Chapitre 13
Nager dans les eaux troubles
Des lendemains
Attendre ici la fin
Flotter dans l'air trop lourd
Du presque rien
A qui tendre la main
Si je dois tomber de haut
Que ma chute soit lente
Je n'ai trouvé de repos
Que dans l'indifférence
Pourtant, je voudrais retrouver l'innocence
Mais rien n'a de sens, et rien ne va
Tout est chaos
A côté
Tous mes idéaux : des mots Abimés...
Je cherche une âme, qui
Pourra m'aider
Je suis
D'une génération désenchantée, désenchantée
Qui pourrait m'empêcher
De tout entendre
Quand la raison s'effondre
A quel saint se vouer
Qui peut prétendre
Nous bercer dans son ventre
Si la mort est un mystère
La vie n'a rien de tendre
Si le ciel a un enfer
Le ciel peut bien m'attendre
Dis-moi,
Dans ces vents contraires comment s'y prendre
Plus rien n'a de sens, plus rien ne va.
Désenchantée, Mylène Farmer.
Bella exultait. Elle avait rarement autant pris son pied en faisant du shopping. Si personne ne l'arrêtait, elle allait probablement vider son compte en banque. A vrai dire, elle s'en fichait. Elle ressentait une sorte de fureur euphorique et elle entendait bien en profiter. Elle pénétra dans le magasin de chaussures le plus proche et déclama :
- A bas les hippies et vive la société de consommation !
Rosalie et Angela échangèrent un regard interloqué et Angela murmura :
- Mais qu'est-ce qu'elle a ?
Rosalie haussa les épaules :
- Je ne sais pas, mais j'avoue, ça fait un peu peur...
Angela hocha la tête et marmonna :
- On va mettre ça sur le compte d'une semaine difficile...
- Oui, tu as raison, attendons demain avant de la faire interner.
Angela sourit. Elle était contente que la guerre froide entre elle et Rosalie soit terminée. Ce n'était plaisant pour personne et elle était se réjouissait d'avoir retrouvé la cohésion qui rendait la coloc si agréable.
Elles s'installèrent au milieu de leurs innombrables sacs au Starbucks et Rosalie grogna :
- Où sont les mecs quand on a besoin d'eux ?
Bella la regarda interdite :
- Ben, pourquoi t'as besoin des mecs ?
- Ben pour porter les sacs, banane !
Angela sourit et Bella répondit :
- Tu te crois dans une série ou quoi ? C'est la vraie vie ici... !
- Oui, ben la vraie vie, c'est nul... Et au lieu de briser mes rêves, tu vas nous expliquer ce qu'il t'a pris tout à l'heure ? On aurait dit une véritable accroc du shopping !
Bella soupira et répondit :
- Je ne sais... Il faut croire que j'ai besoin de moyens d'extérioriser la colère et la frustration qui bouillonnent en moi...
Angela avala une gorgée de son café puis demanda :
- Et on peut savoir pourquoi tu es en colère exactement ?
- A vrai dire, je pense que si je le savais, ce serait plus facile pour moi d'y remédier... Pourtant, je ne sais pas trop pourquoi, mais j'ai cette envie de crier en ce moment...
Rosalie la regarda intensément et lâcha :
- Alice peut-être ?
Bella baissa les yeux avant de répondre :
- Peut-être... Mais pas seulement...
Comme Bella ne poursuivait pas, Angela tenta de l'encourager :
- Qu'est-ce qui t'embête d'autre à part Alice ?
Bella haussa les épaules et ne répondit pas. Elle ne savait pas vraiment. Alice était probablement au cœur de ses interrogations, cependant, elle sentait autre chose, tapi dans l'ombre qui l'angoissait, sans qu'elle puisse l'identifier avec précision. Elle s'enferma dans ses pensées et laissa ses deux colocs faire la conversation.
- Mais taisez-vous bordel, on ne les entend pas chanter !
Rosalie tempêtait. Elle aurait dû savoir que c'était une mauvaise idée d'inviter les mecs à une soirée The Voice. Emmett n'arrêtait pas beugler et Ben et Edward faisaient les andouilles devant la télé.
Elle se resservit un verre de vin. Quitte à ne pas pouvoir regarder The Voice tranquillement, autant rendre la soirée plus facile. Elle tendit également un verre à Bella qui ne semblait pas tout à fait dans son assiette. Rosalie s'inquiétait un peu pour elle. Dernièrement, elle était souvent perdue dans ses pensées et ne semblait pas vraiment là, avec eux. Elle ne savait pas quoi faire pour l'aider. Elle était un peu dépassée par cette relation compliquée qu'elle avait avec Alice. Rosalie ne comprenait pas pourquoi ces deux-là n'étaient pas encore ensemble ? Cela dépassait son entendement. Cela crevait les yeux pour tout le monde qu'elles étaient folles amoureuses l'une de l'autre. Elle ne percevait pas ce qui les retenait encore. Certes, Alice allait partir à New-York, et cela était peut-être une légère complication.
