On commence à passer aux choses sérieuses. Ce chapitre là est un petit peu plus long et permet de planter le décor. J'ai décidé d'ajouter Jauffre en tant qu'accompagnateur, c'est un personnage intéressant à creuser mais pour moi le meilleur reste Modryn Oreyn avec lequel je me suis vraiment amusé. Mais lui n'apparaît pas tout de suite malheureusement… Rien ne vous empêche d'apprécier Jauffre en attendant !
Bonne lecture
Chapitre 3 : Le prieuré de Weynon
Je connaissais mal la géographie de Cyrodiil, le siège Impérial. Je n'avais pas vraiment eu le temps de visiter une fois arrivée, vite emprisonnée comme je l'avais été. Ma priorité pour l'instant était donc de trouver une carte et des provisions pour mon voyage. Je m'approchai du bord de l'eau et suivis son cours des yeux. J'aperçus ce qui semblait être un large pont sur ma gauche, sans doute principale vu sa grandeur et largeur. Sans attendre je me mis en route. La Cité Impériale avait été construite sur une île, entourée par un large fleuve, un moyen de défense imparable. Ses hauts remparts étaient impressionnants, une façon écrasante de montrer sa supériorité. Je n'étais pas habituée à ce genre de démonstration de force, ayant depuis toujours vécue dans une forêt à l'abri des arbres. Ce fut donc avec malaise que je longeais les pierres blanches, mon arc à la main, plus méfiante que jamais. L'Amulette des Rois pesait lourdement à ma ceinture, me rappelant le lourd fardeau qui m'accompagnait. Après une heure de marche j'atteignis enfin le pont.
Il était bien plus gigantesque de près, quinze hommes auraient pu se tenir les uns à côté des autres sans même se frôler sur toute la largeur. Je me retournai et posai mon regard sur la porte tout aussi imposante que le reste. Deux gardes en surveillaient l'entrée. Ils avaient pris connaissance de ma soudaine apparition mais je ne représentais apparemment pas une menace pour eux. En face de moi, postée entre le pont et la porte d'entrée, une petite écurie se dressait fièrement. Bien qu'usée par le temps, les affaires semblaient plutôt bien marcher étant donné le nombre conséquent de chevaux qui broutaient paisiblement dans leur enclos.
Je me décidai un instant puis me détournai de l'entrée majestueuse de la Cité pour m'engager sur le pont de pierre. Je mis plus de temps que je ne pensais pour atteindre l'autre bout mais je préférais cela à retourner dans cette ville qui me répugnait depuis mon arrestation.
Avec soulagement, je notai la présence d'une petite auberge miteuse le long de la route à la sortie du pont ainsi qu'une maison située juste en face. Exactement ce dont j'avais besoin. Je vérifiai fébrilement que la bourse contenant l'amulette était bien cachée avant de pousser la porte grinçante de l'auberge de Wawnet d'après la pancarte branlante au dessus de la porte.
Un tonnerre de bruits diverses résonnèrent dans mes oreilles sensibles des rires gras, des claquements d'échoppes contre le bois, des démarches alourdis par l'alcool. Il devait être le milieu de la journée et pourtant l'auberge était plutôt bien remplie. Je me dirigeai vers la droite et descendis prudemment les deux marches menant à la salle principale. Un groupe de gardes festoyaient allègrement malgré l'heure précoce. Deux pêcheurs les observaient avec désapprobation depuis le coin opposé mais se gardaient bien de faire la moindre remarque. Je rejoignis le comptoir directement à gauche des marches et détaillai l'aubergiste, une elfe des bois au visage large et à l'air résignée. Elle était propre sur elle, bien qu'habillée de vêtements usés. Je me demandai comme elle pouvait supporter le bruit qui me vrillait les tympans douloureusement. Elle porta un regard ambré sur moi et se redressa pour m'accueillir.
