Allez, deux pour le prix d'un puisque je ne posterais pas demain.

Alors ? Vous aimez toujours ?

Sarah accourut aussi vite que possible pour porter secours à l'homme qu'elle aimait. Si, quelques instants auparavant, elle avait ressenti des doutes en entendant les souvenirs qui le liait à Alice, tout s'était évaporé quand elle l'avait vu s'effondrer, touché à bout presque portant par le pistolet de la jeune femme. Arrivé auprès de lui, ses mains se refermèrent sur le liquide chaud et poisseux qu'était son sang.

Diggle la suivit de près. Il se dirigea vers l'autre corps couché au sol, celui qu'il sur qui il avait tiré sans la moindre hésitation. Bien que conscient que l'inconnue ne lui avait laissé aucun autre choix, il s'en voulait d'avoir dû recourir à cette solution extrême.

_ Felicity ! Il nous faut une ambulance ! cria Sarah qui portait une oreillette.

C'était Diggle qui lui avait remise quand il était arrivé. C'était lui aussi qui l'avait convaincue de rester incognito et de laisser Oliver raisonner son ancienne amie. A cause de lui, elle avait baissé sa garde et elle avait laissé une malade blesser l'homme de sa vie. S'il ne s'en remettait pas, il y aurait d'autres morts…

_ Non, souffla la voix faible d'Oliver dont le regard atténua sa fureur. Pas pour moi, ce n'est rien… Alice… Comment va… Alice ?

Sarah sentit son sang fait un tour mais elle ne dit rien. De son côté, Diggle avait retourné avec précaution la jeune femme désarmée qui le fixait avec un air d'incompréhension totale. Avec calme, John l'examina et prodigua les premiers secours. Puis il lança d'une voix forte et autoritaire.

_ Felicity. Il va nous falloir une ambulance. Maintenant.

Il fallut quelques instants à Alice pour réaliser que ça n'allait pas. Ses jambes avaient flanché et sa tête avait assez durement touché le sol. A plat ventre, elle avait eut du mal à trouver sa respiration et les mouvements saccadés de son torse s'étaient avérés douloureux. Choquée, elle finit par comprendre qu'on lui avait tiré dessus.

Elle voulut bouger pour en finir avec son prisonnier mais son arme avait disparu. De toute façon, son bras retomba lourdement peu après qu'elle l'ait levé. Ses forces l'abandonnaient à vitesse grand V.

« Je vais mourir, se dit-elle. Enfin, je vais mourir ».

Fermant les yeux, elle décida de se laisser porter et de s'abandonner. Peut-être l'apercevrait-elle, de l'autre côté, avant d'être envoyée en enfer…

En cet instant, il n'y avait que la douleur, intense, vicieuse, pour la déranger. Ca et les mains qui la retournèrent lui arrachant un gémissement bestial. Elle avisa le visage de l'inconnu ami d'Oliver qui la regardait et le vit l'examiner. Si elle avait pu, elle aurait repoussé ses mains envahissantes qui profanaient son corps. Mais elle ne pouvait plus bouger du tout.

Elle entendit vaguement la voix d'Oliver et se trouva stupidement soulagée de savoir qu'il s'en sortirait. Après tout, ce qu'elle avait voulu depuis le début c'était disparaître pour enfin, peut-être, trouver un semblant de paix. Tous ceux qui attestent d'expériences de mort imminente affirment que l'autre côté est aussi apaisant que chaleureux. Beaucoup regrettent d'être revenus… Alice n'osait espérer qu'on lui accorderait une telle faveur, mais au moins en aurait-elle fini avec cette vie.

Le destin semblait ne pas avoir fini de jouer avec la jeune femme. Elle ferma les yeux mais des mains fermes la mirent en position plus ou moins assise, ravivant la douleur et lui arrachant un cri cette fois. Indignée, Alice allait insulter l'inconnu noir qui se mêlait de ce qui ne le regardait pas mais ce fut le visage familier d'Oliver qui lui apparut. Comment de tels traits pouvaient-ils constituer la source la plus absolue de réconfort qu'elle ait jamais connu et en même temps incarner la douleur la plus profonde qui soit ?

« Le Yin et le Yang » pensa-t-elle en tentant de fermer à nouveau les yeux.

Mais on ne lui accordait pas même ce répit là.

_ Reste avec moi, ordonna-t-il, la forçant à le regarder à nouveau. Alice, tu ne peux pas me faire ça maintenant. Je suis désolé, tellement désolé…

Un semblant de sourire étendit les lèvres tremblantes de la jeune femme.

_ Tu ne vas pas me pleurer, souffla-t-elle, manquant d'air pourtant. Ca fait deux fois que j'essaie de te tuer. Un jour, je pourrais bien y arriver…

Oliver n'eut pas même un rire. Mais ses yeux étaient effectivement envahis de larmes. Sarah réalisa qu'elle ne l'avait pas vu pleurer depuis la mort de Shado. Il passa en douceur une main derrière la nuque de la blessée et lui releva un peu la tête. Il se mit à la bercer avec douceur et tendresse.

Pendant un instant, Sarah se sentit de trop.

_ Alice, murmura-t-il dans ce qui ressemblait fort à un sanglot.

Il ne savait pas quoi dire d'autre et se contenta de répéter le prénom encore et encore, chaque fois qu'elle papillonnait des yeux. A son tour, la jeune femme se mit à pleurer, en niant l'évidence de la tête. On aurait dit qu'elle n'avait pas réussi à verser des larmes depuis des années.

Dans les oreillettes toujours actives de Diggle et de Sarah, Felicity annonça que les secours arriveraient dans moins de cinq minutes.

_ Oliver, murmura John en posant une main sur son épaule. Il faut que tu t'en ailles. Ta présence soulèvera trop de questions.

_ Non ! répondit l'homme avec fermeté en dépit des larmes qui ne se tarissaient pas. Je ne la laisserais pas.

_ Il le faut pourtant, raisonna Diggle avec plus de fermeté. Oliver, regarde-toi ! Tu es à moitié nu et tu es blessé par balle. Comment comptes-tu expliquer cela à la police ?

_ Comment ça il est à moitié nu ? demanda Felicity qui ne pouvait pas les voir. Qu'est-ce qu'elle lui a fait pour… ?

Sarah s'était posée la même question à son arrivée mais ce n'était pas le moment de revenir sur ce détail. Elle entendait bien, toutefois, obtenir une explication plus tard !

Agrippant Oliver, elle s'efforça de décoller ses mains de la blessée.

_ Allez viens, pressa-t-elle. L'ambulance est presque là.

Les sirènes se firent entendre comme pour appuyer son propos. Oliver ne bougea toujours pas.

_ Je peux dire que j'ai entendu des coups de feu et que je l'ai trouvée, poursuivit John en procédant toujours aux premiers gestes de secours. Je resterais avec elle et tu pourras nous rejoindre à l'hôpital dès que tu te seras soigné et changé. Mais on ne pourra pas expliquer pourquoi vous vous êtes tirés dessus l'un l'autre ! Bouge Oliver ! Maintenant !

L'argument finit par faire mouche et Sarah profita de sa rémission pour l'attirer dans la pénombre. Grimpant dans la voiture de Diggle, la jeune femme attendit à peine que son compagnon se soit assis à côté d'elle avant de démarrer en trombe, croisant de justesse les phares de l'ambulance. Dans la nuit devenue noire, elle fonça droit sur leur cachette, pressée d'examiner d'un peu plus près la blessure de son homme.

Oliver, pour sa part, semblait totalement perdu.