Salut tout le monde !
Je vous le donne en mille, je suis en retard ? HAHAHA. Ouais, mais c'était mon anniversaire récemment alors j'ai tous les droits. Wallah. Adios Bitchachos !
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Non mais je sais que le retard c'est mal, surtout quand on approche pas à paaaaas de la fin d'une histoire. Mais pas encore en même temps. Vous allez constater du progrès scénaristique dans ce chapitre ceci dit. Victoria fait des efforts dans ses crises existentielles xD
A part ça, je vous souhaite à tous une bonne lecture !
La bise au chat !
Kiwi
Chapitre 10
Veni. Vidi. Cepi
"There is one thing the photograph must contain, the humanity of the moment."
- Robert Frank
31 juillet, dix jours plus tard
Accédant au réseau wi-fi d'un café en plein cœur de Florence, Victoria sentit ses lèvres s'étirer en un large sourire en voyant s'afficher plusieurs messages non-lus de Max. Les messageries instantanées par des applications internet lui permettaient d'économiser un forfait de téléphone souvent extrêmement coûteux. Se réinstallant confortablement devant son café noir bien serré, elle appuya sur la touche d'appel sous la photo de Max. Selon son calcul avec le décalage horaire, il devait être aux alentours de 10h du matin à Arcadia Bay, il y avait donc de bonnes chances que la châtaine réponde. Ce qu'elle fit au bout de cinq ou six tonalités.
- Allo ?
- Alors, comme ça je te manque ? la taquina d'entrée de jeu la blonde au lieu de la saluer.
Un petit rire lui parvint et elle se mordit les lèvres pour ne pas l'accompagner, fière de son effet.
- Pourquoi faut-il que tu détournes sans arrêt mes propos ? soupira l'écrivaine avec amusement. Je disais que nos soirées séries me manquaient…Nos soirées, pas toi ! Surtout parce que tu m'as interdit de regarder la suite sans toi et que j'en meurs d'envie.
Victoria sourit en secouant la tête même si son interlocutrice ne pouvait pas la voir.
- C'est toi qui a décidé qu'on devait regarder Sense 8 ensemble. Pas moi.
- Je sais… La prochaine fois que je dis un truc pareil, rappelle-moi de me taire pour éviter que je remonte dans le temps et je corrige ça.
- Noté, ça sauvera mes oreilles de tes plaintes quotidiennes, railla Victoria avec un sourire espiègle.
Quand Max lui répondit par un soupir exagéré, ce fut plus fort qu'elle, elle laissa s'échapper un rire qui entraîna la châtaine.
- Mais sinon, comment ça va ? reprit-elle. Tu es bien arrivée à Florence ?
- Ouaip. J'y suis arrivée ce matin vers 8h30. Le vol a été rapide et il n'y avait presque pas de contrôle à la douane vu que j'arrivais de Rome. Les vols internes sont pratiques quand même, ajouta-t-elle avec une moue appréciative. Je dois retrouver mon contact dans une heure au Musée des Offices.
- C'est pas le musée qui abrite les œuvres de la Renaissance ça ? s'enquit la petite hipster.
- Bonne culture, Maxine, s'amusa Victoria dans un sourire légèrement impressionné. Effectivement, c'est bien celui-là, même si Florence toute entière est un symbole de la Renaissance à mon goût.
- T'as de la chance, j'aimerais bien le voir.
La blonde sentit une pointe de regret dans la voix de son amie et ne put s'empêcher de se sentir coupable. Depuis dix jours, elle lui vendait du rêve avec ses déplacements alors qu'elle savait à quel point Max était passionnée par l'art. A sa place, elle aurait été frustrée. Raison pour laquelle Victoria évitait de lui donner trop de détails sur les lieux qu'elle visitait pour ne pas entretenir le sentiment de jalousie.
- La prochaine fois que fais ce voyage, tu pourras m'accompagner si tu veux, proposa-t-elle.
- T'es sérieuse ?
- Non. Je dis ça juste pour te faire rager…
Son roulement d'yeux passa inaperçu au téléphone.
- Bien sûr que je suis sérieuse, hipster. Sinon je ne te le proposerais pas.
- Ah bah on ne sait jamais avec toi… ton côté sadique de Reine de Blackwell pourrait ressortir d'un seul coup sans qu'on s'y attende.
- Serait-ce de la rancœur que j'entends ? Ou un regret de ne plus te faire surnommer Loserfield ?
