_ A quoi tu penses ?

_ Hum ?

Oliver regarda longuement Sarah. Allongée sur le ventre, nue, sa compagne l'observait depuis un moment. Il décida qu'il était grand temps de lui dire toute la vérité. Il se contenta du minimum, comme avec Felicity et Diggle, mais ne cacha pas le fait qu'il avait été l'amant d'Alice.

_ Je ne l'ai pas aimée, se justifia-t-il. Et elle non plus ne m'aimait pas. Il ne s'agissait que de sexe et d'un peu de réconfort.

Il semblait nerveux de la réaction de la jeune femme et fut soulagé de voir qu'elle ne lui en tenait pas rigueur. Il n'aurait pas eu la force d'affronter sa jalousie.

_ Je comprends, dit-elle simplement. Ca a duré longtemps ?

_ Non.

_ Et pourtant tu sembles tenir à elle d'une certaine manière.

Il eut un sourire triste en se demandant comment elle faisait pour le comprendre si bien. Peut-être que les épreuves qu'ils avaient endurés les avaient transformés en des êtres que seuls ceux qui sont passés par là peuvent comprendre. Ca expliquerait en partie pourquoi il était si déconnectés de tous ses proches, mais pas d'elle. Si seulement il avait pu l'expliquer à Laurel, lui faire comprendre que ce qu'elle prenait pour un rejet n'en était pas un… Ou à Thea. Ou à Felicity…

_ Sans elle, je n'aurais pas trouvé la force de revenir à Starling, murmura-t-il. Quand la Bratva m'a trouvé, je venais de te perdre, à nouveau. J'avais vu mourir mon père, Yao Fey et Shado. Et j'avais tué Slade… Ou du moins, je pensais l'avoir fait. Je n'étais plus que l'ombre de moi-même et, pas un instant, je n'ai considéré la possibilité de m'enfuir pour revenir ici. Je n'en valais plus la peine. Je n'étais plus rien…

Patiente, Sarah le laissait aller à son rythme. Il apprécia sa délicatesse, oubliant qu'il avait eu la même pour elle quand elle était revenue en ville.

_ C'est elle qui m'a fait me souvenir de qui j'avais été. Et c'est elle qui m'a donné l'envie de le redevenir, au moins en partie. Et, surtout, elle m'a fait comprendre que je ne supportais plus de faire le sale boulot de la mafia, même si les missions qu'on me confiait n'étaient pas ce que tu as connu avec la Ligue… Un des rares privilèges du rang de capitaine.

Il la prit contre elle, lui embrassant le sommet du crâne, se gorgeant de sa chaleur et de sa présence. Il détestait sentir qu'il perdait pied ainsi, mais trop de choses s'accumulaient ces derniers temps, en plus de tout ce qu'il avait soigneusement refoulées.

_ Il faudra que je la remercie quand on l'aura retrouvée alors, plaisanta Sarah.

Elle le sentit se tendre en un instant et chercha son regard pour comprendre. Elle crut qu'il redoutait une quelconque jalousie entre elles deux, mais elle sut que c'était bien plus que ça.

_ Elle doit me haïr, murmura-t-il, le regard baissé. Pour pouvoir partir, j'ai dû…

Il se racla la gorge.

_ Il m'a fallut l'abandonner. Tu comprends, c'était déjà périlleux de me sauver, moi, mais c'était absolument impossible de nous sortir tous les deux de là. Sans compter que je n'étais pas certain de pouvoir lui faire confiance sur ce point. Elle aurait pu tout aussi bien me trahir pour gravir des échelons dans l'organisation et arriver à ses fins. Elle ne m'a jamais caché son ambition…

Ces questions, elles avaient torturé son esprit deux semaines durant, avant qu'il ne mette son plan à exécution. Exécution en partie précipitée par la peur qu'il avait eue de changer d'avis. Il soupira à nouveau, coupable comme jamais.

Sarah tenta de dévier légèrement la conversation.

_ De quoi s'agissait-il ? Ton plan pour quitter la mafia…

_ Je n'y serais pas arrivé sans Anatoly, affirma-t-il sans préciser de qui il parlait puisque Sarah l'avait côtoyé sur le cargo. Il a réussi à obtenir qu'on m'exécute par empoisonnement, comme on le fait pour les traîtres. Il a monté une histoire de marchandises volée… Je ne lui ai pas demandé tous les détails.

Il s'en fichait alors.

_ Comme tu l'imagine, il a pris soin d'échanger le poison contre une toxine qui m'a fait passé pour mort. Ensuite, il m'a trouvé un petit bateau pour me ramener sur l'île. Il fallait que je laisse les choses se tasser un moment, pour ne pas éveiller de soupçons. Olovian, le capitaine de la Bratva, était mort et devait le rester. Et puis, j'avais besoin d'un peu de temps pour préparer mon retour et les explications qui iraient avec.

_ C'était risqué de lui faire confiance ainsi, nota la jeune femme. Il aurait eu tout intérêt à te trahir.

Oliver haussa les épaules puis mit une bonne minute à arracher ce qui lui restait en travers du cœur et de la gorge.

_ Je n'avais pas le choix. Il fallait que je parte. Je n'avais juste pas prévu qu'ils choisiraient précisément Alice pour m'exécuter…

La surprise qui passa sur le visage de sa compagne se teinta aussitôt d'un peu plus de compréhension. Elle saisissait mieux à présent qu'il redoute qu'elle le déteste. Ce serait plutôt légitime.

