Alexis sourit, enfin rassérénée. Elle embrassa son père sur la joue et se dirigea vers le placard. Le coeur de Castle rata un battement en prenant conscience de qu'il avait pensé demander à Kate de se cacher dans la même penderie où sa fille fouillait à la recherche de... de quoi en fait? Elle en sortit une robe de chambre, la noire à rayures blanches, et la tendit à son père.
-Je trouve qu'il n'y fait pas franchement chaud ici.
Il voulut la refuser mais il se ravisa malgré le sang qui bouillonnait encore dans ses veines. La couleur lui monta aux joues en comprenant que son état d'excitation était encore assez fort pour que sa température corporelle soit au-dessus de la moyenne.
-Merci, ma chérie.
Elle sourit et se dirigea vers la porte de la chambre. Alors qu'elle allait sortir, elle se retourna, les sourcils froncés, interloquée.
QUATRE
-Alexis, qu'est-ce qu'il y a? Demanda Castle dont la voix faisait des trémolos.
-Papa, l'eau de la douche coule encore... Elle revint rapidement vers lui, qui se tenait à côté de la porte de sa salle de bains, et allait saisir la poignée quand Rick l'attrapa.
-Je vais le faire, je vais le faire...
-Mais papa, ton pied, tu ne devrais pas marcher. D'ailleurs, assieds-toi sur le lit pour l'instant. Je m'occupe d'arrêter l'eau et de chercher de quoi te soigner.
Kate devait être dans un état second, tout comme lui d'ailleurs, pour n'avoir pas pensé que la douche coulant encore alors qu'il n'était pas dessous pourrait paraître étrange. Le fait qu'une personne rationnelle comme sa partenaire perde pied avec ce qu'il venait de leur arriver lui aurait arraché un sourire débordant de fierté mais si Alexis découvrait Beckett, nue, dans la salle de bains de son père les répercutions pouvaient atteindre des sommets prodigieux. La situation finirait pas déraper encore plus dangereusement si leurs collègues et leurs comparses, réunis dans l'attente d'une bonne explication dans son salon, étaient mis dans la confidence. Quelle catastrophe, ce serait tellement embarrassant... Il fallait qu'il trouve quelque chose et très vite.
-Non, non... euh, va plutôt chercher une de tes pinces à épiler. J'en aurai besoin pour enlever les morceaux de verre qui se sont incrustés dans mon pied.
-Mais papa, ce ne sont que quelques secondes...
-J'y vais, ne t'inquiète pas.
-Les morceaux vont s'enfoncer d'avantage et il sera encore plus difficile et douloureux de les extraire. En plus, tu vas laisser encore plus de sang sur le sol.
Castle resta bouche bée, ne sachant que opposer à l'argumentation de sa fille. Si elle rentrait dans la salle de bains...
Alexis le frôla pour rentrer et Castle finit par s'extirper de tous les scénarios catastrophe qui se déroulaient dans sa tête. Dès que sa fille passerait la porte, ce ne serait plus de la fiction mais de la réalité.
-Euh, Alexis, tu ne...
-Papa, arrête de faire ton enfant, va donc t'asseoir sur le lit, lâcha la rouquine avec un ton digne d'une mère s'adressant à son fils.
Castle obtempéra, le cœur dans la gorge et la mort dans l'âme. Alexis allait le massacrer et Kate serait tellement saisie d'effroi qu'elle s'efforcerait d'effacer ces dernières heures de sa mémoire. Elle ne voudrait plus travailler avec lui de honte. Finalement, rien que de le voir, l'humiliation subie referait surface et elle ne voudrait plus jamais le revoir... L'imagination de Castle s'emballait. Il regarda sa fille ouvrir la porte, s'insinuer dans la salle de bains tout en évitant de marcher sur ses pas ensanglantés et du coin de l'œil il perçut un léger mouvement de la porte, comme si une main invisible cherchait à l'ouvrir d'avantage. Il comprit alors que Kate avait tout entendu et avait patienté derrière la porte afin de s'y cacher dès qu'Alexis rentrerait. Sa fille repoussa le rideau de douche pour arrêter l'eau qui ne l'épargna pas. Castle frémit en anticipant qu'elle chercherait alors une serviette mais que la serviette qui était dans la salle de bains devait être enroulée autour du torse de Beckett. Alexis irait alors en chercher une autre dans le meuble d'où elle aurait une meilleure vue...
