Chapitre 11 : Azani Coeurnoir

L'elfe noir patientait nerveusement devant l'écurie lorsque j'arrivai. J'avais eu du mal à m'esquiver sans que Vilena ne m'aperçoive et que mes compagnons ne m'arrêtent toutes les deux minutes pour me féliciter à propos de ma promotion. Aussi je fis abstraction des grognements de frustration d'Oreyn et bondit adroitement sur Dust. Le Champion de la guilde grimpa sur son propre destrier aussi noir que la couleur de sa peau et nous partîmes au petit galop.

Les ruines se trouvaient relativement loin, aussi nous mîmes pas mal de temps à y arriver. La journée avait bien avancé lorsque nous posâmes le pied à terre. Oreyn resta un moment à observer l'entrée à moitié camouflée par la végétation, plongé dans ses pensées. Finalement, il dégaina sa lourde massue et me fit signe de le suivre.

L'endroit était froid et humide, rempli de rats et de crabes des vases. Nous mîmes deux heures à en faire le tour. Mais à par cela, il n'y avait rien. Pas la moindre trace de combat ou de passage humain. Plus nous avancions et plus je sentais Oreyn frémir de colère. Finalement, nous nous retrouvâmes à l'entrée et l'elfe explosa.

« − Rien ! Il n'y a rien ! Je le savais ! Azani Coeurnoir n'est pas ici, ni mort, ni vif. Les salauds ! Il n'y a jamais eu de bataille. Azani doit avoir conclu un marché avec la Compagnie Boinoir. Je suppose qu'ils l'ont payé. Ils obtiennent l'arme pour Argoth, s'empare du paiement et disent à Azani ou se trouve le mage.

Je le laissai écumer toute sa rage en l'observant calmement. Je finis par rengainer ma lame et l'interpelai.

− Que faisons-nous maintenant ?

− Nous devons trouver Coeurnoir et cette arme. Nous allons dire à Cyrodiil ce qu'il s'est passé ici et détruire la réputation de la Compagnie, laissa tomber froidement le dumner

− Où trouverons-nous Coeurnoir ?

Oreyn prit le temps de la réflexion.

− Il est fasciné par ce genre de ruines alyéides. Il y en a une au nord-est d'ici, à Alatar. Je parie que c'est là qu'il a déménagé sa nouvelle base.

− Après vous, fis-je en me tournant vers la sortie. »

Nous y allâmes à pied, en laissant les chevaux camouflés dans la végétation. Nous progressâmes une vingtaine de minutes avant finalement de tomber sur d'autres ruines. Je n'avais jamais été une grande admiratrice de ce genre d'endroit. J'avais toujours eu cette impression fugace de bafouer la mémoire de ceux qui avaient vécus ici bien avant. Laissant de côté mon hésitation, je suivis Oreyn à travers les blocs de pierre. Quelques moitiés d'arches tenaient encore fièrement debout, bien que recouvert par les plantations. L'endroit était plus silencieux qu'une tombe et un frisson désagréable me parcourut. Soudain Oreyn se stoppa devant moi et m'ordonna de m'accroupir. Il me montra ensuite ce qui l'avait interpellé.

Juste au dessus de l'entrée, sur l'arche de pierre qui l'encadrait, un éclaireur observait les alentours. Il ne nous avait pas aperçus car il nous tournait le dos mais il ne tarderait pas à nous voir si nous tentions de pénétrer les ruines. Je dégainai mon arc et pris soin de viser ma cible. La flèche le manqua de quelques centimètres et j'entendis Oreyn m'insulter copieusement à voix basse alors que je prenais une deuxième dans mon carquois le cœur battant. L'éclaireur, un Kajiit à la fourrure roux brun, se retourna dans un sursaut et farfouilla les alentours de son regard perçant, pour tenter de trouver d'où avait pu provenir le projectile. J'attendis patiemment qu'il se détourne légèrement pour me redresser et décocher mon deuxième essai. Cette fois, la flèche atteint son but et se planta dans la poitrine de l'adversaire. Celui-ci bascula par-dessus la pierre sans un bruit et chuta durement sur plusieurs mètres.

Oreyn me fusilla du regard mais ne traina pas pour me lancer encore une ou deux répliques cinglantes. Je cachai tant bien que mal la victime dans les hautes herbes avant de m'enfoncer à la suite de l'elfe dans les profondeurs des ruines.

