Woof, long chapitre en perspective mais bourré d'action et de tout plein de bonne chose. Je vous laisse découvrir…

Chapitre 4 : Le siège de Kvatch

J'eus l'impression d'avoir à peine posée la tête sur l'oreiller que déjà Jauffre me secouait et me trainait de force jusqu'à l'écurie. Nous partîmes aussitôt, alors même que le soleil n'était toujours pas à l'horizon. Secouant les dernières brumes de sommeil de mon esprit, j'attrapai le morceau de pain que me tendit Jauffre et le mastiquait machinalement.

« − Combien de temps pour arriver à Kvatch ?, m'enquis-je la bouche pleine

− Nous devrions l'atteindre en milieu d'après-midi »

Ce qui se révéla être une prévision juste. Kvatch se trouvait au sommet d'une haute colline, surplombant une large vallée. Nous gravîmes péniblement le chemin serpentant jusqu'au sommet. Entre temps, nous déboulâmes dans un campement de fortune, hanté par plusieurs personnes au visage angoissé. Redoutant le pire, Jauffre ne s'arrêta pas pour leur poser des questions mais poursuivit la montée. Au passage, nous faillîmes percuter un moine qui errait en plein milieu du passage, divagant sur ses amis morts et la chapelle détruite.

Nos peurs s'accentuèrent au fur et à mesure que nous nous approchions du sommet. Je sentais l'air devenir pesant, presque irrespirable. Le ciel se teinta de rouge et des nuages menaçants envahirent l'horizon. Ce que nous redoutions s'était produit. Ils étaient arrivés avant nous. Des barricades de fortune avaient été érigées le long du chemin, sur plusieurs niveaux. La muraille de Kvatch était à peine visible derrière une majestueuse et monstrueuse porte d'Oblivion. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit aussi imposante. Des crocs noirs d'ou suintait un liquide rouge inconnu marquaient la délimitation du voile ovale déchiré entre Oblivion et Tamriel. La porte ressemblait à un drap rouge et jaune sanglant, vibrant au rythme du passage des monstres qui en sortaient. Des soldats bataillaient durement contre ces envahisseurs, tentant de les repousser. Mais ils semblaient submergés, complètement dépassés par les évènements. Nous posâmes rapidement pieds à terre et tentâmes de nous rapprocher. Un garde courut à notre rencontre, en colère visiblement.

« − Vous n'avez rien à faire ici civils !, grogna-t-il près à charger

Soudain, il reconnu le blason gravé sur l'armure de Jauffre et sembla tout déconfit

− Jauffre, Chef des Lames, je ne suis en rien un civil, réplica le moine sèchement, que ce passe-t-il ici ?

− Nous avons perdu le contrôle de cette fichue ville, voilà ce qu'il s'est passé !, reprit bien vite le garde en retrouvant sa hargne, nous avons été pris de vitesse, des gens sont encore coincés dans la ville, les autres ont été massacré dans les rues.

− Etes-vous en charge de la contre-attaque ?, l'interrompit Jauffre

− Savlian Matius, Capitaine de la garde de Kvatch et pour l'instant il n'y a pas de contre-attaque qui tienne, nous tentons juste de ne pas nous faire écraser

− Qu'allez vous faire maintenant ?, lui demandai-je, prenant la parole pour la première fois

Il me jeta un regard surpris, étonné par ma présence et mon apparence.

− On va tenter de résister tiens ! Je dois protéger les quelques civils qu'il reste.

− Savez-vous où se trouve Martin ?, s'enquit Jauffre avec empressement

Je craignais la réponse de Matius, effrayée de savoir tous nos efforts vains.

− Vous voulez dire le prêtre ?, dit-il encore plus étonné, je l'ai vu emmener un groupe de civil derrière, à la chapelle d'Alkatosh. S'il a eut de la chance, il a pu se barricader dedans

Il nous restait de l'espoir.

− En quoi pouvons-nous aider ? Nous devons absolument rejoindre Martin, l'interpellai-je

− Vous plaisantez j'espère ?, souffla-t-il ébahi

Puis apercevant nos airs tout à fait sérieux, il se mit à réfléchir brièvement avant de nous expliquer.

− Bon j'ai peut être quelque chose mais vous pourriez bien ne pas en réchapper… Vous êtes sûr ?

