Hello Strangers !
Quoi ? Ca fait déjà un siècle depuis la mise en ligne du dernier chapitre ? Désolée, en tant qu'Immortelle je ne vois pas le temps passer de la même façon que les humains xD. Déjà je voudrais remercier tous les messages et reviews super encourageants que j'ai reçu ces derniers mois. Promis, j'ai pas mis une éternité à poster la suite pour vous faire languir ou vous punir, j'ai été vraiment archi-busy. Il a fallu que je sois en arrêt maladie pour avoir le temps de mettre ce chapitre en ligne xD
Je ne m'étendrai pas en intro interminable, je suis juste contente de vous revoir et de retrouver Max et Victoria (Love sur elles !). Je vous souhaite à tous et à toutes une très bonne lecture !
See ya !
Kiwi
Chapitre 8
Capturing is Caring
"A thing that you see in my pictures is that I was not afraid to fall in love with these people."
- Annie Leibovitz
28 juin, une semaine plus tard
Depuis cette fameuse soirée, Victoria avait envoyé chaque jour des messages à Max, instaurant un petit rituel. Si cette simple banalité lui avait été impensable il y a encore un mois de ça, elle y trouvait dorénavant son plaisir et attendait toujours les réponses de la châtaine avec impatience - réponses qui se faisaient rarement attendre longtemps d'ailleurs -.
Au lendemain de leur conversation, Victoria avait juste voulu s'assurer que Max allait bien suite à sa fugue matinale sous prétexte d'un rendez-vous (Victoria n'était pas dupe). Elle lui avait alors envoyé une blague un peu stupide pour la faire réagir. Le premier truc qui lui était passé par la tête… une blague sur les hipsters avec une photo tirée tout droite de facebook. Elle n'avait pas voulu remettre le sujet du pouvoir de remonter le temps sur la table, seulement relancer la conversation sur un ton plus léger. Cela avait été une manœuvre judicieuse. Max s'était laissée prendre au jeu et lui avait montré qu'elle n'était pas en reste lorsqu'il était question de plaisanteries vaseuses.
Mais derrière toute cette bonne volonté, Victoria avait bien compris que la petite écrivaine avait besoin de soutien, d'une présence physique et morale. Elle n'avait jamais osé appeler à l'aide. Jamais osé exprimer ce qui l'étouffait de peur d'être prise pour une folle et rejetée… et Victoria l'aurait certainement cru à moitié dérangée si Jefferson n'était pas entré dans l'équation pour lui faire exploser la vérité au visage.
Max avait retenu tout cela au fond d'elle.
Elle n'avait jamais dit à haute voix, à personne, l'horreur perpétuelle qu'elle avait traversée.
Rien que d'imaginer revivre la même semaine en boucle en essayant de changer les choses pour sauver ceux qu'elle aimait, Victoria se sentait nauséeuse. Comment pouvait-on supporter de voir des personnes auxquelles on tenait mourir à répétitions aux creux de nos bras impuissants ? Comment pouvait-on rester sain d'esprit après ça ?!... Il y avait de quoi devenir dingue. Victoria n'était même pas sûre qu'elle aurait eu la force de continuer à vivre après une expérience pareille…
Non. Elle n'aurait pas pu.
Alors, aujourd'hui, avec le recul, elle comprenait parfaitement que Max ait besoin de quelqu'un qui la croit, quelqu'un avec qui parler de tout ce qui lui était arrivé. Et ce, même si c'était par morceaux, par brides de souvenirs décousus. Car, malgré leurs différends dans le passé, Victoria la connaissait depuis assez longtemps, et avait été suffisamment impliquée dans les événements pour devenir cette personne pour elle.
Victoria se sortit de ses pensées profondes et analyses psychologiques de Max lorsqu'une voix plus forte que les autres raviva son attention sur le monde qui l'entourait. Elle retrouva subitement la réalité de sa situation. Elle était au milieu de sa galerie, en train de discuter technique pour l'affichage futur de certaines photographies relativement grandes avec son équipe. Enfin… ses collaborateurs discutaient très sérieusement actuellement, elle, elle avait décroché l'espace de quelques minutes en sentant son téléphone vibrer sur un sms de Max. Elle se ressaisit. Il fallait dire que cela faisait un peu plus d'une demi-heure qu'ils réfléchissaient tous ensemble à la disposition des œuvres en fonction de la luminosité et des thèmes abordés en déambulant dans les couloirs.