Une lumière bleuté nous y accueillit, froide et menaçante. Les cristaux qui couraient le long des murs de pierre nous montrèrent le chemin alors que nous parcourions les corridors froids et sans vie. Il s'agissait d'un vrai labyrinthe de pierre, parsemé de pièges mortels. Je failli me faire embrocher par une grille aux pics démesurés. Oreyn parvint à me pousser juste à temps et il y eut plus de peur que de mal heureusement. Mais après cela, nous redoublâmes de prudence. Nous rencontrâmes notre premier ennemi après une dizaine de minutes de fouille. Il sembla aussi surpris que nous par cette rencontre mais n'eut même pas le temps de s'en remettre que la massue dévastatrice d'Oreyn lui réduisait le crâne en bouilli. Le Champion avait une poigne impressionnante.

Sans un regard pour le mort, il poursuivit sa route et je le suivis avec une légère grimace de dégoût face au carnage. Nous croisâmes plusieurs autres ennemis mais l'arme du dumner fit bien vite le ménage. Je n'avais jamais vu un être animé par autant de rage et de violence. Finalement, après avoir parcouru l'ensemble des ruines et réduit le nombre d'ennemi, nous ne tardâmes pas à arriver à une section de l'endroit ou nous savions que nous trouverions Coeurnoir. Des torches avaient été posées le long des murs de la pièce exigüe. Au centre, un promontoire de pierre supportait un long tapis et un trône en bois. Des meubles étaient dispersés autour et une table pleine de nourriture avait été placée juste devant.

Azani Coeurnoir nous observa pénétrer la pièce comme s'il savait déjà que nous allions venir. Il était assis fièrement sur sa grande chaise en bois finement sculpté. Sa peau noir m'apprit qu'il était un Rougegard et son regard qu'il s'agissait d'un guerrier aguerri. Il portait une magnifique armure elfique doré et il jouait avec une énorme claymore posé à côté de lui. J'entendis Oreyn grogner méchamment devant moi alors qu'il faisait face à l'ennemi.

« − Oreyn… Quelle joie !, parla calmement Coeurnoir de sa voix grave et froide

− Je sais ce que tu as fait à Argoth et à tous mes compagnons, s'écria l'elfe noir avec rage

Le rougegard se contenta de rire en se levant. Il était bien plus imposant à présent.

− Le Guilde n'aurait jamais du se mêler de cette histoire.

Son regard sombre se porta sur moi et un autre sourire sans joie apparut sur ses lèvres.

− Tiens, tu as ramené le héros de Kvatch avec toi. Sache que ça ne t'aideras en rien à me vaincre car vous ne faites pas le poids.

J'étais choqué de voir qu'il me connaissait. Apparemment mon exploit à la ville n'était pas passé inaperçu.

− Assez ! Tu vas payer pour tes crimes chien !, écuma Oreyn »

Sans attendre une réponse, il se jeta sur l'ennemi. Ayant vu la charge venir, Azani para aisément le coup de sa large épée. A son contact, une étrange flamme rouge courut le long de l'arme et repoussa violemment la massue d'Oreyn. Une claymore enchantée, il ne manquait plus que ça.

Je me jetai à mon tour dans le combat alors que le dumner était déséquilibré par le choc. De ma lame kalvani je tentai de percer l'ouverture offerte par l'ennemi, avant de me rendre compte qu'il l'avait fait intentionnellement. D'un revers de son épée, il me percuta le flanc avec une force que je ne vis pas arriver. Je me retrouvai projeter au sol alors qu'un éclair de douleur me perçait le corps. J'éteignis les quelques flammes qui dévoraient encore mon armure, sans faire attention aux élans de souffrance qui parcouraient à présent la plaie à vif.

Oreyn était aussitôt passé à l'attaque et luttait maintenant férocement avec Coeurnoir. Chacun d'eux faisait preuve de force brute et d'une agilité étonnante malgré leur style de combat. Cependant l'arme aux éclairs de feu de l'ennemi ajoutait une difficulté supplémentaire au combat.