- Hahaha.
Elles échangèrent encore quelques plaisanteries le temps que Victoria termine son café. Elle était contente d'entendre le son de la voix de la jeune femme et essayait de faire durer cet instant le plus longtemps possible. Max lui parla de son nouveau projet éducatif et social qu'elle voulait mettre en œuvre pour aider les jeunes à se lancer dans l'écriture. Elle était entrée en contact avec plusieurs collèges et lycées des environs pour animer des ateliers d'écriture et de lecture sous forme de clubs hebdomadaires.
Victoria la félicita. Elle savait qu'en ce moment, Max cherchait sa voie, à se réadapter à une société qui lui avait échappée pendant des années. Elle savait aussi que ce qu'elle faisait n'était pas sa vocation, mais la brusquer n'aurait pas arrangé les choses. Il fallait la laisser tenter des expériences. Se bouger par elle-même, et simplement la soutenir.
Au bout d'une quinzaine de minutes supplémentaires, elles se souhaitèrent une bonne fin de journée et finirent par raccrocher. Le monde alentour sembla reprendre vie comme s'il s'était arrêté de tourner le temps de leur conversation. Les bruits de la rue se firent plus fort, les discussions alentours presque insupportables. Victoria se sentit propulsée hors de sa bulle comme si elle avait retenu sa respiration trop longtemps. Le cœur battant, elle fixa l'écran de son smartphone pendant de longues secondes. L'image de Max lui renvoyait une petite moue mécontente d'être prise en photo. Mais Victoria fixait son regard sans ciller comme essayant de comprendre ce sentiment de vide qu'elle ressentait depuis que la voix de la châtaine s'était tue. Un sentiment de manque qui disparut le temps d'un battement de cœur quand son téléphone afficha un message entrant.
Maxine, 16h30 : N'oublie pas de me ramener du fromage ! Je veux du vrai parmesan !
Un sentiment réconfortant d'avoir une amie avec qui échanger.
Victoria esquissa un sourire avant de taper une réponse rapide. L'heure tournait et elle devait se dépêcher sinon elle serait en retard pour rejoindre Marco.
5 août, cinq jours plus tard
Florence la magnifique. Victoria ne s'en lassait pas. Cela avait beau être la quatrième fois qu'elle s'y rendait, elle restait subjuguée par la personnalité complexe et caractérielle qui transparaissait à chaque coin de rue, dans le regard de ses habitants.
Appareil photo en main, petit sac léger passé à l'épaule, la riche jeune femme - qui ressemblait actuellement à une étudiante - se laissait guider par l'impétuosité grandiloquente de cette cité aux pierres anciennes.
A chaque fois qu'elle était venue, elle avait eu l'impression de ne pas rester assez longtemps pour saisir la véritable identité, l'âme profonde de la ville. Florence était à ses yeux l'incarnation de l'art un endroit où le Beau était à sa place. Il suffisait de déambuler dans ses rues, le nez en l'air, pour rencontrer des églises ou des monuments que l'on ne trouvait nulle part ailleurs. Et si les touristes pouvaient se laisser duper par l'artifice dont Florence s'enveloppait pour se protéger, son œil aguerri de photographe voyait les choses autrement. Elle percevait avec émerveillement l'élégance urbaine dans le paradoxe homogène et hétérogène du tissu humain qui ondulait à l'ombre des arcades et des légères variations dans les hauteurs des toits qui engendraient des perspectives uniques.
Perdue parmi les œuvres du passé, Victoria se sentait profondément heureuse. Son sens artistique prenait le pas sur ses autres masques et personnalités, la personne qu'elle était toute entière. Dante et Arnolfo di Cambio accaparaient ses pensées pour lui raconter au creux de l'oreille les secrets de ce lieu qui réveillait en elle une fascination centenaire.
Une fascination presque céleste.
Son projet photo reposait sur le contraste saisissant du moderne et de l'antique. Son oxymore. Son cheval de bataille. Sa vision personnelle et interprétation du clair-obscur qui fascinait les artistes depuis toujours. Victoria y voyait dans cette opposition architecturale et humaine la preuve tangible de deux choses qui ne devaient pas coexister, pas même exister et qui pourtant le faisaient avec une singularité qui la touchait au plus profond d'elle-même. Elle avait le sentiment, quand elle voyait ces siècles se mélanger, que ses vies antérieures remontaient brutalement, rappelées à la vie, se bousculaient, s'entrechoquaient, chacune d'elle portant son lot d'Histoire et de témoignages. C'était… enivrant.
