vie !

Victoria garda le silence.

- Ironique quand on voit que certaines choses ne peuvent pas être maîtrisées, n'est-ce pas ?... Tu as lu le livre, tu sais de quoi je parle…

Max fit une pause dans son récit plus longue que les autres.

- Ce don est une malédiction… cracha-t-elle comme si sa salive venait de se changer en poison. J'avais tout ce pouvoir, il me rendait forte, il me donnait confiance. J'étais une super-héroïne comme dans les films et on m'appelait Super-Max !... quelle putain de blague… Quand on voit ce dont j'étais capable, cela n'a servi à rien… je n'ai pas pu sauver l'unique personne qui comptait à mes yeux, fit-t-elle, à la fois frustrée, en colère et déchirée.

- Chloé Price, lâcha la blonde, se rendant compte qu'elle avait parlé sans même y penser.

- Oui… Chloé.

Un nouveau silence. Plus pesant, plus toxique qui sembla s'éterniser avant que la voix de Max ne reprenne possession de l'espace environnant.

- Elle était destinée à mourir depuis le début… peu importe ce que j'ai pu tenter pour la sauver, elle finissait toujours par s'éteindre… Si ce n'était pas une balle, c'était une chute, si ce n'était pas une chute c'était un accident ou une maladie… Elle m'a demandé de l'aider à se suicider ! explosa-t-elle dans un accès de détresse. J'avais voulu empêcher son père de mourir dans un accident de voiture et c'est elle qui en a eu un à la place !

Le souffle lui manqua de nouveau. Dire tout cela lui demandait un véritable effort physique. Elle essaya de se calmer en inspirant et expirant pour remettre ses idées en place et retrouver son sang-froid.

- Parmi toutes les possibilités que j'ai pu tester, tous les futurs que j'ai pu parcourir, il n'y en avait qu'un seul dans lequel elle survivait… mais c'était au prix de centaines de vies… L'univers recherche sans arrêt l'équilibre. Modifier le continuum temporel est la pire chose à faire quand on voit comment cela peut tourner.

En avouant cela, Max afficha un sourire si triste qui manquait d'éclater en sanglots que son opposante sentit son cœur se briser en mille morceaux. Elle avait envie de serrer la châtaine dans ses bras pour l'écarter de toute la souffrance qui semblait l'accabler. Elle voulait lui dire que c'était terminé même si c'était un mensonge. Elle voulait la rassurer, lui dire qu'elle était là et refusait de la laisser partir…

Tout s'expliquait. Bordel… tout s'expliquait… Victoria comprenait maintenant la froideur qui la caractérisait et la distance qu'elle avait prise avec le reste du monde. Elle avait vu et vécu bien trop d'horreurs et avait survécu seule…

Mue par un instinct qui lui échappait, Victoria attrapa la main de Max qui reposait sur sa cuisse. La petite hipster sembla frémir sous le contact, mais elle ne la lâcha pas. Au contraire, elle resserra sa prise dessus, attirant son regard qui s'accrocha au sien comme un naufragé à une bouée. Elle vit alors toute la détresse et le tourment qui agitait la petite hipster. Elle vit tout ce qu'elle avait toujours refoulé et gardé secret au prix de son humanité qui lui avait échappé pas à pas. Elle s'était enfoncée dans la solitude. Elle s'était enfoncée dans les ténèbres. Seule. Toujours seule avec le poids de ses actions et de leurs conséquences.

- Tu… Tu me crois ? bredouilla-t-elle, la gorge serrée des larmes et de la fatigue qu'elle semblait retenir.

- Je te crois, Maxine.

Sans attendre l'autorisation, Victoria passa ses bras autour du corps de Max et l'attira farouchement à elle. Leurs corps se rencontrèrent presque brutalement. Le visage de l'écrivaine trouva instinctivement le creux du cou de la blonde, dans lequel il s'enfouit. Epuisée, soulagée, reconnaissante, elle se mit à trembler dans un mélange de rire et de larmes. C'était trop. Elle n'en pouvait plus. Elle avait besoin qu'on lui fasse oublier ces visions le temps d'une soirée. Dans un réflexe, Max glissa à son tour ses bras autour de la taille de Victoria, inspirant son parfum qui avait quelque chose d'apaisant face à son cœur affolé.

- Merci, murmura-t-elle en serrant ses doigts autour de sa chemise. Merci…

Victoria ne répondit pas. Elle se contenta de déposer sa joue contre celle de Max. En cet instant, celle-ci avait plus besoin d'une présence physique qui lui montrait qu'elle n'allait pas l'abandonner que de mots sans saveur.


Max mit longtemps à se calmer, et quand Victoria lui proposa de rester dormir, elle évita de se montrer trop soulagée mais en fut reconnaissante. C'était à son tour d'avoir besoin de quelqu'un pour veiller sur elle. A son tour de ne pas vouloir rester seule, abandonnée à la torpeur de l'obscurité.

Aussi étrange que cela puisse paraître, Victoria lui apportait une chaleur réconfortante qui tenait à distance les ténèbres qu'elle côtoyait depuis des années. Elle était un bouclier contre sa tristesse. A chaque fois qu'elle lui parlait, elle avait l'impression d'oublier tout ce qu'elle avait fait de mal. De revivre un petit peu.

