LES LOUVES DU NORD
Hello mes p'tits chous ! Merci pour les reviews, ça m'a fait très plaisir.
Triskelle sparrow : comme tu dis, l'héritage génétique annonce en effet beaucoup de choses ! J'ai hâte de savoir ce que tu penseras de la suite. Merci à toi.
Anga27 : Ravie de te faire autant plaisir avec cette suite ! Pour la romance, tu verras ;) par contre, Bilbo et Camille ne seront pas présents dans cette fiction, désolée.
On attaque avec le Tome 1, Chapitre 1 ! Bonne lecture.
Tome 1 : Du petit bourgeon à la floraison
Chapitre 1 – De trois à six
1er août 3006, Appartements du Prince Fili et de la Princesse Anna d'Erebor
-Maman ? Maman !
-Je suis dans la chambre mon poussin ! répondit Anna. Viens, tu peux entrer.
Alyandra marcha à travers la porte, l'air ennuyé. Elle sourit néanmoins quand elle vit sa mère se tourner face à elle.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne devrais pas être à ton entraînement avec ton oncle ?
-Non, oncle Kili a une réunion importante avec Papy. Grandma est à la bibliothèque avec papa, et Kaelan est avec Dwalin. En fait, Maëlia, Ash et moi, on aimerait aller se promener cette après-midi.
-Avec qui ? demanda Anna.
-Euh… juste nous trois ? fit Alyandra, incertaine.
-Quoi ? Mais c'est complètement imprudent ! Mon poussin, Maëlia a à peine dix-sept ans, elle ne peut pas correctement protéger deux petites filles de dix et presque onze ans !
-Maman, Maëlia est la meilleure guerrière de la montagne ! Tu l'as dit toi-même alors qu'elle n'avait que treize ans ! Et on se souvient tous de la raclée qu'elle t'avait collée…
Anna secoua la tête mais ne put cacher son léger sourire.
-D'accord pour cette fois. Mais s'il se passe quoi que ce soit, rentrez immédiatement. Et vous serez punies, très, très, très sévèrement si ça se passe mal. C'est compris ?
-Oui maman ! sourit Alyandra. Merci !
-De rien. Oh, Aly ?
-Oui ?
-Prenez vos armes. On ne sait jamais.
Alyandra hocha la tête et passa dans sa chambre récupérer son épée et son arc ainsi que deux poignards. Du haut de ses onze ans, elle promettait de devenir une des plus grandes guerrières d'Erebor. Après Maëlia évidemment. Cette dernière avait pratiquement grandi entourée d'armes, et à sept ans, son père adoptif avait commencé à l'entraîner. Dès que ses deux jeunes cousines avaient été en âge de marcher, elles commencèrent à regarder les entraînements de Maëlia et Kili. Kili devint donc leur instructeur à toutes les trois, et rapidement le trio devint aussi doué qu'Anna en son temps.
Maëlia dépassait de très loin toutes les espérances que sa famille et ses proches avaient pour elle, et même Dwalin et Anna, pourtant les plus grands guerriers de leurs générations respectives, avaient dû s'incliner. Maëlia maniait les armes avec un naturel et une aisance peu commune, mais la rage, la détermination, voire même la sauvagerie qui s'emparaient d'elle lorsqu'elle se battait inquiétait un peu ses parents.
Depuis qu'elle avait dépassé les douze ans, il y avait eu chez elle cette férocité et cette insolence ultradéveloppées, et de plus en plus elle refusait toute forme d'autorité ou de pression sur elle. Cela s'était encore empiré après ses quinze ans, lorsqu'un dignitaire avait hurlé qu'elle était indomptable et insoumise, et qu'elle ne représentait qu'une tâche dans la famille royale, puisqu'elle était… et Anna s'était chargée de faire taire le nain à ce moment-là, lui envoyant un bon crochet du droit. Ils n'avaient toujours pas expliqué à Maëlia qu'elle n'était pas la fille biologique de Kili tant ils craignaient sa réaction.
Au grand dam d'Anna et Fili, Ashana, du haut de ses dix ans, suivait pas à pas les traces de sa cousine, et il n'était pas anormal que ses parents aient à la reprendre sévèrement sur son insolence ou son tempérament volcanique. Son caractère explosif lui attirait de nombreux ennuis, mais sa grande sœur veillait à l'en protéger autant que possible.
Heureusement Alyandra équilibrait la famille. Celle-ci était plus douce, extrêmement gentille et attentionnée, et tout le monde pensait que son rôle de Princesse la seyait bien, qu'elle était la perfection incarnée, la jeune fille accomplie que tout parent rêvait d'avoir. Il fallait quand même veiller à ne pas l'énerver, car une fois ses armes en main, elle pouvait être aussi féroce que le reste de sa famille.
