Je sais, je sais... plus d'une semaine pour un nouveau chapitre c'est long mais j'espère que cela aura valu la peine d'attendre. Merci encore pour vos commentaires et, comme toujours, n'hésitez pas à me dire ce que vous pensez et de me faire remarquer si cela ne tourne pas rond. Toute critique bien adressée est constructive. Merci infiniment.
-Qu'est-ce que vous en pensez ? C'était comme vous l'aviez imaginé ?
-Non, c'était encore mieux que ça...
-Qu'est-ce que c'était encore mieux ? S'enquit Alexis se laissant choir sur la chasse à gauche de son père. Tous deux se raidirent, comprenant qu'ils avaient échappé de justesse à la catastrophe. Apparemment c'était la constante de cette nuit de folie.
SEPT
Elle n'y arrivait pas. Non, vraiment pas. Cela la démangeait, cela la harassait plus que de raison et la jeune femme avait du mal à se contrôler. Mais elle ne pouvait pas. Vraiment pas. Kate se mordait la lèvre inférieure et pensait aux deux dernières heures à tourner en rond dans ce vaste lit. D'un premier abord, cela s'était avéré plaisant. L'odeur de Rick était partout et, pourquoi le nier, elle aimait cette odeur. Puis, son cerveau retors se focalisait vers autre chose qui lui appartenait et qui était partout aussi... son sang. Sur le matelas nu, sur les draps, sur la couverture, sur le sol, devant de la porte de la salle de bains, près de celle de l'armoire. On pouvait voir clairement où il s'était posé, où il s'était arrêté, vers où avait-il marché et par où il était parti. N'en pouvant plus, Kate avait bien pensé à utiliser ses compétences de ninja -comme Castle aimait à lui répéter- pour quitter le loft à l'insu d'Espo. Mais c'était trop risqué. Même s'il était totalement absorbé par son rôle de Spartan à déquiller à coups de laser et marteau un tas d'aliens plus moches les uns que les autres, son sixième sens se réveillerait et Kate risquait d'en faire les frais. Alors, elle était restée là, assise sur le lit à parcourir du regard cette grande pièce qu'elle n'avait pas vraiment eu le loisir d'admirer puisqu'elle avait été bien trop occupée. Cela la débarrasserait peut-être de cette envie compulsive de tout nettoyer. Son regard se promena sur chaque meuble, chaque mur, chaque accessoire. La jeune femme y retrouva dans les tons et le mobilier l'esprit de Castle : viril mais avec des touches plus suaves tout comme son romancier. Cependant il y manquait quelque chose, une caractéristique qui l'avait énervée au début mais qu'elle avait appris à apprécier par la suite.
Kate se leva, soucieuse de faire le moins de bruit possible et ouvrit la porte du dressing puis un premier tiroir. Elle eut un moment d'hésitation -n'envahissait-elle pas son intimité en agissant de la sorte?- mais tout doute s'évapora aussitôt qu'elle pensa à toutes les fois où elle tentait de lui cacher quelque chose et qu'il parvenait à l'extirper de son esprit comme s'il ouvrait les compartiments de son cerveau. Forte de son argument vindicatif, elle posa ses yeux sur les vêtements qu'elle y découvrit. A gauche des paires de chaussettes de couleurs variées avec une petite tendance pour le noir, elle y découvrit d'autres paires aux couleurs assorties à ses chemises. Sacré Castle, purement métrosexuel. Après tout, le diable est dans les détails. A droite elle tomba sur les boxers. Instinctivement elle y passa une main, elle reconnut le tissu doux et sourit. C'était une texture qu'elle pouvait se targuer de connaître à présent. Après tout, à peine quelques heures plus tôt, elle s'était chargée de lui enlever celui qu'il portait. A ce souvenir, une bouffée de chaleur l'inonda et la jeune femme se demanda comment allait-elle survivre à ces émotions lorsqu'elle se retrouverait près de Rick. Elle risquait de l'entraîner dans le placard à balais du Poste... Sa main se déporta encore un peu plus vers la droite et elle tomba sur des sous-vêtements qui ne collaient pas vraiment avec la sobriété de ceux qu'elle venait de voir. C'étaient des caleçons de différentes franchises, de Batman à Indiana Jones en passant par les Simpsons. Le voilà le maillon perdu de sa personnalité. Elle sourit et décida de garder cela en tête pour l'enquiquiner quand ils seraient tout seuls.
