LES LOUVES DU NORD
Hello mes p'tits chous ! Je suis ravie de l'accueil positif des deux derniers chapitres, ça fait plaisir.
Nymueh : pas de soucis. Effectivement, une analyse de Gandalf c'est tiré par les cheveux mais c'est une piste fort intéressante... Je connais les Chroniques du monde Emergé, en effet Maëlia est un peu inspirée de Nihal. Ne t'en fais pas, ça continuera comme ça jusqu'à la fin. A bientôt !
Matre Cassoulet : en effet, vaut mieux être belle et rebelle que moche et remoche ^^
Bonne lecture !
Tome 1 : Du petit bourgeon à la floraison
Chapitre 6 – Il est temps de rentrer
31 janvier 3007, bois elfiques à l'ouest d'Erebor
-Les orcs sont de plus en plus nombreux au sud des Ered Mithrin. Déjà l'an dernier j'avais fait plusieurs rapports sur leurs activités croissantes un peu partout autour de la montagne, même si ça se cantonnait essentiellement à de petites patrouilles d'éclaireurs, des bandes désordonnées, des pillages aléatoires sur quelques cantonnements d'humains… expliqua Maëlia.
-Ils n'ont pas de chef, ils ne feront rien de plus que quelques pillages jusqu'à ce qu'ils soient éteints, répondit Legolas.
-Ce n'est certainement pas une raison pour les laisser commettre ces pillages, grogna la jeune fille. Des vies innocentes sont en jeu, et je n'ai pas envie de me présenter à une autre porte pour annoncer la mort de proches.
-Alors qu'est-ce que tu comptes faire ? demanda l'elfe.
-Dès que je serai à la maison, j'irai convaincre le Roi de me laisser rassembler un régiment, et j'irai nettoyer la région. Je prendrai uniquement des volontaires, et des bons guerriers. Nains, humains, même elfes s'il y en a. Quelqu'un doit faire quelque chose, on ne peut raisonnablement pas laisser ces monstres errer à leur guise sur nos terres.
Legolas et Aragorn échangèrent un regard complice, le même petit sourire flottant sur leurs lèvres. Maëlia regarda les deux successivement, se tournant à gauche et à droite plusieurs fois.
-D'accord les garçons, qu'est-ce qu'il y a ? grommela-t-elle.
-Eh bien… commença Legolas.
-Pour monter ces expéditions, il va falloir rentrer chez toi, compléta Aragorn.
-Oui, ça fait partie du plan, répondit Maëlia qui ne voyait pas où ils voulaient en venir.
-Alors pourquoi est-ce qu'on campe ici depuis une semaine ? demanda Aragorn. Tu es à moins d'une journée de cheval de chez toi. Pourquoi est-ce que tu ne rentres pas ?
-Je… commença-t-elle.
Elle se mordit la lèvre et baissa la tête. Une langue râpeuse vint lui lécher le bout des doigts, et elle se tourna avec un sourire. Layaqhar avait grandi tellement vite… Elle mesurait plus d'un mètre trente au garrot, c'était une magnifique louve géante au poil noir comme une nuit sans lune, et dont les yeux avaient la même couleur aigue-marine que ceux de Maëlia, brillant au plus noir de la nuit comme deux pierres précieuses.
La jeune femme lui gratta l'arrière des oreilles avec un sourire doux.
-Qu'est-ce qu'il y a ma belle ?
-Je sens une connexion avec mes sœurs, elles ne doivent pas être loin.
-Amira et Maharib sont dans le coin ? s'étonna Maëlia. Tu sais si Aly et Ash sont là aussi ?
-Non, elles ne sont pas avec elles. Mes sœurs sont sorties chasser.
-Maëlia ? l'appela Legolas.
-Je dois partir. Il faut que je rentre à la maison, annonça rapidement la blonde alors qu'elle se dirigeait vers Éclair.
-Quoi, là, tout de suite ? s'étonna Aragorn.
-Oui. Vous avez raison, je dois rentrer, surtout si je veux monter ces expéditions.
Elle allait enfourcher sa monture quand elle s'arrêta et se tourna vers ses deux compagnons de voyage. Ils étaient devenus très proches tous les trois depuis qu'ils avaient parcourus les routes ensemble et combattus ensemble, Maëlia considérait l'homme et l'elfe presque comme des frères, en tout cas comme de proches amis. Ils n'avaient pas beaucoup partagé de détails particulièrement personnels puisqu'ils étaient tous les trois assez secrets de nature, mais les liens qui existaient entre eux étaient particulièrement forts.
-Je suppose qu'il est donc temps de nous dire au revoir, dit doucement Legolas.
