Chapitre 8 : Bagarre, ivresse et abandon du devoir

Les semaines qui suivirent instaurèrent un quotidien que je n'avais pas connu depuis bien longtemps. Je m'habituais à ma nouvelle maison provisoire. Les autres membres de guilde m'intégrèrent peu à peu et je découvris des personnages hauts en couleurs et amicales. Je liais rapidement amitié avec l'elfe des bois que j'avais vu se battre contre le nordique lors de mon arrivée. Elle s'appelait Huurwen et était entrée dans la guilde depuis plusieurs années. Elle coulait une vie plutôt paisible, peu impatiente de trouver des contrats mais juste de quoi se nourrir. Je partageais des souvenirs de notre pays natal avec elle.

Je trouvais une routine tracée. Le matin je m'entrainais avec les autres membres, l'après-midi je remplissais de petits contrats et le soir je partais en vadrouille avec Tisseplume qui se révéla être un professeur vraiment attentionné. Je me découvris un talent pour les armes que je ne pensais pas avoir. En même temps, je n'avais jamais éprouvé le besoin ni l'envie de me plonger dans cette voie. Mon corps se transforma au fil des jours, il devint moins chétif et plus ferme. Mes muscles s'épaissirent, ma main se fit poigne sur la garde de mon arme et mon pas plus aisé et léger. Je fus vite en mesure de me battre avec les membres à l'expérience plus avancés. Mes progrès impressionnèrent tout le monde, moi la première. Je grimpais rapidement en grade et devint Apprenti puis Compagnon sans problème.

Je n'avais toujours pas de nouvelle de la part de Jauffre mais me tenais régulièrement au courant avec plusieurs lettres. Je correspondais aussi avec Martin, qui s'intéressait à mes progrès et s'inquiétait sur notre futur.

Je m'occupai dès que je le pouvais de contrats variés, allant de la capture de voleurs au nettoyage de caverne. Après trois semaines, le Maître de la guilde me convoqua elle-même. Je venais de finir de graisser mon armure de cuir, que j'avais fait restauré par le forgeron du coin, ainsi qu'aiguiser ma lame. Celle-ci posa bon nombre d'interrogations auprès des différents membres. J'appris que les katana kalvani étaient ce qu'il se faisait de mieux pratiquement ici. Je m'en sortis avec un petit mensonge comme quoi je l'avais trouvé, toujours pour ne pas trahir le fait que je faisais partie de l'ordre des Lames.

Je me présentai en début de matinée auprès de Vilena, assise à son bureau, plongée dans ses pensées. Elle se redressa lors de mon apparition et son visage se fendit d'un petit sourire accueillant. Elle semblait enfin avoir pris conscience de ma métamorphose et de mon avancement au sein de la guilde.

« − Vous vouliez me voir Maître ?, l'interpellai-je curieusement

− Je vois que vous vous occupez souvent de contrats. C'est bien. Je pense que c'est le moment pour vous de remplir quelques missions plus importantes pour la guilde.

Elle se leva et se servit un verre de vin, posé près d'elle. J'attendis patiemment qu'elle reprenne, tout en interdisant à mon excitation et mon impatience de faire surface. Je me lassais des petites missions sans grandes envergures. Depuis mon intégration au sein de la guilde, j'étais avide de faire mes preuves, prête à tout pour allez plus loin dans les défis. La porte d'Oblivion que j'avais fermée avait insufflé un désir de me battre bien plus fort que tout ce que j'avais ressenti jusqu'à présent. Je n'étais plus la pauvre prisonnière qui ne savait pas ce qui lui arrivait. Je me transformais en guerrière de jour en jour.

− Nous sommes une confrérie, une famille. Ce qui affecte l'un de nous nous affecte tous. Les bagarres, l'ivresse et l'abandon du devoir ne sont pas tolérés. J'aimerai que vous parliez à Oreyn. Il vous confiera des tâches actuellement en attente. Bonne chance »

Je saluai simplement le Maître pour rejoindre l'étage en dessous. J'étais intriguée par son discours mais aussi impatiente de me lancer sur n'importe quelle mission qu'on me donnerait.