Quoiqu'il en soit, elle se devait d'essayer de sortir sa meilleure amie de sa torpeur, ou sinon, elle allait étrangler quelqu'un avant la fin de la soirée.
- Bella ?
Celle-ci ne prit même pas la peine de lever les yeux de son verre et grommela une vague réponse. Rosalie soupira. Cela allait être plus difficile que prévu... Elle insista :
- Tu ne m'as pas raconté ta soirée d'hier ? C'était bien ?
Bella but une gorgée, lentement, tout en réfléchissant à sa réponse. Quand elles étaient en école, Rosalie et elle ne trainaient pas avec les mêmes personnes. Bella avait gardé contact avec son groupe d'amis et les voyait de temps en temps. Pourtant, dernièrement, elle ne savait plus très bien quoi penser des soirées qu'elle passait avec eux. Tout était à la fois si simple et si compliqué...
- C'était... sympa. Le dîner c'était chouette, on a pu discuter, et puis après... on est allés en boîte...
Bella aurait préféré aller boire un verre dans un endroit sympa où ils auraient pu discuter. Il était impossible d'avoir une conversation digne de ce nom en boîte et du coup, elle n'avait pas pu prendre de nouvelles de tout le monde. Certes, ils se voyaient très souvent et c'était de sa faute si elle n'était pas au courant des derniers potins car elle n'allait pas à toutes les soirées.
Elle le regrettait d'autant plus que cela ne l'aidait pas à créer, ou recréer des liens forts avec eux. Parfois, elle se demandait si elle les comprenait vraiment et ce qu'elle attendait de ces soirées. Elle avait probablement encore de l'affection pour certains d'entre eux, et ils représentaient un passé révolu auquel elle aimait se raccrocher. Il est sans doute plus facile de se complaire dans des situations habituelles mais peu satisfaisantes plutôt que de se risquer dans le monde pour trouver de nouveaux compagnons de voyage. Compagnons qui sans doute la comprendraient mieux et auraient un véritable intérêt pour la personne qu'elle était devenue et non pour l'image qu'ils se faisaient d'elle et qu'ils n'avaient pas pris la peine de mettre à jour.
Rosalie ne la laissa pas s'appesantir sur ces considérations et poursuivit :
- Et alors, comment vont-ils ?
- Eh bien, je crois que Quil a encore des sentiments pour Gianna et qu'il se demande ce que ça veut dire par rapport à sa copine actuelle.
- Ah, il a une nouvelle copine Quil ?
- Je crois, mais en tout cas, elle n'était pas là.
- Et Gianna ?
- Je ne sais pas trop, on n'a pas vraiment pu discuter.
Bella soupira. Elle aimait beaucoup Gianna. Cependant, elle avait toujours eu le sentiment que leur relation était déséquilibrée. Elle avait fait tout ce qu'elle avait pu pour se faire apprécier d'elle mais elle n'était probablement pas l'amie que recherchait celle-ci. Cela l'attristait. Elle avait pensé à un moment qu'elles auraient pu être les meilleures amies du monde, et puis... elles s'étaient éloignées de nouveau.
- Et la soirée s'est déroulée... comme d'habitude ?
Bella sourit face à l'allusion à peine voilée de Rosalie et répondit :
- Tout à fait. Elle a dansé un peu trop collé-serré avec Embry et elle s'est pris une volée de bois vert par Rebecca qui n'a pas du tout apprécié.
- Mais ça fait pas genre 5 ans qu'ils ne sont plus ensemble Rebecca et Embry ?
- Ben si, mais bon, j'imagine que c'est comme un vieux pullover, même si tu ne le mets plus, tu n'as pas envie de le donner...
Rosalie se mit à rire.
- Mais Embry il n'a pas une copine d'ailleurs ?
- Si, mais en fait il avait rompu avec elle, mais en fait non. Je crois qu'ils se sont remis ensemble, je ne sais pas exactement, la musique était trop forte et je n'ai pas compris sa réponse...
Bella se mit à rire.
- Tu as hoché la tête genre t'avais compris ?
- Exactement.
Rosalie termina son verre et le reposa sur la table basse avant de demander :
- Et toi, tu leur as parlé d'Alice ?
Bella rougit et répondit :
- Non.
- Ah bon, mais pourquoi ?
- Déjà parce qu'ils ne m'ont pas demandé...
- Mais attends, ils ne t'ont même pas demandé des nouvelles d'Alec ?
- Ben non...
Rosalie haussa les sourcils. Bella était quelqu'un d'assez secret, ou plutôt de pudique. Elle ne parlait que très peu d'elle-même si on ne lui posait pas de questions. Cependant, cela la choquait que ses amis ne s'intéressent pas à sa vie et ne lui demandent pas de nouvelles de son copain...