Alyandra sortit donc de la chambre des appartements privés de sa famille, et rejoignit les deux autres aux écuries, sautillant d'impatience. Maëlia aida ses cousines à grimper sur le poney qu'elles se partageaient, ce bon vieux Tempête, double poney noir de son état. Anna le leur avait donné puisqu'elle n'avait pas beaucoup l'occasion d'aller faire de l'équitation avec ses devoirs de Princesse. Thorin vieillissait, et sa santé déclinait au fil du temps aussi Fili, et elle, reprenaient doucement les rênes du royaume. L'aînée du trio vérifia qu'elle avait ses propres armes avant de grimper sur sa propre monture, un double poney à la robe isabelle surnommé Éclair.
Les filles étaient obligées de monter des doubles poneys, puisque pour le plus grand déplaisir de la communauté naine à l'exception de leurs proches, elles avaient conservé les gênes de leurs mères et grandissaient en taille au même rythme que les humains. Maëlia était donc très grande, et Alyandra et Ashana étaient toujours plus petites que leurs parents mais ce n'était qu'une question de temps avant qu'elles soient aussi grandes que leur cousine.
Alyandra ne put s'empêcher de jalouser un peu sa cousine alors que celle-ci s'élançait au trot vers la sortie des écuries et les grandes portes. Maëlia était grande, élancée, musclée et ses courbes féminines étaient une invitation à la sensualité. Elle avait la peau claire, les yeux aigue-marine, et une crinière blonde qui lui arrivait au milieu des omoplates. Son visage était franc et harmonieux, féminin sans être délicat. Elle était magnifique, indépendante et forte, et Alyandra désespérait d'arriver à lui ressembler un jour.
Leur promenade les conduisit jusque dans les bois elfiques à l'ouest de la montagne. Elles chevauchèrent pendant près de deux heures avant qu'Ashana ne se plaigne de la douleur musculaire dans ses jambes. Maëlia les arrêta donc dans une clairière, et elles attachèrent les poneys avant de se dégourdir les jambes. La plus âgée allait revenir vers les poneys récupérer sa gourde quand elle entendit un bruit. Elle sortit immédiatement son épée et fit signe aux plus jeunes de rester derrière elle. Les filles sortirent aussi leurs armes de leurs fourreaux, se plaçant derrière leur cousine. Maëlia tendit l'oreille, tentant d'identifier la source du son.
-On dirait un chien blessé, fit remarquer Ashana.
-Il n'y a pas de chiens sauvages dans les bois elfiques, répliqua Alyandra.
-Peut-être le chien d'un chasseur qui s'est perdu. Allons voir, décida Maëlia.
Elles progressèrent en silence vers la source des bruits, et finalement Alyandra se figea en poussant un gémissement horrifié, attirant l'attention des deux autres. Une immense louve grise était éventrée sur le sol, il y avait du sang et des boyaux partout. L'odeur était repoussante, mais pas autant que la scène. Maëlia grimaça, et allait faire demi-tour quand Alyandra l'arrêta. Le son continuait. L'aînée fit prudemment le tour du cadavre de l'impressionnant animal, et écarquilla les yeux. Lovées contre le dos de leur mère, cherchant désespérément de la chaleur et du réconfort, se tenaient trois petites louves, pas plus grosses que des chiots. L'une était blanche comme la neige, la deuxième était beige avec le ventre blanc, et la dernière était noire comme une nuit sans lune.
Ashana et Alyandra l'avaient rejointe à présent.
-On ne peut pas les laisser comme ça, grommela Maëlia. Elles vont mourir de faim de toute façon, autant abréger leurs souffrances.
-Non ! protestèrent les deux plus jeunes avec véhémence.
-Et qu'est-ce que vous voulez faire ? Les ramener à la maison ? Ce ne sont pas des chiens, ce ne sont pas des animaux de compagnie ! répliqua la blonde avec exaspération.
Elle s'approcha des trois petites louves mais Alyandra prit la blanche dans ses bras alors qu'Ashana se précipitait sur la beige pour la protéger. Maëlia mit donc la main sur la noire, et au moment où chacune d'entre elles fut en contact avec une des jeunes louves, elles ressentirent comme un choc électrique dans tout leur corps, et tombèrent à la renverse, tenant chacune un animal contre elles.
-Que… qu'est-ce que c'était que ça ? demanda Alyandra.
Maëlia regarda la petite louve noire et remarqua que ses yeux étaient bleus comme les siens à présent.
-Non… souffla-t-elle, incrédule.
Elle posa prudemment l'animal sur le sol et se précipita vers ses cousines. La blanche avait des yeux couleur opale de feu bleue, comme Alyandra, et la beige arborait désormais les mêmes orbes marron clair qu'Ashana.
