Me revoilà avec un court chapitre, le prochain sera plus long et plus "chaud". Merci à tous ceux qui m'ont laissé un commentaire et excusez-moi si je n'ai pas toujours le temps de vous répondre.
Bonne lecture,
-Je n'aime pas leur mentir.
-Je sais. Moi non plus. Mais tous les commérages du douzième passent par Ryan et Espo, argua Castle, en omettant qu'il était lui-même souvent de la partie.
-Et si on leur demandait de ne rien dire?
-Ryan est parfois maladroit, répliqua-t-il, dubitatif.
-Oui, c'est vrai qu'il est plutôt naïf, corrobora Kate. Il met souvent les pieds dans le plat.
-Sauf qu'avec lui ce n'est pas d'un plat qu'il s'agit mais d'une bassine.
-Tu as raison, finit par concéder la jeune femme en s'asseyant près de Castle. Maintenons le secret aussi longtemps que possible, je n'ai pas l'intention de trop te partager.
-Vous êtes du genre possessif, n'est-ce pas Détective? Dit Castle l'attirant vers lui.
Elle se retrouva couchée à moitié sur son torse lui faisant face.
-Vous n'en avez pas idée, Monsieur Castle.
-Il faudra me montrer si le concept reste trop abstrait, dit-il en levant la tête pour accueillir les lèvres de Kate qui allaient au contact.
Et on tapa à la porte. Encore.
JE VEUX MON CAFE
QUINZE
Ce fut une fausse alerte. Un coursier de chez UPS était venu apporter à l'écrivain un colis énorme. Castle, comme un gamin de dix ans, était excité comme une puce et n'avait pu s'empêcher de l'ouvrir au milieu du salon. Le rembourrage du carton formait une flaque composée d'une myriade de copeaux de polystyrène. On aurait pu croire qu'une bombe avait implosé dans l'emballage. L'ardeur de la découverte du petit joujou qu'il avait fait faire sur mesure se transforma très vite en exaspération effrénée et en frustration sans bornes. Après tout, un module se conduit avec les bras et avec les pieds. Jamais lampe avait été plus blâmée dans l'histoire de l'Humanité que celle qui demeurait encore au fin fond de la poubelle. Le chapelet d'injures de bon goût avait arraché un rire franc et frais de la part de la policière ce qui par son spontanéité eut le don d'apaiser le pauvre écrivain dépité.
Lorsque Ryan et Espo toquèrent à la porte, Kate avait eu le temps de se recomposer une apparence neutre. Les vêtements lui allaient bien, comme si la jeune femme les avait choisis elle-même. Castle avait insisté pour qu'elle prenne la trousse à maquillage d'Alexis pour retrouver son teint uniforme habituel et ces yeux cerclés de noir qui donnaient tant de profondeur à son regard. Kate s'était amusée à le taquiner en laissant entendre que s'il insistait tellement c'était car il ne l'aimait pas au naturel. Son ton faussement vexé provoqua la réaction de Castle, réaction tout à fait prévisible. Il commença alors à se justifier en bafouillant et, comme à son habitude, il ne manqua pas de s'enliser de plus en plus jusqu'à ce que Kate le sortit de sa misère en l'embrassant. Elle se félicita de pouvoir enfin apposer ses lèvres sur les siennes comme elle le souhaitait à chaque fois qu'il était dans l'embarras. La rougeur et la maladresse lui allaient franchement bien. Ou elle cherchait tout simplement n'importe quelle raison pour goûter à ces lèvres qui jusqu'alors elle s'était interdites. Ce fut une Kate Beckett radieuse et visiblement épanouie qui ouvrit la porte au plus grand étonnement des deux troublions.
-Beckett... lâcha Espo, interloqué. Il croyait qu'elle ne serait pas là pour ne pas éveiller les soupçons.
-Qu'est-ce que vous faites là? Demanda Ryan tout aussi déconcerté que son ami.
-La même chose que vous.
-Vraiment? Dit Espo, suspicieux, lui tendant un des sacs qui encombraient ses bras.
-Tout à fait. Pourquoi vous pourriez venir le voir et pas moi? Répliqua-t-elle passant à l'offensive pour retourner la situation.
-C'est que... Kevin tentait d'aider Javier qui essuyait l'attaque de Beckett.
-C'est que quoi, Ryan?
-Nous n'avons pas l'habitude de vous retrouver ici...
-Mon coéquipier est blessé. Je suis venue pour voir s'il a besoin de que l'on fasse quelque chose pour lui.