Oreyn, l'elfe noir que j'avais vu discuter avec le Maître de la guilde à mon arrivée, était occupé à lire des documents dans la pièce des bureaux, debout et bien droit devant son propre espace de travail. Je l'avoue, il m'impressionnait beaucoup. J'avais entendu parler de ses exploits par les autres membres. Sten le moche, un nordique au visage déformé, m'avait conté comment il s'était débarrassé de trois minotaures avec seulement une dague comme arme.

Je me postai devant lui et attendis qu'il finisse de lire. Il se passa un long moment avant qu'il ne daigne me regarder.

« − Que voulez-vous ? Je suppose que vous venez chercher le travail hein ?, m'interpela-t-il comme s'il crachait du venin

J'avais aussi entendu parler de son caractère de chien mais je ne m'attendais pas à me faire agresser aussi violemment. Bien décidée à ne pas lui laisser apercevoir mon trouble, je me contentai de le fixer dans les yeux, ces étranges yeux rouges.

− Le Maître m'a demandé de venir vous voir

− C'est votre devoir, insista-t-il

Je préférai ne rien répondre

− Pas d'objection ? Parfait. Je vais parler lentement pour que vous puissiez me suivre

Je serrai les dents face à l'insulte mais gardai mon attention tournée sur ce qu'il voulait me dire.

− Je veux que vous contactiez Maglir. C'est l'un de vos frères de la guilde des Guerriers mais il n'a pas mené à bien un contrat. Ceci est inacceptable. C'est mauvais pour nous tous.

Je voyais à quel point il semblait contrarié et furieux par ça. J'avais entendu plusieurs rumeurs circuler sur le fait que la guilde ne se portait pas très bien en ce moment. Il n'y avait plus beaucoup de contrats et le travail manquait. Les membres se faisaient plus rares aussi, j'avais vu certains quitter la guilde pour partir chercher fortune ailleurs.

− Il a abandonné le contrat à Skingrad. Je suppose que ça devrait pas me surprendre. Il est plutôt brut, comme vous. Allez voir ce qui ne va pas chez lui, grommela Oreyn en mettant fin à la conversation. »

Je résistai encore une fois à l'idée de répondre à l'insulte et préférai me détourner. Je ne mis pas longtemps à emballer mes affaires. J'étais aussi légère que quand j'étais arrivée. La vérité était que ces biens ne m'intéressaient pas. Je n'avais pas de maison pour les déposer et ma situation me demandait de beaucoup voyager, alors pourquoi s'encombrer avec des affaires inutiles, seules mon armure et mon arme étaient ce qu'il m'importait.

J'avais cependant soigneusement économisé chaque prime à la fin des contrats achevés et ce pour m'acheter un autre élément essentiel. Je récupérai des vivres dans le garde mangé, les fourrai dans un sac avec quelques affaires de rechanges puis saluai les différents membres présents pour rejoindre la porte principale de Chorrol. Je marchai ensuite jusqu'à la petit écurie collée contre la muraille. Un rougegard me suivit du regard et vint me saluer près de l'enclos où paitraient quelques chevaux.

« − Bonjour, bienvenue aux Ecuries du Pays du nord ! En quoi puis-je vous aider ?, m'accueillit-il aimablement

− Comme vous devez vous en douter, je viens acheter un cheval, répondit-je avec un petit sourire que je voulais charmeur

− Vous êtes au bon endroit, vous ne trouverez pas meilleur animal de tout Cyrodiil. Avez-vous une préférence particulière sur le caractère de la monture ?

Je réfléchis un instant.

− Je souhaiterai plutôt voir ce que vous avez à me proposer.

− Mais pas de soucis ma petite dame, je vous en prie, entrez

Le rougegard déverrouilla la barrière et s'effaça pour me laisser passer. D'une voix marchande, il entreprit ensuite de me présenter plusieurs de ses bêtes. La plupart n'était plus de toute jeunesse et semblait usé par le temps. Je fronçai les sourcils pour montrer mon mécontentement au marchand qui se décida enfin à me prendre au sérieux. Il m'en présenta deux autres que j'inspectai minutieusement. L'un des deux boitait légèrement et l'autre avait les dents gâtées. Ce n'était pas gagné.