- Je pense que pour la partie « idéocratie moderne », on pourrait réserver l'aile gauche, en mettant au cœur la photographie en noir et blanc avec l'enfant là, comment s'appelle-t-elle déjà ? réfléchit Victoria en se pinçant l'arête du nez.
- La fleur au fusil, lui répondit son chargé de communication.
C'était un homme moyennement grand, pour ne pas dire un peu petit, avec des lunettes. De physique assez banal, il se démarquait par ses yeux en amande qui sous-entendait une origine asiatique.
- C'est ça ! fit la blonde en claquant des doigts. Celle-là !
La photographie dont ils parlaient représentait un enfant iranien entre six et huit ans, vêtus de haillons, qui se tenait au centre d'une ruelle envahie de soldats. Perdu. Seul. Il était pourtant pourvu d'un sang-froid presque irréel. Les yeux fixés sur les militaires américains qui approchaient, il semblait presque les mettre au défi d'envahir son pays, alors que paradoxalement, il semblait en marge de son univers chaotique.
Ce cliché portait un message fort que Victoria trouvait important de soutenir en ces temps troublés.
- Pour le reste, on peut disséminer certaines de mes photos vers la fin de ce couloir pour diriger les visiteurs vers le thème de la « sobriété émotionnelle » qu'on mettra dans le cube nord, continua Victoria en pénétrant dans une petite pièce d'une quinzaine de mètres, légèrement en contrebas. On pourra-
Elle s'arrêta au beau milieu de sa phrase. Un peu plus loin, assise sur un banc en bois, une petite silhouette se tenait de dos. Châtain, de fins cheveux ondulés frôlant ses épaules, elle portait une veste ouverte sur un jean bleu foncé. Son visage, que Victoria savait orné de taches de rousseur, lui apparaissait de trois-quarts. Il était levé en direction d'une toute petite série de photographies qui avaient été agencées en un puzzle décousu et artistiquement discutable.
Victoria sentit son cœur accélérer. Les voix de son assistant, son chargé de communication, de Kristen et de son agent technique semblaient, d'un seul coup, lui parvenir de très loin alors qu'ils étaient à côté d'elle. Leurs mots perdaient peu à peu de leur sens. Mais le son de leurs voix attira tout de même l'attention de la jeune femme assise un peu plus loin. Elle tourna nonchalamment la tête dans leur direction comme si on venait de la tirer d'un long rêve éveillé qu'elle regrettait déjà. Ses yeux bleus balayèrent les nouveaux arrivants avant de s'arrêter sur une personne en particulier. Et, Victoria se laissa happer dans les iris océan qui lui faisaient face et qui ne semblaient pas surprise de la voir. Elle se rendit compte que plus elle les voyait, plus elle les trouvait uniques et magnétiques.
- … donc si on commence jeudi, on a une chance de contact le Gouverneur pour faire une campagne de sensibilisation.
Hébétée, Victoria reprit ses esprits en levant légèrement une main pour interrompre son assistant qui venait de lui proposer une idée qu'elle n'avait pas écoutée.
- Oui oui, faisons comme ça, dit-elle en fronçant les sourcils comme pour chasser son moment d'inattention. Ca me paraît un bon plan…
Max continuait de la dévisager avec un air amusé.
- Vous savez ce qui serait bien ? Que vous bossiez ensemble sur un plan d'action et que vous m'envoyiez tous les détails par email. On en reparle après-demain en réunion de service.
Surprit par ce changement de ton, ses employés la regardèrent comme s'ils s'attendaient qu'elle poursuive son idée mais, à la place, elle leur fit signe qu'ils pouvaient retourner à leurs tâches respectives. Elle se justifia en disant qu'elle avait un rendez-vous qu'elle avait oublié dans son agenda. Ils ne posèrent donc pas plus de questions, même si Kristen reconnut Rachel Price et lança un sourire à sa patronne qui signifiait « Oh ! Vous avez réussi à décrocher le contrat ! » sans pour autant dire un mot. Victoria lui en fut reconnaissante.