-Maëlia, qu'est-ce qu'il se passe ? insista Alyandra.
-On vient de… se lier avec ces louves.
-Se lier ?
-Regarde leurs yeux. Nous en avons chacune une, paniqua la grande en faisant un pas en arrière.
-Hé ! fit une voix indignée dans sa tête.
La blonde se retourna brusquement, cherchant autour d'elle la source de la voix.
-Je suis en bas ! Fais attention, tu viens de me marcher sur la patte.
Maëlia baissa le regard et ses yeux rencontrèrent leur exacte réplique.
-Euh… désolée ?
-Ce n'est rien. Je m'appelle Layaqhar*, et toi ?
-Maëlia. Est-ce que… tu sais ce qu'il vient de se passer ?
-Oui. C'est exactement ce que tu as dit. Mais il n'y a pas eu de liens entre un animal et un humanoïde depuis plus de quatre mille ans, répondit Layaqhar.
-MAËLIAAAAAAA ! hurla Ashana.
La blonde fit prestement volte-face, et découvrit sa cousine, assise par terre, fixant la petite louve beige devant elle.
-Que se passe-t-il Ashana ?
-Ça vient de parler ! cria-t-elle en pointant un doigt vers l'animal.
-La mienne aussi, fit Alyandra d'un air peu rassuré.
-Moi aussi, les rassura Maëlia. Elle m'a dit son nom.
-La mienne s'appelle Amira**, dit Alyandra.
-Et la mienne Maharib*** ! intervint Ashana. Maëlia, on peut les garder, dis ? S'il-te-plaît, s'il-te-plaît, s'il-te-plaît !
-Je crois qu'on n'a pas vraiment le choix, soupira Maëlia. Elles vous parlent dans vos têtes, à vous aussi ?
Les deux plus jeunes hochèrent la tête.
-Nous sommes liées, comme deux parties d'une même âme. Ce que vous ressentez, nous le ressentons, et inversement. Physiquement et mentalement. Et si vous mourez, nous mourrons. Toutefois si nous mourons, vous ne mourrez pas. Vous serez dévastées, déchirées, grandement affaiblies, mais pas mortes, expliqua Layaqhar.
-Je vois, murmura Maëlia. Je me demandais, quel âge avez-vous toi et tes sœurs ?
-Nous sommes nées hier. Mais nous avons accès à votre mémoire et vos connaissances, c'est pour ça que je comprends tout ce dont tu parles.
-Ah, c'est pratique ça. Ton nom, il signifie quelque chose ?
-Layaqhar veut dire indomptable, dans une langue du monde de ta mère.
-Le monde de ma mère ? répéta Maëlia. Mais de quoi est-ce que tu parles ?
-Le monde dont elle est issue. Elle n'est pas d'ici, comme ta tante, fit Layaqhar. J'ai très faim, aurais-tu du lait ?
-Non, désolée, mais je peux sûrement en trouver aux cuisines si on rentre.
Maëlia se tourna vers ses cousines qui semblaient en grande discussion avec leurs louves.
-Les filles, prenez les dans vos bras, on rentre. Il faut les nourrir, et après il va falloir en parler aux parents.
-Tu savais que Maharib voulait dire guerrière ? sourit Ashana alors qu'elle posait la boule de poils beige sur son épaule. Amira et Layaqhar, ça veut dire quoi ?
-Layaqhar veut dire indomptable, la renseigna Maëlia alors qu'elle prenait Layaqhar dans ses bras.
-Amira signifie princesse, ajouta Alyandra. C'était prédestiné, tous ces noms.
-Allez, les houspilla Maëlia. Ne restons pas là, la carcasse risque d'attirer des prédateurs.
Elles remontèrent sur leurs double-poneys et se lancèrent au galop vers la montagne. Anna était dans les écuries quand elles revinrent, faisant les cent pas en se rongeant les ongles.
-Ah, vous voilà ! s'exclama-t-elle quand elle les vit arriver. J'étais morte d'inquiétude, vous êtes parties depuis plus de quatre heures ! Et…
-Plus tard, Nana, là c'est une urgence ! l'interrompit Maëlia. On a besoin de vous parler à toi, papa, maman et oncle Fili aussi. Va les chercher, on se retrouve aux cuisines.
Anna fronça les sourcils mais fit ce qu'elle demandait pendant que les filles tentaient de se diriger discrètement vers les cuisines en cachant les louves dans leurs sacoches. Elles s'affaiblissaient de minutes en minutes, sans source suffisante de chaleur, sans nourriture dans leurs estomacs, sans lait maternel. Les nains et naines qui travaillaient aux cuisines sursautèrent quand trois boulets de canons débarquèrent en courant, se jetant à genoux devant une des cheminées avant de déposer les trois animaux sur la pierre chaude devant le feu.