Soudain mon regard se retrouva attirer par un énorme étalon gris pommelé. Il avait été attaché à l'écart et piaffait nerveusement en poussant des hennissements stridents de temps en temps. Je m'approchai de lui et l'observai un moment. Il avait un poitrail massif et des membres solides. Son port de tête était fier et altier. Il s'agissait d'un destrier dans la force de l'âge et exactement ce qu'il me fallait.

− Vous ne devriez pas vous intéresser à celui-là, me conseilla le rougegard

− Et pourquoi donc ?

− Comment dire… Il est teigneux et mord tout ce qui passe à sa portée, répondit nerveusement le marchand, je n'ai jamais réussi à le monter ni à en faire quoi que ce soit. Je le garde pour des saillis car ça reste un superbe animal.

− Combien ?

L'homme me fixa avec des yeux ronds.

− Et bien… Deux mille pièces d'or et je vous fournis l'équipement avec.

− Je vous en donne mille cinq cent et je vous laisse l'équipement.

− Mille sept cent.

− Mille six cent.

− Très bien, marché conclu !, s'exclama joyeusement le marchand en me serrant la main, mais ne venez pas vous plaindre après si vous vous prenez un coup de sabot.

− Ne vous en faites pas, je saurais en prendre soin.

Comme s'il avait deviné que l'on s'occupait de son sort, l'animal nous fixait curieusement de son regard intelligent. Après avoir donné l'or au vendeur, je m'approchai encore. L'étalon renâcla pour prévenir de ne pas venir davantage plus près, une oreille collée contre sa nuque et l'autre pointée dans ma direction. Je ne tins pas compte de l'avertissement et entonnai un doux chant elfique. La bête ne me quitta pas du regard et je sentis sa nervosité disparaître lentement. Je m'approchai toujours plus, doucement et pas à pas. Je levai la main et l'étalon eut un petit sursaut nerveux. Je restai immobile et continuai de l'amadouer. Finalement je posai délicatement la main contre son encolure. Il frémit à mon contact mais ne se déroba pas.

Toujours chantonnant, je défis le licol qui le maintenait en place. L'animal ne bougea pas. Doucement, je fis mourir le chant dans les airs. Nous restâmes un moment comme ça à nous regarder dans les yeux. Je lui chuchotai deux phrases et attendis. Maintenant c'était soit il me faisait confiance soit il se détournait.

L'étalon finit pas baisser doucement la tête et me pousser à l'épaule. Je souris et lui flattai l'encolure, je venais de me faire un nouveau compagnon.

− Bah ça alors !, s'exclama le marchand en brisant l'instant, je ne l'avais jamais vu aussi calme, vous savez vous y prendre avec les animaux, mademoiselle !

− Merci.

Je grimpai sur le dos de mon nouveau cheval sans qu'il ne cherche à me désarçonner. Je le guidai ensuite vers la sortie par la force de mes jambes. Je n'avais pas besoin d'autre chose que ça pour me faire comprendre. Nous rejoignîmes la route et je me préparai à partir pour Skingrad quand la question me traversa enfin l'esprit. Je me tournai vers le marchand qui nous avait suivis et qui s'occupait de fermer la barrière.

− Au fait, quel est son nom ?

− Je crois que vous l'avez bien choisi ma petit dame, il répond au nom de Dust. »

Je souris au marchand et talonnai ma monture. Il bondit en avant et s'élança au galop, ne laissant qu'un nuage de poussière sur son sillage.

J'atteignis Skingrad en un temps record. Dust était un animal endurant et rapide, une parfaite combinaison. Il était aussi très intelligent et je me laissai menée par lui sans chercher à le détourner. Il nous évita donc de nous retrouver acculer par des bandits ou autres bêtes sauvages.

Skingrad était toujours aussi imposante, avec ces étranges manoirs de pierre et de bois et ces petites ruelles étroites. Je laissai mon étalon à l'écurie, en prenant soin de le mettre à l'écart des autres chevaux, en lui ordonnant de rester tranquille. Je pénétrai ensuite dans la ville et interrogea la première personne que je croisai. Elle m'indiqua aussitôt une auberge dans le centre et je me dirigeai résolument vers elle. L'endroit n'était pas très rempli en ce début d'après midi et je repérai vite Maglir. Du moins, je présumai qu'il s'agissait de lui, c'était le seul à porter une armure dans la pièce. C'était un petit elfe des bois, trapu et large au niveau des épaules. Un casque rouillé laissait à peine sortir ses oreilles pointues. Il buvait une énorme choppe de bière, comme si de rien n'était. Je m'assis près de lui au bar et commandai un verre d'hydromel à l'aubergiste. Après un moment à l'observer sans rien dire, il finit par se tourner vers moi. Il avait un désagréable regard de fouineur, comme s'il vous jaugeait avant de vous égorger et de vous voler tous vos biens.