Lorsqu'ils se furent retirés, elle s'avança en direction de la châtaine qui se redressa pour l'accueillir avec un petit sourire.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? S'étonna Victoria en haussant un sourcil. On ne devait pas se rejoindre dans une demi-heure au Bistro ?
- C'est vrai, mais comme je te disais par messages, j'animais un atelier d'écriture pour enfants avec mon agent pas très loin d'ici, répondit-elle. Je me suis approchée, j'ai vu de la lumière et je suis entrée.
Son ton chaleureux et moqueur revêtait clairement une touche ironique qui invitait à une répartie à la hauteur. Victoria se fendit d'un sourire et nota avec plaisir que chaque jour qui passait était une petite progression dans leur amitié naissante. Une amitié qui avait pris des années à démarrer.
- Je croyais que tu étais venue pour mes beaux yeux.
- Et rejoindre le cercle des fans anonymes de Victoria Chase ? Non, merci. J'ai plus d'honneur que ça.
Victoria sentit son sourire s'élargir avant de prendre son petit air teinté de suffisance.
- Je trouve que tu nies avec un peu trop de véhémence, souligna-t-elle comme se délectant de la situation. Le fait même que tu connaisses l'existence de ce club est une preuve en soi.
Max ne put s'empêcher de rire, octroyant de bonne grâce la victoire à son opposante. Celle-ci eut la décence de ne pas en rajouter et offrit même une échappatoire à l'écrivaine en portant leur conversation sur un terrain moins glissant.
- Coup de cœur pour Déstructuration urbaine à ce que je vois ? questionna la blonde en indiquant les sept photos au mur qui formaient un ensemble.
La plus petite des deux suivit son mouvement et ramena son regard vers l'œuvre qu'elle observait depuis une dizaine de minutes. Ses yeux recouvrirent la concentration qui l'avait habitée précédemment, comme si son cerveau venait de repasser en mode professionnel.
- Oui, il y a quelque chose d'étonnant qui m'interpelle depuis tout à l'heure, fit-elle songeuse, en observant le rendu intégral. C'est toi qui les as prises ?
Victoria remarqua à son ton que Max ne lui posait pas vraiment une question, mais faisait plutôt une constatation à haute voix. Habituée à discuter avec des artistes, elle l'encouragea discrètement à préciser sa pensée.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? fit-elle presque dans un murmure comme si elle craignait de la perturber dans sa réflexion.
- Le sujet, l'angle et les couleurs…
Pour dire la vérité, Victoria était curieuse d'avoir le point de vue de la jeune femme. A Blackwell déjà, Max avait toujours eu une vision très différente de la sienne. La blonde se rappelait de leurs cours d'analyse d'image où la petite hipster semblait relever des détails qui lui échappaient et vice-versa. Comme deux aimants qui se repoussaient et se magnétisaient, elles avaient évolué dans deux aspects artistiques parallèles qui avaient parfois su se rejoindre et se compléter. Victoria supposait qu'avec le temps et l'affirmation de leurs styles respectifs, ce gouffre n'avait dû que se creuser davantage.
- La ville couplée au noir et blanc a toujours été ta signature, déclara Max en détaillant chaque prise avec soin. Tu joues avec les ombres, tu recherches leur noirceur tout en aspirant la luminosité pour faire ressortir le meilleur, voire le pire, de la société.
Victoria ne répondit rien. Observant le set de photos sous ses yeux à cet instant, elle se fit la remarque qu'elle s'était faite plusieurs mois plus tôt. Le recul cependant, l'aidait à appréhender les choses avec une certaine réflexion à froid. Elle songea que chaque cliché considéré séparément ne valait pas grand-chose. Ils étaient un peu ordinaires, jolis certes, mais manquaient d'un supplément d'âme qui pouvait les rendre captivants. C'était ce qui l'avait amenée à reconsidérer sa vision de la société moderne. En effet, une fois assemblés, c'était là que la magie opérait. Ils s'inscrivaient tout de suite dans une nouvelle dimension multimodale qui les rendait véritablement uniques pour le coup. C'était cette pluralité de la ville qu'elle avait cherché à rendre. Une vision exhaustive qui pouvait déclencher chez celui qui l'appréhendait un sentiment complexe de bien-être et d'insignifiance par le sentiment fantôme de vécu.