-Ah, aïe, ça fait mal! S'exclama Castle avec toute la théâtralité dont il était capable.
-Papa?
La jeune femme sortit de la salle de bains en oubliant qu'elle était trempée et qu'elle avait besoin de se sécher. Castle sentit le remords l'envahir de se servir ainsi de l'amour de sa fille pour échapper à une situation embarrassante, mais cette nouvelle relation qu'il tentait de bâtir avec Kate en valait la chandelle.
-Ce n'est rien ma chérie, j'ai tout simplement posé mon pied et...
-Il faut t'enlever tout ça. Alexis partit en courant vers l'étage pour aller chercher la pince à épiler. L'écrivain se leva en boitillant et passa la tête par la porte de la chambre. Personne à l'horizon.
-Kate! Chuchota-t-il.
Sa partenaire sortit de la salle de bains avec prudence, enroulée dans une serviette.
-Il en a fallu de peu, dit-elle.
-Elle va bientôt revenir, il faut que t'enfiles tes vêtements tout de suite.
-Je sais, mais quoi qu'il en soit, je suis bloquée ici. Je ne peux pas sortir, il y a tout un comité dans ton salon.
-Je vais essayer de les faire partir avant qu'ils ne soupçonnent quoi que ce soit.
-Je crois que pour les soupçons c'est un peu tard...
-Ils n'ont pas de preuves concluantes, s'il n'y a pas de cadavre, il n'y a pas de crime.
-Ce n'est pas une comparaison très flatteuse Castle...
Des pas se firent entendre et Castle se tourna vers Beckett, frénétique. Ça recommençait. De mauvaise grâce, elle se laissa entraîner vers le placard.
-Alexis pourrait vouloir retourner dans la salle de bains pour le désinfectant et les compresses, se justifia-t-il.
Il déposa un léger baiser sur les lèvres de Kate et ferma la porte avant qu'elle put lâcher mot puis il repartit s'asseoir sur le lit. À peine avait-il repris la position dans laquelle Alexis l'avait laissé, qu'elle rentrait dans la chambre. Avec de grands yeux d'enfant sage, l'écrivain suivit sa progéniture du regard, son visage figé dans une moue qui proclamait haut et fort « je n'ai rien fait ».
-Papa, tu en es bien sûr que tout va bien ?
-Oui, hormis mon pied, tout va bien.
Alexis s'assit devant son père et posa délicatement son pied sur ses genoux mais l'inclinaison n'était pas bonne, elle ne pouvait pas retirer ainsi les morceaux de verre car elle ne voyait pas la plante convenablement. Doucement, la jeune femme reposa le pied au sol et se leva.
-Où vas-tu ? Demanda-t-il, craintif et sentant comme la douleur de son pied s'était enfin bel et bien réveillée. Au moins, il ne serait pas contraint de faire semblant lorsque Alexis lui enlèverait un à un chaque morceau de verre venu se nicher dans sa peau.
-Tu as toujours un tabouret dans ton placard ?
Il y en avait bien un, pour atteindre les étagères supérieures.
-Euh...
-Si tu ne l'as pas enlevé il doit y en avoir un, continua-t-elle posant la main sur le pommeau de la porte du placard.
A l'intérieur, Kate n'en pouvait plus, elle ne savait que faire. Elle était dans le placard de son... son quoi d'ailleurs ? Partenaire ? Le mot était resté quelque peu court pour définir leur relation. Petit ami ? Il était peut-être trop tôt pour le définir ainsi et cela avait l'air si puérile... Amant ? Kate fit la grimace. Se demander si elle était l'amant de l'homme avec qui elle venait de faire l'amour -de façon totalement débridée et délicieuse- pendant qu'elle se planquait dans son placard -elle venait d'ailleurs de se rendre compte de que son odeur l'entourait et que rien que cela faisait que ses tétons se durcissent- face à l'éventualité d'être découverte par sa fille -pas son épouse- dans son plus simple appareil était plutôt cocasse et inapproprié. La policière recula autant qu'elle le put dans l'espoir que les dizaines de vestes accrochées à la penderie l'occultassent.
