Allez, c'est reparti pour un chapitre de plus. Et penser que je ne sais absolument pas où je vais... enfin, comme d'habitude un grand MERCI à tous ceux qui m'ont laissé des commentaires, j'apprécie et cela me rassure de voir que cette histoire tient la route et plaît. Merci beaucoup, beaucoup, beaucoup.
-Si tu m'avais posé la même question il y a un an j'aurais répondu qu'il était temps. A présent je te conseille d'être prudent. Je ne veux pas qu'elle te brise le cœur, encore.
-Elle n'a pas tout les torts. J'ai mon lot de décisions stupides et d'indécisions irraisonnables.
-Je sais bien. Je sais que tu as été fautif dans certaines situations. Mais tu es mon père et je t'aime. Je ne veux pas te voir souffrir.
Le silence se fit dans la chambre. Rick songeait à sa partenaire de l'autre côté de la cloison. Il espérait qu'au lieu de la freiner dans son élan, les mots d'Alexis la rassureraient et qu'elle mettrait autant de volonté comme il avait envie de mettre lui-même pour que leur histoire marche. Mais il était sûr que si elle était venue ici, ce soir, elle avait déjà pensé à ce qu'Alexis éprouverait. Kate Beckett ne laissait pas ce genre de détails en dehors de la balance.
-Merci Alexis.
-De quoi ?
-D'être sincère.
-Si tu penses qu'elle est la clé de ton bonheur...
-Je pense qu'en effet, Kate est une des clés de mon bonheur.
Alexis sourit, comprenant que son père essayait de la rassurer.
-Bonne nuit papa. On se voit demain matin.
-Bonne nuit.
La porte se referma sur Alexis qui alla voir si Espo avait besoin de quelque chose. Le policier était étalé sur le canapé, dormant à poings fermés. Elle s'éloigna doucement mais elle vit quelque chose. La rouquine se mit à genoux et chercha avec la main l'objet dont elle avait pu voir le bord cylindrique sous le meuble. Un gobelet Starbucks...
HUIT
Kate était de l'autre côté de la porte, dos contre le mur, les yeux fermés pour retenir les larmes. Elle ne voulait pas qu'il la voit ainsi. Cette soirée, ces quelques instants volés au réel, au monde extérieur, avaient été magiques mais, et c'était une évidence qu'elle n'avait pas voulu avouer, ils devraient parler, parler et parler... Et cela ils ne savaient pas le faire. Il avait fallu le sang, la perte, la terreur et la rage pour que Rick ose lui dire ces trois petits mots qu'elle avait pressentie mais qu'il n'avait eu le courage de formuler. Il y avait d'autres formes de communication, un métalangage, qui laissait transparaître une myriade de sensations inaudibles, une multitude d'émotions refoulées mais leur communication était loin d'être complète, elle n'était pas entière, et ce manque pouvait les détruire, tout détruire en eux et autour d'eux... Elle l'avait compris en écoutant Alexis et ses mots de rancœur, d'amour illimité et d'abandon à son père. Si seulement il avait osé conter -comment pouvait-il développer des histoires, inventer des existences et ne pas lui donner la sienne ?- ces trois mois dans les ténèbres, ces trois mois de solitude et d'angoisse, elle aurait pu revenir sus ses impressions et sur son besoin de lui. Les choses auraient été plus simples en y mettant des mots. Tellement plus simples...
Beckett inspira fortement, ferma les yeux avec force -comme si par cette unique pression ils pouvaient ravaler les larmes- et laissa ses pensées se recomposer, regagner de la légèreté et perdre un peu de cette consistance bien trop épaisse et ce goût amer que lui tenaillaient l'estomac.
Sur son lit, seul, le corps enfoncé au possible dans cette matrice accueillante, les mains coiffant les cheveux en arrière dans un geste quasiment désespéré, Rick réfléchissait, les yeux fixés sur le plafond et l'esprit ailleurs, tourné vers les mots que cette jeune femme -quand l'était-elle devenue, une femme?- fille brillante et sensible de cet indigne père, avait prononcé entre courroux, désespoir et amour sans bornes. Comment avait-il pu être obnubilé à ce point par sa propre souffrance pour ne pas voir l'inquiétude d'Alexis ? Et qu'en était-il de sa mère ? Quel égoïste ! Lui, le grand écrivain, Monsieur je peux lire les vies de ces inconnus rien qu'en pointant mon regard sur eux... Quel fiasco ! Il avait été incapable de deviner le désarroi de sa propre fille. Les larmes lui montèrent aux yeux et sa mâchoire se crispa.