« − Qu'y a-t-il… ma sœur ? Ils vous envoient me chercher ?

Je ne dis rien et sirotai mon verre. Je n'aimais pas ce personnage ni ses manières, ça risquait de devenir électrique.

− Vous n'avez pas honoré votre contrat.

− Pas honoré ? Je suppose, cracha l'elfe, je ne suis pas payé suffisamment pour ce travail. J'étais censé trouvé le journal de Brenus Artis

− Etait ?

− La grotte de Tomberoc, vous y êtes déjà allée ?, grogna Maglir en me jetant un regard de dégoût

Je ne répondis rien encore une fois et le contemplai sans ciller.

− C'est bien ce qu'il me semblait. Je n'y retournerai pas, pas pour si peu. Et si ça vous préoccupe tant, vous pouvez y aller vous-même. Le contrat est à vous, ça n'en vaut pas la peine pour le prix que propose la guilde. J'ai une famille à nourrir.

− Ainsi soit-il. N'abusez pas trop de la boisson, je suis sûre que votre famille n'appréciera pas que vous dépensiez tout votre argent là-dedans.

Maglir s'étouffa sur la gorgée qu'il était sur le point d'avaler mais je ne restai pas davantage et m'éclipsai hors de l'auberge après avoir laisser une pièce sur le comptoir. J'entendis juste deux trois jurons alors que la porte se fermait sur moi, ce qui me fit sourire avec satisfaction.

J'appris que Tomberoc était un peu au nord-ouest de Skingrad et récupérai Dust avant de m'enfoncer dans les hautes herbes, quittant la sûreté de la route. Je faillis ne pas voir la petite porte en bois tellement elle était plongée dans un renfoncement et coincée par de lourdes pierres. Je sentais une atmosphère pesante qui provenait de la grotte. Je mis pied à terre et laissai Dust monter la garde. J'inspirai ensuite profondément et m'engouffrai dans l'ouverture béante. Mon souffle resta coincé un moment dans ma gorge et je mis quelques secondes à parvenir à le laisser sortir. Je voyais pourquoi Maglir avait eu une telle frousse d'aller chercher ce journal. Je me demandais comment ce livre avait réussi à atterrir là à la base, je ne comprendrais jamais ce pays. Je pris mon arc à la main et préparai une flèche. J'avançai lentement, en inspectant minutieusement mon environnement. J'avais comme un poids à la poitrine et savais que l'endroit était maudit. L'écho de mes pas résonnait sans fin entre ses murs de pierre et j'essayai de me faire aussi discrète que possible. Il allait falloir que je fouille chaque pièce et connaissant ce système, je trouverai le journal dans le fin fond de cette grotte évidemment. Un étrange raclement contre la pierre me mit en alerte. Je bandai la corde de mon arc et patientai. Le bruit se rapprocha et mon cœur se mit à battre la chamade. Finalement au détour du couloir de pierre, un squelette s'approcha. Je le discernai à peine dans les ombres faiblement éclairées par la lumière du jour. Mon sang battait à mes tempes. C'était bien la première fois que je voyais un défunt revenir à la vie de cette façon. Il n'avait pas le moindre morceau de chaire sur lui, seuls ses os s'entrechoquaient à mesure qu'il s'approchait. Il était armé d'une hache à ma surprise. Je n'attendais pas de voir s'il allait m'apercevoir et décochai ma flèche. C'est au moment ou je la vis traverser sa cage thoracique sans même l'effleurer que je me rendis compte de ma bêtise. Evidemment que ça ne ferait que le traverser. Je jurai tout bas en voyant le revenant tourner ses orbites vides vers moi et dégainai ma lame Kalvani. Le squelette se jeta sur moi en sifflant de colère. Heureusement, il était lent et je l'esquivai aisément, comme me l'avais montré Tisseplume. Je frappai ensuite violemment au niveau de sa tête. Elle se détacha avec une facilité déconcertante et s'envola plus loin. Le corps perdit le charme qui le maintenait en place et les os se détachèrent pour tomber en tas sur le sol. Je n'eus pas le temps de reprendre mon souffle car je sentis deux bras m'enlacer violemment. Le fumet de putréfaction me déstabilisa plus que la force avec laquelle la chose me maintenait en place. Je me débattis comme un diable, la peur glaçant mon sang alors que je sentais un souffle rauque contre mon cou. Finalement, je basculai violemment la tête en arrière et sentis avec satisfaction mon crâne percuter une masse solide. Déséquilibrée, la chose relâcha son étreinte et je pus enfin lui faire face. Le zombie bondit une nouvelle fois sur moi, sa gueule béante prête à se refermer sur ma chaire. Je plongeai mon épée dans son corps en décomposition mais il continua à vouloir m'agripper. Je sortis ma dague dans mon dos de la main gauche et la plongea violemment sur le côté du crâne. Le cadavre perdit enfin la vie qui l'animait et retomba au sol. J'haletai un moment, tentant de contrôler les battements de mon cœur. Il s'en était fallu de peu pour que cette chose me dévore. Je récupérai mes armes et décidai de sortir une potion de vision nocturne pour la suite. Elle m'avait été remise par Vigdis, une nordique au fort caractère mais aux conseils avisés.