« − Bonjour, bienvenu à l'Auberge de Wawnet, en quoi puis-je vous aider ?, s'enquit-elle d'une voix lasse d'avoir répétée inlassablement ces mots
− Bonjour, je souhaiterai savoir en combien de temps je peux rejoindre Chorrol ?, lui demandai-je le plus aimablement possible
− Si vous partez maintenant, vous arriverez au couché du soleil
Je méditais un instant sur cela, mesurant mon état de fatigue.
− Auriez-vous des provisions pour la journée et une carte que je puisse acheter ?
Son regard se porta par delà mon épaule et son attention se focalisa sur les bruyants gardes avant de revenir se poser sur moi
− Bien sûr, affirma-t-elle après un moment de silence
Je l'observai disparaître au fond de sa boutique avant de m'appuyer sur le comptoir. J'eus l'impression qu'elle devait subir ce genre de cacophonie tout les jours, vu la proximité de la Cité. Les gardes rirent à gorge déployée encore une fois. Je savais qu'ils n'étaient pas encore au courant de la disparition de l'empereur et de la menace qui pesait sur leurs têtes.
Soudain, la porte s'ouvrit avec fracas et un jeune homme en guenille bondit dans la salle, haletant.
− L'empereur est mort !, cria-t-il aussitôt qu'il eut retrouvé assez de souffle pour cela
Un silence pesant s'abattit sur la pièce. Tous le fixèrent avec des yeux ronds. L'un des gardes finit par se lever et s'approcher du jeune homme.
− Qu'as-tu dis ?, s'enquit-il en grognant
− L'empereur est mort !, répéta-t-il fébrilement, j'ai vu le corps qu'ils ont amené au sanctuaire, la gorge aussi béante qu'une gueule de gobelin
− S'il s'agit d'une blague…, menaça le garde
− Je vous jure ! Je l'ai vu de mes yeux !
Tout à coups, tous se mirent en mouvement. Les gardes se ruèrent dehors, bousculant sans ménagement le jeune homme, se précipitant jusqu'à leur garnison pour confirmer la nouvelle. En même pas quelques secondes, l'auberge se retrouva vidée de tout occupant. J'étais épatée par la vitesse à laquelle la nouvelle s'était répandue. Finalement, je notai la présence de l'aubergiste dans mon dos et lui fit face. Elle semblait choquée par la soudaine information et mit du temps avant de sortir de sa torpeur.
− Au nom des Neufs Divins, qu'allons nous devenir, marmonna-t-elle en s'occupant d'empaqueter rapidement mes provisions dans un petit sac en cuir
− Que va-t-il se passer maintenant ?, lui demandai-je curieusement
J'étais encore ignorante du système de fonctionnement du gouvernement de cette région et m'interrogeai.
− Le Conseil des Anciens va prendre la tête le temps qu'un nouvel empereur soit élu, mais ça peut bien prendre des années
Je n'en doutais pas une seconde, le point commun de chaque régime étant la bataille de pouvoir. Je ne savais pas cependant ce qu'était exactement le Conseil des Anciens mais je ne posai pas la question, de peur de rendre méfiante mon interlocutrice. Distraitement, elle me tendit ce que j'avais demandé. J'accrochai le sac dans mon dos, à côté de mon carquois de flèche.
− Cela fera dix pièces d'or
Je les sortis et lui tendis, heureuse d'avoir trouvé ce faible butin sur le pauvre squelette de la caverne.
− Bon courage pour la suite, lui dis-je en prenant la porte »
Elle répondit par un vague signe de la main alors qu'elle s'occupait de fermer son auberge, sans doute pour aller vérifier par elle-même la terrible nouvelle. Je suivis le chemin à l'opposé de la Cité et rejoignis un croisement dont les panneaux m'indiquèrent la direction de Chorrol.