Maëlia se mordilla la lèvre inférieure en hochant la tête. Mahal, ça faisait mal de dire au revoir. Elle savait qu'elle les reverrait, mais son cœur se serrait à l'idée de les laisser là et de partir de son côté. Ils avaient remplacé sa famille pendant ces quatre mois, depuis qu'elle était repartie de Rivendell.
-Vous allez me manquer, lâcha-t-elle alors que sa gorge se serrait.
-Toi aussi tu vas nous manquer, répondit Aragorn.
-Où allez-vous partir à présent ? demanda-t-elle.
-Je vais retourner chez moi, sourit Legolas. Il est plus que temps.
-Je vais l'accompagner et rester un peu là-bas. Puis, j'irai sûrement en Lòrien, décida l'homme.
-Bien. Je saurai où vous écrire si j'ai une subite envie de monter une expédition incertaine et un peu folle. Ou si vous avez besoin d'une guerrière et de sa louve.
Elle tendit sa main à Aragorn, il la saisit mais l'attira à lui et lui fit un bref câlin. Elle hocha la tête et fit également une accolade à Legolas, avant de monter sur Éclair et de partir sans se retourner. Layaqhar baissa doucement son museau en signe de salut, et disparut à son tour entre les arbres.
Maëlia galopa jusqu'à une clairière, où elle retrouva des traces de loups. Elle s'arrêta et descendit de cheval pour examiner les empreintes de pattes. Elles étaient fraîches, les louves ne devaient pas être loin. Elle sentit plus qu'elle ne vit Layaqhar se glisser près d'elle, et soudain sa louve laissa échapper un grognement sourd.
-Quelque chose ne va pas ? demanda immédiatement la jeune fille en adoptant une pose défensive.
-Au contraire.
Avant que Maëlia n'ai le temps de demander ce que cela signifiait, deux énormes formes émergèrent des fourrées et se jetèrent sur elle, lui léchant allégrement le visage.
-Amira, Maharib ! protesta-t-elle en souriant. Arrêtez, ça colle !
Les deux louves la libérèrent et elle se releva, époussetant sommairement ses vêtements avant de relever les yeux. Elle laissa échapper une exclamation de surprise quand elle vit les deux louves géantes devant elle. Maharib était à peine plus petite que Layaqhar, mais Amira devait faire près d'un mètre soixante au garrot ! La louve immaculée était largement plus grande qu'elle à présent, et la toisait avec bienveillance avec ses yeux de la couleur d'une opale de feu bleue – on ne grandissait pas chez les nains sans savoir reconnaître les pierres précieuses et semi-précieuses – comme l'étaient ceux d'Alyandra.
Maëlia sentit son cœur se serrer alors qu'elle pensait à sa jeune cousine, la douce Alyandra. Si tout se déroulait comme elle l'espérait, ce serait Alyandra qui hériterait du royaume lorsque leur génération serait appelée à monter sur le trône. En effet, la blonde avait décidé de renoncer définitivement à son héritage royal. Étant l'aînée, elle était la première en ligne de sa génération pour accéder au trône, mais elle était prête à être fichue à la porte d'Erebor et à perdre son titre de Princesse si ça pouvait la dispenser de porter une couronne pendant une longue période de sa vie. Et elle savait qu'Alyandra, étant la seconde dans l'ordre des naissances, était née pour être Princesse.
Amira vint lui donner un petit coup de museau dans le torse, et lui fit un signe de tête pour qu'elle la suive. Maëlia attrapa la bride d'Éclair, et entourée des trois louves, elle se dirigea vers la montagne. Après moins d'une heure de marche, elle vit les grandes portes au loin. Elle s'arrêta, incertaine. Layaqhar vint se coller à elle en émettant un genre de ronronnement. Amira et Maharib trottèrent jusqu'aux portes de la montagne sans se retourner. Maëlia resta figée un long moment, jusqu'à ce qu'elle voie les deux louves revenir au trot en fait. Elle plissa les yeux, et poussa une exclamation de joie lorsqu'elle vit Alyandra et Ashana sur le dos des louves.
-Je ne savais pas qu'on pouvait faire ça, remarqua Maëlia.
-On essaiera un autre jour.
-MAËLIA ! hurla Ashana alors qu'elle se mettait debout sur le dos de Maharib, et sautait à terre.
Elle rata son atterrissage et roula sur le sol en soulevant un petit nuage de poussière, mais elle se releva presque immédiatement avant de se précipiter vers sa cousine et de lui sauter littéralement au cou. Elle verrouilla ses jambes autour de la taille de l'aînée, accrocha ses bras derrière son cou, et parsema son visage de baisers en riant.
-Tu m'as tellement manqué ! lui cria-t-elle dans l'oreille.
-Toi aussi tu m'as manqué Ash, murmura Maëlia en serrant sa cousine contre son cœur aussi fort qu'elle le pouvait. Toi aussi.
