LES LOUVES DU NORD

J'suis au bout de ma vie ! Ca fait dix jours que je suis malade, je galère à rattraper mes cours et faire tous mes devoirs, et en plus je dois m'occuper des inscriptions aux différentes universités, et j'en peux plus.

Nymueh : tu voulais voir Maëlia, tu vas être servie ^^

Triskelle sparrow : et le pas cool ne fait que commencer...

Lumatie : j'espère aussi que Maëlia va s'en sortir... mais pour le moment c'est pas gagné.

Je préfère prévenir, les personnes sensibles seront peut-être un peu secouées par ce chapitre !


Tome 2 : La communauté de l'Anneau

Chapitre 4 – Torture

30 octobre 3018, camp secret des sauvages en Rohan

-AAAAAARGH !

-L'abîme pas trop Dran, ricana le chef des sauvages. Si on veut toucher une quelconque rançon, il nous la faut vivante et entière.

-Je me contente de la marquer, répondit Dran avec un sourire torve. Jusqu'à ce qu'elle parle.

Il abaissa à nouveau son bras avec force.

-AAAAAAARGH !

Maëlia ferma ses paupières aussi fort que possible sans se soucier de la douleur qu'engendrait ce simple mouvement. Vingt-six jours qu'elle était prisonnière des pillards. Vingt-deux jours qu'elle était attachée à ce poteau. Une corde épaisse et solide avait été serrée autour de ses poignets, et avait été accrochée en haut du mât de bois, lui interdisant tout mouvement des bras. Pendue par les mains depuis vingt-deux jours, les orteils touchant à peine le sol. Elle avait donné de violents coups de pieds à ses geôliers le premier jour, mais ils avaient rapidement attaché ses chevilles pour l'en empêcher également. Puis, elle ne se souvenait plus de rien, à part trois choses : le nombre de jours qui s'étaient écoulés, la douleur pire que la pire douleur qu'elle avait jamais éprouvée, et enfin leurs questions auxquelles elle répondait toujours la même chose. « Allez tous vous faire foutre. Lorsque je ne serai plus attachée, vous regretterez votre venue au monde et je prendrai plaisir à vous tuer ».

-Parle ! lui ordonna Dran, le bourreau attitré du camp.

Elle cracha sur ses bottes boueuses pour toute réponse.

-Elle est solide la petite, remarqua le chef. Prendre autant de coups de fouets pendant plus de vingt jours et continuer à tenir, c'est du jamais vu. Dran, arrête. Il est l'heure de dîner.

Dran posa son fouet non loin du poteau, laissant le sang frais goutter sur le sol. Maëlia soupira. Sa torture s'arrêtait pour aujourd'hui. Les coups de fouet ne reprendraient que demain quand le soleil commencera à décliner dans le ciel, jusqu'à la tombée de la nuit. Une fois qu'elle fut sûre que les sauvages étaient partis dîner, elle laissa libre cours à ses larmes.

Layaqhar était partie chasser dans la nuit, et elle dormait tranquillement contre un arbre, sans feu ni traces qui la feraient repérer, comme d'habitude. Et ils étaient arrivés, l'avaient désarmée comme une enfant et l'avaient traînée pendant quatre jours avant d'atteindre leur camp principal. Elle s'accrochait à ses souvenirs pour ne pas se laisser briser. Elle préférait mourir debout, torturée jusqu'à son dernier souffle, que de vivre brisée comme une esclave. Elle avait tenté de faire appel à sa magie, quand ils lui laissaient suffisamment de temps pour se concentrer, mais rien ne s'était passé, pas la moindre étincelle, la moindre chaleur sur le bout de ses doigts, rien du tout.

Des cris la tirèrent hors de ses pensées. L'un d'eux avait dû déclencher une bagarre, sûrement pour un bol de nourriture renversé ou un bout de butin convoité. Cela arrivait un jour sur deux. Puis elle entendit des bruits de sabots. Elle fronça les sourcils mais s'arrêta immédiatement parce que cela lui faisait trop mal.

Parce qu'en plus des coups de fouet, certains sauvages s'amusaient à lui asséner quelques coups de poing bien sentis. Ses deux yeux étaient enflés, la peau allant du rouge au vert en passant par le bleu et le violet autour. Ses lèvres avaient été fendues trop de fois pour qu'elle garde le compte, tuméfiées au-delà de ce qu'elle pensait possible. Sa pommette droite avait presque doublé de volume, et sa mâchoire n'était pas brisée, pas encore, mais ça n'allait pas tarder si elle prenait encore un coup de pommeau d'épée.

