Helloooooo~
Alors comme ça tout le monde me déteste suite à la fin du chapitre précédent ? (petit rire sadique) Vous êtes naïfs car cette fin était obligatoire pour replonger dans le drama auquel vous vous droguez ! HAHA !
Enfin, dans tous les cas, Max est vraiment dans une mauvaise posture là ! Va falloir qu'elle explique son mensonge et qu'elle l'assume. Le pire est donc à venir~
Je ne vous retiens pas plus et je vous souhaite une bonne lecture !
Kiwi
Chapitre 12
Clocks Go Forward
"A tear contains an ocean. A photographer is aware of the tiny moments in a person's life that reveal greater truths."
- Anonymous
Victoria claqua la porte de l'appartement de Max. Ses pas mal assurés et pourtant inarrêtables la guidèrent vers sa voiture, une détresse à peine dissimulée dans son port altier. Le monde venait de tourner au chaos.
Sa tenue de ville sous le bras au côté de son sac à main Valentino, elle avait simplement refermé son manteau sur le pyjama qu'elle portait la veille. Elle qui tenait habituellement compte de la perfection de sa tenue, se moquait de son apparence à cet instant précis. Elle voulait juste mettre de la distance entre Max et elle.
A peine se fut-elle engouffrée dans son véhicule de collection qu'elle composa un numéro qui se mit à sonner dans les haut-parleurs de l'habitacle. Première sonnerie. Deuxième sonnerie.
Réponds !
Elle démarra le moteur le temps qu'une voix endormie, légèrement grave et masculine, ne finisse par décrocher.
- Allo…o ? Mme Chase ?...
Ethan Smith, son assistant de direction.
- Tout va bien ?...
Fidèle bras droit, il travaillait avec elle depuis deux ans et connaissait sa manie d'appeler à n'importe quelle heure. Elle l'avait averti le jour où elle l'avait engagé que cela risquait d'arriver et il avait accepté, sachant qu'elle lui offrait une opportunité de carrière qu'il ne pouvait pas refuser. Alors, prenant sur lui, le jeune homme tenta de paraître éveillé pour garder un semblant de professionnalisme nota-t-elle en cet instant. Echec cuisant. Ses bâillements étaient perceptibles malgré qu'il fît un effort pour éloigner le combiné.
- Ethan, désolée de te déranger si tôt, s'excusa-t-elle plus par politesse qu'autre chose. Je préfère te prévenir… Tu peux annuler mes rendez-vous de ce matin ? J'ai un imprévu et je ne pourrai venir à la galerie que cet après-midi.
Il acquiesça d'un simple « bien sûr » sans chercher la raison de son absence ou lui signaler que cela lui compliquait la tâche. Victoria n'était jamais dans l'abus. Si elle était absente, ce devait être une affaire privé importante.
- Et par la même occasion, j'en profite pour te rappeler que l'exposition au Chase Space de Seattle doit nous être transmise d'ici la fin de la semaine. On en est où par rapport à ça ?
Elle s'étonnait elle-même d'arriver à se focaliser sur son travail. Peut-être était-ce son système défensif de déni de son cœur qui hurlait à la mort.
- Je comptais m'en occuper ce matin, Madame. Il faut que j'appelle M. Stonfold pour arranger le transport. On s'est déjà parlé il y a deux jours, il ne savait pas trop s'il pourrait respecter le timing…
- Fais le lui respecter.
- Je me doutais que vous diriez ça. Je le ferai dès que j'arrive au Metropolitan… c'est-à-dire dans… (il marqua une pause, signe qu'il regardait sa montre) deux heures.
La conversation tourna court et Victoria le remercia avant de raccrocher. Elle avait besoin de passer ses nerfs et elle connaissait un endroit parfait pour cela. Composant le numéro de Nathan en s'adressant à Siri pour ne pas lâcher le volant, elle prit la direction de la Villa Prescott à la sortie de la ville. Sa voiture accéléra sur le périphérique.
.
25 minutes plus tôt
- C'e..c'est quoi ça ?... articula-t-elle difficilement, la voix blanche.
Le visage de la petite hipster se décomposa comme si elle venait de voir la grande Faucheuse en face. Toute couleur disparut de ses joues. Ses yeux se vidèrent. Une peur viscérale semblait s'échapper par tous les pores de sa peau. Pourtant, comme un système militaire rodé par les années, son expression faciale se fit indéchiffrable, protégeant ses pensées.
- Tu l'as lu ?...