- J'ai du mal à concevoir qu'ils ne t'aient même pas demandé ça...
- C'est probablement de ma faute... J'aurais pu en parler sans attendre que la question me soit posée... Mais je t'avoue que ça m'a plutôt arrangée...
Rosalie rigola. Ben tiens...
- Je n'avais pas très envie de parler de tout ça, ni d'Alice. Et d'ailleurs, pour dire quoi exactement ?
Rosalie rétorqua, saisissant la perche qu'elle attendait :
- C'est vrai ça, tu en es où avec Alice exactement ?
Bella soupira. Elle tendit son verre vide à Rosalie qui la resservit :
- Je ne sais pas trop... Tu n'avais peut-être pas remarqué, mais en fait... Je ne sais plus trop ou j'en suis dans ma vie de manière générale. Alice... C'est un peu la cerise sur le gâteau.
Rosalie se rapprocha de Bella et la serra dans ses bras. Bien sûr qu'elle avait remarqué qu'elle n'allait pas très bien. Cependant, elle ne savait pas si elle pouvait faire quelque chose pour l'aider.
Bella regardait le paysage défiler. Elle était d'une humeur massacrante. Elle n'avait aucune envie d'aller à ce week-end. Elle soupira et monta un peu le son de son IPod pour couvrir les cris des enfants. Elle avait passé la soirée avec Alice et serait bien restée avec elle ce week-end également. Ses sentiments envers la batteuse étaient extrêmement confus. Confus mais extrêmement forts. Elle avait probablement besoin d'en parler pour essayer d'y voir plus clair. Alice l'avait d'ailleurs fortement incitée à retourner voir sa psychologue. "Il faut laisser sa chance au produit" avait été son principal argument. Dieu n'avait pas créé le monde en un jour, il fallait qu'elle lui laisse un peu de temps. Elle soupira. Après tout, pourquoi pas ? Au moins elle pourrait discuter avec quelqu'un d'objectif de ce qu'elle avait sur le cœur.
Le train s'arrêta et elle se leva sans entrain pour récupérer sa valise. Rosalie l'attendait sur le quai avec un grand sourire.
Une fois dans la voiture, Rosalie lui lança :
- Bon ma belle, tu vas te détendre, me faire un sourire et te préparer à un week-end de folaïe.
Bella ne put s'empêcher de sourire. Rosalie était une véritable dictatrice de l'amusement.
- La soirée est commencée ?
- Oui, tout juste, mais ne t'inquiète pas, le meilleur est à venir !
- Ça n'a pas été trop dur de ne pas boire en m'attendant ?
- Si carrément. C'est d'ailleurs pour ça que tu vas m'aider à rattraper les autres filles !
Bella poussa un long soupir. Elle était fatiguée de sa semaine de travail et elle n'avait aucune envie de boire ce soir. Elle rougit en pensant qu'elle aurait préféré passer une soirée romantique avec Alice. Cependant, au regard de la motivation de Rosalie, rester sobre n'allait pas être une option...
Bella reposa bruyamment son shot sur le bar américain. Elle sentait le liquide brûlant descendre le long de son œsophage. Elle ne se souvenait déjà plus des prénoms des filles. A part la future mariée, Rosalie et Angela, elle ne connaissait personne. Cela lui était tout à fait égal. Elle n'était pas d'humeur à essayer de plaire aux gens. Elle allait être elle-même, désagréable et chiante s'il le fallait et elle n'allait pas se forcer à faire bonne impression devant des filles qu'elle ne verrait probablement que deux fois dans sa vie. Ce week-end et le week-end du mariage de Jessica.
Rosalie lui tendit un nouveau shot et elle tenta de se concentrer sur le jeu. C'était au tour de Julie ou Julia ou Justine de parler. Ladite fille dont le prénom commençait par un J s'éclaircit la gorge et déclara :
- J'ai jamais fait l'amour dans un lieu public !
Bella soupira, pensa on dit "je N'ai jamais, bordel", prit une inspiration et vida à nouveau son shot. Rosalie la regarda en diagonale avant de vider le sien et lui lança :
- Où ?
Bella rigola :
- A l'hôpital...
Une des convives émit un petit son dégoutté et dit :
- A l'hôpital ? Mais c'est super glauque...
Rosalie se mit à rire et répondit :
- Elle est sortie avec un interne...
L'autre eut l'air soulagée :
- Ah ok... Je vois le genre...
Bella haussa un sourcil. Elle se demandait bien ce que "je vois le genre" pouvait vouloir dire, mais elle n'avait pas envie de polémiquer et se contenta d'ignorer la remarque. Elle lança à Rosalie :
- Laisse-moi deviner : cabine d'essayage, cinéma... et... train ?