Elle entendit distinctement le bruit de sabots se rapprocher, et laissa ses sens, l'entraînement et l'habitude prendre le dessus. Des chevaux rapides et légers, au moins quarante, non, cinquante. La possibilité que ce soit d'autres pillards fut écartée au moment où les cris de ses geôliers s'intensifièrent. Ils se faisaient massacrer apparemment. Cela ne lui faisait absolument rien, ils pouvaient tous mourir et ça ne lui ferait ni chaud ni froid, seulement elle aurait préféré les tuer elle-même. Elle voulait régler sa dette, et avec Dran et leur chef, l'addition était longue. Puis l'absence soudaine de cris d'agonie la frappa. Elle se força à écouter, et comprit que les chevaux et leurs cavaliers investissaient le camp. Elle s'empêcha d'espérer, elle savait que ses chances de mourir dans les prochaines minutes avaient drastiquement augmentées.

-Mon Prince ! fit une voix, à peine à trois mètres d'elle. Mon Prince, venez voir !

Maëlia n'avait même plus la force d'ouvrir les yeux. Elle écouta attentivement et entendit des bruits de pas qui s'approchaient. L'homme qui avait parlé. Quatre autres, dont l'un d'eux était probablement le prince dont le premier avait parlé. Si cet homme était réellement un prince, alors il ne pouvait s'agir que de deux personnes. Soit Théodred du Rohan, soit Faramir du Gondor. Les autres princes de la Terre du Milieu ne pouvaient pas être là, Kaelan était à Erebor, Legolas et Boromir étaient à Rivendell, Elladan et Elrohir aussi. Et son choix se portait plutôt sur Théodred. Faramir n'allait sûrement pas s'aventurer avec une troupe aussi loin au Nord avec les orcs qui ne cessaient de les harceler aux frontières avec le Mordor et en Ithilien.

-Par les Valars, souffla une nouvelle voix. Détachez-la, vite ! Et amenez-moi le guérisseur !

Les cordes qui la maintenaient dans cette position furent coupées, et elle s'écroula au sol avec un cri de douleur, qui se transforma en un hurlement lorsque son dos toucha les graviers.

-Elle est blessée au dos, aidez-la ! demanda celui qui avait donné les ordres.

Donc lui, c'était le prince. Elle sentit un homme, non, deux, s'agenouiller près d'elle. Elle serra les dents et réussit à lever légèrement le bras.

-Non, dit-elle d'une voix suffisamment forte pour être entendue. Ne me touchez pas.

Elle ne savait pas encore s'ils étaient de potentiels alliés, par conséquent elle ne voulait prendre aucun risque.

-Ma Dame, intervint celui qui avait autorité. Est-ce que vous m'entendez ?

-Oui, grogna-t-elle.

-Je suis le Prince Théodred du Rohan, et ce sont mes hommes. Nous nous sommes occupés des sauvages, ils ne vous feront plus aucun mal. Nous allons vous ramener avec nous, et vous soigner. Mes hommes ne vous feront aucun mal, je vous le promets sur mon honneur et sur celui de mon pays.

Elle laissa retomber sa main, cela lui demandait trop d'efforts.

-Que vous est-il arrivé ? Si vous pouvez parler sans trop de mal bien sûr.

-Capturée il y a vingt-six jours. Torturée par fouet depuis vingt-deux jours. J'étais seule, et ils ne m'ont pas violée. J'ai aussi pris des coups au visage et au ventre, mais ça, vous pouvez déjà le voir.

Elle était en simple pantalon et tunique, évidemment les sauvages lui avaient retiré son armure, ses armes et ses sacoches.

-Je peux vous assurer qu'ils ont payé pour ces crimes, lui dit Théodred. Le guérisseur arrive, il évaluera vos blessures et s'occupera de vous, ne vous en faites pas. De quel village venez-vous ?

-Je ne suis pas d'ici. Princesse Maëlia du royaume d'Erebor, se présenta-t-elle. Générale d'armée depuis près de quinze ans, capitaine de la légion inter-royaumes, meilleure guerrière d'Erebor et de Dale depuis que j'ai treize ans, chef des éclaireurs de l'armée depuis quelques années également. Prince Théodred, c'est un honneur de faire votre connaissance.

Le silence accueillit sa petite tirade. Les soldats présents échangèrent des regards stupéfaits.

-Vous êtes une des trois louves du Nord ? souffla le prince comme s'il avait vu un fantôme.

-Ah oui, j'avais oublié ce titre, rit-elle.

