Chapitre 6 : Le temple du Maître des nuages
Plus nous avançâmes plus le froid se fit mordant. Je n'aimais vraiment pas cette sensation d'engourdissement dans mes doigts, habituée que j'étais aux saisons chaudes de mon pays natal. Un nuage de vapeur sortait à torrent des naseaux des chevaux. J'étais impressionné par ce changement brusque de température. Nous avions à peine parcouru plus de la moitié du chemin.
Nous rencontrâmes des loups qui nous évitèrent prudemment ainsi que quelques cerfs bondissant. Je m'attendais à croiser des bandits mais apparemment ils évitaient cette route. Nous étions presque arrivés lorsque cette étrange poudre blanche se mit à tomber doucement. J'arrêtai mon cheval et tendis la main. Ce petit coton blanc se déposa dessus avant de disparaître pour être remplacé par une petite goutte d'eau.
Martin rit doucement en m'observant.
« − Vous n'avez jamais vu de neige ?, me demanda-t-il alors que je les rejoignais
− Ah, c'est donc ça de la neige !, m'exclamai-je avec excitation, non je n'ai jamais été en contact avec
− Il ne s'agit que d'eau gelée, observa sèchement Jauffre pour mettre terme à nos enfantillage»
Nous retournâmes dans un silence tendu. Seulement quand ils ne me regardèrent plus, j'en profitai pour goutter l'un de ces flocons volant, telle la jeune elfe des bois que j'étais il y a bien des années. Le paysage se transforma rapidement sous nos yeux. Les arbres touffus laissèrent place à des sapins fournis, les fleurs de toutes les couleurs se ternirent pour se fondre dans les environs et la neige enveloppa le paysage de sa couverture blanche. Bruma se dessina devant nous, bien différente des autres villes que j'avais vu jusqu'à présent. Plus primitive et plus austère mais tout aussi bien entourée d'une haute muraille composée de pierres grises qui empêchait le froid de terrasser les habitations. Nous ne pénétrâmes pas dans la ville mais la contournâmes pour rejoindre le nord. De là, nous gravîmes un chemin serpentant jusqu'au sommet d'une petit montagne enneigée.
Le temple était une forteresse comme l'avait précisé Jauffre. C'était le bâtiment le plus grand que j'ai vu jusqu'à présent. Deux énormes piliers enserraient une haute et étroite porte en bois massif. Le temple se trouvait au sommet de cette montagne abrupte. Il était impossible d'arriver par un autre chemin que celui que nous avions emprunté. Les murailles couraient le long de la paroi tombant à pic et je m'interrogeais sur la façon dont ils avaient fait pour la construire de cette façon.
Deux Lames étaient postés au sommet des deux piliers, surveillant la route. Lorsqu'ils nous aperçurent, l'un d'entre eux sonna une petite cloche à côté. Nous nous arrêtâmes devant les portes et mîmes pied à terre. Bientôt celle-ci s'ouvrirent devant nous et un garde s'avança.
« − Jauffre !, s'exclama-t-il, bienvenu parmi nous
− Merci, rassemblez les lames, j'ai une annonce à faire. Venez sir, vos Lames vous attendent pour vous saluer, s'adressa-t-il à Martin»
Le garde s'exécuta sans discuter. Nous le suivîmes et gravîmes les marches en tenant les chevaux par la bride. Un autre Lames vint et s'occupa de les amener l'écurie. Le temple en lui-même était splendide, simple mais majestueux. L'escalier nous amena devant une courte allée. Sur les côtés, des promontoires permettaient aux Lames de s'entrainer au combat. L'écurie était sur la gauche, collée à l'aile du temple.
Les gardes de l'empereur étaient rassemblés dans l'allée, droits et fiers, formant une haie d'honneur. Nous nous engageâmes et rejoignîmes le bout. Jauffre fit face à ses compagnons, Martin à ses côtés. Je me mis en retrait, derrière la haie d'honneur et observai curieusement.
