Elle ne resta pas inconsciente bien longtemps. A dire vrai, elle s'éveilla presque aussitôt après avoir rejoint la voiture. Sa tête était posée sur quelque chose de chaud et d'épais, et une main tenant fermement la sienne. Avant même d'ouvrir les yeux, elle sut qu'elle était en sécurité. Elle aurait reconnu l'odeur et les cuisses d'Oliver entre toutes.

Bon d'accord, pas forcément les cuisses…

Il lui avait fallu plusieurs tentatives avant de parvenir à ne pas voir trouble, mais elle avait fini par distinguer le visage inquiet du jeune homme qui lui demanda comment elle se sentait. La main de la jeune femme se porta sur l'arrière de son crâne et elle sentit une pointe de douleur à la découverte de ce qui serait probablement une jolie bosse dans les jours à venir. Ca aurait pu être bien pire…

Enfin, ses lunettes étaient tout de même fendues. Pas très crédibles pour des verres vendus comme étant incassables ! Elle espérait avoir encore la facture, histoire de se faire rembourser !

_ Ca va, répondit-elle d'une petite voix. Mais comment… ?

La voiture s'arrêta et la portière s'ouvrit sur le visage familier de John qui lui souriait. Felicity s'efforça de l'imiter mais le résultat fut mitigé.

_ C'est bon de revoir ça, conclut l'homme en l'aidant à se relever.

A sa grande surprise, elle ne tangua pas. Au contraire, elle se sentait… Presque bien. Elle était juste affamée et épuisée. Elle aurait donné beaucoup pour avoir un bon menu XL du Belly Burger, mais il ne fallait pas trop en demander.

Ils pénétrèrent dans leur bunker et la jeune femme retrouva sa place habituelle. Son fauteuil lui parut infiniment confortable. Les deux hommes ne la lâchaient pas du regard tandis qu'elle prenait sa paire de lunettes de secours. C'était très désagréable d'avoir des traits devant les yeux.

_ Ah, comme ça c'est mieux, non ?

Ils étaient nerveux, ce qui ne l'aidait pas à se calmer. Elle allait craquer, forcément, mais elle voulait attendre encore un peu. Elle le ferait chez elle, seule, avec un bon disque d'Evanescence ou de Tarja Turunen et au moins un litre de glace aux cookies. Ensuite, elle dormirait profondément et il ne resterait plus aucunes traces au matin… Sauf les échymoses.

Pendant quelques instants, aucun des trois ne sembla savoir quoi dire, alors la jeune femme prit sur elle de résumer la situation.

_ Bon, au moins, maintenant, on sait qui s'est introduit dans le système de Queen Consolidated et pourquoi, lança-t-elle, pas franchement aussi optimiste qu'elle le laissait entendre.

_ Non, répondit John sans détourner ses yeux d'elle. S'ils avaient su qui se cache sous le masque du Justicier, ils n'auraient pas eu besoin que tu leur donnes le numéro du téléphone de Lance. C'est donc que quelqu'un d'autre s'intéresse à Oliver. Quelqu'un qui, apparemment, manie assez bien le lancer de couteau.

Felicity ne comprit pas mais elle observa Diggle sortir l'objet qui lui avait sauvé la vie. Oliver le saisit aussitôt et l'examina avec attention. Il s'agissait d'un couteau à cran, un peu comme ceux utilisés par les militaires, mais il était fait de manière artisanale. La poignée était en cuir et maintenue par un savant enchevêtrement de fils. A en juger par sa façon de tenir sans peine sur le doigt tendu d'Oliver, le couteau était parfaitement équilibré. Du grand art.

_ Tu as remarqué l'étoile sur le cuir ? Ca me rappelle un de tes tatouages…

Oliver sembla presque contrarié qu'il l'ait vue et surtout qu'il ait fait le lien, puis il soupira profondément. Felicity et Diggle comprirent que, une fois de plus, il en savait plus qu'eux. Il lui fallut deux bonnes minutes pour parler toutefois.

_ Je sais qui a lancé ce couteau, affirma-t-il en détournant les yeux. C'est la même personne qui a agressée Thea.

_ Thea a été agressée ? Elle va bien ?