Les tiroirs suivants refermaient des t-shirts. Apparemment il aimait le bleu, sous toutes les nuances sauf le bleu ciel. C'était une couleur qui lui allait à ravir, elle se mariait parfaitement à ses yeux, ces grands et magnifiques yeux si expressifs, tout aussi éloquents que ses mots. Ils étaient habités par une étincelle de pure lumière, un éclair d'authentique vivacité, lorsqu'il se perdait dans ses histoires de martiens et d'agents gouvernementaux, de mafieux et d'esprits. Son regard était tout autre lorsqu'il se tournait vers Alexis. Il y avait dans ses iris bleus de la tendresse, de la fierté et parfois de la désespérance en prenant conscience de que sa petite fille grandissait. Il y avait également ce Rick Castle dont les yeux pétillaient de malice lorsque, rieurs, ils se bridaient aux commissures et lui donnaient un air de gamin prêt à faire les quatre-cents coups. Puis il y avait cette façon avec laquelle il la regardait elle, ce regard qui s'accrochait et auquel elle restait attachée comme ensorcelée. Kate se rendait bien compte de que c'était réciproque, il y avait autour d'eux une sorte d'aura magnétique qui les rapprochait et bien souvent il fallait l'intervention d'une tierce personne ou de l'univers pour que le lien soit rompu. Ils en perdaient la notion du temps et de l'espace ce qui pouvait s'avérer tout à fait embarrassant... Un léger sourire, quasiment timide malgré qu'elle fut seule, étira ses lèvres parfaitement dessinées Elle soupira de contentement en pensant que dès ce soir, elle pouvait ajouter une autre expression à cette large palette. Elle avait vu ce regard électrique s'obscurcir, devenir d'un bleu tellement foncé qu'on l'aurait cru noir. Le désir s'était répandu sur ses iris comme une traînée de poudre prête à mettre le feu sur son corps.
Le dernier tiroir de la commode était occupé par des pantalons moelleux, doux pour des temps plus frais et des shorts comme celui qu'il portait ce soir même. Une couleur verte criarde l'interpella et Kate sortit le vêtement. Le rire lui monta à la gorge et elle eut le plus grand mal à l'étouffer. C'était un pyjama Green Lantern. Elle s'attendait à trouver peut-être des t-shirts Star Wars, Marvel ou DC Comics, mais à cela elle n'y avait absolument pas pensé. Sacré Castle ! Sa poche commença à vibrer et la jeune femme fit un bond. Lanie lui avait écrit un message. Ils étaient sur le point d'arriver. Il fallait qu'elle se cache, mais où ? Alexis pouvait rentrer à tout instant, Kate ne doutait pas de qu'elle voudrait aider son père en faisant son lit et en changeant les draps. Elle aurait besoin d'ouvrir le placard... La salle de bains alors ? Et si elle devait changer l'eau pour nettoyer les traces de sang ? Elle n'irait tout de même pas jusqu'à la cuisine. Pas de salle de bains, pas de placard. Un bruit la fit sortir de ses pensées frénétiques. Des voix. Le jeu s'était tu. Espo l'avait éteint ou mis en pause. Kate s'avança vers la porte donnant sur le bureau et l'ouvrit. Elle le trouva dans le noir complet hormis pour les lumières qui filtraient à travers les fenêtres et se fustigea mentalement pour ne pas avoir choisi cette alternative auparavant. Elle laissa la porte entrebâillée, curieuse de savoir ce qui se déroulait dans la chambre.
-Laisse Alexis, vraiment, tu as eu ton lot d'émotions aujourd'hui, tu dois être fatiguée, la voix de Lanie filtra alors que la porte s'ouvrait.