Sa question arracha un souffle choqué à Victoria qui hoqueta, scandalisée. Comment osait-elle ?... Elle la regarda comme si elle se trouvait face à une inconnue. Non… pas une inconnue, une personne qu'elle ne reconnaissait plus… un visage si beau qu'elle redécouvrait derrière un tissu de mensonges.
- Tu l'as lu ?... répéta-t-elle en serrant les dents d'énervement, sa langue retrouvant de son venin sous cette question décalée. C'est tout ce que tu trouves à dire ? Est-ce que je l'ai lu ?!
- Non… je peux tout expliquer.
- Tu peux tout expliquer… bien sûr.
Un rire amer accompagna ses paroles avant qu'elle n'enchaîne avec sarcasme :
- Il va effectivement falloir me dire pourquoi tu m'as menti depuis plusieurs mois. Parce que tu as eu pleeeein d'opportunités de me dire la vérité. Des centaines d'opportunités, même… et tu as choisi de me cacher cet élément…
- Je…
Elle lui coupa la parole.
- Tu sais, Maxine… Je croyais qu'on avait dépassé ce stade… Je croyais qu'on était amies…
Sa voix s'était faite cassante, agressive. Victoria se sentait blessée et trahie et réagissait encore une fois par instinct. Les muscles contractés, un bras en travers du torse, elle essayait de se protéger de cette dispute qu'elle avait elle-même commencée. Max essaya de se rapprocher mais elle fit un pas en arrière en la foudroyant de ses yeux lagons. Elle ne voulait pas qu'elle la touche. Elle ne voulait pas qu'elle l'approche. Elle voulait garder tous ces mensonges le plus loin possible d'elle. Max, une lueur accablée dans le regard, comprit le message. Elle s'immobilisa, respectant la distance entre elles.
Dire qu'elle lui avait fait confiance…
- Tu te trompes… ce n'est pas ce que tu crois…
La petite châtaine prit une grande inspiration qui fit trembler son corps.
- Je n'ai jamais voulu te mentir…
Victoria se mordit sévèrement la langue pour ne pas laisser une répartie virulente lui échapper et lui permettre de continuer.
- Ce carnet… murmura Max, la voix chancelante. Il me sert de mémoire pour ne rien oublier de ce que j'ai fait... de ce que j'ai vu… J'y ai écrit tous les univers dans lesquels je me suis rendue. Toutes les personnes que j'ai rencontrées…
Elle marqua une nouvelle pause détournant le regard en retenant des larmes qui semblaient monter. Son corps se mit à trembler sans qu'elle ne puisse rien y faire. Ses poings se serrèrent et ses mâchoires se contractèrent sous des mots difficiles à articuler. Cette vision fit vaciller la colère de la blonde qui pourtant se maintint à l'immobilité.
- Surtout toi.
- J'ai cru voir ça, oui… fit-elle, froidement.
Un manque de pitié qui fit grincer des dents à son opposante.
- Tu… Tu sais que j'ai décidé de ne pas changer les choses, de revenir à la réalité première où Chloé se… s'était faite descendre par Nathan…
Victoria acquiesça d'un petit signe de tête.
- Tu ne connais pas l'entière vérité à propos de tout ça… la raison pour laquelle j'ai choisi de laisser Chloé mourir. Je ne te l'ai pas dite et je ne l'ai pas écrite.
Max s'assit lourdement, ou plutôt, se laissa tomber sur le canapé, soudainement incapable de tenir sur ses jambes. Le poids de son secret l'écrasa une dernière fois. Une ultime fois. Elle n'en pouvait plus. Il fallait que ça sorte. Relevant le menton, l'écrivaine jeta un regard à la riche blonde pour l'inviter à s'asseoir également, mais cette dernière préféra rester debout.
Max consentit faiblement.
- Dans mon livre, j'ai parlé de la tornade qui rasait Arcadia Bay, commença-t-elle à mi-voix. Cette… Cette tornade qui tuait des cen… centaines de personnes… et c'était la vérité !... mais… il n'y avait pas que ça. D-dans ce futur… dans tous les futurs…. si Chloé survivait, tu mourrais…
Victoria réussit à dissimuler sa surprise en avalant discrètement sa salive. Elle ne sut pas comment elle réussit à ne pas montrer qu'elle eut l'impression de déglutir de l'acide sulfurique.
- Dans la première version de la réalité que j'ai essayé de mettre en place, tu mourrais aux mains de Jefferson dans la Chambre Noire…
- Mais… je…
- De l'exacte même manière que ce qui a failli se produire dans cette réalité.
Elle s'arrêta pour fixer la blonde dans les yeux.