Alyandra les rejoignit très vite et enlaça à la fois sa sœur et sa cousine avec un soulagement nettement perceptible.
-Vous m'avez beaucoup manqué toutes les deux, sourit Maëlia.
Elle les relâcha et les observa un instant. Elles avaient grandi, Alyandra avait fêté ses onze ans pendant son voyage, et Ashana avait encore dû se battre vu les bleus que l'aînée pouvait voir sur sa peau.
-Tu as changé, remarqua Alyandra de sa voix toujours aussi douce.
Maëlia hocha la tête.
-Rentrons à la maison, décida-t-elle. Je vous raconterai tout là-bas.
Un cri perçant au-dessus de sa tête attira son attention et elle leva les yeux pour observer la magnifique buse qui planait au-dessus de sa tête.
-Depuis quand y'a-t-il des buses autour de la montagne ? s'étonna-t-elle.
-MAËLIA ? MAËLIA !
La blonde se retourna prestement vers les grandes portes, pour voir une petite silhouette courir vers elle. Ses yeux s'agrandirent d'un coup et elle se précipita vers la personne, bras grands ouverts.
-Kaelan ! s'exclama-t-elle alors qu'il se jetait dans ses bras. Par tous les Valars, tu m'as manqué, demi petit frère !
-Petit frère. Je me fiche de ces histoires de famille, je n'ai qu'une seule grande sœur et c'est toi. Et tu ne l'es pas à moitié. Tu m'as appris à me battre, tu m'as appris à monter à cheval, tu as passé des heures sur la même page de l'histoire d'Erebor juste pour m'apprendre à lire, tu t'es introduit dans les cuisines la nuit quand j'avais trop faim…
Kaelan s'arrêta, ne cessant de sourire. Maëlia se mordilla les lèvres pour cacher son émotion, et serra son frère contre elle, l'embrassant sur le dessus du crâne.
-Merci, murmura-t-elle.
Un nouveau cri de rapace retentit à nouveau, et bientôt la buse se percha sur l'épaule de Kaelan. Maëlia fronça les sourcils, jusqu'à ce qu'elle remarque la couleur des yeux de l'oiseau.
-Tu t'es lié à un animal aussi ? s'exclama-t-elle.
-Peu après ton départ, oui. Hawkeye était blessé sur le rebord de ma fenêtre et je m'en suis occupé.
-Hawkeye ? répéta moqueusement la blonde. Tu as appelé une buse Œil-de-faucon ?
-C'est justement l'idée.
La blonde sourit en secouant la tête. Layaqhar s'approcha alors.
-Est-ce que c'est ta louve ? sourit Kaelan. Layaqhar, c'est bien ça ?
La louve lui lécha le bout des doigts pour toute réponse.
-Elle est magnifique, dit-il en tendant la main pour la caresser. Et elle est grande !
Il commença à la caresser juste derrière les oreilles et elle se laissa faire en fermant les yeux de contentement.
-J'aime bien ton frère.
Maëlia éclata de rire, avant de répéter ce que Layaqhar avait dit à Kaelan. Le jeune nain sourit et enlaça carrément l'imposant animal.
-Bon, je crois qu'il est temps que je rentre à la maison, annonça l'aînée.
-Tu rentres pour de bon ? demanda Kaelan avec espoir.
Le cœur de Maëlia se serra douloureusement dans sa poitrine. Elle déglutit avec peine.
-Je ne sais pas, répondit-elle d'une petite voix. J'ai des projets que je tiens à réaliser. Et ça implique de partir régulièrement, pour plusieurs semaines.
-Tant que tu reviens, sourit son frère. Je ne veux plus passer cinq mois à m'inquiéter pour ma sœur. Plus jamais.
Maëlia n'osa pas le confirmer, puisqu'elle savait qu'elle ne pourrait peut-être pas tenir cette promesse. Elle saisit son frère par la taille et le déposa sur le dos de Layaqhar.
-Allez, on rentre maintenant. Les filles, vous venez ?
-Toujours prête ! répondit Ashana en grimpant sur Maharib.
La petite troupe se mit en marche vers le plus grand royaume nain de la Terre du Milieu. La blonde et sa louve noire déclenchèrent une immense vague de murmures sur leur passage, mais Maëlia n'y prêta pas la moindre attention. Elle n'était pas arrivée là où elle était avant de partir en s'arrêtant pour écouter les commérages de couloir. Elle allait se diriger vers ses anciens appartements, ceux de Kili et Marie en fait, mais Alyandra lui fit non de la tête et ouvrit la porte juste en face. Des appartements qu'elle n'avait jamais vus étaient sous ses yeux. Un grand salon en fait, et cinq portes de bois.
-Nos appartements personnels, sourit Kaelan. On les a fait faire exprès pour nous. On a chacun une chambre, la salle de bain est au milieu, c'est la porte en chêne massif. Ta chambre est la porte la plus à gauche, j'y ai transporté toutes tes affaires.