Avec un temps de retard, le milliardaire réalisa que sa comparse ne pouvait effectivement pas être au courant de ce détail.

_ Elle n'a rien, la rassura-t-il. Je ne comprend pas pourquoi elle a fait ça, mais Alice ne lui ferait jamais de mal. Elle n'est pas comme ça.

Il tournait le dos à ses compagnons mais il put percevoir leurs réactions. Diggle fut surpris mais il attendait la suite sans a priori. Chez Felicity, la surprise se teintait d'un soupçon d'autre chose… D'agacement ? Il ne sut pas vraiment.

_ Alice, maintenant, railla-t-elle. Dis moi, Oliver, avec combien de femmes as-tu passé ces cinq années tout seul ? Juste histoire de me préparer pour quand la prochaine réapparaîtra.

Il ne demanda pas comment elle avait deviné qu'Alice faisait partie de ce passé là et pas de celui, normal mais presque oublié, du gamin de Starling. Comme il ne répondait pas, Diggle reprit, plus calmement.

_ Elle était sur l'île avec toi ?

_ Non. Je l'ai connue en Russie.

_ Parce que tu n'as pas passé tout ce temps sur l'île ?

L'ahurissement de Felicity était compréhensible. S'il n'avait jamais abordé le sujet, c'était pour une bonne raison. Et il ne voulait plus vraiment penser à cette période de sa vie. Ni à ce qu'il avait dû faire à la jeune femme. Jamais il n'avait trahi quelqu'un de la sorte… Il n'était même pas certain que ce qu'il avait infligé à Laurel fut pire ce qu'avait subi Alice. Etait-ce la raison de son retour, après tout ce temps ? Le désir de vengeance ?

_ Je suis content que tu n'ais rien, conclut-il en prenant sa veste. Tu devrais te reposer. Diggle, tu veux bien la ramener ?

La jeune femme semblait sur le point de répliquer mais John lui fit signe de laisser courir pour le moment. Il commençait à bien connaître Oliver et il savait qu'il n'obtiendrait rien de plus ce soir. Le braquer était donc parfaitement inutile.

_ D'accord. Mais nous devrons en parler demain !

Le temps qu'il finisse sa phrase, Oliver avait déjà disparu en haut de l'escalier. Frustrée, Felicity lui lança un regard noir.

_ Tu crois qu'il y en a encore combien d'autres ?

Calme, Diggle se dirigea à son tour vers la sortie.

_ Je crois seulement qu'on n'a pas fini d'entendre parler du passé d'Oliver, même si ça ne risque pas de venir de lui. Quant à toi, Felicity, tu dois lâcher du lest. Je comprends que tu sois encore choquée après cette journée, mais dis-toi que ce n'est rien en comparaison à ce qu'il a pu vivre de son côté. Lui rentrer dedans ainsi ne sert à rien.

La jeune femme se mordit la lèvre, coupable. Il était vrai qu'à côtoyer le visage impassible et souvent souriant de son patron, on pouvait aisément oublier qu'il avait vécu l'enfer… Elle-même n'avait souffert qu'une seule journée et elle se sentait déjà complètement déboussolée. Cinq années devaient donc laisser de profondes et indélébiles maques. Et elle devait s'en souvenir à l'avenir, ne plus laisser ses sentiments prendre le dessus, surtout quand ils étaient si ridicules…

Elle avait déjà fait cette même erreur au moment du retour définitif de Sarah, et cela lui avait valu de prendre une balle ! Si les choses s'étaient arrangées depuis, ça tenait autant à l'intelligence de Sarah qu'à ses efforts de self-contrôle. Mais tout était loin d'être réglé.

Soupirant, elle se leva et rejoignit Diggle.

_ Qu'est-ce qu'on peut faire alors ? demanda-t-elle.

_ Lui faire confiance et croire qu'il nous dira ce que nous avons besoin de savoir. Le reste, ça n'appartient qu'à lui.

Frustrée, la jeune femme se rangea à son avis et coupa les lumières avant de grimper l'escalier pour quitter le bunker.

« Heureusement, songea-t-elle. Il me reste de la glace aux cookies dans le freezer… ».