Je bus la potion et sentis mes yeux me picoter. Un instant après, je voyais comme en plein jour chaque recoin de la sombre caverne. Je rangeais mon arc dans mon dos et conservai ma lame et ma dague dans les mains. Après le choc de cette première rencontre, je redoublai de prudence. Je rencontrai encore quelques squelettes et cadavres ambulants mais m'en débarrassai sans trop de mal.

Comme je l'avais prédis, je découvris le journal dans la pièce la plus profonde de la grotte, après avoir lutté contre plusieurs revenants et fuis plusieurs fois face à leur nombre. Il était posé sur une table, près d'un encrier et d'une plume. Je retrouvai vite le chemin du retour et respirai avec contentement l'air frais. Dust m'accueillit avec un hennissement et je m'empressai de monter sur son dos et de mettre un maximum de distance entre moi et cet endroit maudit. Quand je pense que ce contrat aurait du être rempli par ce trouillard, il n'aurait pas eu la moindre chance.

Je rentrai en fin de soirée à Chorrol, fatiguée et couverte de poussière. Le marchand m'accueillit avec un grand sourire. Il voulut conduire Dust à son box mais évita de peu la morsure de l'animal. Avec un petit rire, je me chargeai moi-même de l'emmener, prenant soin de le brosser soigneusement malgré mon épuisement.

Oreyn ne fis pas mine de m'avoir vu alors qu'il s'entraînait au rez-de-chaussée. Il ne portait qu'un simple pantalon de toile et je pouvais voir chacun des muscles de son dos se contracter alors qu'il frappait avec violence le mannequin de bois. Une toile de cicatrices marquait sa peau, témoin de ses années de luttes pour survivre. Sans attendre qu'il prenne la parole, je m'assis en soupirant dans l'un des fauteuils près de la cheminée Après un dernier coup qui fendit le bois, l'elfe noir rangea son arme et s'essuya le visage avec la serviette que le portier venait de lui donner.

« − Vous avez le journal ?, me demanda-t-il froidement en se postant devant moi ignorant l'état dans lequel je me trouvais

Je sortis l'épais livre de mon sac et le lui tendis sans un mot. Il l'ouvrit pour y lire quelques lignes avant de le fermer et de le tendre au portier. Celui-ci salua brièvement et disparut à l'étage.

− Alors que s'est-il passé ?

Il s'assit en face de moi, se tenant bien droit.

− J'ai rempli le contrat à la place de Maglir. Il a refusé de se rendre dans la grotte.

Oreyn grogna de mécontentement.

− Je parlerai bientôt à Maglir. Je déteste qu'une poule mouillée en protège une autre. Mais le travail a été fait, voici la récompense. »

Il se leva et me lança une petite bourse qu'il récupéra dans les replis de sa tunique posée sur un banc pas loin.