Je marchai longtemps, trottinant de temps en temps, appréciant l'air frais sur la peau de mon visage. Je croisais de temps à autres des gens qui allaient dans le sens opposé, sans doute pour se rendre à la Cité Impériale. J'aperçus aussi quelques bandits de chemin mais apparemment, mon aspect miséreux leurs indiquèrent que je ne possédais pas grand-chose, pas de quoi risquer de se faire arrêter du moins. Je rencontrai un ou deux gardes impériaux à cheval, patrouillant à la recherche de danger pour la population. Je savourais ma liberté retrouvée, ne sachant pas combien de temps elle allait durer. Comme me l'avais annoncé l'aubergiste, je mis l'après midi entière à parcourir le chemin jusqu'à Chorrol et ce ne fut que lorsque le soleil commença à disparaître derrière les plaines que j'aperçus le sommet de la petite église du prieuré de Weynon. Il se découpait parfaitement sous les derniers rayons du soleil alors qu'en arrière plan se dressait la silhouette de Chorrol. La fatigue commençait à se faire sentir mais j'étais heureuse d'être enfin arrivée. Au croisement, je pris la direction du prieuré indiquée par le panneau alors qu'une autre flèche montrait le chemin jusqu'à la ville à l'opposé. Une bâtisse de taille modeste se tenait à côté de la petite église et je perçus une écurie et un potager à travers l'arche sous l'aile droite de la bâtisse qui donnait sur l'arrière cour. Il n'y avait personne en vue alors je me dirigeai vers l'entrée et frappai lourdement sur l'épaisse porte en bois.
Un moine au visage jovial m'accueillit avec un sourire aimable.
« − Oui ? Puis-je vous aider ?, s'enquit-il d'une voix grave et chaleureuse
− Est-ce que le frère Jauffre est ici ?
− Il est à son bureau, à l'étage. Et vous êtes… ?, demanda-t-il en me détaillant de la tête au pied
− Ash. J'ai des nouvelles urgentes à lui transmettre, je suis désolée de vous déranger aussi tard.
− Ne vous inquiétez pas mon enfant, entrez donc. »
Joignant le geste à la parole, il ouvrit complètement la porte et s'effaça sur la côté, me permettant de pénétrer dans la bâtisse. En face de moi, j'aperçus un escalier qui se divisait en deux pour rejoindre chacun l'aile droite et l'aile gauche dont on pouvait apercevoir les pièces secondaires grâce à la rambarde qui en courrait le long. Mon regard fut ensuite attiré par une table à ma gauche, postée près du feu qui réchauffait agréablement la salle. Un autre moine y était occupé à lire, ignorant ma présence, sans doute habitué aux allés et venus. Le moine au visage joviale m'indiqua de rester ici pendant qu'il allait prévenir le moine Jauffre. Il gravit l'escalier et rejoignit l'aile droite. Je l'aperçus se diriger vers le fond de la pièce, inaccessible à mes yeux. Je m'approchais discrètement du feu pour en savourer la chaleur et inspectai la table. Avec stupeur, j'y trouvais un long parchemin ayant toutes les caractéristiques d'un journal, du nom de Courrier du Cheval Noir. Son titre m'intriguait car il parlait du meurtre de l'empereur. Je jetai un coup d'œil au moine occupé à lire mais celui-ci ne leva pas la tête. Je tournai alors le papier vers moi et lu son contenu avec curiosité :
Edition spéciale
L'Empereur et ses héritiers assassinés !
Le Conseil des anciens nommé comme régent !
L'empereur Uriel Septim VII est mort à l'âge de 87 ans, après avoir régné sur Tamriel pendant 65 ans. Il a été assassiné. Au même moment, les trois fils de l'empereur (le prince Geldall, 56 ans, le prince Emman, 55 ans et le prince Ebel, 53 ans) et leurs propres enfants ont eux aussi été assassinés. Une enquête visant à déterminer l'identité des assassins et leur motif est en cours, mais le Conseil des Anciens, la garde impériale et les garde des lames ont interdit pour le moment la publication de rapports et la propagation de rumeurs concernant cet évènement.