-Je vais chercher du lait, je reviens tout de suite, annonça Alyandra en se levant.
Elle revint une minute plus tard avec une grande écuelle et du lait frais. Elle versa le lait dans le bol et les trois louves vinrent laper le liquide immaculé avec empressement.
-Peut-être que si on met un peu de farine dedans, ce sera plus consistant, proposa Maëlia.
-Tu es sûre ? demanda Ashana. Je ne crois pas que les loups mangent de la farine.
-On peut toujours essayer. Seulement un petit peu, insista Maëlia. Juste du lait ce n'est pas suffisant pour des carnivores, mais elles sont trop jeunes pour manger de la viande crue. Non, attendez, j'ai une idée !
Elle se leva et se dépêcha dans la cuisine, revenant avec un petit bol de farine, un fouet pour mélanger et un bol rempli d'un liquide rougeâtre, comme du jus d'airelles. Elle versa un peu des deux dans le lait et mélangea bien le tout. Les louves humèrent le mélange avant de plonger leurs museaux dedans.
-Je crois que j'ai trouvé ce qu'elles aiment, sourit Maëlia.
-Qu'est-ce que tu as mis ? interrogea Alyandra.
-Un peu de farine et du sang animal, du jus de viande en fait. J'ai improvisé pour cette fois, mais on peut se débrouiller pour concocter des mélanges plus équilibrés pour les prochains jours, jusqu'à ce qu'elles mangent de la viande.
-Mais qu'est-ce qu'il se passe ici ? tonna Fili, juste derrière les jeunes filles.
-Est-ce que ce sont… des loups ? demanda Marie. Les filles, vous avez ramené des louveteaux ?
Maëlia se leva et se plaça devant les trois jeunes louves et ses cousines par réflexe, adoptant une position défensive.
-Ce n'est pas de notre faute, dit-elle immédiatement. Je le jure, nous étions seulement parties nous balader avec Tempête et Éclair vers les bois elfiques à l'ouest, et on a entendu un bruit. Alors on est allées voir. Et laissez-moi vous dire que c'était complètement gore. Une louve géante éventrée, y'en avait de partout ! Et après, on a trouvé ces trois petites louves et là on a reçu un choc énorme et d'un coup leurs yeux ont changé de couleur ! Et après elle m'a parlé dans ma tête et j'ai compris plein de choses et on est rentrées parce qu'elles étaient affamées et qu'elles risquaient de mourir et… Et voilà.
Elle reprit sa respiration après cette longue tirade alors que les quatre parents digéraient difficilement toutes ces informations désorganisées.
-Bon, Anna, Marie, ramenez les filles à la maison, Kili et moi on va aller relâcher ces animaux dans la nature, décida Fili.
-Non ! protestèrent les trois filles.
-Vous ne pouvez pas nous séparer ! s'opposa Ashana.
-On est liées à elles ! ajouta Alyandra.
-Ne les touchez pas ! rugit Maëlia.
-On a un lien avec elles, expliqua Alyandra. On ne sait pas comment c'est arrivé, mais c'est arrivé. Elles peuvent communiquer avec nous, et ressentir nos émotions ou notre ressenti physique, et inversement. Ce ne sont pas juste des animaux, elles ont un nom, et une conscience.
Anna s'approcha doucement de sa fille aînée.
-Elles ont un nom, et peuvent communiquer avec vous ? répéta la Princesse avec scepticisme.
-Oui maman. On entend leurs voix dans nos têtes, et on leur répond de vive voix, elles comprennent. Ma louve s'appelle Amira, ça signifie princesse dans une autre langue.
Anna et Marie échangèrent un regard inquiet. Elles savaient très bien de quelle langue ce mot venait, puisque Marie avait vécu deux ans au Maroc et qu'Anna avait appris cette langue en option au collège. Comment ces louves pouvaient-elles porter des noms arabes ?
Maëlia se tourna vers ses parents, son oncle et sa tante en fronçant les sourcils.
-Est-ce que c'est vrai que maman et Nana viennent d'un autre monde ? lâcha-t-elle d'un coup.
Les yeux des deux femmes s'agrandirent d'un coup, Fili sursauta, et Kili baissa les yeux. Le moment était venu visiblement.
-Maman ? insista Maëlia. Tu n'as rien à me dire ?
Marie soupira.
-Pas ici, dit-elle. Allons à la maison.
Maëlia ramassa Layaqhar et la boule de poils se lova contre sa poitrine. Elle partit devant à grands pas furieux, suivie de tout le monde.
*Layaqhar = Indomptable (arabe)
** Amira = Princesse (arabe)
*** Maharib = Guerrière (arabe)
Voilà voilà... En espérant que ça vous a plu, n'oubliez pas la review au passage, et à la prochaine !
