Note : Bonjour à tous ! Voici le nouveau chapitre. J'espère qu'il vous plaira, en tous cas j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire.
Comme il y a des performances, je vous encourage à écouter les pistes respectives tout en lisant, ça rendra la lecture plus vivante :) En fait, pour le coup, je vous encourage à lire ce chapitre sur Archive of our own où je poste aussi, parce que vous y verrez les fanarts de ma colloc qui illustre la fic (d'ailleurs elle illustre tous les chapitres) et j'ai mis des liens direct pour toutes les chansons. C'est bien plus pratique.
J'avais oublié de le préciser dans les chapitres précédents, mais ça vous aidera sans doute aussi d'aller voir sur youtube les figures de patinage si vous ne les connaissez pas.
N"hésitez pas à laisser votre avis, positif ou négatif (mais constructif c'est mieux ;3) ça fait toujours plaisir.
Sa respiration est lente et maîtrisée. Il se félicite de son self-control. Il décide de refaire son programme une dernière fois ce soir. Il faut qu'il soit prêt pour la compétition. Prêt à gagner.
Il démarre un dgenou à terre, attend la fin de la piste précédente, et quand sa chanson commence, il se lève lentement.
« T'as pas encore fini ? » entend-il râler dans le micro.
La musique s'est brusquement interrompue. Il pose les poings sur ses hanches et fait une moue exagérée puis tire la langue.
« Tu m'as pourri mon groove, Iwa-chan ! dit-il lorsque son ami est sorti de la cabine de DJ et l'attend sur le côté de la piste.
-Arrête avec tes citations à deux balles et magne-toi de sortir, j'en ai marre de t'attendre. J'aurais jamais dû te dire ça tout à l'heure. »
Iwaizumi s'assoit sur un banc en poussant un soupir.
« Non, Iwa-chan, je préfère que tu me l'aies dit, répond Oikawa en sortant de la piste. Je dois être au top pour mon petit Tobio-chan.
-Tu n'as toujours pas digéré, hein ?
-Détrompe-toi, ça ne me fait ni chaud ni froid. Mais je dois faire impression face au roi des glaces, qui plus est dans son royaume. »
Iwaizumi ne le croit pas, Oikawa le sait et s'en fiche.
Fraichement débarqué dans leur collège, Kageyama avait fait impression tout de suite. Sa technique sans faille, sa bouille de jeune premier, son sérieux, avaient fait craquer les filles du club en un clin d'œil. De plus, il voulait uniquement pratiquer le patin de couple. Oikawa, qui s'entrainait depuis peu au patinage en couple lui aussi, avait plutôt mal vécu cette apparition du petit prodige. Le gamin était si doué qu'il avait été choisi pour la première compétition intercollèges, bien qu'il n'ait été qu'en première année, au détriment d'Oikawa qui malgré son ancienneté, n'était pas prêt pour les duos. Ce n'était pas un problème, il lui fallait simplement reprendre le solo, il a toujours aimé ça aussi. Malheureusement, ayant eu moins de temps pour se concentrer sur son solo, il n'avait pas gagné. Kageyama et sa partenaire, par contre, avaient pris la première place du podium. Après ça, en revanche, elle avait quitté le double. Du coup, Oikawa s'était dit que la prochaine compétition serait pour lui et sa co-équipière : Kageyama n'aurait pas eu le temps de trouver une remplaçante et de s'entrainer suffisamment. Il avait tort. Si Oikawa et sa partenaire avaient pu participer, ils s'étaient retrouvés deuxièmes, derrière Kageyama. Nouvel l'abandon de la co-équipière de ce dernier. Une troisième fois, une fille avait cru pouvoir supporter la rigueur du petit génie. Oikawa, qui ne voulait pas se faire avoir une nouvelle fois, avait décidé de refaire un solo. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est que la pauvre partenaire de Kageyama ne tiendrait pas aussi longtemps que ses amies, elle avait donc abandonné avant la compétition. Kageyama avait alors participé en solo. Et gagné.
Il a gagné alors qu'il ne se préparait pas au solo et que ce n'est même pas ce qu'il veut faire. Oikawa l'a eu en travers de la gorge longtemps. Iwaizumi n'a pas tout à fait tort quand il dit que c'est encore le cas, mais Oikawa préfère penser que non. Il est d'accord pour dire qu'il veut dépasser Kageyama, comme tout adversaire qui se respecte, mais le passé est le passé. Aujourd'hui est un autre jour. La compétition est un autre jour, où il sait que Kageyama va participer en solo. Oikawa sera prêt à gagner. Prêt à l'écraser.
oOo
C'est un miracle si Hinata a réussi à rejoindre les vestiaires de la patinoire sans s'évanouir. Il court dans les toilettes et s'y enferme. Dire qu'il ne va faire qu'une danse synchronisée, qu'est-ce que ça serait s'il participait seul ? Il est excité à l'idée d'aller sur la piste avec ses amis, mais ça le terrifie aussi, et c'est une grande première pour lui. Il geint.
« Hinata, j'entends des bruits bizarres, ça va ?! »
Il entend Kageyama qui tambourine à la porte. Hinata ouvre la porte et il se doute qu'il n'a pas bonne mine parce que Kageyama prend l'air désarçonné qu'il arbore quand il ne sait pas gérer une situation. Il a les mains qui tremblent, les approche d'Hinata sans oser le toucher et crie :
« Crétin, vas pas faire un malaise, hein !
-T'inquiète pas pour moi, gémit Hinata sur un ton dramatique, vas, laisse-moi. Promets-moi juste… de gagner.
