Bonjour tout le monde! Un énorme merci à tous et à toutes pour vos commentaires. Je vous en prie, n'arrêtez surtout pas, vous pouvez même m'en envoyer plus si vous voulez, j'en serai ravie.
MADOKA AYU, merci pour ton enthousiasme et pour ce premier avis sur ce chapitre (même s'il est plus long que ce que tu prônes habituellement...)
Et maintenant, la suite...
Kate frotta sa joue contre la sienne, séduite par la rudesse des poils naissants.
-Ce petit côté aventurier te va très bien...
Il baissa la tête, les yeux mi-clos et leurs nez commencèrent une danse sensuelle.
-Je n'ai pas brossé mes dents depuis...
-Peu importe. Je veux mon café, maintenant...
Leurs bouches entrèrent en contact rudement. La langue de Kate vint pousser sur ses dents et il lui permit d'entrer, l'accueillit avec la sienne. Il l'enserra par la taille et la ramena plus près de lui. Kate promena ses doigts fins sur ses cheveux. Depuis leur baiser sous couverture, elle en rêvait. Elle laissa échapper un gémissement de plaisir et Castle enserra sa taille encore plus fortement, leurs bassins entrèrent en contact, se cabrèrent une première fois. Maladroit, il tenta de glisser ses mains sous les vêtements de sa partenaire mais elle n'avait pas ôté sa veste cintrée. Sans lâcher leurs bouches, Kate s'attaqua aux boutons et Rick s'occupa de la ceinture. Une fois la veste ouverte, il glissa ses mains à l'intérieur, caressant du ventre vers le dos puis il enveloppa la forme rebondie du haut de ses fesses pour dévier vers son objectif initial. Le contact de ses mains contre la peau nue à la base de sa colonne donna un peu plus d'ardeur à Kate et elle se débarrassa définitivement de sa veste. Elle entreprit alors un parcours erratique, de la joue jusqu'à la lèvre supérieure de Castle qu'elle emprisonna avec ses dents puis descendit vers son cou, mordillant, léchant, suçant. Elle ne s'arrêta, avec un gémissement de surprise, que lorsqu'elle sentit les pouces de Rick pénétrer dans les bonnets de son soutient-gorge, venant titiller ses mamelons déjà fermes et délicieusement sensibles. Elle regretta presque lorsqu'il interrompit sa douce torture pour venir défaire les boutons de sa chemise. Les mains de la jeune femme se glissèrent alors dans le short de son partenaire, allant chercher la rondeur de ses fessiers qui se contractèrent instantanément. N'en pouvant plus, Castle en finit avec la chemise en faisant éclater d'un geste désespéré les derniers boutons qui restaient.
-Désolé, dit-il, haletant.
-Pas moi...
Elle entreprit d'enlever le t-shirt de Castle et ses mains commencèrent à explorer ce torse qu'elle ne connaissait pas, s'étonnant du galbe de ses pectoraux et un peu moins de ce léger bourrelet qui longeait sa taille. Il avait pris un peu de poids, mais cela ne la dérangeait pas. Par contre, apparemment cela perturbait quelque peu Castle.
-Je me suis quelque peu enrobé, dit-il en abandonnant le lobe de son oreille pour la regarder, soudain vulnérable.
-Je te ferai faire du sport... répliqua-t-elle d'une voix remplie de luxure.
Castle rit, délecté et amusé par l'attitude coquine de Kate, et commença à défaire le soutient-gorge. Une fois celui-ci au sol, oublié, il enserra ses seins et Kate se cambra complètement contre le pelvis de l'écrivain. Il était temps de passer aux choses sérieuses. Elle fit glisser le short qu'il portait, le laissant uniquement en boxer tandis qu'il s'occupait de la ceinture qui retenait son slim. Elle se maudit pour la veste, la chemise, la ceinture et le jean, autant de vêtements difficiles à enlever quand l'envie était là, si pressante qu'elle en devenait douloureuse.
-Rick, maintenant...
-Chambre... murmura-t-il d'une voix étouffée puisque son visage était de nouveau perdu dans son cou, dans ses cheveux.