En parfaite hôte, la blonde lui prêta un t-shirt et un short avant de lui indiquer la moitié de son lit double. Max songea que c'était la deuxième fois qu'elles dormaient ensemble dans ce lit en l'espace de deux jours. Cela allait devenir une habitude à force… mais la petite hipster reconnaissait volontiers que le matelas de la riche photographe était bien meilleur que celui de son petit appartement.

Seule dans la chambre pour quelques minutes encore pendant que Victoria profitait de la salle de bain, elle fit tranquillement le tour du propriétaire. Un grand lit double occupait le centre de la pièce et était secondé par deux tables de nuit stylisées en bois exotique. Le reste de la chambre était occupé par une large commode qui soutenait trois magnifiques vases colorés aux nuances chaudes, alors qu'une porte coulissante en verre trouble sur la gauche donnait sur un immense dressing. Plusieurs photographies en noir et blanc de ruelles en Afrique et de portraits de personnes de tout âge ornaient les murs. Celle qui attira son attention fut une plus particulière, située sur le mur de droite. Elle représentait une jeune maman d'une vingtaine d'années portant sa fillette dans ses bras en essayant de puiser de l'eau. La femme regardait le sol, concentrait sur ce qu'elle faisait. Mais la fillette regardait droit dans l'objectif comme ayant capturé l'âme du photographe dans ses iris sombres.

La photographie était magnifique. Captivante.

- C'était à Mumbay, fit une voix dans le dos de la châtaine, la faisant sursauter.

Elle n'avait pas entendu Victoria approcher et se retourna promptement pour dévisager la grande blonde qui fixait également le cliché sur son mur.

- Pour le coup, je ne travaillais pas, reprit-elle, faisant fi de l'émotion de frayeur qu'elle avait provoquée chez son invité. On devait rejoindre notre hôtel avec Nathan, mais le taxi qu'on avait appelé n'arrivait pas… j'ai fini par faire le tour du quartier dans lequel on était et à l'orée d'une porte qui donnait sur une cour intérieure, j'ai croisé cette femme avec son enfant. L'instant était… magique.

Un sourire, marque d'une émotion fantôme de joie inoubliée, naquit sur ses lèvres et Max ne put s'empêcher de le partager, émue.

- J'ai toujours pensé que tu avais du talent.

Victoria reporta son regard sur la petite hispter.

- J'espère, sinon ma galerie est vouée à n'exposer que des personnes extérieures, rit-elle doucement. Bon allez, au lit !

Max ne protesta pas et contourna le matelas par la gauche pour aller s'installer de son côté alors que la blonde mimait son action par la droite. Elles s'enfoncèrent mutuellement dans les draps avant de se mettre à leur aise en ajustant les coussins et en baissant la luminosité des accroches qui surplombaient le lit. Victoria éteignit même carrément les lumières une fois allongée sur le dos.

Il y eu alors un petit silence de quelques secondes, chacune se demandant quoi dire. L'ambiance était étrange. Un peu gênante. Victoria se sentit le besoin de la rompre d'une voix hésitante :

- Max ?

- hm ?

- Je me demandais une chose…

Un roulement dans ses draps l'avertit que la petite brune venait certainement de se tourner de manière à lui faire face. Cela se confirma quand elle se remit à parler et que sa voix lui parvint plus claire et plus forte que précédemment.

- A propos de ?

- Ton pouvoir.

- Oui ?...

- Est-ce que tu t'en es servi pour modifier chacune de nos interactions et me dire ce que je voulais entendre dans toutes les réalités alternatives ?

Max ne répondit pas immédiatement, à la place elle sembla réfléchir. Quand elle ouvrit la bouche, le cœur de Victoria battait tellement fort qu'elle s'étonna que la petite hipster ne l'entendit pas.

- Non, pas vraiment, confia-t-elle. Je me suis servie de mon pouvoir pour créer des opportunités de te parler, pour attirer ton attention, mais jamais durant l'un de nos échanges. Une fois qu'on se parlait, je ne modifiais pas ce que je t'avais dit. Je ne voulais pas te manipuler ou que tu vois une personne que je n'étais pas.

Un nouveau silence suivit sa déclaration. Un silence qui sembla s'étirer sur une éternité et qui stressa légèrement Max qui attendait une réaction de son ancienne rivale.

- Ca me rassure que tu me dises ça, finit-elle par dire. Ca veut dire qu'on est réellement faites pour s'entendre et que notre relation n'est pas fabriquée.

- Il faut croire que oui… souffla la châtaine, soudainement alerte de leur proximité.

- C'est bien, sourit Victoria. Je suis contente qu'on ne soit pas destinées à se détester, parce que je pourrais finir par t'apprécier.

- Serait-ce une déclaration, Chase ?

- Dans tes rêves, Caulfield.

Leur discussion se poursuivit pendant une bonne demi-heure encore jusqu'à ce que l'endormissement les gagne et qu'elles finissent par se souhaiter une bonne nuit. Mais bien après ce dernier mot, bien après que la respiration de Max ne se soit allongée, Victoria resta éveillée à penser. Tout ce qu'elle lui avait dit tournait dans sa tête chassant les traces de fatigue. Max avait vécu tellement de vies différentes…


Serait-ce un rapprochement ? ;)
Affaire à suivre dans le prochain chapitre !