− Nous ferons ce que nous pourrons

− Je ne sais pas comment fermer cette porte. Je sais qu'il y a un moyen, ils l'ont déjà fait avant. J'ai envoyé des hommes là-bas, rejoignez-les et aidez-les s'ils sont toujours en vie ou débrouillez-vous pour refermer cette porte sinon.

− Nous devons absolument rejoindre Martin, me dit finalement Jauffre

− Je vais le faire, je vais fermer la porte

Cette fois, ce fut le garde et Jauffre qui me contemplèrent avec surprise. En apparence j'étais sûr de moi, mais à l'intérieur je bouillonnai d'incertitudes et d'appréhension. Pourtant j'étais décidé à le faire, à me lancer dans l'inconnu et l'Oblivion pour sauver l'Empire et les gens autour.

− Vous êtes sûre ?, me demanda Jauffre avec hésitation

− Oui. Je veux aider Martin mais ce n'est pas mon devoir de le protéger à tout prix, je vous laisse tenter une percée. Je vous rejoindrai quand j'aurais refermée cette porte

Le moine guerrier hésita un instant. Je lus dans son regard ce qu'il pensait. Il était convaincu que je ne réussirais pas, que jamais je ne reviendrai d'Oblivion. J'étais déterminée à lui prouver le contraire. Finalement, il se décida à me laisser partir. Se tournant vers le garde, il posa ses ordres.

− Très bien, Ash va tenter de fermer la porte, pendant ce temps nous rejoindrons la chapelle et évacuerons les civils prisonniers.

Matius ne protesta pas, même si son désaccord se lisait sur son visage, il n'était pas assez imprudent pour s'opposer au chef des Lames.

− Attendez, l'interpellai-je, auriez vous une dague et une épée à me fournir ?

Matius hocha la tête et fit signe à un autre garde posté non loin et qui surveillait la bataille depuis son poste.

− Apportez les armes à cet elfe.

Il s'exécuta sans rien dire. Pendant ce temps, Jauffre ordonna au Capitaine de faire reculer ses troupes pour une attaque frontale avant de faire une percée pour atteindre la ville et me permettre de rejoindre la porte d'Oblivion.

Bientôt, le garde me tendit une épée courte en acier que je gardai à la main et une petite dague simple que j'accrochai à l'horizontale dans le creux de mon dos. Je me sentais prête, du moins le maximum que je puisse l'être. Je lançai un bref hochement de tête à Jauffre que celui-cis répondit aussitôt et me préparai à l'assaut. Le moine guerrier inspecta ses troupes provisoires et lança enfin le signal.

Mais qu'est ce qu'il m'était passé par la tête ? Pourquoi m'étais-je portée volontaire ? Je n'avais rien d'une héroïne, je savais à peine tenir une arme, à peine me défendre et voilà que je me lançais à corps perdu dans l'inconnu, sur une terre ou chaque parcelle de vie la composant voulait ma mort !

La percée fonctionna à merveille, en à peine un battement de cœur je me retrouvai devant la porte, plus imposante et menaçante que jamais. J'aperçus Jauffre aux prises avec une petite créature couleur sable, aux oreilles pointues et aux dents et griffes acérées, connu sous le nom de galopin. Il ne lança pas un regard en arrière mais je sentais son attention tournée vers moi. J'inspirai profondément et bondis au travers du voile fragmenté, malgré les doutes qui m'assaillaient sans relâche.

Ce fut comme si j'étais déchirée de l'intérieur. Une force malsaine me tirait vers l'avant, toujours plus vite et toujours plus loin. Je me sentais comme si j'étais à l'agonie, prête à imploser. Je ne sus pas combien de temps cette sensation insupportable me perça, quelques minutes, quelques heures peut être. Mes sens étaient obstrués par la douleur et les ténèbres rouges.

Et aussi rapidement que lorsque j'avais pénétré à l'intérieur, je me retrouvai éjectée violement au sol. Je mis du temps à m'accommoder à l'étrange pâleur qui obstruait mon regard mais même aveugle, j'aurais été capable de reconnaitre l'Oblivion sans l'avoir déjà vu. L'air empestait la charogne et le soufre, me laissant presque suffocante. Laborieusement, je parvins à me remettre sur mes jambes. Je pus enfin découvrir toute l'horreur de cette terre désolée. Le ciel était rouge sang, parsemé de nuages écarlates menaçants. Le tonnerre grondait constamment au dessus de ma tête, tel un roulement de tambour sinistre. Trois tours pointaient fièrement vers ce ciel cauchemardesque, faites de pierre brute noire et ornées de crochets menaçant le long des étages. Un chemin de terre s'enfonçait jusqu'à ces tours, accompagné par une rivière de lave flamboyante. Quelques étranges végétaux étaient parvenus à percer cette terre aride, aucun que je n'étais en mesure de reconnaître. M'entourant de façon menaçante, de hautes collines de pierres rendaient l'atmosphère encore plus étouffante qu'elle ne l'était déjà.

