La journée avait déjà vu dérouler la majeure partie de ses heures quand il entra dans le bunker. Oliver redoutait beaucoup cette confrontation mais n'avait pas pu se résoudre à l'éviter plus longtemps. Après tout, il n'était pas le seul concerné par toute cette histoire.
Il avait enchaîné les réunions et les rendez-vous et, pour la première fois, il avait sincèrement savouré son rôle de PDG. Il lui avait permis de plus penser à rien, ni au présent, ni au passé, mais simplement à des chiffres théoriques et à des parts fictives de marchés tout aussi virtuels. Si Isabelle lui en voulait toujours pour sa remarque de la veille, elle n'en laissa rien paraître devant les associés et les investisseurs. Au contraire, elle se montra aimable et serviable. Une première là aussi !
Oliver avait croisé ses deux comparses et il avait apprécié qu'ils le laissent les éviter. Il se demanda s'ils auraient insistés pour lui parler le soir même s'il n'avait pas pris l'initiative de les convier ici à l'heure du dîner. Lui n'avait rien pu avaler et il s'était surpris à regarder derrière son épaule à plusieurs reprises au cours de la journée. C'était un peu comme s'il redoutait de prendre la lame acérée d'un couteau en plein dans le cœur.
Néanmoins, il ne pouvait s'empêcher de penser que ce serait amplement mérité…
A présent qu'il se tenait en face de sa petite équipe, il réalisa qu'il n'avait joint ni Sarah, ni Roy, et que tous deux le lui reprocherait sûrement. Décidément, il ne faisait rien de bon aujourd'hui… Il avait d'ailleurs annulé un rendez-vous avec sa compagne à midi pour ne pas avoir à affronter son regard inquisiteur, ni avoir à lui parler d'Alice, pour l'instant.
En réalité, Oliver Queen commençait à être sérieusement fatigué… De son passé, de ses mensonges, de son présent et du poids qu'il imposait à ses épaules. Cette fatigue avait déjà pointé lorsqu'il s'était disputé avec Laurel, à cause de sa relation avec Sarah, et il s'en serait voulu si ça n'avait pas fait réagir celle qu'il avait autrefois tant aimée. Depuis, elle semblait se reprendre en main et il s'était trouvé soulagé de se tenir à l'écart pour laisser les deux sœurs renouer le contact.
Mais il n'était pas dit qu'il ne perdrait pas le contrôle dans un futur proche, d'autant plus que la présence d'Alice le rendait plus vulnérable qu'il l'aurait voulu.
Il poussa un profond soupir avant de relever les yeux.
_ Quelqu'un veut du café ? proposa Diggle comme s'il pouvait parvenir à réchauffer l'ambiance.
_ Non, murmura Oliver.
_ Non merci.
John haussa les sourcils et se pinça les lèvres.
« Raté… » songea-t-il.
Puis il attendit qu'Oliver se lance. Le jeune homme avait de larges cernes sous les yeux, comme s'il n'avait pu fermer l'œil de la nuit. Rarement le soldat avait vu son ami dans cet état là, mais il ne dit rien tandis que ce dernier réfléchissait un instant puis se lançait, les regardant bien en face cette fois. John était curieux de savoir ce qu'il avait à dire.
_ J'ai pu fuir l'île, il y a de cela trois ans. J'étais à bord d'un cargo dont j'ai pu m'échapper en me jetant à l'eau. Ensuite, j'ai été sauvé par un bateau en lien avec la mafia russe.
_ D'où tes liens ici et à Moscou avec la mafia… comprit Felicity avant de remarquer qu'elle l'avait interrompu. Désolée. Continue.
_ Pour payer ma dette, j'ai travaillé un temps pour eux. C'est là que j'ai rencontré Alice. Ensuite, j'ai simulé ma mort et je suis retourné sur l'île. J'avais besoin d'un peu de temps avant de revenir à Starling. La suite, vous la connaissez.
S'il était une chose qu'on pouvait dire à propos d'Oliver Queen, c'est qu'il savait se montrer concis. Trop, souvent. Il devait bien se douter que cela ne suffirait pas à ses compagnons mais il s'enferma dans un silence aussi ferme que son visage. Mais il en fallait plus pour décourager Felicity.
Si, au début, elle avait eu peur, à une ou deux reprises, qu'il lui en colle une pour la faire taire, elle savait à présent qu'elle ne courait pas le moindre risque de ce côté-là. Et puis, elle était convaincue que c'était pour son bien à lui aussi. L'homme n'avait que trop vécu seul avec ses sombres souvenirs… On pouvait facilement voir qu'ils le dévoraient vivant, même s'il ne faisait rien pour les en empêcher.
Oliver le martyr… Le repenti qui ne se pardonnerait probablement jamais. Oliver qui attendait, peut-être, qu'on le sauve à son tour ?
La jeune femme refusait d'abandonner cet espoir.
_ Donc elle te croit mort ? résuma-t-elle.
_ Elle ne connaissait même pas mon vrai nom, répondit-il avec un léger soupir.
_ Mais pourquoi est-ce qu'elle se renseignerait sur toi à présent ? Tu lui dois quelque chose ? Ou tu… Tu lui as fait quelque chose ?
Il ferma les yeux. C'était l'heure de vérité. Encore une occasion pour lui de faire comprendre à Felicity qu'elle ne devait pas s'attacher à lui qu'il était bien trop toxique pour cela. S'il n'y parvenait pas pour l'instant avec Sarah, il pouvait néanmoins préserver son amie. C'était toujours ça de pris…
_ Alice et moi étions amis, murmura-t-il. Si tant est qu'on peut l'être dans une telle organisation. Nous étions tous les deux prisonniers et elle était la seule sur qui je pouvais compter. C'est elle qui m'a aidé à perfectionner mon russe et mon mandarin. Sans elle, j'aurai rapidement été démasqué et autant dire que le fait d'être américain n'aurait pas plaidé en ma faveur. On m'aurait exécuté, sans sommation, en s'imaginant que j'étais un espion ou un agent secret.
Il eut un petit rire fortement teinté d'ironie. Lui ? Un espion ? Il se savait rien des affaires de la Bratva et s'en fichait au plus haut point ! Il dut lutter pour ne pas laisser ressurgir des souvenirs qu'il avait jusque là soigneusement cloisonnés pour qu'ils ne remontent pas. Un seul démon à la fois… C'était trop demander ?
Ce fut Diggle qui le ramena à l'instant présent avant qu'il ne sombre.
_ Alors tu crois qu'elle est ici pour quoi ? Te ramener dans la mafia ?
_ Non, affirma Oliver avec une conviction qui tenait plus de l'espoir que de la certitude. Je crois que… En fait, je n'en ai pas la moindre idée. Il faudra que je lui pose la question quand on l'aura retrouvée, mais avant on doit s'occuper de ceux qui ont kidnappé Felicity. On ne sait toujours pas pour qui ils travaillaient.
« Oui, songea Oliver. Une distraction. Encore du temps… Un répit. N'importe quoi ! »
_ Moi si, intervint la jeune femme à la surprise générale. J'ai pu voir un transfert d'argent sur la tablette de leur chef. Je dois juste vérifier un petit truc…
Elle se mit à pianoter un moment puis se retourna vers les deux hommes qui s'étaient lancés quelques regards. Aucun d'eux ne remarqua la silhouette qui venait d'entrer et les observer dans la pénombre du haut de l'escalier…
_ Devinez qui vient de sortir de prison et qui est très remonté contre le Justicier ?