Rosalie lui lança des cacahuètes dessus et s'exclama :
- Tu me prends pour une salope ou quoi ?
- A ton avis ?
Rosalie se mit à rire et rétorqua :
- Ben tu as oublié l'avion, l'amphithéâtre de l'école, un jardin public, la plage et euh... la voiture garée dans la rue ça compte ?
Bella n'en pouvait plus de rire. Les autres filles les regardaient comme si elles étaient des extraterrestres et Bella s'en amusait franchement.
C'était à son tour, et elle déclara :
- Je n'ai jamais couché avec une fille !
Et avala son shot d'une traite. Alors que les autres filles la dévisageaient comme si elle était le diable en personne et que Jessica hoquetait de stupeur, Angela essaya de lui expliquer les règles entre deux fous rires :
- Mais Bella, t'es censée dire un truc que tu n'as vraiment pas fait ! Tu bois pas quand c'est toi qui parles !
Bella dévisagea toutes les participantes puis répliqua :
- Ben alors, personne ne boit ?
Jessica prit un air de dégout et rétorqua :
- Avec une fille ? Mais ça va pas, c'est... c'est...
Rosalie lui mit diplomatiquement la main sur le bras et dit :
- Ne finis pas cette phrase, je pense que ça vaut mieux.
Et elle enchaîna :
- Je n'ai jamais pris l'avion.
Angela lui donna un coup de coude avant de boire :
- C'est nul comme phrase, tout le monde va boire...
- Oui, c'est bien mon intention...
Elles furent interrompues en plein jeu par des coups frappés à la porte. L'une des témoins, Corine peut-être, se leva d'un bon et alla répondre. Bella avait la tête qui tournait légèrement. Elle se laissa aller dans les bras de Rosalie qui lui caressait les cheveux.
Jessica fut installée sur une chaise au milieu du salon et elles formèrent un cercle autour d'elle. Bella n'avait pas lu les milliers de mails qui s'étaient échangés au sujet de l'organisation de ce week-end mais elle avait une vague idée de ce qui allait se passer. Pas vraiment besoin d'être devin. Elle tenta de se préparer psychologiquement et observa ses camarades pour tenter de calquer ses réactions sur les leurs. Elle avait le pressentiment que ses réactions naturelles ne correspondraient pas à ce qu'il serait attendu d'elle dans ce genre de circonstances.
Tony, officier du GIGN entra dans la pièce l'arme à la main et une musique entrainante se voulant probablement sexy résonna dans la pièce. Les filles se mirent à émettre des cris stridents et échangeaient des regards complices de petites filles en train de faire une chose interdite. Interdite. C'est exactement le mot que Bella aurait choisi pour définir sa réaction. Le show de Tony commença et toutes l'encourageaient de cris, de sifflets et de... tee-shirts volants dans la pièce... Bella décida de stopper là le mimétisme et garda son tee-shirt sur elle. Un quart d'heure plus tôt ces filles avaient peur qu'elle ne leur saute dessus et maintenant, elles se dandinaient en soutien-gorge face à un faux officier du GIGN qui leur faisait un strip-tease. Elle décida que pour ce soir, elle cesserait de tenter de comprendre la nature humaine. Elle fut rassurée de constater que Rosalie et Angela avaient aussi gardé leur tee-shirt et que Rosalie prenait des photos et des vidéos avec un sourire que Bella aurait qualifié de diabolique. Elle était contente de ne pas être à la place de ces filles ! Rosalie avait maintenant la possibilité de les faire chanter !
Lorsque Tony, qui était quasiment en tenue d'Adam, alla chercher une banane sur le comptoir, et d'un coup de dents expertes lui donna la forme d'un pénis - avec un réalisme épatant - avant de la placer de telle sorte que Jessica puisse mimer une fellation, Bella se demanda si le moment n'était pas opportun d'aller aux toilettes, de faire la vaisselle, ou d'aller ranger un peu les chambres à l'étage...
Aussi discrètement qu'elle le put, Bella sortit sur la terrasse et sortit son téléphone de sa poche. Ce petit show la mettait terriblement mal à l'aise. Elle ne savait pas réellement ce qui la gênait le plus... Le côté légèrement vulgaire, elle pouvait encore supporter : après tout, c'était marrant. Le fait que ce soit un homme, elle pouvait aussi apprécier. Ce n'est pas parce qu'elle n'avait désormais d'yeux que pour Alice qu'elle était dégoutée du corps des hommes. Simplement, une femme... Une femme aurait probablement été moins vulgaire... Quoique... elle n'en était pas vraiment sûre. Enfin, si cela avait été pour elle, quitte à choisir entre la peste et le choléra, elle aurait choisi une femme. Elle soupira à cette pensée. Qui essayait-elle encore de tromper en déclarant qu'elle était hétéro ? Si elle n'était pas forcément lesbienne, en tout cas, elle pouvait difficilement nier sa bisexualité. Elle observa les filles à travers la baie vitrée embuée et détourna le regard lorsqu'elle constata que Jessica avait retiré son soutien-gorge qu'elle faisait tournoyer au-dessus de sa tête. Voilà ce qui la mettait le plus mal à l'aise : la réaction des filles. Réaction qu'elle était incapable de ressentir, qu'elle se contentait d'imiter pour passer inaperçue mais qu'elle ne comprenait pas. Elle parvenait pas à ressentir la transe collective qui semblait s'être abattue sur le salon à l'arrivée de Tony, et elle était persuadée que cela n'était pas uniquement lié au fait qu'elle aurait préféré que Tony soit une femme.