Son rire se transforma en grognement de douleur puis une quinte de toux et elle recracha du sang. Elle essaya de se relever mais une douleur fulgurante lui embrasa le dos, qui la faisait déjà atrocement souffrir, et elle retomba inconsciente sur le sol.

-Princesse Maëlia ? l'appela Théodred. Princesse ! Princesse, non, ne vous endormez pas ! Allez, réveillez-vous !

Il se jeta à genoux près d'elle et souleva tout doucement sa tête avec délicatesse.

-Je vous en prie, réveillez-vous ! la pressa-t-il.

Elle ne pouvait ouvrir les yeux avec ses paupières aussi gonflées que des balles de tennis, mais réussit à bouger les doigts pour montrer qu'elle n'était plus inconsciente.

-Je suis là, murmura-t-elle.

-Très bien, ne vous endormez pas. Que fait le guérisseur ?! On a une blessée grave ici !

-Théodred… appela-t-elle avant de tousser.

-Oui Maëlia ? Je suis là, ne vous inquiétez pas.

-Mon armure… Mes armes, et mes sacoches. Elles sont forcément dans le camp, sûrement la tente du chef. Je vous en prie, si vous m'emmenez, il ne faut pas les oublier.

-J'envoie tout de suite quelqu'un les chercher. Y'a-t-il un signe distinctif pour les reconnaître ?

Elle leva à peine la main et dessina rapidement un symbole dans la poussière. Elle avait dessiné ce blason tellement de fois qu'elle n'avait même pas à regarder ce qu'elle faisait, une chance vu son état. C'était une tête de loup stylisée, et deux runes en dessous. Celle de l'honneur à gauche, et celle du devoir à droite.

-Mon blason, répondit-elle. Il est sur toutes mes possessions.

-Très bien. Ah, voilà le guérisseur.

-Mon Prince, que… Par les Valars ! Amenez-moi de l'eau et un linge, propres ! Mon Prince, il va falloir découper les lambeaux de sa tunique et dévoiler son dos, s'il-vous-plaît.

Théodred prit son couteau et découpa soigneusement tout le dos de la chemise, retirant les bouts de tissu qui collaient à la peau, imbibés du liquide écarlate qui ruisselait sur le corps de la jeune femme. Elle grogna alors qu'ils tiraient sur les ignobles blessures qui barraient son corps.

-Je suis désolé mais ça fera forcément mal, s'excusa Théodred.

-Ça va, répliqua-t-elle. J'ai connu plus de vingt jours de fouet et de coups, pendue par les mains. Je peux endurer encore un peu de douleur, surtout si celle-là s'avère bénéfique.

Tout le monde échangea un regard mal-à-l'aise autour d'elle. Elle était vraiment aussi sidérante que dans les histoires qu'ils avaient entendues sur la Grande Louve du Nord. En parlant de loup…

-MAËLIA ! OÙ ES-TU PAR LE CALEÇON EN MITHRIL DE L'ANCÊTRE GURDIL ?!

-Layaqhar ? marmonna Maëlia en relevant à peine la tête.

-Comment ? demanda Théodred qui n'avait pas compris ce qu'elle disait.

-PAR LA BARBE ROUSSE TRESSÉE DE GURDIL-CUL-BRILLANT ! MAËLIA ! JE SENS QUE TU N'ES PAS LOIN DE MOI ! RÉPONDS-MOI ! ÇA FAIT VINGT-SIX JOURS QUE J'ESSAIE DE TRAQUER VOS TRACES MAIS LES PILLARDS SONT FICHTREMENT MALINS ! OÙ ES-TU BON SANG ?!

-Layaqhar, répéta Maëlia en essayant de se lever.

-Non, Maëlia, restez calme ! protesta le prince.

Maëlia commença à sentir la présence si réconfortante de sa meilleure amie, et rassembla ses dernières forces.

-Bouchez-vous les oreilles, dit-elle avant de prendre une grande goulée d'air. LAYAQHAR !

Un hurlement de loup retentit non loin. Les soldats tirèrent aussitôt leurs lames, sur le qui-vive. Pourtant, aucun n'osa bouger quand l'impressionnant animal apparut entre les tentes et les toisa de toute sa hauteur, avant de lécher doucement la main de la blonde.

-Layaqhar, fit Maëlia avec soulagement. Ne les attaque pas, voici le Prince Théodred du Rohan et ses hommes. Sois gentille avec eux s'il-te-plaît. Maintenant, aide-moi et trace la rune que je t'ai apprise sur ma main.

-Maëlia… Cette rune est dangereuse pour nous ! C'est de la folie !