D'un côté plus pratique, elle aurait répondu à qui lui aurait posé la question qu'elle ne se lassait de Florence pour ses couleurs, les formes qu'elle présentait et la luminosité que son appareil immortalisait au détour d'une rue pavée.
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Victoria qui marchait tranquillement, la tête levée vers les balcons aux arabesques délicates, s'arrêta en avisant une figure rêveuse accoudée trois mètres plus haut. C'était une femme d'une trentaine ou quarantaine d'années. Ses cheveux longs et bruns ondulaient, ramenés sur un côté de son visage bronzé. Ses yeux étaient tournés vers un livre qu'elle tenait d'une main, l'autre portant une petite tasse en porcelaine à ses lèvres. Vêtue d'une tunique rouge - Victoria n'aurait su dire si c'était une robe ou un débardeur lâche - la femme s'inscrivait dans le décor aux murs ocre comme la pièce maîtresse d'un tableau d'artiste.
Animée d'une volonté propre, son Nikon armé d'un zoom extrêmement puissant trouva le chemin de son œil droit sans même qu'elle n'y pense. Il fallait qu'elle saisisse ce moment de vie. Elle en ressentait le besoin comme celui de respirer. Vital. Primal. Mais au moment où elle appuya sur le détenteur, une chose qu'elle n'avait pas prévue se produisit. L'inconnue braqua son regard de jais - qu'elle perçut aussi noir et intense que l'ébène - dans son objectif, foudroyant la photographe d'un partage d'émotions sans le moindre filtre auquel elle n'était pas préparée. Le temps s'arrêta. Les deux femmes se fixèrent mutuellement comme connectées par un lien invisible et inexplicable. Les secondes se mirent à s'écouler avec lenteur, s'étirer indéfiniment. Elles se transmettaient leur Histoire, leur vécu, leurs pensées les plus intimes… et cela s'effaça au moment où Victoria abaissa son appareil, hébétée, rendant au temps le contrôle qu'il semblait avoir perdu. Elle s'excusa en italien avec un accent approximatif :
- Mi scusi per il disturbo. Sono un fotografo, non avevo alcuna intenzione di dannerggiarvi.
Son petit sourire désolé et embarrassé tira un éclat de rire à l'italienne qui semblait pas le moins du monde gênée et qui lui assura que ce n'était pas un problème. Elle était, au contraire, flattée par son attention et lui avoua être surprise et ravie d'entendre une américaine lui parler dans sa langue natale. Selon son expérience, il était rare que les touristes possédant l'anglais comme langue maternelle cherchent à apprendre d'autres dialectes pour communiquer. Et lorsque c'était le cas, ils apprenaient plutôt le français ou l'espagnol.
- Sarei meglio, grimaça la blonde, cherchant ses mots.
- Siete molto talento, la rassura l'inconnue du nom d'Alessia dorénavant penchée pour discuter avec elle.
Elle lui avait donné son nom une dizaine de minutes plus tôt, et elle lui fit le compliment que si son italien n'était pas parfait, il était loin d'être mauvais. Touchée par la sincérité qu'elle sentie chez elle, Victoria lui fit la confession en retour qu'elle était à moitié française par la famille de sa mère, d'où son attrait pour les langues romanes. Elle y trouvait une forme de mélodie et de charme dont l'anglais était dépourvu.
Elles discutèrent encore un bon moment, avant qu'Alessia ne lui donne des conseils pour la suite de son séjour. Elle lui indiqua les endroits à voir, ceux où manger et ceux ou écouter de la bonne musique. Victoria lui sourit. Elle adorait son métier et les rencontres qu'elle faisait grâce à lui.
Bordeaux, 9 août, quatre jours plus tard
- Nathan ! Vite ! Cria-t-elle. Il faut sortir Max !
Mais le petit brun ne l'écoutait pas, armé de son seul point droit, il envoya un crochet dans la mâchoire Jefferson, sa raison s'étant évaporée dans la haine. A présent à califourchon sur l'homme étendu au sol qui se tordait de douleur, il frappait et frappait sans discontinuer, aveuglé par sa propre colère, sa propre rancœur. Et à chaque coup il rugissait sa rage, se noyait dans son désir de vengeance. Bientôt ses cris n'eurent plus rien d'humain. Sa voix se brisait. Mais il continuait à pousser des sons aigus et stridents, frappant au hasard, sans même regarder ce qu'il touchait ou visait. Ses gestes étaient devenus mécaniques, alimentés par une violence qui le dépassait, une violence qui l'engloutissait. Et il s'y abandonnait. Il frappait avec fureur, les jointures de ses doigts boursouflées éraflant la chair rugueuse du menton mal rasé de son ancien professeur.