« − Lames ! L'heure est grave, commença Jauffre d'une voix puissante et assurée, l'empereur et ses fils ont été assassiné.
Un frémissement parcourut l'assistance.
− Mais ne perdez pas espoir car voici Martin Septim, le fils légitime d'Uriel Septim
− Gloire au fils du dragon, gloire à Martin Septim, reprirent en cœurs les soldats en levant leur armes au ciel avec respect
− Votre altesse, les Lames sont à vos ordres ici, vous resterez en sécurité jusqu'à votre succession au trône, poursuivit Jauffre en s'adressant à Martin
Je vis bien à quel point ce changement de ton déstabilisa l'héritier. Peut être cela rendait-il encore plus irréel le brusque revirement dans sa vie. Il resta un moment en silence puis se rendit compte que ces nouveaux protecteurs attendaient qu'il donne un discours. Il inspira profondément et s'avança d'un pas.
− Jauffre, vous tous ! Je sais que vous attendez de moi que je sois votre empereur. Je ferais de mon mieux. Mais tout ceci est nouveau pour moi. Je n'ai pas l'habitude des discours mais je vous suis reconnaissant de m'avoir si bien accueilli parmi vous. J'espère que dans les jours qui viennent, je saurais me montrer digne de la loyauté que vous me montrez, voilà. Merci
Les Lames saluèrent cette annonce et se dispersèrent pour retourner à leur poste respectif. Jauffre intercepta l'un d'entre eux pour parler affaires et Martin se dirigea vers moi.
− Vous n'êtes pas du genre bavarde hein ? Ca n'a pas eu l'air de les déranger remarquez…
− Ils n'avaient d'yeux que pour leur nouveau empereur, ris-je doucement, et on ne croirait pas que c'est votre premier discours, vous aussi êtes doué avec les mots
− Merci, me répondit-il avec un sourire
Il porta son regard sur le temple et sur les gardes. J'attendis patiemment qu'il reprenne la parole
− Les Lames qui me saluent et m'acclament en m'appelant Martin Septim… Ne me prenez pas pour un ingrat. Je sais que sans votre aide, je ne serais plus en vie à l'heure qu'il est. Merci.
J'acceptai ses remerciements avec un petit signe de tête.
− Mais soudain, tout le monde attend de moi que je sache exactement ce qu'il faut faire et comment je dois me comporter. Ils veulent tous un empereur qui va leur dire quoi faire. Je n'en ai pas la moindre idée.
− Notre objectif pour l'instant est de retrouver l'amulette, l'encourageai-je
− Bien entendu, l'Amulette des Rois, s'exclama-t-il alors que l'idée le percutait, alors nous… Je … pourrais la porter au temple de l'Unique et allumer les feux de dragon. Et arrêter l'invasion en provenance d'Oblivion
− Et vous deviendrez empereur, soulignai-je
− Empereur, il va falloir que je m'y habitue, soupira-t-il, de toute façon, il faut d'abord récupérer l'amulette. Peut être que Jauffre saura par où commencer.
− Connaissez-vous le pouvoir de l'amulette ?, m'enquis-je en l'observant curieusement
Il prit son temps pour répondre.
− Tous ceux qui pratiquent la magie daedrique connaissent la barrière quasiment impénétrable qui sépare notre monde d'Oblivion. L'amulette est la clé de cette barrière. Ce que j'ai vu à Kvatch… D'après tout ce que je sais sur la magie daedrique, des portes aussi stables sont impossible. Et pourtant, ces portes à Oblivion existent belles et bien. Les vieilles règles ne s'appliquent plus. Kvatch n'est que le commencement de ce qu'a prévu Mehrunes Dagon de faire.
− Comment en savez-vous autant sur la magie daedrique ?, m'étonnai-je
− Je n'ai pas toujours été prêtre. Dans ma jeunesse j'ai suivi une voie différente. J'en sais plus que je voudrais savoir sur le pouvoir irrésistible de la magie daedrique. Cela devrait vous suffire…
Bien sûr que non cela ne me suffisait pas mais je n'allais pas pousser le sujet, je sentais bien que son passé était plus sombre qu'il n'y paraissait. Chacun d'entre nous avait une partie de sa vie qu'il souhaitait oublier.