− Vous avez encore besoin de moi ?, m'enquis-je

− Revenez demain, il se pourrait que j'ai un autre travail en effet »

Il prit ensuite congé et disparut à l'étage. Je poussai un soupir fatigué et me forçai à me lever. Pratiquement tous les membres de la guilde étaient entrain de manger et de discuter.

« − Et bah dis donc, t'en as bouffé de la poussière Ash, que t'est-il arrivé ?, se moqua Huurwen

− Attaque de zombies et de squelettes, grommelai-je en me rendant dans la pièce à côté pour me changer

− Ouch, c'est pas de chance ça. C'est que c'est vicieux ces choses là, je te conseillerai de boire une potion de guérison des maladies, si tu ne veux pas te transformer toi aussi en cadavre ambulant, s'esclaffa Vigdis de sa grosse voix

Je finis par les rejoindre autour de la table et me servis une large portion de fruits et légumes.

− C'est pas comme ça que tu vas reprendre des forces, à manger comme un lapin, intervint Sten le Moche en engouffrant une large portion de viande dans sa bouche

− J'ai pas besoin de ça pour te mettre au tapis

Les autres membres ricanèrent face à la moquerie et Sten me lança un des os de son assiette que j'esquivai sans problème, le sourire aux lèvres

− Alors, c'était quoi cette fois ?, s'enquit Azzan d'un air amicale

Je leur racontai toute l'histoire en quelques phrases.

− Ah ce Maglir, pas un sous de jujotte, grommela gro-Khash, il fait honte à la guilde

− Allons, tu sais bien que nous avons du mal à recruter, on peut juste lui en vouloir, répondit calmement Azzan

− Tout de même, il n'a aucun honneur. Je ne serais pas surpris qu'il rejoigne la Compagnie Boinoir un de ces quatre.

− La Compagnie Boinoir ?, demandai-je curieusement

Un instant de malaise secoua les différentes personnes présentes autour de la table.

− C'est une bande de mercenaire installé à Leyawiin, précisa finalement Sten le moche

− Ils nous volent tous nos contrats, grogna Vigdis, dès que j'en vois un j'ai envie de l'étrangler de mes mains. Eux n'ont aucun honneur pour sûr !

− Ils cassent les prix des contrats et s'accaparent tout, précisa Azzan, et de plus en plus de guerriers se joignent à eux.

− Et on ne peut rien faire contre eux ?

− Ash, tu es encore trop naïve… Il a des choses auxquelles même la loi ne peut rien faire, soupira le Gardien de la guilde

− Mais…

J'étais à court d'argument pour le coup

− Ne t'inquiète pas, vu comment tu grimpes vite, tu n'auras pas trop de soucis à te faire, me rassura Huurwen, alors comme ça tu t'es acheté un cheval ? Je ne pensais pas que t'avais assez…

Le sujet dériva sur ma nouvelle acquisition et nous passâmes le reste du repas à bavarder gaiement mais mon esprit restait toujours tournée sur ce que venait de me raconter Azzan. J'avais le pressentiment que je rencontrerai bientôt cette Compagnie Boinoir.

Voilà, encore un chapitre de terminé, la suite arrivera bientôt ! La Compagnie Boinoir a enfin été nommé et ça va devenir le pilier central de l'histoire en parallèle de l'Aube Mythique.

Oreyn et Maglir aussi ! Oreyn car ce personnage m'a tellement fait rire dans le jeu et Maglir parce que je ne pouvais pas le supporter.

J'ai oublié d'ajouter une petite précision sur la Guilde des Guerriers mais vous avez du vous en rendre compte. J'ai décidé de réunir tous les membres à Chorrol plutôt que de devoir déplacer Ash dans différentes villes. C'est ainsi beaucoup plus pratique ! J'ai aussi pris quelques libertés sur le temps de voyage entre les villes et les missions mais à part ça, ça reste fidèlement Oblivion. Je m'excuse aussi pour les fautes d'orthographes qui doivent se balader dans le texte, les fourbes m'échappent même après une dizaine de relecture !

Dans le prochain chapitre, on va se reconcentrer sur la quête principale et nous verrons réapparaître ce cher Baurus. Soyez patient !