- N-Nate…
Victoria le regardait faire, subjuguée par l'horreur humaine dans son plus simple appareil. Elle aurait voulu détourner le regard, prendre ses jambes à son cou, mais elle restait là, incapable du moindre mouvement, les yeux fixés sur le carnage à ses pieds. Ce fut l'intervention de Max qui lui fit reprendre brutalement ses esprits, l'extirpant de sa torpeur macabre. Sa petite main se glissa dans la sienne pour l'obliger à se remettre en mouvement.
- Max, murmura Victoria, sa voix mourant au moment où leurs regards se rencontrèrent.
La main de la brune dans la sienne effectua une légère pression pour toute réponse, signe qu'elle était bien là, bien vivante, à ses côtés. Et, les larmes manquant de remonter, la blonde voulu s'abandonner à ce contact, voulut oublier toutes les horreurs auxquelles elle venait d'assister et se blottir contre la brune. Mais il fallait qu'elle se montre forte. Max était là, mais Max était encore fragile… c'était à elle de finir ce qu'elle avait commencé, elle en avait le pouvoir… Victoria inspira, il fallait sortir de là au plus vite, rejoindre la rue et la civilisation, et elles seraient sauvées. Il n'y avait rien de plus facile. Elles avaient déjà fait le plus dur. Il ne leur restait que ça… Mais alors qu'elles s'apprêtaient à passer la porte d'entrée de l'appartement, un coup de feu retentit dans leur dos, glaçant l'atmosphère. Un silence morbide s'abattit sur le studio instantanément, figeant le temps. Victoria pivota lentement. La peur de ce qu'elle allait découvrir lui tordant l'estomac.
Elle aperçut d'abord le regard apeuré de Max qui suivit le mouvement de sa tête vers le drap blanc. Tout sembla se dérouler au ralenti. Ou alors, Victoria venait bel et bien d'arrêter le temps. Elle n'en était pas certaine. Nathan, une main sur son abdomen, l'autre sur le torse de Jefferson, fixait le sang qui imbibait progressivement ses vêtements. Il regardait avec hébétude ce même sang qui engluait ses doigts d'un liquide poisseux et semblait provenir tout droit de sa poitrine. Il ne semblait pas comprendre. Il ne réalisait pas. Mais Victoria comprit… elle avisa le canon fumant de l'arme à feu dans la main mal-assurée de l'homme mourant qu'elle avait aveuglément admiré toutes ces années.
- Nathan ! NON !
Elle cria. Elle cria à s'en vider les poumons. Elle cria à s'en arracher les cordes vocales. Mais aucun son n'atteignit les deux hommes. Aucun son ne lui échappa. A la place, le monde autour d'elle se troubla subitement. Les bruits se firent distants. Elle hurla de plus belle. Tout se figea… Les images se décomposèrent peu à peu alors que la réalité du studio commençait à disparaître sous ses yeux, s'effaçant derrière un voile bleuté évanescent. Victoria se mit à trembler. Nathan disparut de son champ de vision. Jefferson disparut. L'espace-temps lui-même sembla se distordre et la séparer de l'univers dans lequel elle se trouvait. Il la mettait à part… et bientôt, elle ne fut plus entièrement certaine d'appartenir encore à cette réalité. Elle venait de tout perdre… Qu'avait-elle fait ?...
- Tu viens d'arrêter le temps ? Fit une petite voix à ses côtés.
Victoria se réveilla en sursaut, trempée et le cœur affolé. Il battait tellement fort, tellement sauvagement qu'elle crut qu'il était bel et bien en train de percer sa poitrine. Le regard fou, elle paniqua en ne reconnaissant pas la pièce dans laquelle elle se trouvait. Elle se battit avec son drap, essaya de s'en extirper, ne faisant qu'empirer la situation. Il lui fallut un moment avant de se rendre compte qu'elle était dans une chambre d'hôtel. Elle était en France. Pas dans un studio photo aux mains d'un psychopathe. Elle était en sécurité.