Ils continuèrent d'avancer, enlacés, sans pouvoir se détacher l'un de l'autre, mains frénétiques et bouches explorant autant qu'elles le pouvaient. Kate réussit à abandonner le slim rebelle, qui s'entêtait à rester accroché à son pied. Bousculant ci et là quelques objets, dont une lampe qui finit au sol avec un bruit de verre cassé, ils parvinrent à la porte de la chambre où Castle plaqua Kate avec une certaine brusquerie inattendue. Ils s'embrassèrent encore, se caressèrent jusqu'à ce que Rick finit par l'ouvrir, sentant que les préliminaires arrivaient à leur limite physique, puis la referma rudement d'un coup de talon. Là, ils prirent un instant pour chercher l'un et l'autre une quelconque réticence dans leurs regards. Mais si elles avaient bien été là quelques minutes plus tôt, une fois le contact physique établi, elles s'étaient envolées. Un feu intérieur les consommait. Kate braqua ses pupilles dilatées par le désir et la pénombre dans celles de Castle. Elle ne put y lire que le reflet de sa propre détermination. Il y avait quelque chose d'animal, quelque chose qu'elle ne pouvait soupçonner chez Castle, lui si doux, si attentionné. Elle découvrait en lui un amant passionné et cela la surprenait agréablement. Cette virilité intense qui émanait de lui en finit avec sa raison et elle reprit possession de ses lèvres.
Kate se laissa tomber sur le lit, l'entraînant avec elle par leurs bouches unies. Sur elle, Castle se redressa, les mains de chaque côté de sa partenaire, pour pouvoir admirer chaque recoin du corps qui s'offrait à lui. Elle était radieuse, magnifique, désirable, adorable, merveilleuse, superbe... Rick aurait pu remplir des pages et des pages décrivant les douces lignes de son corps, les jambes interminables et musclées, l'abdomen plat et la poitrine généreuse mais pas excessive. Là, son regard ne put que s'arrêter sur la petite cicatrice. Kate s'aperçut des émotions qui prenaient le contrôle au fond de ces magnifiques yeux bleus et saisit sa main. Elle la déposa sur la cicatrice, la couvrant entièrement.
-Je veux me sentir vivante aujourd'hui. Elle se redressa quelque peu et passa ses doigts fins dans les cheveux de Rick, les caressant avec une infinie tendresse. Fais-moi sentir vivante...
-A tes ordres.
Castle anéantit de nouveau la distance entre leurs deux bouches, désirant autant qu'elle que cette première expérience soit celle qui mette fin à une attente devenue insupportable. Il avait lui aussi mis sa vie en suspens, l'avait enfermé entre parenthèses, craignant qu'une quelconque maladresse puisse l'éloigner. Il voulait lui aussi se sentir vivant, passer outre la blessure qu'elle lui avait infligé avec son mensonge, passer outre sa propre bêtise lorsqu'il avait voulu lui faire payer la douleur qui avait atteint son cœur et écrasé son âme. Elle était là maintenant. Elle s'offrait à lui et il comptait bien l'honorer, lui montrer à quel point ses sentiments étaient vrais, intenses, explosifs.
Sa bouche se fit plus insistante, quitta les lèvres humides de Kate pour descendre vers son cou, s'attarda sur la jugulaire pour sentir à quel point la vie affluait dans ses veines. Kate gémit, ses mains enserrèrent le dos de Castle plus fermement, s'agrippant aux muscles tendus, le ramenant plus près d'elle. Elle enroula ses jambes autour de celles de Castle et celui-ci leva la tête, surpris de la sentir encore plus proche. Il continua d'explorer son corps pendant qu'il le pouvait encore, descendant vers la poitrine. Ses mains glissèrent sous le dos de la jeune femme, relevèrent l'abdomen de Kate pour la sentir encore plus proche. Rick perçut comme le corps de sa partenaire réagissait une fois de plus à son désir. Elle le surprit lorsque ses longs doigts franchirent l'élastique du boxer. Cette femme allait le rendre fou. Quand il croyait contrôler la situation, elle trouvait toujours un moyen de lui griller la politesse. Il en fit de même, fixant les yeux de Kate, défiant, saisissant, sous le dernier vêtement qu'elle portait, les hanches parfaitement dessinées.