Comme cela est prévu par la loi, le Conseil des Anciens dirigera l'Empire jusqu'à ce qu'un nouvel empereur soit couronné. Il ne reste aucun héritier direct, et le Conseil n'a pas encore proposé de liste de candidats. Le chancelier Ocato, mage de guerre impérial, s'est exprimé au nom du Conseil des Anciens et a demandé aux citoyens de l'Empire de rester calmes et de prier pour l'empereur, ses fils et le Conseil.
Le début du règne de l'empereur…
Le reste du document résumait la vie chargée du l'empereur, parlant de son emprisonnement dans Oblivion lors de l'usurpation orchestré par son conseillé Jagar Tharn. Nulle part n'était mentionnée qui était à l'origine de ces meurtres en chaîne, je restais donc toujours dans l'ignorance de ce qui avait failli me tuer dans la prison. Je sentis une main se poser sur mon épaule et ne pus retenir un sursaut. Avec un air compatissant, le moine eut la délicatesse de ne pas relever ce fait.
« − Il est près à vous recevoir mon enfant, déclara-t-il calmement en me guidant jusqu'en haut de l'escalier
Je m'approchai du fond de la salle, notant les hautes bibliothèques le long des murs et l'immense bureau qui trônait devant une baie vitrée donnant sur la cour. Un moine au visage marqué par de lourdes responsabilités occupait le siège derrière le meuble. Il portait l'habit et la coupe de cheveux caractéristique du moine et je me laissai à oublier qu'il s'agissait ici du chef des Lames et non de n'importe quel moine justement. Son regard cependant me rappela à l'ordre lorsqu'il rencontra le mien. Beaucoup d'épreuves et de combats du passé le hantaient, chargé d'une histoire que seul un grand guerrier pouvait raconter. Il me rappelait douloureusement mon mentor aux milles vies, celui qui brièvement mais avec succès m'avait inculqué le sens du devoir et des responsabilités, ainsi que la valeur de chaque vie présente sur cette terre. Chaque jour je me réjouissais de cette rencontre et chérissait chaque souvenir de nos conversations.
Revenant à la réalité, je m'aperçus que le moine me fixait intensément, attendant que je prenne la parole.
« − Etes-vous Jauffre, chef en titre des Lames ?, l'interpelai-je prudemment
− Lui-même. Que me voulez-vous ?, répondit-il presque hargneusement
− L'empereur m'a chargé de vous remettre ceci
Je pris ma bourse et en sortit délicatement l'Amulette des Rois avant de la poser sur le bureau. Lorsqu'il reconnu l'objet, le moine bondit sur ses pieds et s'en empara pour l'étudier de plus près. Il releva ensuite la tête pour me détailler moi. Comme à chaque fois, il s'attarda sur mes cheveux cendrés avant de retomber sur mon regard. J'y lus un choc prononcé, une once de peur et de soulagement mélangés.
− Qui êtes-vous ? Comment avez-vous eu ça ?, s'insurgea-t-il agressivement
− Je me nomme Ash. J'étais présente lors de l'assassina de l'empereur. Il m'a remit ceci, fis-je en montrant l'Amulette, avant de m'annoncer qu'il fallait que je vous l'apporte
Je n'osai pas lui avouer que j'étais encore prisonnière à cet instant, ce détail ne le concernait en rien
− Qu'a-t-il dit d'autre ?, questionna Jauffre encore méfiant
Je lui répétai mot pour mot les ultimes paroles d'Uriel Septim.
− Ainsi donc, il vous a fait suffisamment confiance pour vous confier l'Amulette ainsi que son secret…
Il semblait abasourdi par cette explication.
− Pourquoi cette amulette est-elle si importante ?, demandai-je prête à batailler pour enfin avoir des réponses aux interrogations qui me dévoraient
− Sans elle et l'héritier Septim, la barrière magique qui nous protège des daedra d'Oblivion tomberait. Mehrunes Dagon, le prince daedra de la destruction n'attend que ça pour nous envahir.
Jauffre semblait penser que je méritais des explications, bien que je vis qu'il était toujours aussi méfiant envers moi.