La respiration sifflante, elle essaya de s'imposer un calme qui faisait trembler son corps. Son cœur refusait de ralentir la cadence.
Ce rêve… non, ce cauchemar avait semblé tellement réel…
Elle avait réellement eu l'impression de pouvoir remonter le temps, enfin, l'arrêter pour être tout à fait exact. Elle revoyait dans les moindres détails les plus sordides Nathan fixer le trou béant dans sa poitrine tachée de rouge, Maxine droguée et apathique.
Victoria frémit d'horreur, de la bile remontant le long de sa gorge. Dans un réflexe maladif, elle bondit hors de son lit pour se précipiter aux toilettes où elle rendit de manière physique la terreur de son traumatisme. Il ne fallait pas être Freud pour comprendre ce qui lui arrivait. Elle pensait s'en être sortie sans trop de séquelles, s'était persuadée être passée outre, mais son corps se souvenait. Si sa tête avait refoulé le choc dans un coin de son inconscient, lui n'arrivait pas digérer ce que Mark lui avait fait subir.
Les mains agitées de tremblement incontrôlables, Victoria tira la chasse d'eau. Le tourbillon sous ses yeux lui donna presque le tournis et elle s'en détourna difficilement pour atteindre le lavabo où elle se rinça les mains et se rafraîchit le visage. Des remontées gastriques lui brûlant la trachée, elle se sentait nauséeuse et collante de transpiration. Un goût pâteux extrêmement désagréable engourdissait sa langue. La blonde aux cheveux courts manqua de tourner de l'œil lorsqu'elle releva la tête pour aviser son reflet dans le miroir qui lui renvoya une image d'elle plus blanche que jamais. Sa peau lui apparut presque translucide, diaphane. Elle s'était rarement vue aussi mal. Toute couleur avait quitté son épiderme.
Terrifiée par son air souffrant, Victoria attrapa une serviette avec le logo de l'hôtel dans lequel elle était pour s'essuyer le visage et chasser les gouttes de sueur qui continuaient de perler sur son front. Elle savait parfaitement que son cerveau avait réagi par association en créant ce cauchemar. Tiré de sa propre expérience de kidnapping avec Max volant à son secours et Nathan désirant se venger, elle avait mélangé cela à ce que la châtaine avait écrit dans son bouquin lorsque Jodie s'était réveillée ligotée. Cette histoire de Chambre Noire lui donnait encore des sueurs froides…
L'idée même de retourner se coucher après avoir vécu lui tira une grimace mêlée de crainte et d'incertitude. Elle n'avait pas la moindre envie de fermer les yeux pour replonger et revivre cette horreur. A la place, elle revint dans sa chambre pour récupérer son smartphone. Une pression sur l'écran et il afficha 4h57. Cela signifiait qu'à Arcadia Bay on était encore la veille. Et il n'était pas trop tard pour un appel, en plus.
Je n'aurais qu'à la jouer évasive pour ne pas l'inquiéter d'appeler à une heure pareille… essaya-t-elle de se convaincre.
Après une courte hésitation, elle chercha un des derniers numéros contactés et pressa la touche verte. Une voix lui répondit presque aussitôt sur un ton moqueur.
- Salut vacancière !
- Nate, le salua-t-elle en retour dans un petit soupir soulagé, instinctivement rassérénée par la chaleur que son meilleur ami lui apportait juste en parlant. Je te dérange ?
Elle entendit du bruit à l'autre bout du fil et devina que le jeune homme était en train de se déplacer pour trouver un coin plus calme.
- Pas du tout, répondit-il avec un sourire dans la voix. Au contraire, j'étais en train de prier pour qu'une distraction me tombe dessus. Tu es mon signe divin. Attend, je change de pièce.
- Tu es où ?
Il y eut le claquement caractéristique d'une porte qui se ferme puis un silence appréciable autant pour l'un que pour l'autre.
- Je suis à la soirée gala annuel d'été. Et vu que tu n'es pas là pour être ma cavalière blonde que je peux exhiber à outrance, j'enchaîne les discussions barbantes. Si je suis casé ce soir avec une femme qui en a après mon argent, ce sera de ta faute, Chase.
Victoria ne put empêcher un petit rire qui décontracta ses muscles et relâcha un petit peu la tension dans son estomac. Nathan ne changeait pas. Il était incapable d'être sérieux deux minutes quand il était avec elle. Et en cet instant c'était exactement ce dont elle avait besoin. Cela lui fit un bien fou.