Elle était prête, ses yeux le criaient. Ses mains, sous la douceur du tissu, sur la chaleur de sa peau, l'imploraient. Le moment était arrivé, elle n'en pouvait plus et, elle le sentait, Castle non plus.
-Castle... murmura-t-elle, la voix rauque.
-Kate... murmura-t-il, palpitant, au même moment.
Étonnant de voir à quel point ils étaient synchronisés, même dans des circonstances pareilles.
- 2 -
Alexis Castle était très inquiète. Elle n'avait pas hésité un seul instant à prendre un taxi. Ce n'était vraiment pas normal. Il n'avait jamais fait ça auparavant. Même dans ses années de playboy, il était toujours là quand elle en avait besoin. Le matin, le soir, la nuit quand elle faisait un cauchemar, pendant qu'il suivait Beckett sur le terrain. Un coup de fil suffisait pour qu'il vienne vers sa petite fille. Il disait toujours qu'elle serait sa petite fille, peu importe l'âge qu'elle aurait. Cela ne lui ressemblait vraiment pas. La jeune femme finit par appeler sa grand-mère avec l'espoir qu'elle ait eu plus de chance. Martha était empêtrée dans la préparation d'une pièce avec ses élèves, mais Alexis savait qu'elle ne lui en voudrait pas de la déranger.
-Alors, ma chérie, j'espère que ton séjour chez Page t'a procuré tout type de réjouissances!
Alexis sourit à la théâtralité de sa grand-mère. Sa grandiloquence était constante et somme toute naturelle.
-Oui, merci, nous avons passé de bons moments.
-Dis-moi alors pourquoi ce ton exempt de tout contentement?
-Je voulais proposer à papa d'aller voir un film ce soir à mon retour. Je l'ai appelé pour qu'il ait le temps de se préparer mais il ne répond pas. Je suis vraiment inquiète.
-Oh, tu sais, comment est on père... Il doit être quelque part avec Beckett, trop occupé avec une série de meurtres sordides et excitants.
-J'ai appelé Lanie plus tôt dans la journée pour voir si elle n'avait pas besoin d'aide. Dans la conversation, elle m'a dit que Beckett n'avait pas vu papa de la journée non plus. Apparemment, elle était de très mauvaise humeur.
-C'est peut-être pour cela qu'elle ne l'a pas vu de la journée... Il a le chic pour mettre les pieds dans le plat quand il ne faut pas.
-Non, je ne pense pas. Ils avaient l'air très proches ces derniers jours.
-Dans ce cas ils doivent rattraper quatre longues années de soupirs et d'envies frustrées.
-Papa a bien trop peur de Kate pour franchir le cap. Après tout, elle est armée, répliqua Alexis avec une moue de dégoût. Elle ne croyait pas qu'elle était en train de parler de la vie sexuelle de son père avec sa grand-mère!
-Qui te dit que c'est lui qui a fait le premier pas?
-Voyons, grand-mère, Kate a toujours été la récalcitrante.
-Sait-on jamais mon enfant. Ton père a un sacré -tu beaucoup de femmes qui lui aient résisté?
-Beckett, elle lui résiste.
-Crois donc ce que tu veux ma chérie, mais je peux t'assurer que ton père peut affoler les hormones de n'importe quelle femme même sans le vouloir. Le magnétisme animal est quelque chose de puissant dans notre famille...
Alexis sourit à la citation détournée.
-Que vas-tu faire? La voix de Martha lui parvint quelque peu étouffée par le brouhaha des acteurs. Il était temps de laisser sa grand-mère travailler.
-Je rentre, de toutes façons j'avais dit que je resterais chez Page pendant deux jours.
-Tu avais prévu de rentrer demain matin.
-Oui, mais ce silence ne lui ressemble pas, il ne coupe jamais son téléphone.
-Bien, tiens-moi au courant.
-Je le ferai.
Génial. Elle avait réussi à inquiéter sa grand-mère. Elle soupira, oscillant entre l'inquiétude et l'agacement que lui inspiraient son père en ce moment. Il fallait qu'elle tire les choses au clair.
-Alexis?
Elle se tourna vers Page.