-Les parents vous ont vraiment laissé faire ça ? Vous vivez seuls ? A dix ans ?
-D'abord, j'ai onze ans, répliqua Alyandra. Et ils n'ont pas eu le choix. Amira peut être très convaincante quand elle veut.
-Alyandra est devenue rebelle ? Mais qu'est-ce qu'il s'est passé en cinq mois ?
-Tu es partie, répondit simplement son petit frère depuis le canapé. C'est ça qui a tout changé.
Maëlia baissa la tête avec un air coupable. Elle se laissa tomber sur le fauteuil et Layaqhar se coucha à ses pieds, la tête sur les pattes. Soudain la porte s'ouvrit à la volée et un Kili essoufflé fit irruption dans la pièce.
-Vous trois et vos animaux, dehors, ordonna-t-il immédiatement aux plus jeunes. Tout de suite.
Maëlia serra les poings et s'adossa confortablement dans son fauteuil.
-Lève-toi, ajouta Kili en la regardant droit dans les yeux. S'il-te-plaît.
Elle sentit que ce n'était pas exactement un ordre, et fit ce qu'il lui demandait. A peine fut-elle debout qu'il franchit les trois pas qui les séparaient d'une enjambée et l'enlaçait avec force.
-Je suis tellement désolé, souffla-t-il. On aurait dû t'en parler plus tôt, mais on a pensé que tant qu'on n'en parlait pas, tout irait bien. Mais je t'en prie, ne refais plus ça.
Elle hocha la tête sans se détacher de son étreinte.
-Je suis désolée, je n'aurais pas dû partir, c'était une réaction puérile et impulsive.
-C'est bon, dit-il en la tenant à bout de bras. C'est derrière nous à présent. Je suis content que tu sois là, c'est le principal. Tu n'es pas blessée ? Épuisée ? Affamée ?
-Non, je vais très bien. Je raconterai tout ce qu'il s'est passé au repas, je n'ai pas envie de répéter l'histoire plusieurs fois.
-D'accord. On se verra au dîner alors. Tu auras le temps de prendre un bon bain et tu pourrais peut-être même porter une robe ?
-Une robe. Évidemment, grommela Maëlia.
-Le retour de l'aînée des héritiers appelle forcément à une grande annonce, tu sais bien qu'on ne peut pas y échapper.
-C'est vrai. Et sinon, comment ça va, depuis tout ce temps ?
-Ta mère va bien, même si ça a été dur quand tu es partie. Elle a l'impression d'être la pire mère au monde parce qu'elle n'a pas été capable de te dire que je n'étais pas ton père biologique. Elle a essayé de tenir le coup pour Kaelan, mais finalement c'est plutôt lui qui a pris soin d'elle. Il est étonnant, ton frère. Tu sais qu'à la mi-octobre, il était devant le Roi Thranduil seul en face à face, en train de le supplier de nous aider à te chercher ? Et il l'a convaincu ! Ton frère est le plus grand Prince qu'on ait vu depuis très longtemps. Bien mieux que moi ou Fili à son âge. On croirait presque qu'il est adulte parfois, c'est troublant.
-Oui, je sais. Et Oncle Fili et Tante Anna ? Comment se portent-ils ?
-Eh bien, l'état de ton grand-oncle se dégrade malheureusement. Alors ton oncle sera couronné Roi dans deux mois, et il a déjà le poids de tout le royaume sur les épaules, mais tu le connais, il gère avec calme et sagesse. Quant à ta Tante, elle a pris ton régiment spécial sous son aile, et continue à briller en société et dans le monde diplomatique, même si on a frisé la crise interne quand elle a appris qu'elle allait être Reine si jeune. Elle espérait ne jamais avoir à monter sur le Trône, ou au moins avoir l'expérience des années derrière elle.
-Si je sais encore compter, elle va avoir trente-six ans en âge humain.
-On peut dire ça. En réalité elle allait avoir vingt-deux ans quand nous sommes revenus à Erebor, et depuis cet anniversaire nous comptons son âge en âge de nain. Ça lui avait fait quatre-vingt-cinq ans à l'époque. Elle va donc fêter ses quatre-vingt-dix-sept ans dans moins d'un mois, expliqua Kili.
Maëlia hocha la tête.
-Il faut que j'aille voir Papy, décida-t-elle.
-D'accord, sourit son père adoptif. Rappelle-toi seulement de ne pas l'appeler comme ça devant lui.
-Promis !
Et avec ça elle fila voir Thorin, que les quatre enfants appelaient affectueusement « Papy ».
Voilà, l'aventure de Maëlia se termine, et après quelques chapitres de transition on arrivera à la quête de l'anneau ! Bisous et à bientôt.