-Il ne peut pas se coucher sur ce lit. Il faut changer les draps. Alexis s'affairait déjà sous le regard de la métisse qui craignait qu'il ne s'y cache une autre surprise, quelque chose que Kate aurait oublié.
La rouquine lança les draps au sol et Lanie respira à pleins poumons lorsqu'elle découvrit le matelas. Pas de soutien-gorge ni d'autre vêtement douteux. Elle se décida à remettre en marche ses jambes qui s'étaient tétanisées et enleva les coussins. D'un coup d'œil fugace elle aperçut quelques cheveux bruns et longs. Elle épousseta les oreillers rapidement pour s'en débarrasser avant qu'Alexis ait pu les voir. A peine quelques heures en tant que couple et ces deux-là avaient failli lui provoquer un infarctus plus d'une fois dans la soirée. Cela promettait. Et ce n'était pas fini. Les draps... Où étaient les draps propres ?
-Alexis, où sont les draps propres ?
-Dans le dressing.
Lanie s'empressa d'y aller avant qu'Alexis ne le fasse. Au moins, si Kate s'y était cachée, elle pourrait faire semblant de ne rien voir.
-Où ça ? Demanda-t-elle ouvrant la porte lentement pour s'assurer que son amie n'y était pas.
-A ta gauche, en haut.
Lanie en sortit un drap housse et un drap plat en se disant qu'ils devaient bien coûter deux semaines de son salaire. Elles les mirent avec des mouvements synchronisés et rapides, pressées comme elles étaient par le désir de se reposer elles aussi. Finalement, ce fut Alexis qui alla chercher une couverture et la posa sur le lit, tout simplement pliée dans l'éventualité où son père en aurait besoin.
Cinq minutes plus tard les taches de sang avaient été effacées à coup de javel et de serpillière. Lanie avait eu une frayeur supplémentaire lorsque Alexis était partie dans la salle de bains pour changer l'eau sans qu'elle puisse l'en empêcher. Heureusement, Kate n'y était pas. Mais où était-elle ? Elle avisa alors l'autre porte mais Lanie n'avait pas la moindre idée d'où elle menait. Elle n'était pas vraiment fermée. Elle avait déjà visité le loft de Castle lors de soirées organisées par l'écrivain mais elle n'avait jamais vu cette partie de l'appartement. Il ne lui en fallut pas plus pour comprendre et retira ses yeux de celle-ci avant que la rouquine ne trouve son comportement louche. Mais bientôt, son attention se rapporta vers des voix qui s'approchaient.
-... complètement groggy mon pote, entendit-elle Espo dire.
-Je ne suis pas au mieux de ma forme, répliqua Castle qui apparut chancelant sur des béquilles suivi de peu par son ami qui avait peur qu'il ne finisse par tomber et se brise quelque chose.
-Papa, tu veux te casser le cou ? Ce n'est pas sec. Je t'ai dit que je t'appellerais lorsque tout serait prêt.
-Je suis éreinté, lâcha-t-il en baillant à s'en décrocher la mâchoire.
Lanie se dit qu'il devait y avoir un peu de ça mais qu'il voulait surtout savoir si Kate avait réussi à se faire la malle.
-En plus Lanie et Espo doivent avoir envie de rentrer aussi, continua-t-il pour ajouter du poids à son argumentation.
-Tu peux courir mon pote, je ne vais pas laisser le loft sans surveillance, contre-attaqua Espo réprimant un bâillement.
-Mais le bâtiment est sécurisé, répliqua Rick en s'asseyant lourdement sur son lit en baillant une fois de plus.
-L'ennemi intérieur... vous savez, le loup dans la bergerie. Je me méfie de votre voisin, ce type a l'air louche.
-Schimberg ? Il travaille la nuit et dort le jour. Il est pale comme un cachet d'aspirine et maigre comme un clou. Son style vestimentaire est aussi joyeux que celui d'un croque-morts et le seul sourire que je lui connaisse ne peut être qualifié que de rictus.
-Bon, vous jouerez les concierges une autre fois, Castle a besoin de se reposer, déclara Lanie avec un ton autoritaire.