Un garde se matérialisa à nos côtés
− Votre altesse, si vous voulez bien me suivre, je vais vous montrer votre chambre
Martin acquiesça lentement.
− Tout ira bien maintenant ?, m'enquis-je
− Ne vous en faite pas pour moi mon ami, me sourit-il, je sais que je suis entre de bonnes mains ici.
Il se détourna ensuite et partit à la suite du soldat. Je repérai Jauffre et m'avançai pour lui poser des questions. Lorsqu'il m'aperçut, il prit congé de son camarade.
− C'est une joie d'être de retour. Marcher à nouveau dans ces salles anciennes me met de bonne humeur. Nous l'emporterons. Nous devons l'emporter !, dit-il avec conviction
− Avez-vous une idée de comment retrouver l'amulette ?
− Vous êtes toujours volontaire ?
− Plus que jamais. Je ne suis pas allée aussi loin pour vous laisser vous débrouiller tout seul maintenant.
− Dans ce cas, je me vois obligé de vous accepter parmi nous. Je vous fais sœur Lame de l'empereur, me dit-il à ma surprise
− Vraiment ?
J'étais stupéfaite. Faire partie de cet ordre ne m'avait jamais traversé l'esprit. Et puis je repensais à Martin, à l'homme qu'il était. Je me rendis compte que le protéger m'avait paru tellement naturel. Alors pourquoi pas. Sœur des Lames.
− C'est un honneur Maître, le saluai-je.
Il laissa échapper un petit rire face à mon attitude.
− Vous pouvez aller récupérer une arme dans l'armurerie.
− Avec plaisir.
J'avais hâte de me débarrasser de cette vulgaire lame en fer rouillé.
− Quant à l'amulette, peut être Baurus en saura-t-il plus après son enquête sur l'assassina de l'empereur. Mais cela pourrait bien prendre un peu de temps.
Je réfléchis un instant.
− Très bien, dès que vous aurez des nouvelles, je me rendrais auprès de lui.
− Et qu'allez-vous faire en attendant ?
− Je vais trouver du travail. Amasser un peu d'expérience, trouver un entraineur et m'acheter une armure digne de ce nom.
− Dans ce cas je vous conseille la guilde des Guerriers. Même si vous pourriez rester et apprendre auprès des Lames
− Non, je pense qu'entrer dans une guilde me permettra d'avancer plus vite. Mais je repasserai de temps en temps pour prendre des nouvelles et des cours.
− Très bien, comme vous voulez. Je vous tiendrais au courant de l'avancé de l'enquête et vous direz quand rejoindre Baurus.
− Veillez bien sur Martin
− Et vous sur vous-même. Ne comptez-vous pas rester à la forteresse pour la nuit ?
− Non, je vais descendre à Bruma et commencer les recherches.
− Dans ce cas, bon courage. L'armurerie est par là.
Je souris et le salua avant de me diriger vers la porte qu'il m'indiquait. La pièce fourmillait de multiples armures et d'armes. J'inspectai l'équipement sous l'œil curieux d'un garde occupé à polir son épée. Je me penchai sur la question de prendre l'armure des Lame. J'en soupesai le poids et finis par la laisser de côté. Elle était bien trop lourde pour ma faible carrure. Je m'intéressai donc aux sabres posés sur un promontoire contre le mur. Je dénichai celle qui s'adaptai parfaitement à ma main et la rangeait à la place de celle en fer. Je saluai le garde et sorti du temple avant de me diriger vers Bruma. Il était enfin temps que je m'occupe de mon apprentissage si je voulais être à la hauteur de la tache qui m'attendait.
Voilà, c'est fini pour la quête principale pour le moment, les quêtes de la Guilde des Guerriers arrivent dès le prochain chapitre.
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