Ce fut en dernier que j'aperçus le cadavre carbonisé à mes pieds. J'eus un mouvement de recule fasse à ce spectacle auquel je ne m'attendais pas. Un bouclier décoré par une tête de loup à ses côtés m'indiqua qu'il s'agissait de l'un des gardes de Kvatch. Je déglutis péniblement et rangeai ma lame au profit de mon arc, plus à même de m'aider lorsque je me mettrais à parcourir ce désert de pierre et de lave. Je doutais de retrouver un garde encore en vie après ce que je venais de voir et pourtant à ma plus grande surprise, je vis un homme en armure avec le même bouclier ornementé d'un loup courir vers moi à vive allure, poursuivi par deux gobelins grondant de fureur. Je tirai rapidement une flèche de mon carquois et visai soigneusement. L'homme sembla comprendre mon intention et effectua une roulade vers l'avant, lorsqu'il jugea la distance suffisante pour que je puisse tirer ma flèche sans risque de rater ma cible. Elle fila en sifflant dans l'air et se planta dans le corps du gobelin qui s'écroula en couinant. Le garde ne prit pas la peine de se redresser une fois sa roulade effectuée, il resta accroupi et tourna son corps sur quatre-vingt dix degré, le bras en avant. L'épée faucha net les jambes de la créature qui chuta sur le ventre. Le garde se redressa d'un mouvement souple et enfonça son arme dans le corps frêle, abrégeant la vie du gobelin. Haletant, il se rapprocha en boitant de moi.

Il était imposant et bien charpenté mais je pus lire une étrange folie dans son regard, un regard qui en disait long sur les horreurs auxquelles il venait d'assister dans ce pays démoniaque.

« − Les Neufs soient loués, je n'aurais jamais cru revoir un visage amical, m'aborda-t-il au bord de l'hystérie, les autres… emmenés à la tour

− Calmez-vous et dîtes moi ce qu'il s'est passé

− Nous avons suivi les instructions du capitaine mais nous avons été piégé un par un par ces créatures, je suis le seul à en avoir réchappé

Je le sentais au bord de la panique, complètement dépassé par tout ça. Prenant le taureau par les cornes, je me décidais à prendre le rôle de chef, ce dont il avait besoin apparemment.

− Reprenez-vous soldat, nous devons fermer cette porte et surtout ne pas nous laisser prendre par la panique !

− Vous… Vous avez raison, hésita-t-il avant de se redresser, je ne peux pas abandonner ce pauvre Menien…

− Qui est-ce ?

− C'était le chef de la troupe, il a été emmené dans la tour là-bas, me dit-il en pointant sur celle la plus proche

− Savez-vous comment refermer cette porte ?

− Heu, non…

Je réfléchis quelques secondes avant de prendre une décision.

− Bon très bien, voilà ce que nous allons faire. Nous allons délivrer Menien et essayer de trouver un moyen de fermer la porte en cours de route. Nous devrons avancer prudemment et aussi discrètement que possible, qui sait quelle chose monstrueuse pourrait nous attaquer. Au faite, quel est votre nom ?

− Ilènd Vonius.

− Alors allons-y Ilènd, nous allons montrer de quoi nous sommes capable à ces daedra ! »

Le pauvre garde hocha faiblement la tête, encore en proie à la peur. Je soupirai avant de m'avancer prudemment sur le chemin de terre. La chaleur était intolérable alors que nous longions la rivière de lave. J'aperçus un autre cadavre calciné au bord de la berge mais ne tardai pas pour poursuivre mon chemin. Pour l'instant la voie était libre et nous avancions sans encombre vers la haute tour. J'entendais le souffle laborieux du garde dans mon dos alors qu'il me suivait en boitant. J'avais pitié de lui mais je ne pouvais pas le renvoyer à Kvatch, j'avais besoin de son aide pour refermer la porte.