- Ca me fait penser à une photo que tu avais prise quand on était encore à Blackwell, continua Max l'air légèrement absente. C'était un pompier sauvant un enfant... et ta photo avait beau être en noir et blanc, elle était à mes yeux criante de couleur, de force et d'humanité. Il y avait des émotions vécues et ressenties figées pour l'éternité… et c'est ce que je retrouve en regardant ta vision de Chicago ici, même si je n'arrive pas à comprendre comment tu arrives à tirer de tels sentiments avec des buildings et des rues de grandes villes.
Sa voix se tue le temps qu'elle reprenne sa respiration ses yeux ne lâchant pas les photos, alors que Victoria ne regardait plus qu'elle. Hypnotisée par la panoplie d'émotions qui s'inscrivait sur ses traits au fur et à mesure de sa critique, elle admirait en silence une photo qu'elle aurait souhaité prendre. Il y avait du respect. De l'admiration aussi. Mais surtout, Victoria ressentit la passion à l'égard de l'image et de sa portée sur autrui enfouie au fond de l'âme de Max. Un sentiment de partage de joie qui la fit se sentir bien.
- Ce qui est le plus récurrent chez toi, c'est que tu es fascinée par l'idée de capture d'une émotion, termina la petite hipster dans un sourire comme si cela était une évidence.
- hmm…
La blonde hocha la tête quand Max pivota dans sa direction pour l'inviter à dire ce qu'elle pensait de tout ça.
- Je ne saurais vraiment t'expliquer mon processus quand je prends une photo, reconnut-elle après un court temps de réflexion. Ca me vient comme ça. Je vois des choses, je ressens des choses et j'essaye de les faire miennes avant qu'elles ne disparaissent.
La châtaine se fendit d'un sourire moqueur.
- Wow ! Tu avais préparé cette réplique, non ?
- Hahaha, non. Je te le jure.
- Dans ce cas, tu devrais la noter pour la replacer dans une future interview. C'est une phrase choc.
- Venant d'une auteure à succès, je prends ça comme un compliment.
- Mais bien sûr…! Dis-le-moi la prochaine fois que tu as besoin d'écrire un discours, au moins tu me feras de la pub.
- J'y penserai.
Partageant un rire amusé, Victoria se proposa de lui faire une visite privée de la galerie après manger si elle le désirait.
- La célèbre Victoria Chase, égérie des tabloïds me bloquerait deux heures de son emploi du temps de ministre pour me faire une visite V.I.P ? Je suis honorée !
La blonde lui adressa un clin d'œil accompagné d'un sourire arrogant en la dirigeant vers le hall d'entrée.
- Considère ça comme l'occasion d'une vie. C'est un des avantages à être son propre patron, je peux choisir de faire ce que j'ai envie de faire parfois, dit-elle dans un sourire désarmant qui fit littéralement bugguer le cerveau de Max.
Deux taches rosâtres s'emparèrent de ses joues et sa respiration se bloqua dans sa gorge. Pourtant, elle essaya de le dissimuler en suivant l'héritière Chase en direction des portiques. Les sourcils froncés par sa réaction, elle secoua la tête de droite à gauche pour chasser ce sentiment étrange. Qu'est-ce qu'elle était en train de faire ?...
- Et voilà, fit la blonde en désignant une photographie de deux mètres de haut, ma dernière pièce pour cette expo.
Max afficha une petite moue à la fois impressionnée et contemplative.
- Oooh ! Pas mal !