- C'est arrivé parce que je t'avais prévenu que quelque chose se tramait. Je t'avais dit de te méfier de Nathan que je croyais à l'époque fautif, et de chercher un moyen de te protéger. Tu… Tu m'avais écoutée… mais tu avais cherché protection auprès de Jefferson…
Une nouvelle pause. Plus longue. Victoria ne trouvait plus les mots et Max semblait essayer de se souvenir exactement de ce qui s'était passé. Elle n'osa pas l'interrompre. Elle en était de toute façon incapable.
- Dans la deuxième version, je ne t'ai pas prévenue pour te préserver…
Les mots se firent difficiles. La petite châtaine avait du mal à les prononcer.
- Tu mourrais dans un accident de voiture, balayée par la tornade…
Victoria encaissa le coup toujours sans émettre le moindre mouvement.
- Peu importe ce que je faisais - et j'ai essayé des dizaines et des dizaines de choses - si Chloé ne mourrait pas, des centaines d'innocents en payaient le prix. C'était comme si le Continuum spatio-temporel refusait que cet acte lui échappe et créait des conséquences toujours plus désastreuses…
Max remonta ses genoux devant elle pour les serrer l'un contre l'autre près de son corps dans un signe de honte profonde et de dégoût envers elle-même dont elle essayait de se protéger.
- Une fois, j'ai essayé de suivre Chloé… d'abandonner Arcadia Bay… (elle déglutit) mais… mais il a suffi que je trouve ta voiture renversée e-et… et… ton corps au bord de la route…
La petite hipster frissonna d'horreur, incapable de finir sa phrase. Les yeux de nouveau fixés sur ses pieds, Max se balançait imperceptiblement d'avant en arrière dans un mouvement lent et répété. Il n'en fallut pas plus à Victoria pour imaginer son corps démembré et recouvert de sang.
- Ca n'explique toujours pas pourquoi tu m'as menti… reprit-elle avec le ton le plus détaché dont elle était capable en cet instant.
Elle ne réussit pourtant pas à dissimuler entièrement le tremblement de sa voix sous son souffle saccadé.
- …
- J'aurais pu comprendre…
Max garda le silence, se murant derrière des mots qui ne sortaient pas, arrachant un soupir de lassitude à Victoria devant le temps qui se prolongeait. Fatiguée, cette dernière leva les mains dans un geste légèrement agacé. Elle avait l'impression d'avoir fait dix pas en arrière pour en revenir à ce jour où Max avait essayé de la prévenir du danger de Jefferson sans pour autant lui révéler quoique ce soit de concret. Parfois son penchant pour le mystérieux et le mélodramatique était insupportable.
- Bon écoute, si t'as pas envie d'en parler, on en reste là pour aujourd'…
- C'est parce que je me sens coupable, lâcha abruptement Max, lui coupant la parole.
Victoria se figea, attendant qu'elle éclaircisse sa pensée. Ce qu'elle ne tarda pas à faire.
- Je me sens coupable de la mort de Chloé… j'avais fait la promesse de toujours la protéger, de toujours rester à ses côtés, et… j'avais le pouvoir de le faire. Je pouvais contrôler le temps, putain ! Explosa-t-elle, la gorge serrée comme un étau et les larmes brillant au coin des yeux. J'aurais pu la sauver ! J'aurais pu la garder en vie… et… j'ai choisi de ne pas le faire… j'ai choisi la ville d'Arcadia Bay au lieu de ma meilleure amie…
Sa voix s'éteignit dans un hoquet de chagrin qu'elle tenta d'apaiser pour reprendre sa déclaration.
- Aussi fort que je l'aimais… une vie n'en valait pas plusieurs centaines… Je ne pouvais pas la choisir… (elle inspira profondément essayant de contenir sa colère, sa frustration, sa tristesse…) Tu me demandes pourquoi je t'ai menti ?... Pourquoi je t'ai caché que dans tous tes futurs, heureux ou malheureux, nous étions ensemble ?
Son regard trouva les orbes de jade pour les capturer et ne plus les lâcher.
- Je t'ai caché cette vérité parce que j'ai vécu et traversé assez de futurs possibles pour savoir que mon bonheur se trouvait avec toi. Et oui, Victoria… c'est ironique, n'est-ce pas ? Toi qui me détestais à l'école ! Et bien sache que quoique nous fassions, nous sommes liées par un fil rouge qui nous rassemble, qui nous fait nous sentir heureuses et entières. Toi et moi…. Ensemble…
Max se passa une main dans ses cheveux ondulés pour dégager son visage et les ramener sur un côté.