Je sentis la boule de feu passer à quelques centimètres de ma tête, brûlant douloureusement la peau de ma joue. Je bondis sur la côté et tentai de trouver l'origine de cette attaque. Ilènd m'avait devancé. Bien que guidé par la peur, il restait un soldat entraîné à faire face à n'importe quelle situation. Il plongea sur le galopin et lui trancha la tête d'un puissant coup d'épée. Je repris mon souffle en contemplant avec surprise la tête de la créature rouler à mes pieds. Je ne l'avais pas sentie venir cette attaque et je commençais à douter de mes chances de vraiment sortir vivante d'ici. Je fis un bref remerciement au garde qui était déjà de nouveau focalisé sur la tour. Un tic nerveux agitait sa paupière alors que je l'entrainai vers la porte de la tour qui nous était apparue avant cette attaque surprise. Je profitais de ce laps de temps pour soigner ma joue douloureuse.

La tour était bien plus menaçante vue de près. J'ouvris lentement la lourde porte en pierre qui grinça sinistrement dans l'étrange silence d'Oblivion. Un long chemin étroit s'enroulait autour de la tour et joignait le sommet au plus bas niveau. Des cris d'agonie nous parvinrent en écho, nous donnant la chaire de poule. Je m'avançai prudemment jusqu'à la limite du chemin et inspectai le gouffre plongeant en dessous. Quelques cages étaient accrochées sur plusieurs plateformes à chaque étage, certaines inoccupées et d'autres habitées par des corps en décomposition. Je levai ensuite la tête vers le sommet de la tour et entraperçus une cage dont l'occupant semblait bouger. Je rangeai mon arc pour en sortir mon épée. Ilènd était collé derrière moi, ses yeux exorbités virevoltants partout à la recherche d'un danger. Je lui fis signe de me suivre et gravis la côte menant au sommet. Je me demandais pourquoi l'endroit était aussi vide. Je me doutais que la majeur partie d'entre eux avait été envoyé à Kvatch mais de là à évacuer complètement les lieux… Puis je me dis qu'ils étaient peut être arrogants au point de penser qu'aucun homme n'aurait le courage de venir en Oblivion ni la capacité d'y survivre. Voilà qui était encore moins rassurant.

Le cœur tambourinant, je me rapprochai du sommet. Les cris d'agonie semblaient provenir de la cage et de son occupant toujours en vie. C'est alors que je vis un daedra en armure noire et rouge nous bondir dessus. Il était vraiment affreux avec sa peau noire et son visage déformé. De petites cornes perçaient la peau de son front et on distinguait à peine ses oreilles en pointes. Il poussa un cri de guerre avec sa voix guttural en levant son épée. Je me baissai à temps pour éviter de voir ma tête de détacher de mon corps. Ilènd chargea à son tour, par-dessus mon corps accroupi, et assena un coup d'épée à la tête de notre opposant. N'ayant pas aperçut le garde, le daedra ne put esquiver et tomba au sol lourdement, la moitié du crâne broyé. Je me félicitais d'avoir rencontré Ilènd car il se révélait un atout précieux. Nous enjambâmes le corps sans tarder et rejoignîmes enfin le sommet. Le garde se précipita vers l'homme coincé dans sa cage.

« − Menien !

− Ilènd !, s'écria l'homme avec choc en interrompant ses gémissements d'agonie, mais comment…

− J'ai rencontré cet elfe des bois à la porte qui m'a convaincu qu'il fallait absolument la fermer

Le garde prisonnier me lança un regard perplexe. Il devait sans doute ce demander ce qu'une frêle femme comme moi pouvait bien faire ici, censée refermer la porte qu'une troupe de soldat n'avait pas été capable de faire. Je me le demandais aussi depuis que j'étais arrivée.

− Pas le temps, vous devez condamner la porte d'Oblivion, intervint-il en reprenant un minimum ses esprits. Vous devez aller au sommet de la plus grande des tours, c'est là que ce trouve la pierre sigillaire. C'est cette pierre qui permet de maintenir la porte ouverte. Vous aurez besoin de la clé du gardien des sceaux, celui que vous venez de tuer. Maintenant partez !

− Mais…, commença à protester Ilènd, et vous ?

− Je suis condamné ! Une fois enfermé dans cette cage, rien ne permet de m'en faire sortir vivant. Laissez-moi et partez !