Elle fixa Castle jusqu'à ce qu'il la regarde et fit un léger geste du cou vers la porte du bureau. L'auteur, fatigué et un peu dans les vapes par les antidouleurs qu'on lui avait donnés, ne comprit pas et fronça les sourcils. La légiste refit le même geste, avec un peu plus d'amplitude et l'écrivain sembla comprendre enfin car ses sourcils se levèrent et sa bouche dessina un oh de compréhension.
-Lanie, ton cou te fait souffrir ? Demanda Alexis, soucieuse.
-Ce n'est rien. J'ai trop travaillé ces temps-ci et mes cervicales en ont pris un coup, improvisa-t-elle. Rien qu'un peu de repos ne puisse arranger.
-Nous avons une chambre d'amis à l'étage si tu ne veux pas rentrer. Il est tard...
-Ne t'inquiète pas pour moi, je suis sure que ton père peut appeler son service pour qu'il me ramène. Il me doit bien ça, dit-elle malicieusement.
-Alexis, tu peux t'en charger, s'il-te-plaît ?
-Bien sûr, papa.
-Merci. Espo ?
-Le canapé m'ira à merveille. Je dois monter la garde.
-Ce n'est pas nécessaire...
Castle pensait à toute allure. Si Espo ne partait pas, Kate était coincée toute la nuit ici. Il sourit, ce n'était pas si mauvaise idée après tout.
-Papa ? Alexis commençait à s'en faire pour son père il avait l'air complètement out. Voilà qu'à présent il souriait sans raison.
-Ma chérie, peux-tu donner à notre invité tout ce dont il aura besoin pour que le canapé devienne la plus douillette des couches ?
-Assurément, père. Alexis ouvrit la porte du dressing et en sortit une couverture et des draps puis tendit deux coussins à Espo qui ne put s'empêcher de jeter un petit coup d'œil à l'étendue de la garde-robe de l'écrivain.
-Si j'étais un voleur je commencerais par le dressing...
-On ne peut pas tous collectionner des figurines de super-héros et de catcheurs... attaqua Lanie.
Castle n'en croyait pas ses oreilles.
-J'ai un coffre plein de figurines issues de jeux vidéos. J'ai même un Spartan et Buck de Halo ODST. J'ai réussi à trouver les Covenants les plus affreux que vous ayez vus. Vous devriez voir celle de Nathan Drake, elle est d'une finesse...
Lanie roula des yeux au plus pur style Beckett. Alexis souriait, elle avait l'habitude des gamineries de son père mais qu'elles soient partagées avait quelque chose d'irréel.
-Je vous montrerai les miennes si vous me montrez les vôtres, continua Castle en levant les sourcils.
-Marché conclu. Espo s'approcha de Castle et ils marquèrent leur accord avec une suite complexe de Checks.
Lanie vint pousser Espo pour le faire sortir de peur qu'il ne s'éternise et Castle s'installa plus confortablement sur son lit. Alexis sortit à son tour et l'écrivain vit comme Lanie fermait la porte derrière eux. A pas rapides et décidés elle ouvrit la porte du bureau et faillit faire tomber une Kate surprise.
-Ma chérie, tu vas devoir rester là parce que Javier ne veut pas laisser le loft sans surveillance. Avant de partir je vais voir si je peux convaincre Alexis de dormir tranquille cette nuit car elle aura tendance à venir vérifier si son père va bien.
-Peut-être que quand Espo se sera endormi...
-N'y compte pas. Il a le sommeil léger, crois-moi. C'est un truc d'ancien militaire. Il ne dort jamais sur ses deux oreilles.
-Tu vas devoir rester... lâcha Castle passablement ensuqué mais assez éveillé pour lui dédier un de ses fameux sourires en coin.
-Ou vous pourriez en parler à Espo, tenta Lanie en promenant son regard de Castle à Beckett. L'un paraissait dégoûté et l'autre affolée. L'écrivain, qui avait regagné un peu de conscience, fixa sa partenaire. C'était comme si un lien télépathique s'était établi et le message filait à travers l'espace comme une onde psychique. En phase...