Elle s'éloigna sans l'herbe mouillée du jardin et appela Alice.
Alice attrapa le verre que lui tendait Margot.
- Bon minette, tu vas nous dire ce qui te tracasse ?
Elle se renfrogna. Elle ne pouvait décidément pas être tranquille en ce moment. Il fallait toujours que quelqu'un lui rappelle qu'elle n'était pas dans son assiette. Elle ne pouvait même pas aller à une soirée au Cosy et faire comme au bon vieux temps sans qu'on lui fasse remarquer qu'elle n'était pas comme d'habitude.
- Rien, je t'assure.
Anna haussa les sourcils et lui susurra à l'oreille :
- Tu es sûre ma biche, parce que j'ai l'impression que tu as repoussé les avances de la belle blonde là-bas...
Alice frissonna tout en maudissant son corps de réagir à ce genre de drague de bas étage et répondit :
- Déjà elle n'est pas blonde, et en plus, elle n'est pas belle !
Margot se mit à rire :
- Mais depuis quand es-tu picky comme ça ?
Alice fronça les sourcils. Margot n'avait pas vraiment tort. Il y a quelques mois de ça, elle serait partie avec la fille sans demander son reste, sans réfléchir, sans se demander si elle était belle, moche, petite, grande, grosse, brune, rousse ou même travestie.
Anna lui passa la main dans le dos et l'invita à danser. Alice sauta sur l'occasion de couper court à la conversation et termina son verre avant de suivre son amie sur la piste de danse.
Il ne fallut pas deux morceaux pour que les mains d'Anna ne se baladent sur tout le corps d'Alice. Celle-ci tenta de prendre ses distances, mais Anna ne semblait pas vouloir la laisser filer si facilement. Elle n'était d'ailleurs probablement pas habituée à la voir se dérober de la sorte et ne percevait sûrement pas le message qu'Alice essayait de lui faire passer de son mieux.
Lorsqu'Anna l'enlaça et lui mordilla l'oreille avant de murmurer :
- J'ai envie de toi, on monte ?
Alice dut avoir recours à toute sa volonté pour ne pas laisser échapper un gémissement de plaisir. God. Elle était plus forte que ça. Elle pouvait résister. Elle pensa de toutes ses forces à Bella et au début de soirée qu'elle avait passé avec elle, mais cela ne fit rien pour arranger son état. Elle aurait tellement aimé que Bella reste passer la nuit chez elle. La laisser partir l'avait laissée dans un état de tension extrême. Elle n'avait qu'un mot à dire, qu'un geste à faire et Anna s'occuperait d'elle dans la minute. Mais elle ne voulait pas. Elle voulait être fidèle à Bella. Elle se sentit stupide de vouloir être fidèle à quelqu'un avec qui elle n'était même pas engagée mais resta tout de même sur sa position. Elle se dégagea des bras d'Anna et de ses lèvres brulantes et sortit prendre l'air, laissant Anna frustrée et interloquée sur la piste de danse.
Sans un regard en arrière, elle se dirigea telle une fugitive vers la sortie. Après tout, Anna pourrait toujours obtenir de Margot ce qu'elle attendait d'elle.
Une fois dehors, elle alluma fébrilement une cigarette et inspira profondément, laissant la fumée pénétrer au plus profond de ses poumons. Margot se planta devant elle et la força à la regarder dans les yeux :
- On peut savoir ce qu'il vient de se passer ?
Alice sentit une légère menace dans le ton de Margot, mais laissa couler :
- Je n'ai pas envie, c'est tout.
- Mais qu'est-ce qu'il se passe Alice ?
Alice soupira. Elle avait toujours préféré Margot à Anna. Avec Margot il y avait toujours eu un peu plus que du sexe, ce qui n'était pas le cas avec Anna. Avec Anna, elles ne parlaient pas.
- Je ne suis pas d'humeur à ça, je n'ai pas envie, c'est tout, pourquoi est-ce que c'est si difficile à comprendre ?
Margot alluma une cigarette et s'appuya contre le mur :
- Parce que c'est la première fois que cela t'arrive depuis qu'on se connaît. Et ça doit faire quoi... Bien 5 ans je pense...