-Tu sais, le tabouret dont tu te sers pour arriver jusqu'aux étagères supérieures, insista Alexis.
-Je ne crois pas que...
-Mais si, regarde...
Castle se cacha les yeux derrière ses grandes mains pour ne pas voir l'inévitable et se prépara à la pire des humiliations.
-Je peux entrer ?
Il leva la tête et se retourna vers la porte encore fermée de la chambre. C'était Lanie. Providentielle Lanie...
-Entre Lanie, répondit Alexis qui avait dors et déjà oublié l'armoire et le tabouret pour accueillir la légiste.
-Alors, on paye de petites frayeurs à sa fille et à ses amis par la même occasion Castle ? Vous n'en avez pas assez de vous faire remarquer ?
-Je ne savais plus comment me débarrasser de ma porte d'entrée, je m'en suis lassé. C'était le seul moyen pour que Ryan et Espo viennent mettre en pratique leur talent de démolisseurs de portes tout à fait gracieusement.
-Et que faisiez-vous Castle pour qu'ils en arrivent à de telles extrémités ?
-Je... je prenais une douche.
-Et vous n'avez rien entendu ?
-Euh, non, vous savez, avec le bruit de l'eau et la porte fermée de la salle de bains puis celle de …
-Oui, oui, je vois, lâcha Lanie, les mains sur les hanches et un ton tout à fait sceptique.
Dans le placard Kate se mordait la lèvre inférieure pour retenir le rire qui montait en elle en sentant la nervosité de Castle. Il bafouillait, il cherchait ses mots et, elle pouvait aisément l'imaginer, il devait faire de grands gestes frénétiques. Pauvre Rick, il trouvait que ses interrogatoires était redoutables... ceux de Lanie l'étaient bien plus et cela ne faisait que commencer.
-Lanie, tu pourrais t'occuper de son pied, s'il te plaît ? Demanda Alexis qui voyait le saignement continuer.
-Oui, bien sûr. Mais je le fais pour toi, pas pour lui, lâcha-t-elle en montrant sa victime du pouce.
-Très aimable... répliqua Castle avec une grimace.
-Je te laisse dans de bonnes mains papa. Il y a toute une congrégation qui attend que je les abreuve et nourrisse.
-Toute une congrégation ? Castle savait que Ryan et Espo étaient là, mais qui d'autre ?
-Ryan, Espo, Page, Jenny, Ralph, Monsieur Schimberg... énuméra Alexis avec un mouvement circulaire de la main digne des Rodgers pendant qu'elle s'éloignait déjà.
Castle blêmit. Sa fille avait alerté la moitié de la ville... même leur voisin antipathique était là !
-Couchez-vous.
-Hein ?
-Couchez-vous.
-Ah...
-Enfin, si vous pouvez. Que s'est-il passé ici ?
