Parés pour la suite ? La voilà ! L'intrigue commence...
La nuit était calme, presque autant que la pièce où se trouvait Oliver. Au dessus de lui, les clameurs du club retentissaient en dépit de plusieurs couches d'isolation phonique. Mais peu importait, il était certain que personne n'entendrait son entraînement. Comme toujours, il s'astreignait plus que de raison, pour rester meilleur qu'il ne l'est. Pour aller au-delà de la simple grande forme. Des vies en dépendraient tôt ou tard…
Ses mains lui faisaient mal, mais ce n'était rien en comparaison aux muscles de son dos, à ses abdominaux et à ses biceps qui supportaient tout son poids dans une position incongrue. L'homme n'avait pas manqué de remarquer les œillades que lui avait lancé Felicity mais, comme toujours, il les ignorait. Il ne pouvait rien se passer entre eux, c'était aussi clair pour lui que pour elle.
Dans ces conditions, il ne voyait aucune raison de ne pas la laisser se rincer l'œil de temps à autre. Après tout, la réciproque était valable, même si, elle, ne se promenait pas torse nu…
« Concentres-toi Oliver ! »
La douleur le ramena à lui et à des considérations plus pratiques. Il se laissait bien trop distraire ces derniers temps, mais ce n'était pas sa faute si les sources d'inquiétudes se multipliaient autour de lui. Roy allait de mieux en mieux, mais il était loin, très loin, de se maîtriser. C'est pourquoi, Oliver redoutait toujours le fait qu'il fréquente sa sœur. Mais que pouvait-il y faire ?
Sarah et Laurel ne se parlaient toujours pas. Leurs parents étaient tiraillés entre le bonheur, infini, de retrouver l'une, et le remords de s'attirer les foudres de l'autre. Oliver se trouvait bien malgré lui entre les deux, mais il l'avait cherché au fond. Tout était sa faute…
C'est pourquoi il était présent pour l'une et l'autre, mais d'une manière très différente. Avec Sarah, il était confident, ami intime et peut-être le seul à comprendre en partie les noirceurs qui entachaient son âme. Avec Laurel, il se contentait d'être Oliver, mais cela ne donnait guère plus de résultats.
Venait ensuite sa mère, avec qui il avait coupé pratiquement tous les ponts. Emotionnels du moins, puisqu'il s'affichait encore avec elle en public et surtout devant Thea. Mais quelque chose s'était définitivement brisé en lui et rien ne pourrait le réparer.
Et puis, il restait Queen Consolidated et ce poste de PDG qu'il ne devait qu'à son nom. Il aurait sincèrement voulu pouvoir en faire un peu plus au bureau, mais son masque d'Arrow l'en empêchait. De toute façon, il n'aurait probablement pas été à la hauteur, comme ne cessait de le dire cette chère Isabelle avec qui il devait travailler.
Avec elle non plus les choses n'étaient pas si simples, mais elle avait au moins eut la bonne idée de ne pas lui reprocher ce qui s'était passé en Russie. Ni d'en reparler depuis d'ailleurs. Elle n'avait pas non plus cherché à le revoir pour entretenir une quelconque relation, mais Oliver savait qu'elle n'hésiterait probablement pas à user de ses charmes pour parvenir à ses fins. Le cas échéant, il faudrait ne pas songer à cette étreinte incroyable…
Ses mains lâchèrent sans qu'il ne puisse rien faire. Dans un bruit sourd, il s'écrasa sur le sol nu et froid de la pièce.
« Quel idiot ! »
Il ne faut jamais trop forcer. A force, on atteint le point de rupture.
_ Oliver ! Est-ce que ça va ?
Felicity courut à son chevet et afficha tant d'inquiétude qu'il s'en voulut de s'être ainsi laissé aller. Un souci de plus à ajouter à une liste bien trop longue…
_ Je vais bien, murmura-t-il en se redressant avec son aide. J'ai glissé.
La jeune femme ne sembla pas en croire un mot, pas plus que Diggle qui les avait rejoint d'un pas plus lent. Le soldat qu'il était en avait vu d'autre.
_ Il est peut-être temps de rentrer, suggéra-t-il avec sa diplomatie habituelle.
_ Tu es sûr que tu n'as rien ? Tu ne veux pas passer une radio ou quelque chose ?
Blessé, il l'était. Mais plus dans son orgueil. Son corps avait connu bien pire. Il encaissait, encore et toujours.
« Mais pour combien de temps encore ? »
_ Je vais bien, répéta-t-il en s'obligeant à un brin de patience. Bonne idée, Diggle. J'ai une grosse journée au bureau demain de toute façon.
Ca lui faisait toujours étrange de se l'entendre dire, même si ça devenait de plus en plus vrai. Il avait été tant de choses au fil des années, mais jamais encore une entreprise entière avait reposé sur ses épaules, pas si frêles que ça…
_ Je vais chercher la voiture.
Diggle n'eut pas le temps d'atteindre les escaliers qu'une alarme se mit à retentir partout dans la pièce. Oubliant un instant son angoisse pour lui, Felicity courut devant ses écrans pour en trouver la cause et elle se fit à taper sur le clavier à la vitesse de l'éclair.
_ C'est pas possible… Absolument impossible… Tu ne vas pas t'en tirer comme ça, c'est moi qui te le dis… Ah oui ? Tu veux jouer à ça ? Tu n'es pas prêt d'y arriver !
Oliver, qui s'était relevé non sans grimacer, prit place derrière la jeune femme, imité par son ami. Les deux hommes scrutèrent les codes complexes qui défilaient sur les deux écrans, mais ils ne saisirent pas grand-chose à ce qui se passait. Des captures d'écran apparurent pour disparaître aussi sec et Oliver n'eut que le temps de reconnaître le logo de Queen Consolidated. Son sang ne fit qu'un tour.