L'ultime photo de Victoria était un gigantesque portrait en couleur d'un jeune homme roux au visage marqué de centaines de taches de rousseur comme un coup de pinceau d'artiste. Ses pigmentations, qui partaient du haut de son front pour tomber jusqu'à ses épaules que l'on apercevait sous un débardeur vert, lui donnaient un charme incroyable. Mais, outre son faciès atypique, ce qui attirait irrémédiablement le regard était ses yeux d'un bleu iridescent, presque irréel qui ressemblaient à des galaxies striées de filaments plus sombres et piquées de points lumineux. Ces derniers, plongés dans l'objectif, semblaient n'avoir été immortalisés que dans le but de lire en le spectateur comme dans un livre ouvert. Il pouvait voir en vous, voir ce que vous cachiez au fond de votre âme... Et les couleurs étaient si intenses, si pleines de vie qu'elles éclipsaient d'un claquement de toi la tristesse de la réalité alentour. On se laissait charmer par tant de beauté à l'état naturel, séduire par la commissure de ses lèvres si discrètement relevée qu'on avait l'impression qu'il nous draguait personnellement.
- Vraiment incroyable, souffla Max.
De multiples émotions transparaissaient dans ce cliché : la sérénité, la confiance, une touche de malice et de séduction savamment dosée. Pourtant ce qui frappa le plus la petite hipster si on oubliait ses yeux qui brillaient comme des comètes, fut sa ressemblance avec son propre visage. La finesse des traits, le côté un peu négligé, rêveur, les lèvres fines et un petit nez droit… Si on fonçait la couleur de ses cheveux, ils auraient pu être frère et sœur. Et Victoria dut arriver à la même conclusion au même moment car son regard jongla entre sa photo et la figure de la châtaine. Ses iris de jade s'agrandirent sous le choc d'une réalisation tardive.
- Je n'avais… j-je n'avais jamais réalisé jusqu'à maintenant que lui et toi… bafouilla-t-elle avant de se taire, peu certaine de la manière dont elle voulait terminer cette phrase.
Elle sentait le regard de Max qui attendait qu'elle reprenne, ce qui lui mit le coup de fouet nécessaire à la réorganisation de ses pensées.
- Je me rappelle que quand j'ai photographié ce gars il y quatre mois, il me faisait beaucoup penser à quelqu'un, finit-elle par avouer honnêtement. Pour tout te dire, j'ai d'abord cru qu'on se connaissait lui et moi, mais ce n'était pas ça… il avait juste quelque chose qui me semblait familier mais je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus…. Etrange que tu débarques dans ma vie, sortie de nulle part peu de temps après.
Victoria faillit parler de « destin » mais se retint à la dernière seconde en imaginant que ce mot pourrait être mal perçu par la petite hipster. Après tout ce qu'elle avait vécu et avait tenté - sans succès - pour combattre la mort prédestinée de Chloé, c'était certainement une idée qui la devait la rendre malade. Il valait mieux se taire… en cet instant, elle essayait plus de l'apprivoiser que de la repousser pour la voir se fermer à jamais.
Victoria voulut d'ailleurs ajouter quelque chose pour essayer de combler ce silence qui la mettait mal à l'aise mais fut stoppée dans sa lancée par une question de Max :
- Comment tu l'as rencontré ?
Son ton était étrangement sec. Victoria ne comprit pas immédiatement ce qu'elle voulait dire par là et arqua un sourcil.
- Shawn ? Ce gars-là ?
Max acquiesça, ses yeux revenant sur la photographie comme si elle esquivait son regard pour demander à l'homme sur la photo de lui dire la vérité. Victoria resta stoïque bien que perturbée par ce changement d'attitude.
- C'était à un vernissage pour une expo d'art contemporain à Londres. Il était de passage pour rendre visite à un de ses amis, il est irlandais, précisa-t-elle, et il s'est retrouvé embarqué dans cette soirée à laquelle il n'avait pas envie d'aller.
Croisant les bras sur sa poitrine, elle perdit ses yeux dans les méandres du portrait du jeune homme essayant de se remémorer comment ils en étaient venus à se parler.
- Je me souviens que j'étais accoudée au bar pour commander quelque chose quand il est venu me parler pour la première fois. Il m'a demandé pourquoi j'avais l'air de m'ennuyer autant, chose que personne n'avait remarqué soit dit en passant. Je me suis retournée, et c'est là que j'ai vu qu'il semblait aussi lassé que moi de cette expo de mauvais goût et qu'il cherchait une distraction.
Elle rit doucement à ce souvenir, s'attirant un froncement de sourcil qu'elle ne perçut pas de la part de la châtaine.
