Désolée pour la confusion, voici la vraie suite !

Alors ? Vous en pensez quoi ?

_ Ne… Ne bouges pas !

Alice tremblait de plus en plus mais son arme restait obstinément pointée sur Oliver. Ce dernier obéit après avoir levé les mains en signe de rémission.

_ Alice, tout va bien…

_ Tu vas me tuer, hein ? lança-t-elle précipitamment. Et ensuite, tu vas me faire disparaître.

Elle leva les yeux un instant et Oliver comprit qu'elle tentait désespérément de ne pas pleurer. Son cœur se serra à l'extrême de la voir dans cet état. Il cessa de réfléchir, si tant est qu'il en ait été capable depuis son arrivée dans le hangar.

_ Alice, reprit-il d'un ton légèrement plus ferme pour capter son attention. Je ne te ferais aucun mal.

Une de ses mains lâcha l'arme pour essuyer rageusement le coin de ses yeux. Sa tête s'était arquée sur le côté, mais ses yeux crachaient toujours toute la colère qui la dévorait de l'intérieur. La voix du jeune homme se fit plus posée et plus douce. Presque suppliante.

_ Je suis Olovian. Je suis celui que tu as connu.

Elle nia mais l'écouta. C'était un début.

_ J'ai maquillé ma mort pour pouvoir m'échapper de l'emprise de la Bratva, avoua-t-il. Mais je te promets que je ne savais pas qu'ils te désigneraient pour m'exécuter.

_ Si tu as tout organisé comment pouvais-tu ne pas le savoir ? fit-elle remarquer sèchement. Hein ?

Il soupira, redoutant la suite.

_ Au début je ne le savais pas, répondit-il, désolé. Et quand je l'ai appris, j'ai voulu tout annuler, mais Anatoly m'a convaincu que c'était la seule solution, pour toi comme pour moi. Apparemment, les autres capitaines avaient des doutes sur ta loyauté. Ils soupçonnaient qu'un espion ait infiltré l'organisation et qu'il t'ait retournée. Ils allaient t'exécuter dans le doute.

Elle eut un rire aussi cynique et froid. Il en frémit.

_ Ah… Donc tu m'as sauvé la vie parce qu'ils pensaient que j'étais un agent ? résuma-t-elle. Je devrais donc te remercier en fait !

_ Non, bien sûr que non puisque je t'ai abandonnée comme le dernier des lâches, coupa-t-il, mal à l'aise.

_ Tu mens, singea-t-elle en réaffirmant sa prise sur l'arme qu'elle avait un temps relâchée.

Oliver se félicita au moins de constater qu'elle semblait enfin le croire sur son identité. Mais un esprit dans le déni trouve toujours un moyen de s'en tirer sans déroger au délire. Il est inutile de raisonner dans ces conditions. Il faut attendre que le cerveau retrouve le lien avec le monde réel. Ce qui peut prendre du temps. Beaucoup de temps. Parfois plus qu'une vie…

_ Tu vois, affirma-t-elle en le tenant en joue. Olovian avait beaucoup de défauts. Il ne parlait pas de lui, il ne m'a vraiment pas dit grand-chose sur son passé, mais il avait de l'honneur. Je n'aurais jamais dû m'attacher à lui, c'était la plus grosse erreur que j'ai commise, mais je n'ai pas pu m'en empêcher à cause de cela. C'est lui qui m'a rappelé qu'il existe des personnes bien dans ce monde.

Oliver voulut parler mais sa gorge était bien trop serrée.

_ Je ne sais pas ce qui lui est arrivé pour se retrouver là mais il n'avait pas sa place dans ce monde là. Il l'avait compris d'ailleurs, sur la fin.

_ Grâce à toi, murmura-t-il d'une voix rendue rauque par l'émotion. C'est toi qui m'as permis de retrouver celui que j'étais.

_ Menteur !

_ C'est toi qui m'a donné conscience que ma vie d'avant me manquait, murmura-t-il en se rapprochant lentement. Que mes proches me manquaient et que je ne méritais pas ce qui m'arrivait.

_ Tais-toi ! ordonna-t-elle.

Il fit un autre pas, très lentement, mais avec détermination. Elle recula, le défiant de bouger à nouveau.

_ Un soir, alors que nous étions dans une maison près du port d'Hamhung, reprit-il en faisant un autre pas, dans le calme le plus total. Nous avons parlé de mon père et des espoirs qu'il avait placés en moi, tu m'as répondu que je n'étais pas né pour réparer ses erreurs. Que je devais avancer pour moi et trouver celui que je suis. Tu m'as avoué que, pour toi, il n'y aurait pas de voyage de retour, parce que personne ne t'attendait plus nul part. Je t'ai posé des questions mais tu as refusé de m'en dire plus.

Alice pleurait et continuait de nier de la tête, mais elle le laissait approcher peu à peu, avec angoisse mais aussi avec résignation. Elle abandonnait, bien que son arme soit toujours pointée, mais avec moins de fermeté à mesure que ses yeux se plongeaient dans ceux, criant de vérité, du jeune homme qui boitait un peu à cause de sa blessure. Il aurait pu se ruer sur elle pour la désarmer, mais il s'arrêta à environ trois mètres d'elle. Il ne voulait pas l'humilier en la désarmant.

_ Nous avons fait l'amour, plusieurs fois, continua-t-il. Je voulais te faire tout oublier… Je crois que j'y suis arrivé pour quelques heures. Ensuite, tu m'as avoué que ton frère avait été tué par ta faute et que c'était pour ça que tu t'étais engagée dans la Bratva. Tu m'as fait jurer de retrouver ma famille si un jour j'en avais l'occasion.

Les mots d'Oliver trouvaient écho en la jeune femme, révulsant ses certitudes, repoussant son déni.

_ Et quand tu as cru que je dormais, tu t'es mise à pleurer. Le lendemain, tu as décrété qu'il ne se passerait plus rien entre nous, parce que ça te faisait trop baisser ta garde et à moi aussi. Parce que cela risquait de nous porter préjudice à tous les deux. J'ai accepté mais…

Elle eut un sourire si triste qu'il semblait impossible que s'en soit un.

_ Mais j'ai craquée et je suis retombée dans tes bras… poursuivit-elle avant qu'il ne prenne le relais.

_ Je t'ai convaincu qu'il ne s'agissait que d'une passade. D'une attirance physique.

_ Et je t'ai crue, avoua-t-elle. J'avais trop besoin de toi pour m'en passer…

Un instant, tous deux furent happés par le passé, mais les yeux d'Alice redevinrent glace quand son esprit chemina vers ce qui s'était produit ensuite. Se redressant, elle cessa de pleurer et son ton devint dur comme de l'acier.

_ Et c'est juste après que tu m'as obligée à te tuer.

Oliver se figea de lui-même, réalisant que faire appel à leurs souvenirs n'était pas forcément la meilleure chose à faire.

_ Si tu es vraiment celui que j'ai connu, tu mérites que je me venge. Si tu n'es pas celui que tu prétends être, tu mérites que je le venge. Dans les deux cas, tu dois mourir.

Alice releva son arme. Deux coups de feu retentirent successivement.