- Eh bien tu n'as qu'à marquer ce jour d'une croix rouge dans ton calendrier, qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
Margot se mit à rire. Toujours aussi facile de parler de sentiments avec Alice...
- Tu veux monter boire un verre chez moi ?
Alice lui lança un regard meurtrier. Elle ne comprenait décidément rien à rien celle-là ?
Margot leva les deux mains et déclara :
- En tout bien, tout honneur, je te promets que je ne tenterai rien.
Alice la dévisagea pour jauger de son honnêteté. Elle n'avait pas envie de tomber dans un piège et de se retrouver au lit avec Margot. Ce serait tellement facile de succomber. Elle ne devait pas se mettre en situation de faiblesse toute seule, au risque de le regretter.
- Admettons.
Elle suivit Margot en trainant des pieds. Cette dernière l'invita à s'installer et alla leur chercher des verres. Le téléphone d'Alice vibra dans sa poche. Bella. Avec quelque-chose qui ressemblait à du soulagement, elle décrocha :
- Bella ! Tu ne peux pas savoir à quel point je suis contente que tu m'appelles.
L'autre eut l'air surprise.
- Ah bon ? Mais pourquoi ?
Alice se racla la gorge et répondit :
- J'avais envie d'entendre le son de ta voix.
Elle leva les yeux au ciel devant sa propre mièvrerie. God. Elle n'était pas comme ça.
Bella laissa passer un petit moment avec de dire :
- D'accord... Cool.
Alice rigola. A priori, Bella non plus n'était pas habituée à l'entendre dire ce genre de conneries. Elle tenta de se reprendre :
- Que me vaut ce plaisir ? ça va ? Vous vous amusez bien ?
Bella soupira :
- Disons que... la soirée a l'air cool. Je pense que tout le monde s'éclate, et que tout se déroule comme un parfait EVJF...
Alice attendit qu'elle poursuive mais comme la suite ne venait pas, elle lui vint en aide :
- Mais ?
Bella sourit et répondit :
- Mais... Je ne me sens pas tout à fait à ma place... Je ne suis pas très à l'aise vois-tu... Je ne sais pas ce qu'il m'arrive.
Alice réfléchit avant de répondre. Bella se posait tellement de questions qu'il était parfois un peu difficile de savoir où elle voulait en venir. Elle avait l'impression qu'elle était un peu perturbée par tout ce qui lui arrivait en ce moment et qu'elle avait du mal à trouver qu'elle était sa place dans le monde. Non qu'elle soit vraiment obligée de se poser la question, mais a priori, Bella ne pouvait pas vivre sans s'interroger sur le sens de la vie. Elle trouvait ça plutôt cute mais ce n'était probablement pas le moment de le lui expliquer. Sur ces entrefaites, Margot fit son apparition dans le salon avec deux mojitos. Alice la remercia d'un signe de tête et Margot s'installa en face d'elle.
- Je peux faire quelque chose pour t'aider ? Je peux venir te chercher si tu veux... Je suis venue jusqu'en Thaïlande, je peux bien faire un saut dans la Vienne... !
Bella rigola. Elle se sentait toute petite. Un peu honteuse de demander cela, elle dit d'une petite voix :
- Est-ce que tu pourrais me parler de quelque chose de... rassurant ?
Alice réfléchit à toute vitesse. Elle était tellement mignonne... De quoi pouvait-elle lui parler pour qu'elle se sente dans son élément, qu'elle ne se pose pas de questions existentielles et qu'elle n'ait pas peur ? La réponse lui parut presque évidente et elle lui demanda :
- Bien sûr... Dis-moi quel livre t'a le plus marquée cette année.
Margot dévisageait Alice comme si elle la voyait pour la première fois. Elle écoutait sa conversation, consternée.
Alice sirota une gorgée de son mojito pendant que Bella déclarait après avoir un peu réfléchi :
- Le comte de Montecristo.
Alice fut surprise par cette réponse :
- Ah bon ? Pourquoi ?
Et elle avait sincèrement envie d'entendre la réponse.
- Parce que... Parce que... tout le monde a, un jour ou l'autre eu envie de se venger de quelque chose. Mais généralement tu ne le fais pas parce qu'on t'inculque que c'est mal de le faire. Et même si faire du mal aux autres en te vengeant peut te soulager pendant un moment, il n'en reste pas moins que tu ne récupèreras pas ce que tu as perdu en te vengeant. Et pourtant, quand tu lis le livre, tu ne peux pas t'empêcher d'être de tout cœur avec Montecristo, et tu soutiens sa vengeance et tu jouis avec lui du mal qu'il fait aux autres en se vengeant. Je crois que le comte de Montecristo réalise à notre place nos fantasmes de vengeance, de violence et de justice. J'aurais adoré faire ce qu'il a fait même si au fond de moi je savais que c'était mal, et je l'ai aimé et détesté pour ça.