-As-tu réussi a avoir des nouvelles de ton père?
-Non. Ma grand-mère n'en sait pas plus que moi.
-Tu devrais prendre un taxi et aller voir chez toi. Page se sentait concernée. Elle connaissait le père d'Alexis depuis toute petite et elle avait appris à l'apprécier. Elle adorait l'homme et le père qu'il était. Elle avait même envié son amie plus d'une fois en voyant la relation fusionnelle qu'elle avait avec lui. Richard Castle était le père le plus cool qu'elle eut connu, entre grand-frère et père poule. Et il n'avait jamais eu d'inconvénient à l'intégrer dans leurs activités lorsqu'elle était venue passer quelques jours chez Alexis. Elle avait senti l'anxiété monter en même temps qu'elle voyait son amie s'angoisser.
-Tu veux que je t'accompagne?
-Oui, s'il te plaît.
Page la serra dans ses bras pour lui donner courage. C'est vrai, elles avaient eu des moments critiques mais leur amitié en était toujours ressortie plus forte.
-Allons prendre un taxi.
- 2 -
Ralph guettait comme à son habitude les écrans de surveillance. C'était un nuit tranquille. Son collègue était malade et il était tout seul à assurer la surveillance et la maintenance du bâtiment. Il étouffa un bâillement de sa grande main. La nuit allait être longue si personne ne venait briser sa routine. Puis, il y avait ce deuxième burrito qui le narguait... Il en avait acheté deux, extra, avec supplément de sauce, en pensant que son collègue allait partager son repas. Il avait -sciemment?- oublié qu'il n'était pas là mais le deuxième burrito, lui, était bien présent. Pas sûr que son médecin apprécie qu'il en avale deux. Déjà, il ferait la gueule s'il savait ce que contenait celui qu'il venait engloutir. Il soupira en regardant l'objet de sa tentation. C'était vraiment du gâchis... Il l'avait payé ce burrito et puis sa mère lui avait toujours dit que la nourriture il ne faut pas la jeter, ça ne se fait pas, il y a des gens qui meurent de faim! S'exclamait-elle dès qu'il faisait mine de laisser quelque chose dans son assiette. Il ne pouvait tout de même pas aller outre les valeurs que sa maman lui avait inculqué, n'est-ce pas? Puis il faudrait bien que tôt ou tard il aille faire un petit tour dans les couloirs pour s'assurer que tout allait bien. Il n'aurait qu'à monter et descendre par les escaliers au lieu de prendre l'ascenseur. Cela valait bien le droit à un deuxième burrito, non? Fort de sa nouvelle résolution, il avança sa main vers le burrito qui le torturait depuis plus d'une heure pour être freiné dans son élan par la sonnerie du téléphone. Il resta interdit pensant que c'était un signal divin. Il ne devait pas manger ce burrito. Se reprenant, il décrocha le combiné.
-Bons..
-Ralph? C'est Alexis Castle.
-Oh, bonsoir mademoiselle Castle. Que puis-je faire pour vous?
-Avez-vous vu mon père aujourd'hui?
-Aujourd'hui, non. Je ne l'ai pas vu depuis hier. Il est rentré en fin d'après-midi. Que je sache il n'en est pas ressorti.
-Si cela ne vous dérange pas, pourriez-vous demander à votre collègue?
-C'est inutile. Kyle est malade et James est encore en vacances. Nous avons laissé la porte sous code pendant les heures où j'étais de repos.
-Cela me dérange de vous le demander, mais, s'il vous plaît, pourriez-vous monter voir s'il est là?
-Je vous en prie, cela ne me dérange pas. Restez en ligne demoiselle Alexis.
Ralph partit, ferma sa loggia, et prit le chemin de l'ascenseur, le combiné sans fil dans la main. En quelques secondes il fut dans le couloir de l'écrivain. Il toqua une première fois, puis une deuxième, légèrement plus fort. Il finit par coller l'oreille à la porte mais aucun bruit ne lui parvint. Soit il ne voulait pas être dérangé, soit il dormait comme un loir.
-Navré Mademoiselle Alexis, il ne répond pas.
-Ah. Merci Ralph.
-Puis-je faire autre chose? Voulez-vous que j'aille chercher le double?