-Pitié, vous n'allez pas commencer vous aussi ! Gémit Rick à genoux sur son lit et essayant d'enlever les tas informes faits par les draps et la couverture qui gisait à moitié sur le sol et à moitié sur le lit. Il poussa énergiquement les draps bleus et un bout de tissu noir en sortit éjecté. Castle regarda le sous-vêtement faire une parabole, comme si les images allaient au ralenti, et atterrir sur la lampe de chevet. Le temps sembla se figer et le voilà, là, mortifié, sans pouvoir bouger. Il risqua un coup d'œil vers Lanie en essayant de distinguer l'émotion qui l'habitait. Castle retrouva toute sa mobilité dès que ses pensées allèrent vers une Alexis qui rentrerait dans la pièce et dont les yeux tomberaient immanquablement sur le string de sa... sa quoi en fait ? Il secoua la tête, ce n'était pas le moment de penser aux subtilités du vocabulaire ou à l'état de leur relation. C'était la panique, du moins pour lui. Il se redressa sur son lit et bondit en avant en oubliant son pied, du moins jusqu'à ce qu'il le posa sur la matrice, et récupéra la petite culotte aussi rapidement qu'aurait pu le faire un ninja. En toute autre occasion il se serait enorgueilli de sa souplesse et de sa vitesse malgré son gabarit. Fallait dire qu'une petite montée d'adrénaline l'avait bien aidé. Le petit tissu noir à dentelles disparut rapidement dans la poche de sa robe de chambre et il se laissa choix sur le llt, grimaçant de douleur et transpirant à grosses goûtes. Il risqua un nouveau coup d'oeil vers Lanie et il le regretta aussitôt.
-Non, mais je rêve ! S'exclama-t-elle sans trop hausser le ton pour que l'on ne l'entende pas au-delà de la porte de la chambre. Votre fille se fait un sang d'encre parce qu'elle n'a pas de vos nouvelles. Vos amis et collègues rappliquent car ils ont peur de qu'il vous soit arrivé quelque chose et de plus tout le precint a dû endurer une Kate Beckett totalement... les mots moururent dans sa bouche car elle ne pouvait absolument pas mettre un seul et unique qualificatif pour décrire tous les états par lesquels était passée sa meilleure amie dans la journée. Et voilà que pendant que tout le monde en bavait pour vous, monsieur le joli cœur était en train de s'éclater !
-Non, ce n'est pas tout à fait ça...
-Ah, vous avouez que vous étiez en train de vous éclater !
-Non ! Rick entendit un bruit sourd dans le placard que Lanie n'entendit pas ou sembla ignorer. Si ! Ce n'est pas ce que vous pensez !
Kate ferma les yeux. Elle l'avait eu. Rick allait suer sang et eau pour se tirer de ce mauvais pas et ce n'est pas sûr qu'elle ne finisse pas par y passer. Avec le dragon Lanie on ne savait pas jusqu'où irait la flamme. Si le cerveau de Castle ne se remettait pas à tourner à plein régime ils finiraient grillés tous les deux.
-Ce n'est pas ce que vous pensez... Qu'en savez-vous de ce que je pense ?
-J'ai écrit pendant des heures et des heures et puis... continua de se justifier l'auteur.
-Et puis quoi Castle ?
-Le téléphone, enfin, mon portable n'avait plus de batterie. Quand j'écris je me déconnecte de la réalité.
-Ne me prenez pas pour une idiote. Enlever la petite culotte d'une de vos multiples conquêtes occasionnelles ne me paraît pas forcement déconnecté de la réalité !
-Baissez le ton, ils vont tout entendre ! Lâcha Castle, apeuré.
Kate hésitait. C'était Lanie après tout. Elle pourrait tout simplement se manifester car si son amie pensait que Rick était retourné à ses anciens travers de playboy elle risquait de l'étriper. La métisse était d'une fidélité à toute épreuve et si elle considérait que Castle l'avait trahie, elle allait lui crever les yeux en son nom.
-Ne me dites pas qu'elle est encore là... murmura Lanie en s'approchant de Castle.
-Qui ?
-La propriétaire du string, voyons ! Ou peut-être que vous êtes du genre fétichiste...
Castle resta interdit. Dans le placard, Kate collait l'oreille à la porte pour tenter d'entendre quelque chose.
-Elle est encore là ! Lanie se redressa et fit un tour de la pièce du regard.
Castle déglutit lorsque son regard resta braqué sur la porte du placard. A l'intérieur Kate se faisait toute petite. Oserait Lanie ouvrir la porte ? Si elle le faisait, elle était dans de beaux draps, sans string et avec une chemise sans boutons qui ne cacherait pas grand-chose.
S'il vous plaît, si cela vous satisfait encore, dites-moi-le et je continuerai de façon plus régulière. Alors, des commentaires ?