- Et qu'est-ce que tu lui as dit ?
- Que j'aurais préféré être à l'exposition de photographie qui avait lieu à Manchester au même moment, mais que j'étais obligée de faire acte de présence ici, ce soir-là, au nom de mes parents. Je me rappelle… On s'est mis à discuter et de fil en aiguille je lui ai avoué qu'il me faisait beaucoup penser à quelqu'un. Ca a été un moment un peu étrange, rit-elle, embarrassée de savoir que la personne à qui il lui avait faite penser se trouvait là, sous ses yeux. On a eu beau tenter de recroiser tous nos déplacements, tous nos réseaux personnels ou professionnels nous n'avions jamais été au même endroit au même moment et on ne possédait pas d'amis en commun.
Max garda le silence, murée dans une expression indéchiffrable.
- Au final, on a passé la soirée ensemble. Je me suis retrouvée à parler technique de photographie avec lui, et il m'a parlé peinture, il était peintre. On a mutuellement passé un accord. Il accepté de poser pour moi en tant que modèle, et j'acceptais de le laisser faire un croquis de moi. Quand j'y repense, ce n'est pas dans ma nature de passer des marchés pareils mais il y avait vraiment quelque chose qui m'intriguait chez lui. Je voulais capturer son image. (Victoria marqua une pause). On s'est retrouvés le lendemain dans le studio de Nathan et on a fait le shooting suivi de la séance de dessin, échangé nos contacts pour que je lui transmette les photos et nos routes se sont séparées. Voilà, rien de plus.
Quand elle termina, elle eut l'impression que l'atmosphère s'était légèrement refroidie, ou du moins que Max paraissait plus distante à son égard. Victoria n'aurait su dire ce qui lui donna cette impression, mais le changement lui parut radical. Quelque chose dans le pincement de ses lèvres, l'allongement de ses yeux lui donnaient une expression plus sévère. Elle paraissait presque énervée. Pourquoi ? Victoria avait-elle fait un faux-pas ?... Quand ? Elle se surprit à vouloir s'excuser alors qu'elle savait n'avoir rien fait de mal. Et pourtant une voix au fond d'elle lui soufflait qu'elle n'avait pas géré… c'était un sentiment persistant qui la fit transpirer d'appréhension. Pourquoi se sentait-elle gênée devant la mine renfrognée de Max suite à ce sujet ?...
- Une rencontre artistique, essaya-t-elle de se justifier en conservant de sa superbe. Je l'ai aidé, il m'a aidé…
- Oui, j'imagine… Mais une belle rencontre si tu as pu obtenir une photo pareille. Les gens doivent se l'arracher pour l'acheter.
Comprenant qu'il ne fallait pas laisser la situation se transformer en un silence gênant, la blonde rebondit sur le thème de la photographie pour changer de sujet et recentrer la conversation sur Max.
- Effectivement… Mais sinon, je serais ravie de voir les photos que tu as prises ces dernières années, sourit-elle en cachant son embarras dans un petit mouvement nerveux des mains, je suis sûre que tu en as qui pourraient être exposées ici.
Le visage de Max revint dans sa direction avec un petit sourire. Le manque de chaleur dont il était pourvu serra le cœur de Victoria. Qu'est-ce qu'elle avait dit cette fois ?...
- Moins que tu ne le penses, répondit la châtaine avec une douceur retrouvée comme si son instant de frustration n'avait jamais existé. J'ai été beaucoup moins productive que toi.
- Pourtant tu as beaucoup voyagé, s'étonna son opposante.
- Oui, c'est vrai…
Elle hésita, sembla chercher ses mots.
- Je crois que je n'étais pas dans une démarche où je voulais me souvenir des choses que je voyais. Je voulais juste partir, ressentir de nouvelles choses, m'évader... Il n'y avait pas de recherche réelle derrière.
- Oui, je comprends.
- Et puis, la mort accidentelle de mon appareil photo m'est apparue comme un signe que ce n'était pas ma vocation finalement, ajouta-t-elle.