_ Felicity ? interrogea-t-il, mais la geekette était tout à son œuvre ne semblait pas même l'entendre.
Il répéta son prénom, avec plus de force, ce qui l'agaça au plus haut point.
_ Pas maintenant ! Je… AH ! Je t'ai eu ! Yes !
En cet instant, la jeune femme ressemblait un peu à ces personnes focalisées sur leur jeu et qui viennent de gagner un round particulièrement coriace. Ils en oublient le monde réel et tout sens de la dignité.
_ Ah ah ! C'est qui la meilleure ? Tu croyais pouvoir entrer comme ça ? Mais on ne me la fait pas à moi ! Prends ça ! Et maintenant, voyons si je peux te tracer… Tel est pris qui croyait prendre !
_ Felicity ? tenta à son tour Diggle tandis que les mains avaient repris leur course frénétiques sur les touches du clavier.
Il eut plus de chance, mais il dut attendre encore une bonne minute avant que la jeune femme se souvienne qu'elle n'était pas seule dans la pièce.
_ Hum ? Ah ! Pardon… Quelqu'un a tenté de s'introduire dans le système de Queen Consolidated mais j'ai pu le bloquer à temps. Apparemment, cette personne cherchait des info personnelles sur toi Oliver. Ton dossier médical tout particulièrement.
_ C'est idiot, répondit le principal intéressé. Pourquoi mon dossier médical se trouverait-il dans…
Le regard de Felicity le retint de finir sa phrase. A bien y réfléchir, cela semblait logique. Mais il n'avait tout bonnement jamais réfléchi à la question. Cela le troubla et il se demanda à quoi cela pouvait bien rimer.
_ Tu peux retracer l'attaque ? demanda Diggle sans se départir de son calme.
_ C'est ce que je suis en train de faire. Mais je crois que je ne trouverais pas l'origine précise, simplement un lieu.
_ C'est toujours un début, approuva Oliver, tendu mais impassible.
_ Alors, il semblerait que le virus soit passé par le serveur…
Il y eut un temps d'arrêt pendant lequel la jeune femme resta parfaitement immobile. Puis elle pianota à nouveau avant de se tourner vers eux. Son visage était blême.
_ Qu'est-ce qu'il y a ? somma Oliver devant son silence.
_ Le virus est passé par mon serveur, annonça-t-elle, peu fière. Par l'adresse IP de mon bureau à Queen Consolidated. Je ne comprends pas comment c'est possible.
Diggle concerta son patron et ami du regard puis reprit la parole.
_ Est-ce que tout risque est écarté pour le moment ? demanda-t-il plus doucement.
_ Oui, j'ai entièrement fermé le système. Plus personne n'y aura accès, mais…
_ Branche-nous sur les caméras de surveillance du bureau, ordonna Oliver. Si le pirate s'y trouve encore, on aura une idée de ce à quoi il ressemble.
Félicity s'exécuta en se demandant pourquoi elle n'y avait pas pensé plus tôt. En quelques instants, les écrans affichèrent les couloirs familiers, mais désespérément vides.
_ Remonte de quinze minutes, au moment de l'attaque, insista Oliver.
La jeune femme s'exécuta mais le résultat fut le même.
_ Impossible, murmura Diggle.
_ Pas si on a placé un relais. Je vais aller voir.
Oliver avait déjà le bras tendu vers son uniforme d'Arrow quand il fut stoppé par son garde du corps.
_ Attends, dit-il. Il sera plus simple à Oliver Queen d'entrer plutôt qu'au Justicier. Ce serait prendre des risques inutiles que d'y aller comme ça. Le hacker doit certainement s'attendre à une réaction de ta part, à toi, pas de la sienne. Ca pourrait éveiller ses soupçons.
Agacé, le milliardaire dut bien se résoudre à écouter son ami. Il avait raison. Il suffisait amplement que quelqu'un s'intéresse à son image officielle pour ne pas y mêler celle officieuse et secrète. Si tant est que le pirate ne soit pas déjà au courant. Mais mieux valait ne pas tenter le diable.
_ Je vais y aller, décréta Felicity qui se remettait un peu. Ca sera plus crédible et de toute façon je suis la seule qui puisse faire quelque chose. Toi, tu devrais rentrer. Je te rappelle que demain matin Rochev t'attend à huit heures tapantes pour boucler les chiffres du trimestre. Tu ne peux pas te permettre d'être en retard.
_ Il me reste neuf heures... tenta-t-il de répondre mais elle ne lui en laissa pas le loisir.
_ Que tu vas soigneusement utiliser pour te mettre au fait de la situation de l'entreprise en lisant tous les topos que je t'ai envoyé sur ta boîte mail. Ensuite, un peu de sommeil ne te fera pas de mal et, excuses-moi de le dire, mais une bonne douche aussi. Histoire d'être un minimum présentable. Ah, et si tu trouve le temps de te raser, ça fera mieux pour un PDG.
Oliver regarda sa comparse, un peu mouché par sa subite véhémence. Il comprit que, comme lui, elle ne supportait tout simplement pas qu'on s'en prenne aux siens. Cette attaque était une menace sérieuse, mais elle semblait en avoir parfaitement conscience.
_ Tu ne peux pas y aller seule, répondit-il simplement. Le hacker pourrait se trouver à proximité.
_ Je vais aller avec elle, Oliver. Ne le prend pas mal, mais elle a raison. Sur tous les points.
Seul contre tous, le jeune homme dut bien se résoudre à capituler. Pour cette fois du moins.
Alors ? ^J'ai piqué votre curiosité ?