− Comment Oblivion peut-elle nous menacer ?, m'enquis-je perplexe
− Pas sûr, seuls les empereurs connaissent véritablement le danger et comment son pouvoir peut nous protéger, m'indiqua-t-il en me montrant l'Amulette des Rois, transmise par Sainte Alessia en personne, elle permet d'allumer les feux du dragon au temple de l'Unique. Ce sera la première fois que les feux resteront sombres depuis des siècles. Ils nous protègent d'une menace dont seul l'empereur était conscient.
− Et l'héritier dont m'a parlé l'empereur ?
− Il se nomme Martin. Je suis l'un des rares à le connaître, dit Jauffre alors qu'une lueur presque chaleureuse allumait son regard dur, il y a de ça plusieurs années, j'étais Capitaine des gardes. Un jour Uriel Septim m'a demandé de venir dans ses quartiers. Il tenait un bébé dans les bras et me l'a confié, me demandant de l'emmener et de le mettre à l'écart. Je me doutais dès que je l'ai vu qu'il s'agissait du fils illégitime de l'empereur mais je ne lui demandais pas confirmation. Il m'a demandé des nouvelles de Martin de temps en temps
− Où peut-on le trouver ?
Jauffre me lança un regard surpris, il ne s'attendait pas à ce que je m'implique davantage dans cette quête. Cependant, toutes ces histoires sur Oblivion m'avaient laissée mal à l'aise et je voulais écarter cette menace qui pesait au dessus de ma tête et de tout l'Empire. De plus, je devais bien cela à l'empereur, qui m'avait fait sortir malgré lui de prison et m'avait fait confiance sans même me connaître.
− Martin s'occupe d'une chapelle d'Alkatosh le dieu dragon du temps à Kvatch. Il ne sait pas qu'il est le fils de l'empereur
Jauffre semblait avoir pris une décision me concernant. Je n'étais pas sûr qu'il allait m'intégrer dans la confidence mais apparemment la confiance que m'avait témoignée l'empereur était suffisante pour qu'il m'accorde le bénéfice du doute. Il me considérait donc maintenant comme ce qui se rapprochait d'une alliée.
− Il nous faut le retrouver avant que l'ennemi ne mette la main dessus, affirma-t-il en s'emparant de l'amulette et en se dirigeant vers une bibliothèque au fond de la pièce.
− Vous acceptez que je vous accompagne ?, m'assurai-je
− Jusqu'à présent, il n'y a pas eu lieu de douter de votre sincérité puisque vous m'avez rapporté l'Amulette des Rois, mais au moindre faux pas, je vous trancherai sans hésiter la tête, me menaça-t-il glacialement
J'acquiesçai, ne doutant pas de sa parole. Il enclencha un mécanisme dans la bibliothèque qui dévoila un passage secret ouvrant sur une autre pièce. Il m'indiqua de ne pas le suivre. Je l'entendis farfouiller à l'intérieur mais restai sagement en place. Quelques minutes après, il émergea transformé. Il portait à présent une lourde armure noire avec de superbes dessins dorés et une longue épée ceignait sa ceinture. Il apparaissait maintenant comme le guerrier qu'il était.
− Nous chevaucherons sans interruption jusqu'à Skingrad puis nous nous reposerons peu de temps avant de rejoindre Kvatch aussi vite que possible, m'expliqua-t-il en m'entrainant jusqu'au rez-de-chaussée
− Et l'Amulette ?
− Elle restera ici à l'abri. Personne d'autre n'est au courant de sa présence ?, m'interrogea-t-il suspicieusement
− Mis à part Baurus, je ne pense pas
− Je suis heureux d'apprendre qu'il a survécu, souffla Jauffre, frère Piner je vous laisse la garde du prieuré jusqu'à mon retour, ordonna-t-il au moine qui lisait avec acharnement mais qui nous observa partir avec un signe d'acquiescement.