- J'arrive pas à croire que tu m'ais lâché pour aller te la couler douce en Italie, reprit-il dans une fausse remontrance qui dissimulait mal son amusement.
- Je suis en France actuellement, le corrigea-t-elle en commençant sa phrase en français, s'attirant un rire. Et je ne suis pas en vacances, je travaille.
- C'est ce que tu dis toujours. Mais je suis sûr que ton compte Instagram va me prouver le contraire.
- La jalousie c'est moche, Nate. Ca va te donner des rides avant l'heure et tu devras recourir au botox. (elle marqua une pause) Il n'y a pas une courtisane sexy sans cervelle pour te tenir compagnie ce soir ? ajouta-t-elle avec espièglerie.
- Ca dépend, si tu prends comme base de comparaison l'habituelle pimbêche blonde aux cheveux courts pendue à mon bras, c'est difficile de trouver mieux, répliqua-t-il du tac-o-tac, loin de se démonter.
- Salaud. C'est dingue… A chaque fois que je te parle, ça me rappelle pourquoi je ne suis pas attirée par les hommes.
Il éclata de rire, fier de lui alors que la concernée roulait des yeux, fatiguée par son comportement sans pour autant pouvoir se retenir de l'accompagner légèrement. En l'espace de quelques secondes il avait chassé toutes ses angoisses comme si elles n'avaient jamais eu lieu d'être.
- Tu reviens quand, au fait ? demanda-t-il en reprenant doucement son sérieux.
- A la fin de la semaine prochaine. Ca passe trop vite.
- Ah merde. Je vais rater ton anniversaire, regretta-t-il, sincèrement désolé. Au pire… Tu veux que je te rejoigne en Europe ? Je peux prendre le premier avion demain et être là pour le 11 sans problème.
- Idiot.
Le connaissant, même s'il disait cela comme ça, il était parfaitement capable de mettre son plan à exécution et de débarquer en personne. Et si Victoria était tout à fait honnête avec elle-même, sa proposition était tentante. Ils avaient l'habitude de se faire des surprises pour leurs anniversaires respectifs. C'était rare qu'ils ne les passent pas ensemble.
- Fais pas genre, Vic, rit-il. Dis simplement oui.
La blonde secoua la tête avec amusement.
- Je sais pas si tu fais ça pour moi ou pour le plaisir de poser un lapin à ton père, rétorqua-t-elle en souriant.
- Tu me connais trop bien… Attend une seconde.
Il s'arrêta au milieu de sa phrase et Victoria l'entendit parler à une tierce personne. Un homme certainement vu la gravité de la voix. Ce fut relativement rapide et lorsque Nathan reprit le combiné, il lui annonça qu'il était désolé mais qu'il devait filer. On avait remarqué son absence trop longue.
- Va les éblouir avec ta couche de gel indécente et ton absence totale de talent de négociation, lança-t-elle gratuitement, le faisant de nouveau éclater de rire.
- En attendant je tourne au champagne pendant que tu bois du thé vert. Allez, faut que j'y aille, mais ma proposition tient toujours.
- C'est ça, on en reparlera.
Lorsque Victoria raccrocha, il n'était pas loin de 5h30 du matin, trop tard pour se recoucher à son goût - de toute façon le sommeil l'avait quittée - elle choisit donc de s'offrir le luxe d'une bonne douche. Elle pourrait même se faire un petit masque revitalisant du visage tout en re-visionnant ses photos prises la veille. En prenant son temps, elle pourrait faire l'ouverture du restaurant de l'hôtel et aurait toute la journée devant elle pour profiter de la beauté de la Gironde.
C'était la première fois qu'elle venait à Bordeaux. Elle comptait bien profiter du charme de la ville et de la particularité quasi-légendaire de ses vignobles. Elle relégua donc son terrible cauchemar dans un coin obscur de son esprit et récupéra son peignoir pour s'enfermer dans la salle de bain.
11 août, deux jours plus tard
En plein cœur du quartier chic Jordaan d'Amtersdam, Victoria mitrailla une vieille bâtisse en pierres rouges qui baignait dans la lueur aimante du soleil couchant.
- Magnifique, souffla une voix à sa droite, émerveillée par la vue.