_ Anatoly m'a convaincu que c'était une bonne chose, parce que des rumeurs couraient sur elle, mettant en cause sa loyauté. En lui ordonnant de me tuer, la mafia tenait là le moyen le plus sûr de la tester une fois pour toute, parce que nos liens n'avaient échappés à personne. Ensuite, personne ne remettrait plus en doute son engagement.

_ Et elle l'a fait, n'est-ce pas ? Sans essayer de te prévenir ?

_ Je crois qu'elle a essayé, mais je ne lui en ais pas laissé le temps. Quand elle s'est plaint d'une mission qu'elle pensait être au dessus de ses forces, j'ai répondu en évoquant le devoir qu'elle avait envers la Bratva et j'ai… Cautionné l'idée de tout faire pour parvenir à ses fins, quoi qu'il en coûte. Même si ça impliquait de faire souffrir quelqu'un d'autre.

Ce discours, c'était pour eux deux qu'il l'avait prononcé, comme un moyen de conjurer l'horreur et de se convaincre. Aujourd'hui encore, il ne savait pas quoi en penser. Il est vrai que, parfois, on est obligé de faire des tas de choses pour survivre et qu'il semble justifier de déformer la moralité en fonction des impératifs du moment. Mais quel genre de personne cela fait des survivants ?

Dans les livres, comme dans les paroles qu'il avait entendu depuis son retour, tout le monde vantait la force et le courage du survivant, comme un écho à ce dont avaient manqué ceux qui étaient morts. On lui avait plusieurs fois dit qu'il tenait du miracle qu'il ait survécu et que c'était la preuve d'un destin hors du comment. Beaucoup avaient évoqués Dieu.

Personne n'avait parlé de l'envers de ce statut de survivant, pas même Diggle, qui s'était contenté d'évoquer la culpabilité, comme un simple fait, non comme la pire des malédictions.

_ Tu n'avais pas le choix, affirma Sarah, faisant écho à ses pensées mais sans pour autant les apaiser.

Il prit simplement sur lui de finir l'histoire.

_ Ca a été la dernière fois qu'elle m'a adressé la parole. Deux jours après, j'ai fait un malaise sans comprendre ce qui arrivait. Ce n'est qu'une fois réveillé dans un petit port de pêche que j'ai réalisé qu'elle m'avait écouté. Depuis, je t'avoue que j'ai lâchement arrêté de penser à elle.

Sarah lui redressa le menton pour qu'il la regarde. Il se sentait tellement misérable.

_ Oliver… Tu l'as dit toi-même : parfois, il faut tout faire pour parvenir à ses fins. Tu es beaucoup de chose mais tu n'es pas lâche. Tu as fait ce que tu devais pour survivre et pour te retrouver. Tu ne pouvais pas la sauver de toute façon. Te faire tuer ou rester captif n'aurait en rien changé sa situation. Au contraire, d'une certaine manière tu l'as même protégée.

_ Je ne pense pas qu'elle verra les choses sous cet angle…

Sarah se rallongea à ses côtés, s'étirant alors qu'un rayon de soleil matinal perçait depuis la vitre. La journée s'annonçait plus claire que toutes les autres ces derniers temps.

_ Elle a sauvé Felicity sur les docks et n'a pas fait de mal à Thea alors que s'auraient été deux bons moyens pour te faire souffrir. Je ne prétends pas savoir pourquoi elle est revenue ici, après tout ce temps, mais à mon avis elle te reproche moins de choses que ce que tu t'infliges tout seul. Il faut que tu la retrouves et que tu lui expliques. Quand elle verra combien tu t'en veux, je suis certaine qu'elle finira par te pardonner.

L'homme était franchement dubitatif. Elle roula sur le côté et s'assit au bord du lit.

_ Ca prendra peut-être un peu de temps… Regarde mon père : il te haïssait plus que tout. A présent, il a tourné la page. Et Laurel ! S'il y a bien une personne sur terre qui avait tous les droits de me maudire c'est elle ! Pourtant, je suis en train de retrouver ma sœur et, ce, même si elle sait que je suis à nouveau avec toi.

Vu sous cet angle, Oliver sentait presque poindre un espoir, trop timide encore pour le laisser émerger.

_ Le pardon est une chose compliquée, mais son pouvoir est incroyable. On sait tous les deux qu'on ne se pardonnera jamais pour ce qu'on fait. Mais ça nous soulage de voir que d'autres y sont arrivés.

Sur un sourire, elle l'embrassa avant de se lever pour rejoindre la salle de bains. Elle s'affaira un moment avant de lui lancer depuis la porte entrouverte.

_ Allez ! Debout monsieur le PDG ! Ta dragonne doit déjà t'attendre au bureau pour saper ton autorité. Ne la prive pas d'un des seuls plaisirs de la vie qu'elle semble avoir !

Oliver rit à l'évocation, somme toute assez vraie, d'Isabelle.

_ On devrait peut-être engager un gigolo, pousuivit-elle.

Il secoua doucement la tête, incapable de réfréner un sourire. Contre toute attente, Sarah apportait un bonheur ineffable dans sa vie. Il ne savait pas comment il ferait en cet instant si elle n'avait pas été auprès de lui…