Alice se mit à rire devant la passion de Bella. Elles discutèrent encore un moment puis Bella déclara :
- Je suis désolée, tu étais peut-être occupée... En tout cas, je te remercie. Je me sens beaucoup mieux.
- De rien Bella. Et appelle-moi quand tu veux.
- Bonne soirée Alice.
Alice sourit et raccrocha. Elle eut à peine reposé son téléphone que Margot déclara :
- Je comprends mieux maintenant.
Alice rougit et répondit :
- Tu comprends mieux quoi exactement ?
Margot rigola :
- Oh, ne fais pas l'innocente, tu sais très bien de quoi je veux parler. Tu es amoureuse.
Alice baissa les yeux. Non, elle n'était pas amoureuse, bordel. Cependant, elle n'eut pas le cœur d'essayer de se défendre. Il allait bien falloir qu'elle se rende à l'évidence. Cependant, elle n'était pas prête à l'admettre, même si les symptômes étaient évidents. Elle avait tout de même renoncé à aller vivre à New-York pour cette fille. Quelle merde.
Margot perçu le trouble d'Alice et sourit. Elle était contente pour elle.
- C'est qui cette fille ?
- Je l'ai emmenée il y a quelques temps au Cosy. Brune, les cheveux mi-long, les yeux marrons-verts,
Elle n'eut pas le temps de terminer que Margot l'interrompait :
- Mais elle est pas hétéro elle ?
Alice soupira, blasée :
- Disons qu'elle est un peu paumée.
Elle se permit tout de même un trait d'humour :
- Le charme d'Alice, tu comprends...
Margot se mit à rire.
- Je comprends parfaitement.
Elle laissa le silence trainer un peu et demanda :
- Et tu crois qu'elle va... renoncer au prince charmant pour tes beaux yeux ?
- J'espère bien... Elle semble bien partie. Cependant... je ne sais pas combien de temps cela va durer. Tu vois... Si elle décide que j'en vaux la peine... peut-être qu'elle finira par me quitter au bout de quelques années pour se remettre avec un homme. L'angoisse.
Margot avait les yeux ronds comme des soucoupes et souffla :
- Mais attends, vous ne sortez pas ensemble ?
- Mmmh, non, pas vraiment. Disons... Disons qu'on a couché ensemble et que j'ai un peu merdé et que depuis on se tourne autour sans qu'aucune de nous deux n'ose faire le premier pas. J'ai l'impression d'être au lycée.
Margot se mit à rire à gorge déployée. Alors celle-là, elle était bien bonne. Alice lui envoya un coussin sur la tête et dit :
- Mais arrête de te foutre de ma gueule, connasse. C'est suffisamment difficile comme ça, je n'ai pas besoin que tu en rajoutes.
- Non mais c'est trop drôle... Tu es fidèle à une hétéro avec laquelle tu ne sors pas encore et dont tu es follement amoureuse. Excuse-moi, mais avoue que c'est tordant.
Alice fit tout ce qui était en son possible pour ne pas se vexer. Elle jura intérieurement, rêva de se venger et repensa à ce que Bella venait de lui raconter sur le comte de Montecristo. Elle se promit qu'elle le lirait en rentrant pour vivre ses propres vengeances à travers celles du comte. Mais au fond, Margot avec raison, elle était un peu pathétique. Peut-être.
- Tu es jalouse parce que je suis amoureuse et que tu voudrais bien l'être.
Margot cessa de rire :
- Ce n'est pas très gentil ce que tu viens de dire ma petite Alice.
Alice se mordit la lèvre et répondit :
- Je sais, et je l'ai fait exprès. De toute façon, j'irai brûler en Enfer, alors je ne vois pas pourquoi je ferais des efforts.
Margot soupira. C'était de bonne guerre.
- T'as peut-être raison, je suis désolée, je n'aurais pas dû me moquer de toi. Et je pense que c'est mieux comme ça. Tu es heureuse non ?
- Oulah, tout de suite les grands mots... Disons que ma vie ne manque pas de rebondissements. Je passe par toutes les couleurs du spectre en une journée sans raison. Je ne sais pas si c'est vraiment mieux qu'avant, mais en tout cas c'est différent.
- Et je peux savoir ce que tu entends par "j'ai un peu merdé" ? Tu l'as trompée ?
Alice soupira et répondit :
- Si seulement... Même pas !
Elle but une gorgée de mojito avant de poursuivre :
- Disons que je n'ai pas réagi comme il aurait fallu lorsqu'elle m'a déclaré ce qu'elle ressentait pour moi.
Margot eut un sourire en coin.
- Laisse-moi deviner... Tu as fui ?
Alice lui tira la langue et se laissa tomber au fond du canapé.
- Ah mais c'est quoi ce truc dégueu ?
