On approche très sérieusement de la fin, je vous préviens les loulous ! En espérant que ça vous plaît toujours !
_ Tu peux me redonner un peu d'eau, s'il te plaît ?
_ Bien sûr !
Oliver s'empressa de s'exécuter avec une sollicitude trop poussée. Fatiguée, Alice le regarda faire avec un élan de lassitude.
_ Merci, murmura-t-elle avant de boire à nouveau, lentement.
Elle lui rendit le verre qu'il rangea mais sans revenir s'asseoir auprès d'elle. Il semblait plus gêné que jamais. Après un moment, ce fut elle qui brisa le silence, imaginant aisément ce qui se tramait dans l'esprit de celui qui avait été son amant.
_ Je l'aime bien. Elle est rigolote.
_ Oui, répondit Oliver avant même de réaliser ce qu'elle venait de dire.
_ Mais dis-moi, tu as combien de blondes ? Histoire que je ne fasse pas de gaffes…
Il la vit lui faire un clin d'œil, il n'en revint pas.
_ Elles se connaissent, Felicity et Sarah, fut sa seule réponse.
Elle s'amusa de son air penaud.
_ Tu as toujours été un séducteur… Et tu aimais bien les blondes.
Alice lança un coup d'œil à sa tignasse devenue roux foncé après maintes colorations. Elle regarda un moment une mèche prise entre ses doigts… Décidément, cette conversation était surréaliste. Il se reprit pour régler une bonne fois pour toutes les choses. Il avait tant de questions et il avait tant de réponses à apporter. Il s'efforça de commencer quelque part et surtout pas par ses capacités à séduire.
_ Alice, nous devons parler. Je tiens à t'expliquer pourquoi j'ai fait ce que j'ai fait.
Elle leva la main pour le faire taire, indulgente plus que de raison. Il ne parvenait pas à y croire. Oliver Queen était certain de n'avoir absolument pas mérité une telle indulgence.
_ Je crois que j'ai compris. A présent que j'ai les idées claires, je me souviens de nos dernières conversations, avant… Tout ça. Et au final je ne peux pas vraiment t'en vouloir. Tu as fait ce que tu devais pour retrouver les tiens. Je ne peux pas te blâmer d'avoir suivi mes conseils.
Il ancra ses yeux dans les siens, les fouillant en quête de mensonge, de colère, de quelque chose ! Il n'y trouva que tendresse et lassitude. C'était troublant. Jamais il n'aurait cru voir Alice baisser les armes ainsi, mais il était vrai qu'elle avait dû être pas mal chamboulée par les évènements. Elle ne serait plus celle qu'il avait connue, et lui aussi avait changé après tout.
_ Mais toi… commença-t-il et elle l'interrompit à nouveau.
_ Moi, tu ne pouvais pas me sauver, résuma-t-elle. Je n'avais pas de place dans ta future vie et j'imagine que tu n'avais pas le moyen de m'emmener avec toi. Ca aurait soulevé trop de questions. De toute façon, Olovian, je t'arrête de suite, je ne t'aurais jamais suivie.
Il ne comprenait pas et lui demanda ce qu'elle voulait dire. Elle prit son temps pour répondre, rassemblant ses idées pour finalement les formuler avec une extrême simplicité. Jamais encore elle n'avait dit ces mots à haute voix.
_ J'étais en mission dans la Bratva, murmura-t-elle.
Il ne saisissait toujours pas, elle poursuivit.
_ J'étais infiltrée dans la mafia, pour faire tomber certains de ses capitaines. Ceux qui étaient responsables de la mort de mon frère.
L'homme dut s'asseoir tant la nouvelle le sonna. Il eut beau chercher, il ne parvenait pas à recoller les morceaux du puzzle à l'aune de cette révélation. Il ne s'était douté de rien, absolument rien. Il eut même du mal à se faire à l'idée.
_ Après son meurtre, reprit-elle, douloureusement. J'ai été contactée par les services secrets français et j'ai appris que la Bratva recrutait régulièrement des gens avec mon profil. Mes connaissances bancaires et linguistiques sont très utiles pour des trafiquants de cette envergure.