Nous rejoignîmes au pas de course la cour arrière et nous approchâmes de la petite écurie. Jauffre m'indiquait un petit cheval de couleur pie baie avant de lui-même se diriger vers son propre étalon, un puissant destrier baie foncé. Avant de monter sur ma monture, je pris soin de lui enlever sa selle et de la poser sur la barrière, je n'en aurais pas besoin. Jauffre me regarda faire avec étonnement mais je ne m'occupai pas de lui alors que je m'approchai de la tête du cheval. Je lui marmonnai à l'oreille une question dans ma langue natale. L'animal me fixa calmement avant de secouer doucement la tête. Je bondis alors sur son dos et me lançai à la suite de mon compagnon de voyage.
− Ancien langage elfique ?, me demanda-t-il
− Oui, je lui ai demandé la permission de monter sur son dos, répondis-je simplement
Jauffre sembla porter un nouveau regard sur moi, revoyant son jugement attife. Puis il talonna sa monture et s'élança au petit galop sur le chemin de terre, en direction de Skingrad, sur le même chemin que j'avais pris pour arriver jusqu'ici.
Ayant vécue pratiquement toute ma jeunesse dans la forêt de ma province natale, j'étais familière de la faune, bien plus que je ne l'étais des hommes. J'avais appris à monter avant même de savoir marcher, et pas juste des chevaux. Ce fut donc avec aisance que je trouvais mes marques sur le petit animal docile et me lançai à la hauteur de mon compagnon de voyage.
Jauffre avait un visage soucieux, sans doute rongé par les doutes de trouver Martin en vie. J'étais moi-même inquiète. L'ennemi qui nous menaçait possédait des ressources inconnues qui lui donnait une avance considérable sur nous.
− Que savez-vous d'Oblivion ?, fis-je en brisant le silence uniquement ponctué par le martèlement des sabots sur le sol
− Il s'agit d'une dimension presque parallèle à la notre. C'est un lieu composé de nombreuses terres, dont chacune est supposée être dirigée par un prince daedra : Sanguiyn, Boethiah, Molag Bal, Sheogorath, Azura, Méphala, Vil Clavicus, Vaermina, Malacath, Hoerminus, Mora, Namira, Jyggalag, Nocturne, Peryite et enfin Merhunes Dagon
Je fus impressionnée par la fluidité avec laquelle il prononça tous ces noms à la suite, connaissant sa leçon sur le bout des doigts.
− Merhunes Dagon ainsi que Molag Bal, Peryite, Boethiah et Vaermina sont les cinq plus destructeurs.
− Qu'a à voir l'Amulette des Rois avec Oblivion ?
Jauffre soupira en me jetant un coup d'œil presque agacé, il n'était pas du genre patient apparemment.
− Il existe une histoire qui raconte son origine. Dans l'ère Première, Tamriel était dirigé par une race d'Elfes appelés Ayléides ou Hauts Elfes. Ils étaient orgueilleux et arrogants et tiraient des chefs daedra de puissantes armes et esprits morts. Ils persécutaient les hommes en les massacrant ou en en faisant des esclaves. Afin de sauver la race humaine, Sainte Alessia, la première de la lignée des Cyrodiil supplia le Dieu Dragon du Temps Alkatosh de leur venir en aide. Celui-ci prit pitié des humains et donna du sang de dragon de son propre cœur et en bénit Sainte Alessia. Il lui promit de faire son possible pour maintenir fermées les portes d'Oblivion et empêcher les daedra de les franchir. En témoignage de ce pacte, il remit l'Amulette des Rois et les feux éternels de la Cité Impériale. Tant que l'Empire adorera Alkatosh et les siens, tant qu'Alessia et ses descendants porteront l'amulette, Alkatosh et ses Divins maintiendront une infranchissable barrière entre Tamriel et Oblivion.
− Et si il n'y a plus de descendants ni d'amulette ?