- Ça s'appelle une bouse de vache !
Bella s'appuya sur Angela. Elle allait probablement s'étrangler de rire. Rosalie devait être passablement éméchée pour les avoir suivies dans un champ de vaches. Elle n'était pas vraiment sûre de ce qu'elles faisaient dans ce champ en pleine nuit et craignait légèrement de se faire charger par une vache mais l'alcool l'empêchait de s'inquiéter vraiment. Angela qui n'était pas tout à fait sobre non plus ricana et dit :
- Bon alors, Bella, comment tu l'as trouvé Tony ?
Bella essaya d'entrainer Rosalie qui s'essuyait les pieds dans l'herbe et beugla, probablement influencée par l'endroit :
- Et moi, tu t'en fous de ce que j'en ai pensé de Tony ?
Angela la regarda de travers et rétorqua :
- Mais toi, sale perverse, on sait tous que tu as surkiffé !
Rosalie se mit à rire et répondit du tac au tac :
- Non mais je rêve, c'est moi qu'on traite de perverse, alors qu'à ma gauche on couche avec un mec marié et à ma droite on se découvre lesbienne !
Bella s'arrêta et rétorqua :
- Je peux savoir en quoi ça fait de moi quelqu'un de pervers ?
Rosalie se mit à rire et répondit :
- Mais puisque ça ne vous intéresse pas, je vais quand même vous le dire ce que j'en ai pensé de Tony. Je l'ai trouvé bien foutu, pas trop vulgaire, mais personnellement, je ne suis pas sûre que ça m'aurait fait délirer.
- Attends, le coup de la banane, t'as pas trouvé ça vulgaire ?
- Oué si t'as raison, un peu... Mais bon, c'est un strip-tease, on ne peut pas non plus demander un truc romantique.
- J'en reviens toujours pas comment elle était réussie sa bite banane !
Bella se mit à rire, imaginant Angela s'entraînant à la coloc à sculpter des bites avec des bananes.
- Et toi Bella, t'as apprécié le spectacle ?
- Ben... ça m'a mise un peu mal à l'aise... Pour le coup, moi je suis sûre que je n'aurais pas aimé.
Rosalie rigola et lui lança :
- C'est parce que tu aurais préféré que ce soit une femme !
Bella se mit à rire et se jeta sur Rosalie. Elles finirent toutes les deux par terre dans l'herbe trempée, riant comme des baleines.
- Non mais j'en reviens pas qu'un strip teaser t'ait mise mal à l'aise alors que tu étais comme un poisson dans l'eau au Pong Show en Thaïlande !
Angela demanda :
- C'est quoi un Pong Show ?
Rosalie s'écria :
- On ne t'en a pas parlé ?
- Ben... non.
- Alors, un Pong Show, c'est un spectacle où les filles font sortir des trucs incroyables de leur vagin.
- Mais encore ?
- Eh bien, par exemple, elles tirent des fléchettes avec leur vagin.
- Mais, comment elles font ça ?
- Elles doivent être très musclées. Mais les fléchettes et les balles de ping-pong c'est pour les débutantes. Le mieux, c'est les poissons, les oiseaux, les lames de rasoirs et les tortues.
- Ah, mais c'est dégueulasse ! Ils sont vivants tous ces trucs ?
- Ben les lames de rasoir non, mais le reste oui.
- Mais quelle horreur, des poissons vivants dans le vagin... Yeuck.
- Et ce que Rosalie ne mentionne pas, ce sont les crapauds...
- Nooon, c'est pas possible, vous me faîtes marcher...
- Mais non, je t'assure... Elles sont tellement musclées qu'elles arrivent même à fumer avec leur vagin... J'en suis encore perplexe ! Rosalie, il faudrait qu'on essaie un jour...
- Aaaah mais t'es dégueu, sans moi franchement...
Elles se mirent à rire à nouveau et Bella reprit :
- Angela, si tu veux t'entraîner, il paraît que les boules de geisha c'est un bon début... En tout cas, après, si tu veux un gamin, tu pourras l'expulser sans soucis... Pop !
- Oh, mais t'es ignoble ce soir...
- Oh, eh, ça va, moi j'ai toujours mon tee-shirt et mon soutif, je peux me permettre quelques écarts. Bon on y retourne ? Tu viens Angela ?
Comme cette dernière ne répondait pas, Bella répéta :
- Angela ?
Rosalie se redressa et dit :
- Putain, elle dort...
Elles se mirent à rire et essayèrent de réveiller leur coloc :
- Tain Angela réveille toi, tu vas attraper froid à dormir dehors dans l'herbe mouillée et demain tu vas te faire réveiller par une vache. Je te promets que ça ne va pas être agréable ! Allez viens.
Elles regagnèrent la maison en rigolant et en trainant Angela qui grommelait des insultes à leur intention.