Castle, qui était parti se débarbouiller un peu, apparut alors monté sur ses béquilles. Javier, sachant que l'écrivain était un blanc plus facile à atteindre que sa redoutable partenaire choisit d'en faire sa cible.
-Alors mon pote, il paraît que Beckett est venue voir si vous aviez besoin de qu'elle fasse quelque chose pour vous?
Le sourire de Castle ne s'évanouit pas mais il se mua légèrement en grimace alors qu'il jetait un coup d'œil de biais à Kate, cherchant ce qu'elle avait bien pu dire et ce qu'il pouvait s'autoriser à répondre. La jeune femme lui envoya un regard déterminé et goguenard qui disait avec grand effort d'éloquence « on va se payer leurs têtes ». Et en bonne équipe soudée et efficace, leur stratégie fut mise à l'œuvre.
-Ouais Castle, que peut-elle bien faire pour vous rendre service? Renchérit Ryan.
-Me nourrir avant que je meure de faim, railla-t-il et il prit le chemin de la cuisine sans attendre.
Ryan commença à déballer les différents plats et à les poser sur l'îlot. Javier le laissa faire, préférant suivre du regard l'hypothétique couple. Castle avait ouvert un des placards pour en sortir des verres mais il réalisa qu'il ne pourrait pas les amener. Un regard à Kate qui ouvrait le frigo pour en extraire du jus de fruit et des bières suffit pour qu'elle comprenne. Javier, voyant l'interaction, donna un coup de coude à son ami pour qu'il regarde lui aussi mais Kate se retourna soudainement et les deux espions retournèrent aux emballages avec une précipitation tout à fait suspecte. La jeune femme déposa les boissons et alla aider Castle qui ne bougea pas d'un poil. Elle le frôla ostensiblement pour attraper les verres tandis que Ryan et Espo n'en perdaient pas une miette. L'écrivain souffla un « merci » qui sonna quelque peu sulfureux aux oreilles conditionnées des deux acolytes, Ryan en resta bouche grande ouverte et Espo avait l'air d'un chien ayant trouvé un os. Ils s'étaient attendus à ce que Castle et Beckett fassent profil bas. C'était comique et écrivain et policière éprouvaient un malin plaisir à titiller la curiosité malsaine de leurs deux amis. Après tout, ils étaient venus se payer leur tête, mais rira mieux qui rira le dernier.
-Est-ce que ça va ? Demanda Castle, l'image même de l'innocence personnifiée.
-Euh, oui... répondit Ryan sortant enfin de son hébétude et plaçant les derniers plats sur la table.
On arrangea ensuite les tabourets mais Kate ne fut pas d'accord et plaça le sien au plus proche de celui de son compagnon. Les deux policiers la regardaient faire, décontenancés. On posa ensuite les conteneurs en fonction des préférences et leur petit manège continua. Ce fut Castle qui cette fois-ci refusa les plats qu'on lui proposait tout en prétextant qu'il partagerait avec Kate et celle-ci ne faisait que répéter « avec plaisir » à chaque fois qu'il lui proposait une spécialité, ce qui par la façon de l'articuler qu'elle avait semblait outrepasser la sphère de la nourriture. Ryan se demandait s'ils ne finiraient pas par jeter à terre tous les conteneurs et faire l'amour sur place et Espo secouait la tête en se disant qu'ils étaient encore plus pathétiques que Kevin et Jenny. Alors qu'ils en étaient là de leurs constatations, Castle et Kate continuaient à manger tout en jouant leur comédie et bientôt une seule pièce resta dans le conteneur.
-Kate, prends-le.
-Non, prends-le toi.
-Non, j'insiste.
-Rick, fais-moi plaisir et prends-le.
-S'il n'y a que ça pour te faire plaisir... Castle prit le dernier morceau de porc et le considéra un instant. Puis la regarda. Partageons, dit-il heureux de trouver un compromis.
Avec ses baguettes, il porta le morceau de viande jusqu'à la bouche de sa compagne et celle-ci en coupa la moitié avec ses dents blanches sans le quitter des yeux. Le regard de Castle était indescriptible. Les baguettes de Kevin en tombèrent et, heureux d'échapper à l'embarras, il descendit de son tabouret pour les ramasser pendant que Javier faisait semblant de fouiller au plus profond d'un conteneur à la recherche de Dieu sait quoi.
Voyant que la quête des baguettes prenait un temps fou et que Javier allait de toute évidence finir par trouer le récipient à force d'en gratter le fond, Castle décida de passer à la vitesse supérieure.