-C'est tout neuf... intervint enfin Kate, mettant des mots à ce qu'ils ressentaient.
-Nous voulons le garder pour nous, compléta Castle sans détourner le regard de sa partenaire.
-Du moins quelque temps, conclut Lanie en indiquant qu'ils ne pourraient le garder en secret et maintenir leurs amis et famille à l'écart des événements pendant très longtemps. Un tel secret est lourd à porter.
Le silence se fit dans la pièce, le couple pensant déjà à l'avenir et à comment pouvoir gérer cette romance sans qu'elle complique d'avantage leurs vies respectives. C'était bien ce qu'ils ne voulaient pas, trop y réfléchir pour l'instant. Rick et Kate, après toutes ces années à se tourner autour, n'avaient qu'une intention : profiter l'un de l'autre, de leurs sentiments réciproques et de leurs émois partagés. Ils voulaient que le monde continue de tourner autour d'eux pendant qu'ils vivaient dans une bulle à l'abri du temps et de l'usure du monde extérieur. Ils voulaient être Rick et Kate, seulement Rick et Kate. C'était peut-être quelque peu égoïste vu ainsi mais peu importait. Après tant d'épreuves pour en arriver là où ils se trouvaient, on pouvait leur faire une fleur et les laisser récupérer le temps perdu. L'écrivain regardait toujours sa muse, cherchant dans ses iris noisette ponctués de vert le miroir parfait de son ressenti. Il y n'y retrouva pas la même simplicité d'émotions, il y avait bien cette exclusivité dans les sentiments mais aussi une touche de peur qu'il devrait s'efforcer de remplacer par de l'optimisme. Rick Castle le savait, son cœur appartenait à une femme exceptionnelle et exceptionnellement compliquée. La garder auprès de lui serait un travail de longue haleine mais le jeu en valait la chandelle.
-Bien, je pense que je vais aller discuter un peu avec cette fille que vous ne méritez pas toujours... annonça Lanie. Tu devrais te cacher Kate.
La policière reprit sa place derrière la porte du bureau. Castle soupira, ce petit jeu de cache-cache l'avait fait sourire au début mais cela commençait à sérieusement l'agacer. Au vu des circonstances il aurait voulu le dire à Alexis. Mais il n'était pas tout seul dans cela et si Kate n'était pas prête, il attendrait.
Cinq minutes plus tard Alexis apparut suivie de Lanie. Elle avait amené une bouteille d'eau et une plaquette de comprimés.
-Lanie m'a dit que je devais te laisser reposer et que je ne m'inquiète pas si tu ne te réveilles pas d'aussitôt.
-Ne t'inquiète pas, s'il dort c'est que la douleur n'est pas assez forte pour le réveiller. De plus, c'est un grand garçon avec de bon biceps pour dompter ses béquilles. N'est-ce pas Castle ?
-Absolument. Va te reposer ma puce.
-Je ne veux pas de ce niveau de familiarité avec vous Castle. Mais vous avez raison, je rentre me reposer, intervint Lanie qui arborait un sourire taquin.
-Merci Lanie, dit l'écrivain, sérieux.
-De rien. Vous avez réussi à bien occuper une soirée qui promettait d'être tout à fait sans intérêt. Elle se tourna vers Alexis et lui fit un bisou sur la joue. Ne t'inquiète pas pour ton père, il a l'air plus résistant qu'il n'en a l'air. La rouquine lui dédia un sourire de gratitude et la métisse disparut.
La jeune fille posa le plateau sur la table de nuit plus proche de son père et l'embrassa. Castle la retint dans un instant dans ses bras, la serrant fort. Il déposa un baiser sur son front et la laissa aller.
-Je suis désolé pour toutes les tracasseries que j'ai pu t'infliger ce soir, dit-il sincèrement.
-L'essentiel c'est que tu n'aies rien. Enfin, rien de bien grave.
-Ta grand-mère va me tuer, dit Castle avec une grimace.