-Je suis désolée...
Il n'avait pas entendu la porte s'ouvrir et Kate entrer à pas feutrés. Elle n'osait pas s'approcher, ses yeux n'osaient pas le regarder.
-Moi aussi.
Elle leva la tête. Ses yeux étaient légèrement rougis. Il comprit qu'elle avait pleuré et une vague d'incertitude le submergea. Non, pas maintenant. Pas maintenant qu'ils avaient avancé.
-Kate...
-Non, dit-elle en levant la main dans un geste rapide, demandant le silence. Nous devons parler. Je dois te parler...
-Kate, tu ne dois rien me dire. Je sais.
-J'en ai besoin. S'il-te-plaît.
Il se redressa un peu plus, finit par s'asseoir, lui intimant de commencer avec ce geste qui indiquait sa volonté d'écouter. Mais apparemment elle avait fini par décider qu'elle voulait plus que des gestes et de l'implicite, alors il le dit, haut et fort pour la conforter dans sa démarche :
-Je t'écoute.
Elle ne voulait pas s'asseoir, toujours pas. Ce droit elle devait le gagner en lui donnant une explication, en lui fournissant une vérité à laquelle s'accrocher. S'accrocher à elle, s'accrocher à eux.
-Je ne voulais pas que tu me vois ainsi. Je ne voulais pas que tu vois cette Kate faible, sans confiance, cette Kate qui n'était que l'ombre d'elle-même. Tu étais tombé... Elle freina. Ne sachant si continuer, si ce n'était pas surinterpréter.
-Amoureux, Kate, amoureux. Tu peux le dire. Je pense que c'était évident. Ça l'est encore.
-Mais de Beckett, lâcha-t-elle.
-Certes. J'avais envie de cette femme droite, intelligente, sexy, dure-à-cuire. Mais je suis tombé amoureux de Kate qui est tout ce que je viens de dire et bien plus encore.
-Mais...
-Il n'y a pas de mais, Kate. Il y a ce que tu es en surface et ce que j'ai pu voir sous ta carapace.
-J'étais faible, je ne voulais pas que tu me vois diminuée.
-Tu t'es battue contre la mort et tu en es revenue, comment peux-tu dire que tu étais faible ?
-Je pouvais à peine tenir debout.
-Je t'aurais soutenue.
-J'étais de mauvaise compagnie.
-Parce que je n'étais pas là pour te distraire.
-Ou pour m'énerver.
-Au moins tu aurais tourné ta frustration sur moi et pas sur toi-même.
-Je devais réfléchir.
-A quoi ?
-A toi.
-Regarde-moi, il n'y a grand chose à en penser.
Kate sourit. Mais son sérieux revint très vite. Elle n'allait pas le laisser détourner ce besoin de s'ouvrir avec ses traits d'esprit.
-Penser à si on pouvait se donner une chance. Si j'étais assez forte pour digérer ce que j'avais entendu. La jeune femme baissa la tête, trouvant soudain la vue de ses propres pieds plus apaisante que celle du visage de son partenaire. Je me souvenais...
-Je sais... dit Rick avec une froideur non retenue et un éclat d'acier dans son regard bleu.
Kate leva la tête, étonnée, effarée.
-Je t'ai entendue le dire, dans la salle d'interrogatoire, ajouta-t-il, plus posé, attristé
-Je suis...
-Désolée. Oui, je sais, coupa Castle. Tu n'aurais pas dû me mentir. J'aurais compris que tu ne me retournes pas ces mots ou que tu me demandes du temps.
-C'était trop. Je ne pouvais pas tout gérer. Pas à ce moment-là.
-J'aurais pu t'aider. Je ne demandais que cela. Être là comme toujours, pour te soutenir.
-Je devais réfléchir.
-Tu pouvais y penser en m'ayant auprès de toi. Je ne cherchais pas à avoir une réponse immédiate.
-Je n'aurais pas pu être objective.
-Rien ne l'est dans l'amour. Tu étais malheureuse. J'étais malheureux. Mon univers tournait uniquement autour de ce qui me restait de toi... l'envie de te protéger en cherchant qui t'avait éloigné de moi.
Une ombre de douleur vint obscurcir son visage fatigué. Kate voulait tellement s'approcher, l'apaiser. Mais les souvenirs avaient ravivé l'angoisse qui le rongeait lors de son absence et la jeune femme craignait qu'il refuse ses attentions, qu'il détourne ses apologies. L'image de Rick sur une balançoire quelques mois plus tôt se présenta à son esprit et elle voulut invoquer la force qu'elle avait senti affluer dans ses veines ce jour-là.