Le sourire qui accompagna ses paroles feignit un détachement sentimental qui ne prit pas avec la blonde. Max était douée pour cacher ce qu'elle ressentait, faire croire qu'elle allait bien et elle pouvait tromper beaucoup de personne mais pas elle. Pas Victoria. La tristesse que la blonde devinait dans son regard azur l'ébranla comme un raz-de-marée meurtrier, balayant son esprit pour ne plus laisser que des ruines qui partageaient son chagrin d'abandon de sa passion.
Oh, Maxine… c'est pour ça que tu as disparue…
La blonde ne s'était jamais sentie connectée à quelqu'un qu'à ce moment-là. Sans qu'elle n'ait besoin de réellement le dire, Victoria comprit ce que ces mots impliquaient. Max avait arrêté la photo. Et elle soupçonnait qu'elle ait arrêté le jour où elle avait quitté Blackwell. Cela avait dû être trop dur à supporter.
Dans un élan de compassion, Victoria posa sa main sur l'avant-bras de Max, s'attirant son regard bleu qui une fois encore la fit vaciller. Elle essaya de lui transmettre ce que les mots ne pouvaient dire tout en respectant sa distance. Elle voulait lui montrer qu'elle était là.
- Je suis désolée…
- Ce n'est pas grave, répondit l'écrivaine en haussant les épaules. C'était il y a longtemps. J'ai avancé depuis.
Elle lui offrit un petit sourire plus sincère comme lisant dans ses pensées.
- Ne te sens pas coupable. Je suis contente que tu ais pu réaliser ton rêve, Victoria. Tu le méritais largement !
- Merci…
Un silence plus doux suivit ses propos alors que la célèbre photographe réfléchissait à toute vitesse sur tout ce qu'elles venaient de se dire. Elle sentait qu'encore une fois Max ne lui révélait pas tout et qu'il y avait certainement des facteurs qui restaient dans l'ombre. Cependant, elle n'était pas pressée. Elle n'allait pas la forcer à parler si elle n'en avait pas envie. Max viendrait lui en parler d'elle-même lorsqu'elle se sentirait prête et Victoria saurait attendre le temps qu'il fallait.
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Marchant côte à côte vers l'entrée du Chase Metropolitan en silence après leur longue visite, Victoria se dit que si elle voulait encore profiter de sa présence un peu plus aujourd'hui, il fallait qu'elle fasse quelque chose maintenant avant qu'il ne soit trop tard. Mais que pouvait-elle lui proposer ? Pas un restaurant, elles y avaient été le midi même. Un verre chez elle ? Non, ce serait redondant suite à leur dernière soirée. Une soirée films ?
- Ca te dit un cinéma ce soir ? proposa-t-elle soudainement, se rendant à peine compte d'avoir dit sa pensée à voix haute.
Max haussa un sourcil, surprise par l'invitation.
- Ahem. Ou…i oui, je sais que c'est un peu hors-sujet, mais je me disais que ça pourrait être sympa si tu n'as rien d'autre de prévu.
- Euh bah oui avec plaisir, lui sourit amicalement la châtaine, mais je ne veux pas te déranger plus. J'ai déjà grandement prit de ton temps aujourd'hui.
- Réfléchis, Caulfield ! C'est moi qui t'invite, donc ça veut dire que ça ne me dérange pas.
- Okay, dans ce cas ! On se retrouve pour quelle séance ?
- Celle de 20h30, c'est le plus sûr avec mon emploi du temps. On pourra aller au Cinémax…
Elle s'arrêta dans sa phrase avant de répéter en retenant à moitié son rire :
- Ciné-Max.
Mais ce fut plus fort qu'elle. Elle rit ouvertement à sa propre blague.
- J'ai le droit de te surnommer comme ça à partir de maintenant ?
- Je refuse ! s'outra faussement la jeune femme. Hors de question ! Et retire ce sourire de ta face, Chase.
Victoria avait l'impression d'avoir 17 ans de nouveau. Leurs chamailleries renaissaient dans les moments les plus improbables.
- Quel sourire ?
- Celui qui est fier de sa connerie. Oui, celui-là ! fit-elle en pointant ses lèvres du doigt quand Victoria sourit de plus belle. C'est malsain !
A suivre (vite xD)