Je me redressai péniblement, une main sur ma blessure. Lorsque je reportai mon attention sur le combat, je sentis mon sang se glacer. D'un mouvement adroit, Azani parvint à rapprocher sa lame du visage d'Oreyn. Celui-ci tenta de se protéger tant bien que mal avec sa massue. Seulement, l'arme était bien trop prêt de lui et la flamme lui explosa à la tête. Dans un cri de douleur, le dumner bascula à terre et se roula au sol avec une main sur son visage brulé. Coeurnoir allait porter un ultime coup pour achever l'elfe noir lorsque je bondis sur lui. Nous chutâmes tous les deux au sol mais je parvins à faire une roulade supplémentaire pour mettre de la distance entre lui et moi malgré mon flanc douloureux. Je bondis aussitôt en arrière, en tant que précaution supplémentaire. L'ennemi se releva souplement et récupéra son épée au passage. Il s'approcha lentement de moi avec un sourire carnassier.

« − Alors ? Déjà affaibli elfe ?, me nargua-t-il alors que je me reculais davantage »

Je ne répondis rien, occupé que j'étais à tenter de trouver une échappatoire. Sans attendre, il chargea. J'esquivai l'assaut comme me l'avais appris l'argonienne bien des semaines plus tôt. J'adoptai cette tactique pour éviter un maximum de me retrouver au contact de la lame dévastatrice. Malheureusement, je fatiguai et me rendis compte que le combat approchait à sa fin, et ma vie aussi.

Le coup de lame sur le côté de ma jambe me prit par surprise. Je poussai un cri de douleur alors que le feu ravageait ma peau. Je tombai à genoux et ne put que lever la tête avec impuissance. Un sursaut d'espoir me parcourut cependant alors que j'aperçus Oreyn tituber lentement jusqu'à nous. Je devais gagner du temps.

Avec l'énergie du désespoir, je levai ma lame et bloquai celle de mon adversaire. Malgré ma main brulée par ce contact, je gardai ma position et de l'autre main, j'agrippai son poignet. Je la maintins aussi fort que je pus malgré les forces qui me quittaient. Un éclair de rage traversa le regard sombre d'Azani et il leva son autre main pour me frapper. Seulement il n'en eut jamais l'occasion. La massue tomba sur son crâne avec un bruit écœurant. Le sang m'éclaboussa le visage mais j'en pris à peine conscience alors que je tombai en arrière. Le monde tourna un moment avant que je ne sois capable de reprendre pied avec la réalité. J'aperçus finalement le visage brulé de mon compagnon qui m'observait avec une grimace de douleur et de mépris. Il m'aida cependant à me remettre debout. Nous restâmes un moment l'un appuyé contre l'autre, à reprendre notre souffle. Puis je sortie une fiole de ma sacoche avec un sifflement de douleur. Je bus une gorgée puis la tendis à Oreyn.

Un intense soulagement me parcourut alors que la potion de guérison faisait effet. Bientôt je pus de nouveau respirer sans réelle difficulté et marcher en boitant légèrement. De petites étincelles bleues illuminèrent et le visage ravagé de l'elfe noir alors que sa peau guérissait rapidement. Finalement, il retrouva presque la même vilaine tête, mise à part quelques fines cicatrices qui s'effaceraient peut être avec le temps.

Oreyn posa enfin son regard sur moi. Un feu ravageur faisait luire ses prunelles écarlates et toute son âme de guerrier en débordait.

« − Azani Coeurnoir est mort et nos frères ont été vengé… Mort, enfin !, s'écria-t-il avec fièvre on tapotant dédaigneusement le cadavre de son ennemi, beau travail.

− Vous venez vraiment de complimenter mon travail ?, fis-je incrédule et légèrement moqueuse

− N'en profitez pas elfe, vous êtes loin de l'entendre à nouveau, grommela Oreyn alors qu'un léger sourire flottait sur son visage

Il se baissa ensuite et retira l'anneau noir autour du doigt de l'homme terrassé à ses pieds.

− Voici la preuve que la Compagnie Boinoir ne l'a pas vaincu, bientôt tout le monde découvrira que cette compagnie n'est que façade et mensonge. Et maintenant allons-nous en. »

Sans un regard en arrière et à l'ennemi déchu, nous rentrâmes à la guilde.

Chapitre court mais intense n'est-il pas ?

Dans le jeu, ce combat contre Azani a été relativement épique en difficulté je me souviens, j'ai du user et abuser de potion et courir autour de la plate forme centrale sans me faire avoir par son épée enchantée. Enfin bon, heureusement que ce cher Oreyn était là pour se prendre les coups à ma place ! XD

Le prochain chapitre se concentrera sur l'Aube Mythique (le retour) et la Guilde, encore plus en difficulté en face de la Compagnie Boinoir (bouh les méchants…).

Accrochez-vous chers lecteurs, ça commence à sentir la dernière ligne droite !