-Je ne savais pas ce que je voulais. Je ne savais plus. Aujourd'hui je sais.
-Tu en es sûre ? Parce que si demain tu me dis que c'était une erreur et que...
-Ce n'est pas une erreur.
-Nous nous sommes embrassés auparavant et nous avons fait comme si rien n'était. Cette fois-ci je ne pourrai pas le mettre dans un coin de ma tête et ronger mon frein.
-Je ne pourrai pas non plus.
Rick la regardait sans ciller, cherchant un quelconque signe de fuite. Il y trouva de la vulnérabilité mais aussi de la détermination mais pas de doute. Cela lui suffisait, pour l'instant. Ce soir ils avaient fait un pas de plus -un pas énorme- dans leur relation. Elle devenait à présent concrète, ils s'étaient liés corps et âme. Il était hors de question de reculer. Il fallait avancer, réparer, recréer et construire. Ensemble. Il leva son bras, lui offrant sa main à saisir, ce qu'elle fit. Kate s'assit à ses côtés et Castle se relaxa enfin, l'attira contre lui. Elle était tendue. L'écrivain se poussa quelque peu pour qu'elle puisse se mettre à son aise et tout naturellement elle vint se caler contre son corps, la tête sur son torse. Les yeux fermés, elle écoutait le cœur de son partenaire se calmer et elle finit par fermer les yeux. Castle posa un baiser sur ses cheveux et traça des cercles apaisants sur son dos. C'est alors qu'elle lâcha l'air qui était resté emprisonné dans ses poumons, encore figé par l'inconfort de leur conversation.
Il sourit, bêtement, finalement gagné par l'optimisme. Il avait tant de fois rêvé de ce moment... Peut-être pas tout à fait dans les mêmes conditions, mais elle était là. Ils avaient fait l'amour -deux fois- et leur complicité s'était démontrée encore au delà de ses espérances. La nuit -ou ce qu'il en restait- les accueillait, l'un dans les bras de l'autre avec la ferme intention de que leur relation prospère.
-Je dois parler à Alexis, dit soudainement Kate dans un murmure.
-Quoi, maintenant ? S'exclama Castle, alarmé.
-Demain. Je dois lui faire des excuses.
-D'accord.
Castle ne voulut pas en rajouter. Elle avait eu son lot de chocs émotionnels pour aujourd'hui.
-Bonne nuit Rick.
-Bonne nuit Kate.
La main gauche de l'écrivain vint chercher celle de Kate qui s'était posée sur son torse et leur doigts s'emmêlèrent. Elle se rapprocha autant que possible pour sentir la chaleur de son corps et s'autorisa enfin à tomber dans une somnolence plaisante et reposante.
-8-
Un gobelet Starbucks...
Elle en avait trouvé un autre tout à l'heure, non ? Alexis fronça les sourcils dans un geste de pure concentration. Avec une brusquerie peu commune chez elle, la jeune femme se redressa. Le sixième sens d'Espo agit et presque aussitôt le latino se leva comme monté sur un ressort.
-Oh, pardon, je ne voulais pas te réveiller...
-Euh, ce n'est rien... lâcha Espo, toujours en alerte. Sa main était crispée sur le dos du canapé et il était à genoux sur celui-ci. Les yeux bruns s'agrandirent démesurément lorsqu'ils tombèrent sur le gobelet qu'Alexis tenait et son inscription au feutre noir. « KATE ». Il prit le gobelet de ses mains et avec un doigt accusateur il montra le prénom indiqué sur le plastique. Je ne rêve pas, il y a bien écrit ce que je crois, hein ? Parce que si c'est un rêve, c'est plutôt...bizarre.
Alexis regardait confuse vers la cuisine, vers la poubelle où reposait l'autre gobelet comme si elle avait une vision à rayons X et pouvait voir à travers. Espo était revenu plus vite de sa surprise et il était carrément parti avec l'intention de le récupérer. La rouquine finit par se mettre en mouvement et le rejoignit. Javier glissa sa main dans la poubelle et posa le récipient en plastique sur l'îlot puis le deuxième juste à côté.
-«Rick » lit Espo.
-« Kate » fit Alexis.
Ils se regardèrent, encore sidérés. Le visage d'Alexis s'empourpra et la mâchoire d'Espo sembla devoir se décrocher.