- Raison pour laquelle j'ai quitté Blackwell et Arcadia Bay… je t'ai fui parce que je me sentais coupable… je refusais de m'accorder le bonheur après ce que j'avais fait à Chloé. C'était injuste. Je n'avais pas le droit de continuer à vivre comme si de rien n'était. (elle s'arrêta pour respirer, comme ayant retenu sa respiration tout au long de sa déclaration) Il fallait que je m'éloigne de toi et que j'arrête la photographie au risque d'être tentée de revenir dans le passé.
Le fait qu'elle se soit éloignée pendant huit ans pour se punir plana dans l'air, et – dans son déni colérique frustré – Victoria aurait presque voulu reconnaître qu'elle en fut chamboulée.
- Dans ce cas… Pourquoi être revenue ?
- Pour mon livre en hommage à Chloé, avoua-t-elle en baissant le nez. J'avais besoin de l'écrire, besoin de raconter son histoire… je pensais revenir ici, faire sa promotion et repartir… mais ce soir-là, tu faisais une expo'. C'était difficile d'y échapper. L'ouverture officielle du Chase Metropolitan était sur toutes les chaines de télé ou de radios locales.
Max entremêla ses doigts, les yeux toujours braqués sur tout ce qui pouvait lui passer à portée excepté son interlocutrice.
- Après tout ce temps, je me suis sentie tentée… curieuse de voir ce que tu étais devenue… je ne me l'explique pas mais je n'ai pas pu m'en empêcher… et je te demande pardon si je me suis montrée si froide à ton égard. Je ne savais pas vraiment comment réagir… enfin si. Si, je sais… la vérité c'est que j'essayais de t'éloigner pour parer à mon faux-pas d'être revenue dans ta vie alors que tu essayais de me tendre la main. (elle eut une respiration nerveuse) J'avais peur de ce qui pouvait arriver…
- Tu avais peur de ressentir des choses, termina Victoria à sa place.
Max acquiesça. Il y eut un petit silence.
- Qu'est-ce que tu ressens exactement ?
- De la honte. De la culpabilité, chuchota la châtaine, le cœur lourd.
- Pourquoi ?
- Parce que je suis ici alors que j'aurais dû mourir à Blackwell huit ans plus tôt… parce que j'ai choisi de tuer ma meilleure amie. J'ai choisi de ne rien faire ! J'étais cachée derrière le mur des toilettes quand ça s'est passé ! A moins de deux mètres et je n'ai rien fait ! Tu n'imagines pas ce que ça fait de tuer quelqu'un, lâcha-t-elle avec la frustration retenue depuis des années.
Les larmes qui la menaçaient roulèrent pour de bon sur ses joues piquées de taches de rousseurs, créant de longs sillons humides.
- J'…j'ai fait un choix qui a eu des conséquences… des conséquences horribles…
Comme si elle s'était téléportée, Victoria se retrouva à ses côtés pour lui poser une main sur l'épaule. Elle avait envie de l'enlacer. Bordel de merde. Elle avait envie de la serrer contre elle et de la réconforter. La voir dans cet état lui crevait le cœur… mais elle ne pouvait pas le faire. Céder à son instinct de protection à son égard aurait été contre-productif. Max n'avait pas besoin de ça. Elle devait comprendre qu'elle était dans l'erreur, pas être cajolée et écartée de la dure réalité du monde. Alors, même si Victoria se détesta pour cela - pire, elle eut l'impression de s'auto-poignarder - elle garda une voix sans émotion, absente de compassion. Il fallait qu'elle secoue Max une bonne fois pour toutes.
- Tu n'as pas tué Chloé, fit-elle, s'attirant le regard bleu magnétique qui souffla son cœur de doutes. C'était son destin de mourir.
- Mais je…
Victoria la réduisit au silence en levant une main devant elle.
- Avoir le pouvoir de contrôler le temps ne fait pas de toi Dieu. Tu n'as aucune légitimé à choisir ce que quelqu'un doit faire ou ne pas faire à sa place.
Elle ne lâchait pas les yeux de la petite châtaine, la mettant au défi de la contredire.
- Je n'ai aucune envie de salir la mémoire de quelqu'un que tu as aimé, mais… Chloé était une personne égoïste et autodestructrice qui se servait de toi. Elle ne se gênait jamais pour faire des choses stupides qui la mettaient en danger et qui l'ont littéralement conduite à la mort plus d'une fois. Et pourquoi ?... Parce qu'elle savait que tu la sauverais sans penser une seule seconde à ce que ça te faisait à toi de la voir mourir encore et encore devant tes yeux. Son égocentrisme annihilait tout sentiment d'empathie ou de compassion à ton égard jusqu'à te pousser à croire inconsciemment qu'il était ton devoir de la maintenir en vie.