-Quand elle verra son cher fils blessé et alité, elle en voudra plus à la lampe qu'à toi, crois-moi.
-Tu as raison. Quelle fine psychologue que tu fais !
-Grand-mère est tout simplement prévisible.
-Oui, toujours dans l'excès.
-Le dit celui qui se lamentait bien avant que l'interne touche son pied.
-J'anticipais la douleur. Tu sais que j'ai une mémoire inouïe et une imagination sans bornes.
-Papa, on venait de te faire une anesthésie locale...
-C'est comme le membre fantôme. On ressent la douleur même quand il n'est plus là.
-Mais on ne t'a pas amputé le pied.
-On aurait pu.
-Pour quelques morceaux de verre ?
-Quelques morceaux vicieux de verre qui s'étaient frayés un passage au travers de mes pauvres chairs délicates...
-Dommage que Beckett n'était pas là...
-Oui, dommage. Elle m'aurait soutenu, elle m'aurait pris la main pour m'aider à passer outre la douleur et le désespoir.
-Elle aurait sorti son arme de service et t'aurait menacé pour que tu te taises.
-C'est ce que tu penses d'elle ? Rick lâcha la question presque sans le vouloir. Il voulait préparer le terrain, voir ce que sa fille pensait de sa partenaire et aviser.
-Non, bien sûr que non. Je sais ce que tu ressens pour elle... Et je vous ai déjà vu ensemble et je vois bien qu'elle a plus que de l'amitié pour toi. Mais... Alexis s'assit au bout du lit. Elle jouait avec ses mains, cherchant ses mots. Je ne sais pas. En fait je ne sais plus. Je n'arrive plus à la cerner. Elle ne t'a pas parlé pendant trois mois après l'incident du cimetière. Je sais bien que c'est une expérience traumatisante mais tu étais celui qui aurait pu lui apporter le plus de réconfort.
-Elle...
-Non, papa, laisse-moi continuer. Tu as travaillé pendant des semaines. Parfois tu ne rentrais même pas à la maison. Tu te souviens de la fois où je suis venue te chercher alors que tu n'étais pas rentré à la maison deux soirs d'affilé ? Je t'ai trouvé endormi sur son bureau. Lorsque je t'ai réveillé, tu avais l'air tellement désemparé, tellement fatigué. Mais tu voulais continuer, sans te reposer. J'ai dû me fâcher pour que tu rentres...
Kate écoutait, un nœud dans l'estomac.
-Lorsque quelques semaines s'étaient écoulées encore et que tu n'avais toujours pas de nouvelles j'ai commencé à craindre que la bouteille ne devienne ta seule et unique compagnie. Tu étais vulnérable. A la maison tu n'étais qu'une ombre qui traversait les pièces et qui fuyait le monde extérieur. Du moins jusqu'à ce que Gina t'appelle pour te secouer un peu. Puis il y a eu Paula pour te sermonner et te faire entendre raison. Tu éprouvais alors de la rancœur et tu n'étais pas toujours une très bonne compagnie mais au moins tu étais vivant.
-J'en suis désolé, dit Castle sous le ton du regret. Il avait manqué de tact, il redoutait que ce que Kate avait entendu et risquait d'entendre ne la refroidisse.
-Je sais. Je ne t'en veux pas ou plutôt je t'en veux un peu. Je t'en veux de tenir tellement à quelqu'un au point de t'en rendre malade. Mais surtout je lui en veux.
Derrière la porte Kate commençait à sentir que ses yeux étaient saturés de larmes.
-Kate n'aime pas montrer ses faiblesses, tenta de raisonner Castle.
-Elle s'est montrée égoïste. Elle souffrait, mais toi aussi. Nous aussi on souffrait. Que croit-elle, que de la voir étendue sur le sol et toi sur elle, essayant d'empêcher que la vie ne lui échappe n'est pas traumatisant pour moi ou pour grand-mère ? Pour ses amis... Et Lanie dans tout ça ? Et Ryan ? Et Esposito ?