-Les cachottiers... parla enfin Espo.
-Je n'y crois pas. Je n'y crois pas... disait Alexis tout en niant de la tête. Il m'a menti.
Espo vit la jeune fille passer de la stupéfaction à la rage puis au désespoir. Elle se sentait meurtrie, trahie et il le comprenait. Mais il pouvait comprendre Castle et Beckett aussi, alors il posa sa main sur le bras de la jeune fille dans un geste plein de douceur qui sembla lui transmettre un peu de son calme.
-Alexis...
-Espo, il m'a menti et Beckett ne répondait pas à mes appels parce qu'elle était là, avec lui. Et moi qui m'inquiétais... Sa voix se brisa.
-Alexis, ces deux-là vivent sur une autre planète. Et ils y vivent tous seuls. Je ne cherche pas à les justifier mais ces derniers mois ont été difficiles pour eux et ils méritent ce qui leur arrive, vraiment.
La rouquine baissa la tête, regagnant enfin un peu de sérénité.
-Mais je m'inquiétais...
-Je le sais et si tu veux je vais t'aider à torturer ton père pour ça, même si je pense qu'avec son pied il va en baver pendant un bon moment. Mais pour lui et Beckett je leur laisserais un peu de temps.
-Je n'arrive pas à avoir confiance en Kate. Elle l'a beaucoup fait souffrir.
-Et Castle en a fait quelques unes de pas très cool aussi. Mais je suppose que maintenant ils en sont arrivés là où ils devaient arriver et il faut les laisser aller à leur rythme.
-Peut-être... Mais je ne suis pas convaincue.
-Le temps le dira. En tout cas, on a pas le droit de leur forcer la main. Ils veulent que ça reste un secret, soit. Quand ils seront prêts à le dire, ils le feront. J'espère seulement que ça sera pas la veille de leur mariage.
Alexis considéra quelques instants les mots d'Espo. Il avait raison. Elle devait leur laisser prendre leur rythme. Elle espérait seulement que son père savait ce qu'il faisait.
-Il y a quand même un truc qui me tracasse... dit Javier en mettant les deux gobelets dans la poubelle.
-Qu'est-ce que c'est ?
-Où a-t-elle pu se planquer tout ce temps ?
Les deux braquèrent leurs regards vers la porte de la chambre.
-La salle de bains ? Proposa Espo.
-Le dressing...
-Ça fait feuilleton pour ménagère de plus de cinquante ans, lâcha le policier. C'est pas pour nous ça. Ça serait genre série policière pleine de rebondissements, d'action et d'humour.
- Avec Papa ce serait pas difficile.
-Ouais... dit Espo en acquiesçant. Il y aurait la flic dure-à-cuire, sexy et un peu coincée.
-Et l'écrivain maladroit mais beau-gosse et intelligent.
-Il lui a fallut presque quatre ans pour qu'elle tombe dans ses bras, je sais pas s'il est si intelligent que ça. En tout cas il y aurait une tension...Espo s'arrêta, soudain conscient qu'il se tapait un délire avec une jeune femme à peine majeure et fille d'un de ses meilleurs potes de surcroît.
-Sexuelle, Espo, sexuelle.
-Je ne savais pas si je pouvais le dire.
-Entre Papa et Grand-mère je suis immunisée depuis longtemps.
-Bref, elle serait intenable et à chaque fois qu'ils seraient prêts...
-Il y aurait un importun pour les déranger.
-Ouais, ça marche toujours.
-C'est une des ficelles narratives.
-Le casse-pieds serait Ryan. Il met toujours les pieds dans le plat.
-Et toi, tu ferais quoi ?
-Moi je serais celui qui ferait craquer toutes les poulettes, dit-il bombant le torse.
-Non, ça c'est Papa.
-Mouais... Quand on va quelque part où il y a des filles en vue on le laisse au poste. Avec lui c'est de la concurrence déloyale.
-Tu pourrais faire craquer une collègue. Une médecin légiste avec de l'esprit et un sacré caractère.
-Si seulement...
Alexis lui sourit, bien plus relaxée à présent et décida qu'il était temps de laisser dormir le policier et d'en faire autant.
-Bonne nuit.
-Bonne nuit Alexis.
Elle se retourna, contente d'avoir pu discuter avec lui. Elle partirait plus zen au lit.
-Merci Espo, dit-elle au pied de l'escalier.
-Pas de quoi. Je ferais tout pour la princesse de ce Castle !
Alors, qu'en pensez-vous ?