Victoria abaissa sa caméra pour offrir un sourire éclatant au jeune homme à ses côtés. Ses cheveux châtains étaient tirés en arrière malgré une petite mèche rebelle qui se dégageait sur son front au-dessus de ses yeux noisette. Dans un même mouvement, ils reportèrent à l'unisson leurs regards sur la rue qui semblait se jouer de la lumière de l'astre solaire comme voulant leur offrir un spectacle à la représentation unique.
- Je sais que je te l'ai déjà dit à l'aéroport ce matin, mais… Joyeux anniversaire, Vicky, sourit-il de plus belle.
- Merci, Nate, murmura-t-elle, émue autant par ce qui se dégageait de la scène que par sa décision de la rejoindre.
Les mots lui manquaient. Ils paraissaient dérisoires à côté de ce qu'elle ressentait.
- Je m'en souviendrai de mes 27 ans.
- J'espère bien, et la journée n'est pas encore terminée.
Dans un clin d'œil complice, il se remit en mouvement, l'invitant à le suivre. Ce qu'elle fit en secouant la tête de droite à gauche devant ses réactions immatures. Nathan s'était tenu à sa parole de ne pas la laisser seule pour son anniversaire. Comme il lui avait annoncé, il avait sauté dans un avion la veille pour rallier Miami et faire un direct jusqu'à Amsterdam. Il était arrivé le matin même pour la serrer dans ses bras et lui souhaiter un joyeux anniversaire en chair et en os.
Si elle n'en avait pas cru ses yeux, Victoria n'avait pas été vraiment surprise non plus. Son caractère impulsif et protecteur prenait le pas sur son caractère dorénavant apaisé d'homme d'affaires lorsqu'il s'agissait d'elle. La blonde savait qu'il aurait fait n'importe quoi pour elle. Et c'était réciproque.
- On fait un crochet par l'hôtel pour se changer et la voiture que j'ai réservée passera nous prendre à 20h tapantes, reprit-il, la tirant de sa rêverie. Crois-moi tu voudras porter la robe Chanel que tu as acheté à Paris.
- Mon dieu… Ne me dis pas que le moment est arrivé ? Surjoua-t-elle devant son air plein de malice. Tu vas finalement me demander ma main ?
- Et donner aux journalistes ce qu'ils attendent de nous depuis des années ? Naaaan. Ca gâcherait le plaisir de nos prochaines sorties ensemble.
- Ca calmerait tes prétendantes pour de bon, au moins.
- Ouuuuh, fit-il en levant les mains en signe d'apaisement. Que tu crois. Les hommes mariés ont leur succès. Tu me sous-estimes. J'ai des arguments !
- C'est toi qui te surestimes. Les beaux costumes ne font pas tout, la performance est importante.
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A peine furent-ils arrivés à l'hôtel que Victoria se connecta sur le wi-fi de sa chambre. Elle savait qu'elle ne manquerait pas de crouler sous les notifications d'anniversaire - ce qui fut effectivement le cas - mais ce n'était pas ce qui l'intéressait. Elle cherchait un message en particulier au milieu du chaos de ses amis, relations personnelles et professionnelles - ses parents se donnant à peine le mal de la contacter -. Elle ne fut d'ailleurs pas longue à trouver le texto envoyé sur whatsapp signé par une petite châtaine aux yeux bleus et au style vestimentaire douteux.
Victoria se fendit d'un immense sourire en voyant qu'elle ne l'avait pas oubliée.
Max, 15h26 : « En ce jour un peu spécial, je vais te renvoyer une phrase que tu m'as dite dans une autre réalité et qui m'avait beaucoup touchée : 'Il y a une raison à l'utilisation courante du sourire comme masque. C'est l'expression faciale la plus facile à faire volontairement. C'est l'une des premières expressions utilisées par l'enfant de manière délibérée pour faire plaisir à autrui. Tout au long de la vie, des sourires sociaux présentent faussement des émotions non ressenties, mais requises ou utiles à montrer'. »
Paul Ekman, songea Victoria en faisant une pause dans sa lecture, le cœur s'emballant soudainement. Elle l'avait reconnu dès les premiers mots. Légèrement bouleversée de se voir offrir des lignes de son auteur préféré, il lui fallut une petite seconde pour se recentrer et reprendre sa lecture là où elle s'en était arrêtée.