-Non, merci Ralph. Je ne vais pas tarder à arriver.
-Bien, mademoiselle Alexis. N'hésitez pas à demander si vous avez besoin de quoi que ce soit d'autre.
Ralph fut gagné par l'inquiétude de la jeune femme. Et s'il toquait une fois de plus? Non, il avait déjà essayé. Peut-être était-il parti pendant qu'il se reposait? Ralph se dit qu'il vérifierait les images des quelques heures de repos qu'il avait eu. Il se rapprocha de l'ascenseur mais finit par faire demi-tour pour emprunter les escaliers. Le voyant de l'ascenseur était allumé, quelqu'un l'utilisait. C'était comme un signe. Un deuxième signe à vrai dire. Le premier avait été le coup de fil d'Alexis Castle que lui avait empêché d'avaler les tonnes de calories de l'énorme burrito qui l'attendait dans sa loggia. Ce deuxième le rappelait aussi à l'ordre. Avec son taux de cholestérol il devait marcher. C'est bien ce que son toubib lui avait dit. Il commença à descendre, doucement, pensant à Monsieur Castle. Il avait presque envie d'aller décrocher le double et d'ouvrir la porte sans attendre. Il aimait beaucoup le romancier, c'était vraiment un chic type. Il s'était fait des castagnettes en or mais il ne s'en vantait pas. Il restait toujours égal à lui-même et traitait tout le monde avec le même respect. Il avait toujours un sourire sur le visage, un mot gentil à lui adresser, un geste sympa à toutes les fêtes. Pas plus loin que la semaine dernière, il était descendu avec une assiette de canapés, une bouteille de champagne et le Lieutenant Beckett. Ils allaient si bien ensemble ces deux-là! Mais à sa connaissance il n'y avait rien entre eux, que de l'amitié. Quel gâchis! S'il était beau et riche comme Monsieur Castle, il n'hésiterait pas un instant.
Perdu dans ses pensées, Ralph n'entendit pas la porte de l'ascenseur s'ouvrir et des talons claquer dans le couloir qu'il venait d'abandonner. Et même s'il y avait vraiment prêté attention, il ne se serait pas étonné ni inquiété. Avant de monter il avait remis l'ouverture de la porte d'entrée sous code. Et uniquement les résidents et les proches de ceux-ci le connaissaient.
- 2 -
Alexis pensait à Beckett. Enfin, non, elle y avait pensé plus tôt, mais ne s'y était pas résolue. Beckett et elle n'avaient pas la même relation qu'auparavant. Au début, elle l'avait placée sur un piédestal. Elle admirait cette jeune femme belle, intelligente et qui inspirait tant de respect à son père. Puis, le temps passant, voyant que les sentiments qu'elle éveillait chez son père étaient bien plus complexes, elle l'avait considérée autrement. Elle avait honte d'y songer ainsi à présent, mais elle devait bien avouer que quelque part elle était jalouse de cette femme qui attirait les grâces de son père. Il passait tant de temps avec elle. Il parlait constamment de la policière et de son travail. C'était Beckett a fait ceci, Beckett a fait cela. Son père en était tellement épris! Elle en arrivait parfois à la haïr. Lorsqu'elle sortait avec un autre et que son père en était malade sans oser lui dire, lorsqu'elle l'avait laissé sans nouvelles pendant trois mois où il n'avait eu d'autre idée en tête que de trouver celui qui lui avait tiré dessus. S'était-il seulement rendu compte qu'il avait failli prendre la balle à sa place? Il avait tant souffert. Elle était consciente de que son père avait aussi sa part de tort dans l'histoire, mais elle ne pouvait s'empêcher d'avoir du ressentiment pour cette femme qui faisait que son père perde parfois ce scintillement de malice dans son regard et sa bonne humeur perpétuelle. Elle l'avait tant blessé... Mais il y avait du mieux dernièrement. Lorsque, deux jours plus tôt, elle était partie chez Page son père semblait de très bonne humeur. Il avait retrouvé sa jovialité et son sourire. Lundi dernier, lorsqu'elle travaillait avec Lanie à la morgue, son père y était venu avec Kate pour une affaire. Elle avait tout de suite vu que leurs rapports s'étaient améliorés sensiblement alors que peu de temps auparavant son père avait l'air complètement sombre et morose. Il voulait sauver les apparences à la maison mais il ne pouvait pas le cacher à sa fille. Kate Beckett était comme un aimant pour Richard Castle, il ne pouvait pas s'éloigner d'elle que sa force d'attraction l'avait déjà ramené à ses côtés. Selon Lanie son père avait le même effet sur la policière. Alexis avait du mal à le croire. Elle avait tant de mal à cerner Beckett...