Elle avait les yeux baissés et était très amère. Il se retint de l'interrompre. Elle finit par poursuivre.
_ C'était risqué, bien sûr, mais je n'ai pas hésité une seule seconde. Cela faisait un an que j'étais sous couverture quand je t'ai rencontré.
Oliver cherchait toujours à comprendre mais il écoutait avec attention. Il renonça après un moment, se contentant de demander la suite.
_ Comment es-tu sortie ?
Elle soupira et ferma les yeux un instant. Puis elle se lança.
_ Après ta… Mort. J'ai été promue et rappelée sur la frontière européenne de la Russie. J'ai alors eu accès à beaucoup de rouages dans l'organisation. Après deux mois de préparation, nous avons pu faire tomber un pan entier de la Bratva. Ensuite, tu penses bien qu'on m'a placée sous protection. J'ai été totalement coupée du monde pendant des mois, mais je n'ai pas trop à me plaindre puisqu'on m'a envoyée sur l'île de Mayotte.
Comme il ne semblait pas le savoir, elle précisa, pour la forme. Ca n'avait plus d'importance à présent…
_ C'est un département français. Une île à l'est de la côte africaine. Enfin bref. J'y suis restée tranquillement le temps qu'on me construise une nouvelle identité et tout le tintouin. J'ai essayé de me reconstruire après tout ce que j'avais fait, mais je n'y arrivais pas. Je ne parvenais pas à me pardonner de t'avoir tué.
Ce fut à elle de chercher sa main à présent et de l'étreindre avec ferveur. Aux coins de ses yeux, des lames jaillirent, trop longtemps retenues.
_ Je m'en voulais tellement… J'étais persuadée de t'avoir trahi et…
_ Arrête, coupa-t-il. Je t'en prie, surtout pas ça…
Il se sentait déjà assez mal comme ça. Elle lui sourit tristement et acquiesça. Après quelques instants, elle reprit son récit.
_ Je suis tombée par hasard sur un magazine qui parlait de ce chef d'affaire rescapé d'une île et qui se battait pour diriger la société familiale. Il y avait une photo, et…
Elle s'en souvenait parfaitement mais c'était pénible. Quand elle renifla, Oliver chercha partout pour trouver un mouchoir. En désespoir de cause, il lui ramena le rouleau de papier toilette. Elle eut un petit rire et le remercia avant de se moucher bruyamment. Il lui fallut du temps pour reprendre la parole.
_ Je ne pouvais pas le croire, alors je me suis montée la tête sur la Bratva et un double et…
_ Chut, coupa Oliver. Peu importe comment, tu es là à présent.
Il s'assit au bord du lit et la prit dans ses bras avec toute la douceur dont il était capable. Elle s'abandonna contre lui avec soulagement. C'était comme si leurs corps se reconnaissaient et savouraient ces retrouvailles. Ils restèrent un long moment ainsi, avant qu'une quinte de toux ne la prenne et les contraigne à s'arracher l'un à l'autre. Elle se moucha une bonne fois pour toute et voulut parler, mais ses paupières s'affaissaient. Elle était épuisée.
_ Tu dois te reposer, lança-t-il en lui serrant la main. Il faut vraiment que tu dormes.
_ Restes avec moi, souffla-t-elle d'un ton pressant.
Il alla pour s'asseoir mais elle le suppliait du regard. Il sourit.
_ Tu es sûre ?
Elle acquiesça et se décala un peu. Il s'allongea sur le flanc, ignorant le pincement de sa plaie. Elle cala sa tête contre son épaule et se lova contre lui avec un soupir de soulagement. Elle s'endormit avant même d'entendre son murmure.
_ Je n'ai pas l'intention de bouger d'ici.
Oliver sourit en entendant son souffle s'apaiser. Sans le réaliser, il sombra à son tour. Lorsque Felicity revint et les trouva l'un contre l'autre, elle sentit un déchirement mais se fustigea de sa naïveté. Combien de fois encore allait-elle laisser Oliver Queen lui briser le cœur ?