Victoria s'arrêta autant pour laisser le temps à Max de comprendre tout ce qu'elle venait de dire que pour prendre un moment pour réordonner ses pensées.
- Et… c'est ce que tu as fait malgré toi, déplora-t-elle en pinçant ses lèvres. Tu as développé le syndrome du héros par la souffrance… (une petite pause) Chaque fois que tu la ramenais à la vie, tu espérais que ce soit la dernière, en sachant pertinemment que ce n'était pas vrai… ajouta-t-elle d'une voix plus douce. Ton sentiment de culpabilité provient du fait que, selon toi, tu n'as pas réussi à faire ce pourquoi tu existais… sache une chose cependant, maintenir Chloé en vie n'était pas ta responsabilité mais la sienne à elle.
Elle insista avec ce pléonasme qui soulignait à qui revenait la faute.
- C'est horrible à dire mais je pense que quelque part elle voulait mourir… sinon elle n'aurait pas fait toutes ces choses que tu as dites. C'était peut-être inconscient, peut-être pas… mais la réalité est là. Elle se mettait sciemment en danger et elle t'entrainait à sa suite.
Victoria descendit une de ses mains pour arrêter le mouvement nerveux des doigts de la petite hipster. A la place, elle saisit sa main dans la sienne pour la serrer avec force.
- Cela fait des années que tu t'infliges une punition que tu n'as pas méritée, reprit la blonde d'une voix calme. Tu vis dans le passé. Tu vis dans des réalités alternatives qui te hantent. (elle s'arrêta) Je sais pourquoi tu es revenue ici, à Arcadia Bay…
Elle caressa le dos de la main de Max du pouce, l'effleura à peine.
- La vérité c'est qu'au fond de toi, tu veux vivre mais tu ne sais plus comment faire. Maintes fois je t'ai tendu la main. J'ai essayé de te comprendre. Je t'ai écouté… mais je ne peux pas continuer à me battre pour toi si de ton côté tu continues à me repousser à chaque fois que je trouve une brèche dans ta carapace.
L'héritière Chase ferma les yeux une courte seconde en relâchant la main de Max. Elle sentit que cette dernière aurait voulu la retenir et ses doigts éraflèrent l'intérieur de sa paume sans trouver de prise.
- Comme tu disais, tu es ici parce que tu as envie d'avoir une vie normale, tranquille… mais tu m'as menti parce que tu refuses d'être heureuse… Il va falloir choisir ce que tu veux, Maxine, car moi je ne pourrais pas continuer ainsi.
Elle se recula d'un pas sous le regard paniqué de son opposante qui suivit son geste.
- Tu sais que j'ai des sentiments pour toi… et vu ce que j'ai lu dans ce bouquin, tu savais que j'en aurais à la minute où tu m'as parlée à la soirée d'inauguration du Metropolitan… (elle inspira un grand coup) Je ne peux pas être avec quelqu'un qui vit dans le passé et dans le souvenir d'une fille qu'elle a aimé. Ca va te paraître narcissique, mais… Je ne pense pas avoir une trop haute opinion de moi en disant que je mérite mieux.
Son regard attendri et désolé caressa le visage de la châtaine figé dans l'horreur de la compréhension.
- J'ai besoin d'une fille qui m'aime pour la personne que je suis. La personne de cette réalité, avec ses qualités et ses défauts, ses envies et ses désirs… Je ne pourrais pas être juste une Victoria parmi toutes celles que tu as connues. Je veux être unique. Je veux que tu m'aimes moi sans me comparer aux autres. (elle poussa un petit soupir assorti d'un sourire sans joie) Alors, je vais m'en aller et je veux que tu me rappelles seulement si tu as envie d'avancer, de tourner la page sur ton passé… mais aussi… je veux que tu m'appelles si je suis la fille à laquelle tu n'arrêtes pas de penser. Je mérite d'être cette fille. Maintenant, si tu veux bien m'excuser.
A ces mots, Victoria s'écarta pour de bon. Elle se redressa et passa à côté de Max sans ajouter un mot pour aller récupérer ses affaires et sortir. Elle ne se retourna pas, ne prit même pas le temps de se changer. Il fallait qu'elle sorte de là avant que Max ne dise quelque chose qui lui brise de cœur une bonne fois pour toute. Elle n'aurait pas pu le supporter à cet instant.
HAHAHAHAHA ! J'arrive à faire un cliffhanger sur la même scène qu'au chapitre précédent ! En fait, on a pas du tout avancé dans la chronologie. C'est beau~
See ya soon !