− Si les feux de dragon devaient faillir et si aucun héritier du sang mêlé d'Alkatosh et de Sainte Alessia ne portait l'Amulette des Rois, l'Empire sombrerait dans l'obscurité et les démoniaques seigneurs du Désordre gouvernerait le pays, conclut lugubrement Jauffre
Le silence retomba entre nous alors que nous entamions une descente abrupte.
− Ce que je ne comprends pas, c'est que ceux qui ont assassiné l'empereur étaient tous ce qu'il y avait de plus humain.
− Il s'agit sans doute d'un groupe d'adorateur des daedra…, répondit pensivement le moine guerrier à mon interrogation. »
Cela se tenait. Ma soif de questions était enfin assouvie pour le moment, je commençais vraiment à discerner les contours de l'étrange bataille dans laquelle je venais de me lancer. Je ressentais une troublante excitation qui me rendait fébrile. Je ne m'étais jamais jusqu'à présent trouvé pris dans une quête de cette envergure et cela me rendait aussi nerveuse que déterminée. J'avais enfin un but dans la vie, pour laquelle je risquerais surement ma vie mais qui en valait assurément la peine.
Nous continuâmes de chevaucher en silence, nos sens en éveil. La fatigue de mon corps se faisait de plus en plus prononcée alors que mon esprit en ébullition réfléchissait sur ce que j'avais appris jusqu'à présent. Nous passâmes devant plusieurs châteaux en ruines, des grottes sombres et peu accueillantes mais aussi plusieurs fermes silencieuses. Finalement alors qu'il était minuit passé, une ville apparut bientôt dans notre champ de vision. Je poussai un soupir de soulagement en l'apercevant, ce qui me valut un regard à la fois amusé et exaspéré de la part de mon compagnon de voyage. Je n'attendais plus qu'une chose à présent, c'était juste de m'allonger quelque part et de laisser mon esprit sombrer dans le sommeil. J'avais eu une journée plutôt éreintante, à éviter de me faire dévorer par des gobelins, de m'évader de prison et d'accomplir la dernière volonté de l'empereur.
Skingrad était coupé en deux par un ancien canal asséché. La partie nord et la partie sud était relié par plusieurs ponts et un petit chemin permettaient de rejoindre le canal par les deux partie. Nous déposâmes les chevaux à l'écurie au pied du canal avant de nous enfoncer dans les ruelles étroites de la ville. Les gardes nous observèrent passer sans rien dire, fidèle à leur poste. Les bâtiments de la ville étaient imposants, comme s'ils allaient nous retomber dessus à tout instant. Je regardais de tous les côtés, mémorisant l'architecture de la ville, ébahie par sa propreté et la richesse déployée. Jauffre m'entraina au fond de la partie nord et s'arrêta devant une auberge de taille raisonnable. Je n'écoutai que distraitement de quoi il parlait avec l'aubergiste, étant bien trop fatigué pour cela. Il me guida ensuite au troisième étage et me laissa devant une chambre de taille modeste mais confortable.
« − Je viendrai vous réveiller demain avant le lever du soleil, nous irons ensuite directement à Kvatch sans nous arrêter, je vous conseille de dormir au plus vite, m'indiqua-t-il en rejoignant la chambre d'à côté »
J'acquiesçai vaguement avant de fermer ma porte. Je défis mon armure de cuir et déposait le tout au sol dans un tas grossier mais je posai mon arc et mon carquois à l'écart avec précaution. Je regrettais la lame du Capitaine Renaud ainsi que la dague que j'avais en ma possession avant mon emprisonnement. J'avais cette vieille habitude tenace de dormir avec, prête à faire face au moindre danger. Mais je devais me résoudre à faire sans cette nuit. Je titubai ensuite vers le lit double et me jetai dessus. Je soupirai de soulagement et avant même d'en prendre conscience je me coulai dans le sommeil.
N'oubliez pas un petit commentaire si vous avez la moindre remarque à faire. Ca fait toujours plaisir et ça permet à l'écrivain de s'améliorer peu à peu. La suite viendra bientôt, avec plein plein d'action !