Kate s'assit, dos au mur et la main posée sur son cœur. Elle y sentait la douleur sourdre de la cicatrice et la nausée lui monter à la gorge. Qu'avait-elle fait ?
-Ce qui est fait est fait, finit par lâcher Castle, sans l'énergie ni l'envie nécessaires pour réfuter. Tout ça est derrière nous. Je mentirais si je disais que je ne lui en ai pas voulu mais je comprends aussi ses raisons même si je ne les partage pas. Nous avons réussi à aller de l'avant.
-Oui, je m'en étais aperçue. J'espère tout simplement que cette peur de te perdre que j'ai vu dans ses yeux lorsque toi et grand-mère avez été pris en otage la fera réagir et que ce sera suffisant pour ne plus te faire souffrir. Ce soir, lorsque j'avais besoin d'elle et que je croyais que quelque chose t'était arrivé elle n'a pas répondu à mes appels ni à mes messages. Je sais que Lanie lui a parlé au téléphone lorsque elle est sortie se chercher un café et que nous étions à l'hôpital mais je ne sais pas... En ce qui me concerne elle doit faire ses preuves. Alexis se leva finalement avec l'intention d'aller enfin s'offrir le repos qu'elle avait tant mérité mais avant de sortir elle se tourna vers son père une nouvelle fois. Pourquoi est-ce que tu me poses cette question ?
-Euh...
-Tu penses qu'elle est prête ?
-Peut-être...
Alexis soupira. Castle la regardait, la mort dans l'âme et la peur dans le ventre. Qu'est-ce que c'était que ce soupir ? Pourquoi avait-il lancé cette conversation ?
-Je ne sais pas trop que penser. Quand j'en parle avec Lanie...
-Tu parles de nous avec Lanie ?
-Tout le monde parle de vous, sauf vous-mêmes.
-Touché.
-Bref, j'en ai parlé avec Lanie et sans essayer de la disculper elle m'a fait comprendre que Beckett fait d'énormes progrès. Qu'elle n'est plus du tout la même. Qu'en quelque sorte tu l'as changée...
-Qu'en penserais-tu si j'essayais...
-De la conquérir ? Je croyais que tu essayais depuis plus de trois ans.
-De la rassurer et de lui demander de nous donner une chance.
-Si tu m'avais posé la même question il y a un an j'aurais répondu qu'il était temps. A présent je te conseille d'être prudent. Je ne veux pas qu'elle te brise le cœur, encore.
-Elle n'a pas tout les torts. J'ai mon lot de décisions stupides et d'indécisions irraisonnables.
-Je sais bien. Je sais que tu as été fautif dans certaines situations. Mais tu es mon père et je t'aime. Je ne veux pas te voir souffrir.
Le silence se fit dans la chambre. Rick songeait à sa partenaire de l'autre côté de la cloison. Il espérait qu'au lieu de la freiner dans son élan, les mots d'Alexis la rassureraient et qu'elle mettrait autant de volonté comme il avait envie de mettre lui-même pour que leur histoire marche. Mais il était sûr que si elle était venue ici, ce soir, elle avait déjà pensé à ce qu'Alexis éprouverait. Kate Beckett ne laissait pas ce genre de détails en dehors de la balance.
-Merci Alexis.
-De quoi ?
-D'être sincère.
-Si tu penses qu'elle est la clé de ton bonheur...
-Je pense qu'en effet, Kate est une des clés de mon bonheur.
Alexis sourit, comprenant que son père essayait de la rassurer.
-Bonne nuit papa. On se voit demain matin.
-Bonne nuit.
La porte se referma sur Alexis qui alla voir si Espo avait besoin de quelque chose. Le policier était étalé sur le canapé, dormant à poings fermés. Elle s'éloigna doucement mais elle vit quelque chose. La rouquine se mit à genoux et chercha avec la main l'objet dont elle avait pu voir le bord cylindrique sous le meuble. Un gobelet Starbucks...
Alors, alors, alors ? C'était un peu plus long que d'habitude mais c'était pour me faire pardonner du délai. N'oubliez pas les commentaires s'il vous plaît ! A bientôt.