Avec un soupir, elle chercha dans le répertoire de son portable le numéro de Beckett. Personne ne décrochait. Ça sonnait, sonnait, sonnait... C'était frustrant.
- 2 -
Kevin Ryan grimaça en sentant son portable vibrer puis sonner dans sa poche. Il n'était même pas de permanence et il avait bien décliné l'offre d'Esposito d'aller boire un coup. Pauvre Javier, il se sentait seul, ça il pouvait le comprendre, mais il n'allait pas encore insister! Puis, il allait se mettre au lit. Avec Jenny ils allaient siroter tranquillement un bon verre de lait chaud tout en regardant un film sympa à la télé. Et il y avait ce nouveau pyjama qu'elle lui avait offert... il avait l'air si confortable! Mais parce que Kevin Ryan était un type intègre et honnête, un de ces types qui répond à chaque coup de fil de peur de rater quelque chose d'essentiel, il sortit le portable de sa poche et vit le nom qui s'affichait. Il fut tellement étonné que la sonnerie s'évanouit avant qu'il ne décroche. Il appuya sur le nom d'Alexis Castle pour la rappeler. Ce n'était pas dans les habitudes de la fille de son ami que de le déranger à dix heures du soir.
-Kevin?
-Alexis, tout va bien?
-Je ne sais pas trop. A vrai dire je ne parviens pas à contacter papa et je m'inquiète. Grand-mère n'a pas de nouvelles non plus. Beckett ne répond pas...
-Je ne peux pas te dire grand-chose si ce n'est que la dernière fois que je l'ai vu il partait en courant vers l'ascenseur. C'était hier en fin d'après-midi.
-En courant?
-Oh, oui, en courant. Mais ce n'était pas le "en courant" façon il y a quelque chose d'alarmant. Je dirais plutôt qu'il était pressé.
-Il est parti tout seul?
-Oui. Il est parti sans lâcher mot. Désolé, c'est tout ce que je peux te dire. Je ne l'ai pas vu depuis.
-D'accord... Merci Kevin.
-De rien Alexis. Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas.
Le jeune irlandais raccrocha, pensif. C'était étonnant, ce n'était pas dans les habitudes de Castle de ne pas répondre aux appels de sa fille. Beckett aussi s'était comportée bizarrement toute la journée. Le matin elle n'arrêtait pas de jeter des coups d'œil, qu'elle pensait discrets, vers l'ascenseur dès que la porte s'ouvrait puis, elle retournait à sa paperasse à chaque fois plus maussade au fur et à mesure que la matinée allait en s'effilochant. Et l'après-midi elle était d'une humeur massacrante. Elle semblait tellement furieuse qu'autant Espo que lui-même n'osaient plus l'approcher, surtout après sa tentative vaine de lui apporter un café tout frais. Pour l'amour du ciel, si elle pouvait, elle l'aurait désintégré rien qu'avec le regard. Kevin frissonna en se remémorant la scène du monstre aux yeux verts avec ses deux gobelets sur la table. Le pire, c'est qu'elle n'y avait même pas touché à ses deux gobelets! Peut-être que sa mauvaise humeur était due au manque de caféine?