Je pouvais lire l'horreur de cette révélation sur le visage d'Ilènd ainsi que la terreur sur celui de Menien. Son regard était maintenant celui d'un homme fou et je me fis à l'idée que rien ne pouvait plus être fait pour lui. Mais nous savions enfin comment refermer la porte, nous ne pouvions plus tarder. L'écho de bruit de pas me ramena à la réalité. Le cœur brisé, j'agrippai le bras du garde et l'entrainai doucement mais fermement vers la sortie. Il tenta de se dégager mais je maintins ma prise. Je pris quelques secondes cependant pour fouiller le daedra mort et empochai sa bourse. Je sentis le corps tremblant d'Ilènd contre mon bras et l'entendit sangloter dans mon dos. Nous rejoignîmes la porte par laquelle nous étions entrés, juste à temps pour éviter au responsable des échos de pas de nous découvrir. Je tirai avec empressement Ilènd et nous nous mîmes à trottiner vers le centre de ce que je supposais être une île d'après la géographie, droit vers la plus haute tour. Nous nous cachâmes plusieurs fois derrière d'immenses pierres pour éviter de nous faire repérer par des daedra en patrouille et des galopins errants. Ilènd avait enfin reprit le contrôle de lui-même mais son regard semblait vide et sa main était serrée douloureusement sur son épée.

Nous parvînmes finalement à rejoindre la tour centrale. Celle-ci faisait bien le double des deux autres en diamètre, elle nous écrasait par son aura démoniaque. Nous pénétrâmes silencieusement à l'intérieur et contemplâmes l'étrange flux central qui illuminait cette première salle. Il était à la fois majestueux et dérangeant, comme une beauté fanée à laquelle on aurait jeté une malédiction. Je détachai mon regard de cette captivante lumière pour observer mon environnement. Ce fut à temps que je vis les deux gobelins se jeter sur nous toutes griffes dehors. L'un d'entre eux parvint à me toucher au bras gauche mais je le transperçai avec ma lame avant qu'il n'ait le temps de me blesser davantage. Le garde à mes côtés n'eut aucun problème à se débarrasser de l'autre. Il me jeta un regard inquiet alors que je tentai d'appliquer un sort de guérison sur ma blessure. Je sollicitais beaucoup trop ma magie ces derniers temps et je la sentais s'épuiser lentement. Il me faudrait un peu de temps pour récupérer.

Nous continuâmes notre route jusqu'à une porte qui s'ouvrit dans un bruit écœurant de succion sur un long couloir montant. Nous le suivîmes, toujours plus haut. Nous débarquâmes sur plusieurs pièces vides mais de plus en plus sinistre au fur et à mesure que nous nous approchions du sommet. Certaines d'entre elles étaient piégées, comme nous le découvrîmes lorsqu'Ilènd faillit se faire embrocher par une énorme griffe acérée. Grâce à mes réflexes, j'étais parvenue à le pousser hors de la portée de l'arme mortelle mais ce n'était pas passé loin. Plusieurs daedra nous attaquèrent à divers endroit, en principal sur les passerelles le long de la tour qui permettaient de monter un autre étage. Notre stratégie se cantonna à les faire tomber dans le vide le plus rapidement possible avec une attaque combinée.

Et puis nous atteignîmes enfin le sommet. Le rayon y était encore plus lumineux, il éclairait sinistrement la haute pièce. Je découvris la pierre sigillaire, suspendue au dessus du vide, à deux pas d'une passerelle en pierre. Deux escaliers en forme de crocs menaient à un premier couloir circulaire, puis deux autres en peau conduisaient à cette plateforme. Nous touchions au but et je sentais l'excitation me gagner. Ilènd semblait ressentir la même chose et raffermit sa prise sur son arme. Nous échangeâmes un regard et nous nous avançâmes vers un des escaliers. Pour l'instant, il n'y avait pas d'ennemis en vue mais nous ne pouvions apercevoir la plateforme à côté de la pierre ni ce qu'elle contenait. Nous allions gravir le second lorsque le daedra nous attaqua. Il était deux fois plus imposant que les autres et je sentis la peur glacer mon sang. Son épée frappa le sol avec fracas, là ou je me trouvais quelques instants plus tôt. Elle y laissa une profonde marque. Sans me laisser le temps de reprendre mon souffle, la créature m'agrippa par le col de mon armure en cuir et me lança par-dessus sa tête. Je vis le monde tournoyer quelques secondes et la gravité me reprit à l'ordre. Je m'écrasai lourdement sur le sol de pierre, le souffle coupé. Le monde tournoya encore jusqu'à ce que mon cerveau se remémore comme inspirer. Je me remis péniblement à genoux et tâtonna, à la recherche de mon épée, que je vis hors de portée au pied du daedra qui luttait férocement contre le garde. Je ne pouvais me permettre de sortir mon arc, je risquais fortement de toucher mon compagnon de fortune. Je dégainai donc ma dague, mon dernier recours, bien dérisoire face au géant que je devais affronter.