-Folie ou pas nous n'avons pas le choix ! Ils nous protégeront. Je ne peux pas rester dans cet état plus longtemps, je t'en supplie.

-Bien. Explique-leur d'abord, et on s'y met.

-Théodred, voici ma louve Layaqhar. Elle ne vous fera aucun mal. Elle va devoir me griffer la main pour me soigner. C'est une longue histoire et je vous expliquerai tout quand j'irai mieux, mais après ça, on va toutes les deux être très affaiblies et on aura besoin de votre protection. Vous avez bien compris ?

-Oui, nous vous protégerons, acquiesça immédiatement le prince. Laissez seulement notre guérisseur finir de nettoyer votre dos.

Un instant plus tard, on voyait nettement la multitude de traits rouges à l'aspect déchiré et horrible qui barraient affreusement la peau si pâle de la jeune femme. Layaqhar sortit les griffes, et traça soigneusement une des runes interdites sur le dos de la main droite de Maëlia. A peine le dernier trait fut-il tracé que Maëlia se mit à crier, alors que la rune sanglante s'illuminait de bleu. Layaqhar se laissa tomber lourdement sur le sol alors que ses yeux se mettaient à briller comme deux lanternes.

Les hommes restèrent pétrifiés devant l'étrange phénomène, qui dura plus de dix minutes. Théodred était fasciné par la lumière bleue, et la magie qui gravitait autour de la blonde et de l'énorme louve. Et lentement, sous les regards émerveillés des soldats, les bords de plaies se rapprochèrent, les cicatrices se formèrent, et le sang cessa de s'en échapper. Bientôt on ne voyait plus qu'un affreux motif de lignes rose pâle entrecroisées, recouvrant la totalité du dos de la jeune femme, et qui ne partirait plus jamais, marque indélébile de l'horreur qu'elle avait endurée avec plus de courage et de force que n'importe qui.

Et finalement, sous leurs yeux ébahis, Layaqhar se releva et se plaça à côté de Maëlia. Cette dernière releva un bras et s'accrocha à la fourrure noire de son amie pour se relever. Le bout de toile qu'il restait de sa chemise la couvrait à peine et Théodred se précipita pour l'aider à tenir debout, l'enveloppant rapidement dans sa propre cape.

-Bonsoir, sourit-il quand Maëlia ouvrit enfin les paupières et le regarda dans les yeux. Ça va ? Comment vous vous sentez ?

-Bonsoir Prince Théodred. Ça va, je me sens beaucoup mieux, ça ne fait presque plus mal. Pardonnez ma tenue indécente et les circonstances peu idéales pour cette première rencontre.

-Non, je vous en prie, ne vous excusez pas pour ça ! protesta-t-il avec un sourire. Je suis heureux d'avoir avancé cette attaque de deux jours, et de vous avoir sortie de là.

-J'ai une dette envers vous, dit-elle en hochant la tête. Et je tiens à l'honorer.

-J'ai entendu tellement de choses sur vous, l'entêtement en faisant partie, je n'essaierai même pas de vous en dissuader. Si vous voulez faire route avec mon eored quelques temps, nous en serions honorés.

-Pourquoi pas, sourit Maëlia. Oh, vous avez mes affaires ?

Le soldat qui les avait trouvées s'approcha et lui tendit le paquet. Elle lui sourit pour le remercier et disparut sous une tente pour se changer. Elle trouva une gourde d'eau et la vida sur le visage, appréciant énormément le contact frais qui lui avait manqué depuis tant de temps. Elle prit ses vêtements à bouts de bras, les observant en fronçant les sourcils. Ils lui paraissaient beaucoup plus lourds à présent, et ce n'était pas qu'une question de poids, parce que son armure était légère pour permettre une plus grande rapidité dans ses mouvements.

Elle retira ses vieilles guenilles, et se glissa avec délice dans un pantalon en cuir de daim brun. Elle enfila sa tunique bleue matelassée, et son armure en cuir et cotte de maille. Elle remit ses bottes et les laça, enfila ses brassards en fer forgé, mit sa ceinture et vérifia qu'elle avait bien toutes ses armes. Elle rangea soigneusement ses sacoches, glissa sa dernière dague dans sa botte droite, et glissa sa main gauche dans la poignée de son bouclier, resserrant ses doigts sur la lanière de cuir qu'elle avait fixée elle-même. De la main droite elle saisit sa bonne vieille épée, admirant le reflet de la flamme de la bougie sur l'acier impeccable et aiguisé. Elle rangea l'arme en soupirant et posa le bouclier au sol.

