Chapitre 13.

Rachel Tente le Tout.

Rachel courait, courait encore, serrant Raven contre elle. La petite hoquetait, mais sa grand-mère lui frottait le dos pour la calmer. Autour d'elle, la forêt se faisait plus dense et sombre. Heureusement qu'elle était nyctalope, sinon, elle n'aurait même pas fait la moitié du chemin parcouru.

Tout en continuant sa course, elle pensait à tous ceux qu'elle avait laissés derrière elle: Angelika, Sébastian, ses domestiques, les Anciens…Elle espérait de tout son cœur qu'ils puissent vivre. Mais pour l'instant, sa priorité était la survie de sa petite Raven.

Rachel finit par aboutir à une grande clairière entourée de hauts conifères et une rivière coulait non loin. Elle allait poursuivre sa route quand une silhouette lui barra le passage. Grand, solidement bâti, les cheveux châtains et son long manteau voletant au vent, Vincent fit face à sa femme.

- Rachel…ma chérie, ma douce épouse. Comme cela fait longtemps. T'aie-je manqué?

- Pas vraiment après que tu ais ordonné l'exécution de notre fille, répondit la vampire d'un ton froid.

- Ah!...Dommage. Car toi, tu m'as manqué, dit Vincent en avançant doucement vers elle. Une fois plus qu'à une dizaine de centimètres, il caressa doucement la joue de Rachel. Celle-ci se dégagea, recula de deux bons mètres et serra plus fortement Raven.

- Que comptes-tu faire maintenant?, demanda Rachel.

- Oh, je pensais que tu serais contente de me revoir en vie, mais je vois que le plaisir n'est pas partagé. Je pensais que nous pourrions reprendre notre vie ensemble et oublier nos problèmes. Cependant je vois que cette chère Angelika t'a corrompue aussi…Je vais donc devoir y remédier.

Rachel fit un pas vers l'arrière et resta sur ses gardes. Elle se doutait que Vincent mentait. Elle se mordit la lèvre inférieure, si fort qu'un mince filet de sang s'en échappa. Les larmes acides lui coulèrent sur les joues et elle s'écria.

- Oseras-tu tuer aussi ta femme?!...Ou ta propre petite-fille?!

Et d'un mouvement vif du bras, elle écarta les pans de sa cape, dévoilant le bébé niché au creux de son autre bras.

En la voyant, Vincent écarquilla ses yeux qui devinrent blanc de nacre et sans crier gare, il fonça sur Rachel, la prit par la gorge et lui prit le couffin des mains. La petite se mit à pleurer.

- Non…je t'en prie…ne lui fais pas de mal…C'est ta petite-fille!

Le comte l'ignora et en la tenant par le dos de son vêtement de lin, il put voir sous la petite capine des boucles châtaines caramel. Il croisa par la suite son regard, et failli la laisser tomber par terre. Ses yeux…ses yeux étaient aussi rouges que ceux de l'homme qu'il détestait le plus au monde.

Serrant les crocs, il rugit à l'adresse de Rachel.

- Cette bâtarde ne sera jamais de ma descendance! Le sang de mes ancêtres est souillé par l'impureté d'un démon! Elle ne mérite pas de faire partit de la noble maison des Phantomhive! Elle ne mérite que de mourir.

Vincent saisi alors Raven par la taille et la leva au-dessus de sa tête dans le but de la fracasser contre un arbre. Rachel, craignant pour la vie de l'enfant d'Angelika et Sébastian, réagit. Elle fit une torsion au bras de Vincent qui la retenait encore et le mordit sauvagement de ses crocs aiguisés.

Vincent poussa un cri de douleur, faisant redoubler les pleurs de Raven. Rachel put tout juste la rattraper avant qu'elle ne se fracasse le crâne sur le sol. On aura beau dire, mais même dhampire, un bébé est très fragile.

- Sale chienne!, ragea le comte….Tu vas voir!

Sentant le danger d'un combat éventuel, la comtesse se pressa de mettre la fillette hors de portée et fit face à son mari tout en retira sa cape et le sac d'équipement de ses enfants pour pouvoir mieux bouger.

- Tu verras, Rachel chérie, se sera rapide et sans douleur. Tu n'auras même pas le temps de sentir quoi que ce soit.

- Amènes-toi, répondit-t-elle en se mettant en position de combat, ses yeux verts ayant viré au blanc et des griffes lui ayant poussé aux bouts des doigts. Je suis prête.

Et soudainement, Rachel dégaina une épée dont on ne savait où. Une lame impressionnante venant d'elle. Durant près de quarante ans, on avait toujours jugé Rachel comme la plus douce et la plus tendre des vampires qui n'ait jamais existé. La voir exhiber une telle arme étonna Vincent. L'épée avait une longue lame mince et étroite rouge feu, comme si elle avait été passée au four. Son manche de couleur violet foncé avait une garde en forme d'ailes de chauve-souris et la poignée avait été soigneusement travaillée.

Vincent sourit et chargea sur sa femme. Sous les yeux incrédules et encore humides de larmes de la petite Raven, un superbe combat se déroulait. Rachel et Vincent échangeaient coup sur coup. Pour l'instant, aucun ne semblait avoir le dessus sur l'autre. Le combat s'éternisait sans que la balle ne se retrouve dans un camp.

Un coup plus fort que les autres fit se séparer les deux adversaires. Rachel haletait et suait à grosses à gouttes, tandis que Vincent se portait comme un charme. Ce fut à ce moment que Rachel compris.

- Comptes-tu modérer ta force encore longtemps?, lança-t-elle hargneuse.

Vincent haussa un sourcil et sourit.

- Oh, tu as compris?...Bien, alors…

Et en une fraction de seconde, Vincent leva la main et visa Raven. De sa paume, un rayon de vide transparent allait frapper Raven. Rachel réagit juste à temps, mais malheureusement, elle ne le dévia de son épée que de peu et il heurta le bébé de tout son côté droit. Le choc fit poussa au nourrisson un terrible cri.

Rachel, les bras tremblant, l'épée émoussée et menaçant de se briser et les yeux exorbités se précipita sur son mari. Mais ce dernier, ne retenant plus sa puissance, envoya un second direct sur elle. La pauvre vampire le reçut de plein fouet et fut propulsée contre un arbre. Son tronc se contracta sous l'impact. Rachel cracha un filet de sang. En un millième de seconde, il ne fut qu'à deux centimètres d'elle et les yeux de la vampire s'exorbitèrent quand le poing de Vincent lui perfora le foie.

- Tes chances de survie sont très minces, lui dit-il dans le creux de l'oreille, mais je sais que sans sang, tu ne survivras pas. Même ta petite-fille est condamnée. Un enfant de son âge ne peut espérer vivre avec de telles blessures. Elle ne tiendra sûrement pas plus d'une semaine sans soins.

Le comte baissa les yeux et croisa son regard brun dans celui vert de Rachel. Il fit un sourire triste et l'embrassa sur le front.

- Adieu, ma tendre épouse…Je t'aime tu sais. Je regrette que les choses se soient déroulées comme ça.

Et il disparut dans un nuage de poussière.