Ne sachant que faire, je patientai pour une ouverture à travers l'armure de la créature. Ilènd se débrouillait vraiment bien à l'épée. Il ne possédait pas la carrure de son opposant mais des années d'apprentissage de soldat l'avaient bien forgé. Malheureusement, c'était insuffisant. Le daedra parvint à passer outre la garde d'Ilènd et réussit à l'atteindre au flanc. Le coup d'épée le projeta en arrière sur une courte distance. J'en profitai pour lui apporter assistance, du moins je le pensais. Je bondis férocement dans le dos de la créature, prête à plonger ma dague dans sa nuque. Il se retourna à ce moment et balaya mon attaque de sa main non armée avant de me percuter avec une force monstrueuse de l'autre, sans utiliser sa lame. C'est à ce moment que je compris qu'il jouait avec nous, cruellement. Je volai encore une fois mais mis plus de temps à me remettre sur pied. Mes côtes me lançaient douloureusement mais je n'avais pas le temps pour un sort de guérison.

Le daedra s'avança victorieusement vers Ilènd toujours au sol qui tentait de retenir le flot de sang s'échappant de sa blessure. Nos regards se croisèrent encore et je lus une étrange résolution dans le sien. Alors que l'ennemi le dominait de toute sa hauteur et levait son épée pour le coup de grâce, le garde roula au sol pour esquiver l'attaque fatale et agrippa la lame qui m'avait échappée dans la foulée. Il bondit sur ses pieds avec l'énergie du désespoir et brandit son arme. Elle plongea profondément dans le corps du daedra, tout comme la sienne s'enfonça dans le corps d'Ilènd. Ils restèrent ainsi l'un contre l'autre, jusqu'à ce que je m'approche. La créature tenta de se libérer mais le garde le maintenait fermement dans ses bras malgré ses forces qui s'épuisaient. Enragée, je levai ma dague et la plantait profondément dans la nuque du daedra, rompant sa colonne vertébrale d'un mouvement sec. Ilènd me lança un regard soulagé par-dessus l'épaule de son adversaire terrassé. Et c'est ainsi qu'ils tombèrent, enlacés jusqu'à la mort. Le silence qui s'en suivit failli me faire perdre tout le sang-froid qui m'avait fait avancé tête baissée jusqu'à maintenant. Je me mis à genoux pour reprendre un semblant de souffle malgré mes côtes en miette. Je tremblais violemment mais je tâchai de ne pas m'écrouler. Mon regard se posa sur Ilènd. J'étais triste de le voir partir mais il l'avait fait en véritable guerrier. Je rampai jusqu'à lui et posai une main sur son front avant de prononcer une ancienne prière elfe pour guider son âme.

J'écoutai le silence encore un moment avant de trouver la force de me lever. Je me trainai jusqu'à l'ultime plateforme. Je m'avançai jusqu'à la pierre sigillaire, plus lumineuse que jamais. Et là, j'hésitai. Menien n'avait pas précisé comment agir une fois en face de la pierre sigillaire… Je fis alors ce que je faisais toujours dans ces cas là, je suivis mon instinct. Je m'approchai encore, jusqu'à être au bord de la plateforme et j'avançais la main, m'attendant presque à la voir s'évaporer dans les airs à cause du feu ravageur qui entourait la pierre. Mais je ne sentis qu'une vague impression de chaleur et de malaise à son contact. Finalement je l'attrapai d'une main et la tirai fortement vers moi. La pierre se détacha de son socle sans problème seulement le flux l'entourant se répandit aussitôt, m'aveuglant douloureusement. Il tournoya de plus en plus vite autour de moi et je me sentis aspirer et compresser péniblement dans tous les sens. C'est avec soulagement que je me laissai sombrer dans l'inconscience.

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