« Je sais que j'ai beaucoup abusé de ce masque de sourire, surtout dernièrement, et l'autre toi me l'avait déjà fait remarquer. C'est peut-être maladroit, mais… je voulais dire en t'envoyant ces mots que quand je suis avec toi, je ne feins aucun de mes sourires. Alors merci et joyeux anniversaire, Victoria ! (bonne chance avec ce pavé à lire !) »
Victoria sentait son sang résonner dans ses oreilles, battre et pulser dans toutes les parties de son corps. Elle avait chaud. Elle se sentait étrangement heureuse en lisant ces quelques lignes qui signifiaient tant pour elle. Maxine la connaissait vraiment par cœur. Elle savait la toucher d'une manière si intime, si sensible et intelligente… et à cet instant précis elle aurait beaucoup de choses pour pouvoir la serrer dans ses bras, apercevoir son sourire se dessiner sur ses fines lèvres rosées, entendre sa voix aux intonations douces, mais surtout… se perdre dans son regard qui la transportait et qui aurait pu rendre jalouses les cartes postales de l'Océan Indien.
Le cœur au bord des lèvres, Victoria tapa une réponse. Son muscle cardiaque battait tellement fort qu'elle se surprenait à le contenir dans sa cage thoracique.
Victoria, 19h10 : C'est triché d'utiliser mon livre préféré… Paul Ekman me rend faible. MAIS CA NE VEUT PAS DIRE QUE TU GAGNES CETTE MANCHE. Surtout en ayant reçu de l'aide d'une autre Victoria.
PS : Mais merci ! Quand je rentrerai dans quelques jours, on pourra toujours fêter ça entre nous. :)
L'héritière Chase hésita un instant avant d'envoyer le message, les mains prises d'une nervosité incontrôlable. Elle le relut avec une drôle de sensation dans l'estomac. C'était idiot. Elle avait l'habitude d'inviter Max à sortir tous les deux jours sans se poser de questions. Et pourtant, cette fois, elle sentait que sa manière de dire les choses était différente. C'était une promesse de se voir, de se retrouver alors qu'elles étaient loin l'une de l'autre. Peut-être qu'elle réfléchissait trop à ce que Max lui avait dit à propos de leur relation dans sa première réalité alternative, mais ce message sonnait comme… un rencard ?
Des coups frappés à la porte de la chambre firent sursauter la blonde qui – sans le vouloir – appuya sur la touche d'envoie dans une expression horrifiée.
Oh shit. Oh shit. Oh shit.
Message envoyé. Et reçu.
- Qu'est-ce que tu penses de Max Caulfield ? demanda Victoria avant de porter élégamment sa fourchette à ses lèvres.
Nathan arqua un sourcil, lui retournant un regard surprit.
- Qu'est-ce que j'en pense aujourd'hui ou quand on était à Blackwell ?
- En général.
Il prit le temps de réfléchir en terminant sa bouchée de saumon grillé.
- J'ai pas vraiment d'avis sur elle, déclara-t-il sur le ton de la confession, les yeux perdus dans les méandres de ses souvenirs. Je lui suis extrêmement reconnaissant qu'elle t'ait sauvé la vie avec Jefferson, mais pour ce qui est de son caractère, je sais pas. J'avais quasiment aucune classe en commun avec elle, c'était toi qui étais la plus souvent avec elle. Je me rappelle juste d'une nana effacée, timide qui traînait avec… comment elle s'appelait déjà ?... Kate… Kate quelque chose ?...
- Kate March, compléta Victoria sur un ton neutre, sa mémoire lui faisant rarement défaut.
- Ouais c'est ça, Kate March ! Reprit-il en claquant des doigts. Et elle utilisait un polaroid. Je m'en souviens parce qu'elle était bien la seule à utiliser ce genre d'appareil à l'heure du numérique.
Il termina sa tirade en reportant deux haricots verts à ses lèvres.
- J'avais beau être dans la même classe, je ne la connaissais pas, songea Victoria à haute voix avant d'ajouter dans un murmure inaudible, au moins pas dans cette vie.
- Pourquoi tu me demandes ça ?
- Simple curiosité, mentit-elle dans un sourire charmeur en levant son verre devant elle pour porter un toast à leur vie d'héritiers dont ils n'avaient pas à se plaindre. A nous !
- A ton anniversaire ! la corrigea-t-il.
Elle vit dans son regard qu'il n'était pas dupe et avait bien remarqué son changement de sujet, mais il la suivit dans un sourire. Il savait pertinemment qu'il serait mis au parfum le moment voulu.
To be continued.
