La nuit était profonde et sombre. L'éclat de la lune avait été balayé par une foule de nuages qui obscurcissaient aussi les étoiles. C'était comme si l'univers s'accordait à annoncer qu'il n'y avait plus le moindre espoir. Felicity n'avait pas beaucoup de marge de manœuvre. Elle avait les mains solidement liées dans son dos et un bâillon lui serrait si fortement la bouche qu'elle peinait à respirer. C'était une chose qu'elle ne voudrait probablement plus faire quand elle aurait vu Oliver se faire massacrer pour tenter de la sauver.

Ce qu'elle pouvait être idiote ! Elle savait à présent qu'elle avait oublié de fermer le loquet de sa porte. Non pas que ça aurait arrêté les hommes qui l'avaient kidnappée, mais ça aurait attiré l'attention, quelqu'un aurait remarqué l'effraction, appelé la police, fait quelque chose !

Son visage était tuméfié à plusieurs endroits, là où on l'avait frappée, mais c'était d'ailleurs que venait la plus cuisante douleur elle avait parlé. Elle avait donné le numéro de téléphone qui avait permis à tendre le piège meurtrier. Elle était responsable de ce qui allait arriver. A sa décharge, les hommes avaient utilisé sur elle des techniques dignes de la torture.

Son cœur demeurait chamboulé par les décharges électriques intenses qu'elle avait subi et elle espérait presque que les dommages soient irréversibles. Comme ça, elle n'aurait pas à vivre avec la culpabilité.

C'est alors qu'il apparut. La silhouette était loin mais familière et la jeune femme voulut crier tout son désespoir. Un simple couinement pathétique franchit le bâillon, attirant les rires moqueurs de ses geôliers. Elle voulut les tuer de ses mains, si frêles soient-elles. Au lieu de ça, un violent coup dans le pli du genou la jeta au sol. La silhouette encapuchonnée tressaillit.

_ Bien… Bien ! s'écria un des trois mercenaires présents à côté de la prisonnière. Je vois que tu as suivi les consignes et que tu es venu sans tes flèches ni ton arc. Pour cela, ta copine aura droit à une mort rapide. Elle n'est pas très robuste de toute façon. Elle ne tiendrait pas longtemps si je laissais mes hommes s'amuser avec elle.

_ Laisse la partir ! ordonna le justicier, dont la voix était un peu déformée par la distance.

_ Ca n'a jamais été dans mes plans, se targua le chef du petit groupe. Vois-tu, on m'a payé une somme plutôt rondelette pour te tuer. Mais je ne suis pas du genre à laisser des témoins capables de m'identifier.

_ Qui t'a payé ? insista le justicier.

_ Ca, j'ai bien peur que tu ne le saches jamais… Je pourrais te le dire, bien évidemment, mais ça serait nettement moins drôle. Alors faisons comme ça : je te tue et ensuite je le dirais à ta copine avant de la buter à son tour. Qu'en dis-tu ?

_ Que tu parles beaucoup mais que tu n'agis pas !

L'homme perdit son sourire et s'énerva.

_ C'est très impoli d'interrompre une conversation courtoise, grinça-t-il avant de se reprendre et de faire signe à ses hommes, postés sur les toits des hangars.

Comme rien ne se passa, il renouvela l'expérience mais ce fut aussi un échec. Se tournant vers son second, il l'envoya voir ce qui se passait.

_ Un soucis ? nargua le justicier toujours immobile parce que Felicity était fermement tenue en joue.

_ Ta gueule !

L'instant d'après, tout se produisit très vite. Celui qui était le chef saisit une arme automatique et la pointa sur la silhouette. Une flèche siffla et vint détourner le canon à l'instant même où il cracha ses premières munitions. Il n'en fallut pas plus à celui qui tenait Felicity en joue pour appuyer sur la détente. Oliver eut beau agir le plus rapidement qui lui était possible, sa flèche ne partit pas à temps.

Il se produisit une sorte de petite explosion et tous deux tombèrent au sol. Le sang du jeune homme ne fit qu'un tour depuis le toit du hangar où il se trouvait, un cadavre à ses pieds. Pendant quelques secondes, il fut incapable du moindre mouvement puis il se rua pour voir ce qui s'était passé, refusant de comprendre.

Diggle s'était déjà élancé et frappa le chef des mercenaires avant qu'il ne se reprenne et n'ouvre le feu. Le visage ahuri de ce dernier aurait eu quelque chose d'amusant si la vie de Felicity n'était pas entrée en ligne de compte. Oliver était déjà penché sur le corps de la jeune femme, parfaitement immobile, quand Diggle arriva. Son patron et ami murmurait le prénom de la jeune femme sans obtenir de résultat. Lui ôtant le bâillon puis ses liens, il se mit en quête de la blessure qui expliquait tout ce sang, mais il ne trouva nulle origine.

Ce fut Diggle qui comprit en premier. Avisant le cadavre du mercenaire qui la tenait en joue peu auparavant, il découvrit un large poignard enfoncé dans ce qui restait du canon de l'arme de poing. Celle-ci avait provoquée l'explosion quand il avait appuyé sur la détente, l'empêchant d'atteindre sa cible. Dans la chute, Felicity s'était peut-être cogné la tête. Ou alors elle s'était évanouie sous le coup d'une émotion plus que compréhensible. Dans les deux cas, elle allait forcément bien.

Diggle fit ce qu'Oliver avait négligé de faire, trop choqué probablement, et c'est avec un infime soulagement qu'il trouva un pouls régulier et relativement fort. Il soupira de soulagement avant d'expliquer ce qui s'était produit.

_ Nous devons partir Oliver, poursuivit-il. Quelqu'un a dû entendre le grabuge et appeler la police. On ne peut pas nous trouver ici.

Comme à chaque (rare) fois où il avait revêtu le costume du justicier, l'ancien soldat n'était pas à l'aise. Il redoutait qu'on le voit et, surtout, qu'on remarque sa couleur de peau qui ne ressemblait en rien à celle du véritable Justicier. Il n'avait pas envie de lancer un nouveau mouvement d'imitateurs ni de soulever plus de questions encore sur l'identité mystère du héros.

_ Tu as raison, répondit son comparse en prenant Felicity dans ses bras avec une douceur incroyable. Tu peux amener la voiture ?

Diggle se mit à sourire avec plus de force qu'il aurait dû, mais il était infiniment soulagé que tout se termine ainsi. Non pas qu'il n'eut pas une totale confiance en Oliver mais, quand ce dernier lui avait présenté son plan, le soldat avait estimé qu'il avait une chance sur deux de s'en sortir. Il était heureux de s'être mépris sur les pronostics.

_ C'est un peu mon métier maintenant, plaisanta-t-il avant de disparaître.

Il se demanda ce qu'auraient pensé les policiers s'ils avaient arrêté le Justicier au volant d'une voiture de fonction.

_ Ca aurait probablement cassé un peu le mythe… murmura-t-il pour lui-même en démarrant.