-Kate, dans le placard du haut, tout à fait au fond, je garde une bouteille pour les grandes occasions. Pourrais-tu nous l'apporter s'il-te-plaît ?
-Avec plaisir, répondit-elle encore d'une voix féline qui attira de nouveau l'attention des deux espions. Ryan retrouva soudainement ses baguettes et Espo se rendit enfin compte de qu'il n'y avait plus rien à piocher. La jeune femme exagéra à propos sa démarche chaloupée pendant que Castle la suivait des yeux comme un chat qui se propose à sauter sur sa proie. Il passa ses mains sur les cheveux pour les arranger sans se départir de son sourire carnassier et finit par lisser ses sourcils avec le bout de ses doigts. Leurs deux collègues avaient l'impression de que la température grimpait exponentiellement.
-Je n'y arrive pas...
-Hum. J'ai toujours dit que ton placard était trop profond.
Espo et Ryan regardèrent Castle, effarés. Il avait bien dit « ton placard » ?
-Vous vouliez dire « votre placard » ? signala Ryan d'une voix chevrotante.
-Oui, ça aussi, répliqua Castle qui se levait déjà.
Il n'avait pas des yeux derrière la tête mais il pouvait aisément imaginer Ryan et Espo se tourner l'un vers l'autre et échanger des murmures inquiets.
-Mec, ils sont trop bizarres, commenta Javi.
-Oui, bien plus que d'habitude.
-Ils sont chauds comme la braise.
-Je crois qu'on est de trop... j'ai pas vraiment envie de voir Papa et Maman se comporter comme deux lubriques. Il y a de quoi être traumatisé à vie.
-Shut, tais-toi et regarde, le coupa Espo.
Kate était restée devant le placard et Castle s'était situé juste derrière elle, loin d'éviter le contact.
-Laisse-moi faire.
Elle se tourna légèrement vers lui et l'écrivain baissa la tête, ses lèvres à quelques centimètres des siennes.
-Oui, tes membres sont plus longs... acquiesça-t-elle tout sauf innocemment.
Castle déposa ses béquilles et prit appui sur le bas du dos de la jeune femme avec la main. Il se colla à son dos comme il s'allongeait au maximum pour aller chercher la bouteille, provoquant un frottement de tissu tout à fait perceptible .
-La voilà, dit-il et la tendit à Kate qui se tournait. Castle avait posé sa main sur le plan de travail de la cuisine pour garder l'équilibre, ce qui faisait qu('il était toujours au plus près d'elle. Kate se mordit la lèvre craignant que leur petit jeu ne se retourne pas contre eux. Elle commençait à avoir chaud et des images de leurs ébats avortés moins d'une heure plus tôt lui revinrent à l'esprit. Heureusement, Castle décida que cette proximité le mettait aussi mal-à-l'aise et se saisit de nouveau de ses béquilles.
-Merci, dit-elle autant pour la bouteille que pour la sortir de sa gêne.
Ryan et Esposito, dont les pensées n'allaient pas par les mêmes chemins, comprirent qu'elle le remerciait pour ce contact tout à fait fortuit. Ils déglutirent fortement et l'écrivain crut discerner l'occasion idéale pour mettre un point d'orgue à toute cette histoire.
-Mais de rien Détective. Tu sais que tu peux toujours disposer de moi où tu veux, quand tu veux et pour ce que tu veux...
Un tabouret crissa sur le sol et Kevin se leva comme s'il était monté sur ressort.
-Bon, c'est pas que mais nous devons retourner au poste !
-Hein, déjà ? S'étonna Espo qui s'était enfin trouvé un goût certain pour le voyeurisme.
-Oui, tu sais, on a cette affaire urgente à régler et -il regarda sa montre- oh, mais regarde comme il est tard ! Il empoigna Javier par le bras qui finit par se lever non sans saisir un des conteneurs avant.
-Oh, mais vous partez déjà ? Fit semblant de se lamenter Castle.
-Emportez au moins les beignets d'oignon ! S'exclama Kate en levant le paquet.
-Non, non, vous pouvez les garder, se justifia Kevin, empressé de prendre la fuite.
-Nous n'en voulons pas, n'est-ce pas Kate ?
-Non, ça donne mauvaise haleine.
-Oui, ça gâcherait tout...
Mais Ryan et Espo n'en entendirent pas davantage. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire ils étaient dans le parking pendant que Castle et Beckett n'en pouvaient plus de rire.
Si de lire mes fics vous plaît, n'oubliez pas de lire "Motus et bouche cousue". Il y aura un nouveau chapitre par semaine. Merci.
