Trois ans auparavant.
La première fois qu'il avait vu la jeune femme, Oliver se trouvait dans une cave sombre et mal odorante. Il ne savait pas depuis combien de jours il se trouvait là et se souvenait seulement qu'il était sur la terre ferme. Qu'il avait réussi à quitter le cargo maudit.
Un léger mal de terre lui avait vrillé l'estomac pendant plusieurs heures, faisant écho au mal de mer dont il avait souffert les trois premiers jours qu'il passa à bord du bateau et au cour desquels il avait véritablement regretté les médicaments qui le lui ôte en temps normal. Mais plus rien n'était normal depuis trop longtemps…
Il s'était demandé ce qui était arrivé à Anatoly, après que la tempête les ait séparés. Peut-être s'était-il noyé ? Lui qui avait semblé si soulagé de s'enfuir de sa petite cage…
Une femme entra avec aplomb et elle était la première personne qu'il voyait depuis environ deux jours. Il était totalement affamé et assoiffé. Elle portait des vêtements noirs qui dissimulaient en partie ses formes plus que généreuses. Les cheveux sombres, longs, avaient des reflets roux qui mettaient en valeur son regard gris-vert. Elle tenait dans ses mains de la nourriture et une bouteille d'eau. Il dut se retenir de lui sauter dessus pour les lui arracher.
Grande, elle semblait solide comme le roc et le regarda droit dans les yeux, comme si elle n'avait pas le moins du monde peur de lui. Il aurait pourtant pu lui briser la nuque en quelques secondes et les gorilles qui se tenaient dans l'encadrement de la porte n'auraient rien pu faire pour l'en empêcher.
_ Quel est ton nom ?
Elle avait parlé dans un russe impeccable aussi le jeune homme décida-t-il d'en faire autant… Du mieux qu'il put. Après avoir passé trois semaines aux côtés de Knyazev, dans deux cellules où ils n'avaient rien d'autre à faire que converser, il avait de solides notions de la langue qu'il n'avait jamais pratiquée auparavant. Et il avait même un alias tout trouvé à donner à l'inconnue.
_ Olovian, murmura-t-il, la gorge sèche.
_ Celui qui cache le feu, traduit-elle. Un nom qui semble tout indiqué pour un combattant tel que toi…
C'était Anatoly qui lui avait donné l'idée de ce pseudonyme, un jour qu'il se moquait de son prénom, trop américain à son goût. Il ne lui en avait pas donné la signification. Ce cher Anatoly… Il semblait qu'il lui était redevable de beaucoup.
_ Eh bien Olovian, sois le bienvenu. Tu es à présent sous la protection du clan des Bratva. C'est lui qui t'a sauvé de la noyade.
Elle lui lança un morceau de pain et de viande séchée, ainsi qu'une bouteille d'eau. Il se rua dessus, trop affamé pour se montrer digne. De toute façon, la dignité était une chose qu'il avait perdue.
_ Tâche de te reposer un peu. Nous verrons ensuite comment tu vas régler ta dette.
Elle allait pour sortir lorsqu'il reprit la parole. Il ne sut pas ce qui lui prit.
_ Et toi, quel est ton nom ?
Elle sembla amusée et concéda de répondre, ce dont il n'était pas certain qu'elle ferait.
_ Tu peux m'appeler Alice, dit-elle en prononçant le mot à la manière des français. Mais ne t'inquiète pas, nous aurons tout le loisir de discuter… Quand tu te seras lavé et rasé. Tu ressembles à une bête plus qu'à un homme. Mais, à en juger de la manière dont tu as tué quatre membres de notre organisation, de tes seules mains, va savoir ce que tu es ?
Oliver ne répondit pas. La peur et l'instinct seul l'avaient guidé. Si il n'y avait pas eu un homme pour se cacher dans l'ombre et l'assommer, il était convaincu qu'il aurait pu s'enfuir à son arrivée dans le petit port...