- 2 -
La porte s'ouvrit d'un coup. Les mains occupées, il n'avait pu la retenir et elle s'écrasa avec violence sur le mur. Le cadre pour suspendre les clefs, surpris par la secousse, finit par se suicider et se brisa sur le sol dur en deux morceaux, les crochets métalliques pointant vers le ciel, dans une vaine supplique. D'un autre coup de pied, il fit faire à la porte le chemin inverse et elle se referma avec la même violence qu'elle s'était ouverte. D'un pas lourd, il se dirigea vers la table du salon où il posa les deux pacs de bière qu'il tenait puis vida ses poches. Il avait essayé d'appeler Lanie pour voir si elle voulait passer boire un coup et elle lui avait répondu qu'elle ne tomberait pas dans le piège. Que croyait-elle, qu'il devait la soûler pour qu'elle finisse par succomber à son charme? Ryan voulait roucouler avec Jenny et Castle ne répondait pas. Il était seul. Seul avec deux pacs de bière.
Il partit chercher le décapsuleur dans la cuisine mais n'eut pas le temps d'ouvrir le tiroir que son portable se mit à sonner. Javier retourna dans le salon en trottinant, dans l'espoir que ce soit Castle. Peut-être qu'ils pourraient se faire une soirée jeux vidéo et bière. Ils pourraient ressortir un des Halo pour l'occasion et aller péter des tronches d'alien. Mais il déchanta assez vite, le nom de Castle s'était bien affiché sur l'écran de son portable mais ce n'était pas le bon.
-Alexis?
-Bonsoir, désolée de te déranger Espo, mais j'essaie de joindre papa et je n'y arrive pas.
-Bienvenue au club. Je voulais lui proposer une soirée entre mecs mais je tombe directement sur la messagerie. En plus, on l'a pas vu de la journée. T'aurais dû voir l'état de Beckett. Elle a passé la matinée à mater la porte de l'ascenseur et l'après-midi à pester parce qu'il ne l'avait pas franchie.
-Alors Beckett ne savait pas non plus pourquoi il n'était pas là?
-Non, je ne crois pas. Elle avait l'air tout aussi étonnée de ne pas le voir arriver, même si c'était une journée paperasse. Ces derniers temps, ton père est bien plus présent. Il finit toujours par passer tôt ou tard dans la journée.
-J'ai essayé d'appeler Beckett, mais elle ne répond pas. Son portable sonne, sonne, mais elle ne décroche pas.
-Elle n'était pas de très bonne humeur, peut-être qu'elle ne veut pas être dérangée.
-Dans ce cas-là pourquoi laisser son portable allumé?
-Oh, tu sais, elle est boulot-boulot. Même si Beckett n'est pas de permanence, elle se dit qu'elle peut être tout de même appelée. On ne sait jamais.
-Tu veux dire qu'elle filtre ses appels?
Aïe. Javier resta la bouche ouverte sans savoir quoi dire. Il avait trouvé le moyen de vexer mini-Castle.
-Elle n'avait pas l'air dans son assiette... je pense que ça n'a rien de personnel.
-Oui, je vois ce que tu veux dire. Papa a encore dû faire une bourde.
-Tu sais, j'ai l'impression que la seule bourde qu'il ait faite c'est de ne pas venir au Poste aujourd'hui. Elle l'attendait, j'en suis sûr.
-Et il n'est pas venu.
-Ouaip.
-Ce n'est pas normal.
-Il a déjà été absent auparavant, tu sais. Il n'y a rien d'étonnant dans tout ça. Après tout, il ne fait pas ça pour vivre, il n'est pas tenu de venir tous les jours.
-Je sais, mais ce n'est pas normal qu'il ne donne pas de signes de vie.
-Navrée Alexis, je ne sais pas quoi dire. Que vas-tu faire?
-Je rentre. Il doit peut-être dormir ou son portable a rendu l'âme...
-Veux-tu que je vienne te chercher?
-Non, merci, je suis déjà dans un taxi.
-D'accord. Tiens-moi au courant.
-Merci Espo. Bonne soirée.
-A plus Alexis.
- 2 -
L'angoisse chez la jeune femme atteignait des sommets et comme toujours, quand on est pressé, le taxi ne semblait pas avancer dans les rues de New York. Elle regarda son amie, frustrée. Celle-ci lui sourit, compatissante, et commença à fouiller dans son sac.
-Je vous donne vingt dollars si vous accélérez un peu plus, proposa Page.
Le chauffeur saisit le billet que la jeune femme lui tendait d'un geste plein d'expérience.
-Je vais voir ce que je peux faire demoiselle.
Alors des commentaires?