Elle reprit sa propre cape et la passa avant d'accrocher le bouclier dans son dos, grimaçant quand elle sentit que ses mouvements tiraient sur ses cicatrices fraîches. Elle passa de l'eau dans ses cheveux jusqu'à ce que les pointes redeviennent blondes et non plus rouges. Elle tendit la main droite pour ouvrir le pan de tissu qui servait de porte à la tente, mais stoppa son geste quand elle vit la rune tracée sur sa main. Son regard se voila quand ses yeux se posèrent dessus. Elle avait pris un énorme risque en faisant ça. Et surtout elle avait utilisé le seul filet de sécurité qu'elle avait en cas de blessure très grave ou de mort imminente. Enfin pas vraiment, il restait une autre rune interdite, mais celle-là elle ne l'utiliserait jamais. Jamais elle ne demanderait à qui que ce soit de se sacrifier pour qu'elle vive. Elle passa doucement ses doigts sur les traits d'un rouge écarlate sur sa peau. C'était comme un tatouage, cette rune resterait à jamais gravée ainsi sur sa peau, lui rappelant tous les jours ce cauchemar qu'elle venait de vivre.

Elle regarda un instant son reflet dans une bassine d'eau. On aurait seulement dit qu'elle sortait d'un rude combat : elle avait quelques marques dans le cou, une trace rouge sur sa pommette gauche et l'arcade sourcilière droite fendue. Ses cernes étaient marqués mais cela la préoccupait peu. Elle avait à nouveau un visage humain, et après quelques heures de sommeil elle serait à nouveau capable de se battre, avec autant de force qu'avant.

-Elle est incroyable, fit une voix non-loin.

Elle se retourna et vit deux silhouettes se découper de l'autre côté de la paroi de sa tente. Elle se figea et tendit l'oreille.

-C'est sûrement la femme la plus forte mentalement de la Terre du Milieu, continua la voix qu'elle identifiait comme celle de Théodred. J'ai entendu beaucoup de choses sur les trois louves du Nord, et encore plus sur la Grande Louve. C'est bien la seule qui aurait été capable de résister à vingt-deux jours de coups de fouet ! Et réussir à nous parler comme elle l'a fait après, c'est d'une insolence et d'une provocation terrible. Pas envers nous évidemment, mais j'ai trouvé ça… très fort. Et par les Valars, on m'avait dit qu'elle était belle, mais c'est la plus belle créature sur laquelle j'ai jamais posé mes yeux !

Maëlia sourit. Même battue et couverte de blessures des gens la trouvaient belle. Et ils avaient l'air de croire qu'elle était un genre de déesse vengeresse. Elle se sentait étrangement épaulée et comprise par ces gens qu'elle ne connaissait même pas. Elle secoua la tête, et sortit de la tente, sacoches à la main. Elle marcha droit à travers le camp, à longs pas assurés et rapides comme elle en avait l'habitude, et passa les sacoches en travers du dos de Maëlia, serrant les sangles juste de ce qu'il fallait. Elle aussi montait à cru pour voyager.

-Princesse Maëlia ? l'appela Théodred.

-S'il-vous-plaît, juste Maëlia, sourit-elle doucement. Que puis-je pour vous Théodred ?

-Eh bien, nous allons camper ici cette nuit. Je venais pour vous montrer où était votre tente personnelle. Comme vous êtes la seule femme parmi nous, j'ai pensé que ce serait un peu plus sécuritaire, et aussi qu'un peu de calme vous ferait du bien. Vous me suivez ?

-Évidemment. Et je ne voudrais pas abuser de votre gentillesse et de vos égards, mais auriez-vous quelque chose à manger s'il-vous plaît ?

-Oui, mes hommes préparent du ragoût de biche avec les animaux capturés dans la journée, et il est prévu que vous en ayez une part, comme tout le monde.

-Je vais laisser ma louve aller chasser pour se nourrir, annonça-t-elle avant de gratter Layaqhar derrière les oreilles.

Théodred regarda avec émerveillement Layaqhar s'élancer sur ses pattes puissantes et disparaître dans la nuit. Maëlia partagea le repas des hommes en silence, appréciant la bonne nourriture, et alla se coucher dans la tente qui lui avait été réservé. Le garde qui fut posté en faction pour la protéger fut surpris par la force de ses cris quand elle se réveilla à cause de cauchemars. La troisième fois, il courut chercher Théodred, qui essaya de calmer la jeune femme, avec plus ou moins de succès.


Et voilà ! Maëlia a été physiquement sauvée, mais il en faudra bien plus pour la sauver mentalement... Dites-moi ce que vous en avez pensé par review ^^