-Débile ! »
Kageyama semble vouloir le frapper mais il se rétracte, sans doute anxieux à l'idée d'aggraver son état. Du regard, il cherche de l'aide, et finit par courir vers Nishinoya qui vient d'arriver. Hinata a toujours le bide tordu mais ça le fait rire. Il se traine jusqu'à un des bancs des vestiaires et inspire et expire lentement.
« Bah alors ! lance Noya en lui donnant une grande tape dans le dos qui lui coupe le souffle. Pas de quoi avoir peur, c'est juste une compétition amicale !
-J-je sais mais… c'est la première fois et… je ne suis pas très à l'aise devant un public. »
Nishinoya éclate de rire.
« Fallait pas faire du patinage, alors ! Allez, reprends-toi, de toute façon t'auras le temps du match pour te calmer. Ça va être génial, franchement, y a deux de mes super potes dans l'équipe, c'est des tueurs !
-D'accord. »
Le match de hockey sur glace est le premier évènement de la journée, ça lui permettra de se préparer psychologiquement. Comme l'heure approche, Nishinoya l'encourage à le suivre et ils vont s'installer dans les gradins, près du couloir où il reste des places. Kageyama les rejoins bientôt et lui lance une bouteille de Pocari Sweat puis s'assoit à côté de lui. Hinata écarquille les yeux et le fixe sans comprendre.
« Il s'agirait que tu nous foutes pas la honte pendant la performance, alors reprends-toi, débile. »
Hinata fait la moue et lui donne un coup de coude en le remerciant tout de même. Kageyama hausse les épaules en reniflant d'un air je-m'en-foutiste. Quelle amabilité !
Tout à coup Nishinoya lui tape frénétiquement sur l'épaule.
« Ça commence ça commence ! » s'excite-t-il.
Hinata sourit, ça fait plaisir de voir quelqu'un avoir tant d'énergie et d'optimisme, tout en jetant un regard en coin à Kageyama qui fait mine de ne pas le remarquer. Il se concentre sur la piste où les joueurs de Karasuno entrent les uns après les autres, casques sous le bras. Noya fait de grands signes à un garçon aux cheveux rasés :
« Ryuu ! hurle-t-il. Bonne chance, mec !
-Merci, vieux ! répond son ami en tendant son pouce vers lui, confiant.
-Asahi-saaan ! » crie-t-il ensuite et Hinata voit un joueur aux cheveux un peu longs, grand et imposant.
L'air timide qu'il prend lorsqu'il fait signe à Noya le surprend, il ne s'attendait pas à ça d'un gars avec une carrure pareille. Noya se lève et lui fait de grands signes et siffle même entre ses doigts pour l'encourager. Asahi semble vouloir faire un trou dans la glace et y plonger, Hinata a un peu de peine pour lui. A moitié parce qu'il veut épargner plus d'embarras à Asahi, à moitié parce qu'il veut vraiment savoir, il demande à Nishinoya :
« Ce sont les amis dont vous parliez tout à l'heure ?
-Oui ! répond Noya en se rasseyant, visiblement ravi de l'intérêt que porte Hinata à ses compagnons. Ryuu est mon meilleur pote, c'est un attaquant d'enfer, tu vas voir. Asahi-san est aussi un ami et c'était mon sempai du temps où je faisais du hockey.
-Vous avez fait du hockey, Noya-san ? » s'écrient en même temps Kageyama et Hinata.
Noya lève le nez avec fierté.
« Et ouais ! J'étais gardien. Je suis un homme multitâches, mes petits !
-Waaah… Pourquoi vous avez arrêté ? demande Hinata.
-Parce que dans le club de patinage artistique il y avait Kiyoko-san, répond Noya du tac au tac. Bon, après, c'est vrai que je trouve le patinage super classe et ça me trottait dans la tête d'essayer, donc voilà.
-Je comprends ! »
Quand les joueurs d'Aoba Johsai entrent à leur tour, Hinata entend Kageyama étouffer un hoquet et il se tourne vers lui pour voir ce qui ne va pas. Kageyama est fixé sur la piste et murmure :
« Iwaizumi-san… »
Hinata essaye de suivre son regard mais n'arrive pas à identifier de qui il s'agit.
« C'est le centre. »
La réponse ne vient pas de Kageyama et la voix est d'ailleurs bien trop chaleureuse pour que ce soit le cas. Pourtant, avant même de voir la personne qui vient de parler, il sent Kageyama se tendre et il jurerait l'avoir vu frissonner. Quand il aperçoit enfin la personne qui vient de parler – un super beau gosse ! – plein de questions se bousculent dans sa tête. Le beau gosse sourit et lance :
« Salut, tu es un ami de Tobio-chan ? »
Tobio-chan ? Tobio-chan ? Hinata est confus. Y a donc des gens qui sont aussi proches de Kageyama au point de lui donner un surnom mignon ? Hinata pensait que Kageyama n'avait aucun ami. C'est un peu méchant de sa part... Ils sont peut-être de la même famille ? Hinata se rend compte qu'il est resté la bouche ouverte à fixer l'inconnu pendant tout le temps où il se posait ces questions. Il secoue la tête et se lève, intimidé sans trop savoir pourquoi :
« Euh je… non, enfin, on peut dire ça. On est dans le même club ! bafouille-t-il.
-Oh je vois, dit le joli garçon. Je m'appelle Oikawa, j'étais son sempai au collège, dit-il en désignant Kageyama.
-Ah ! D'accord ! » dit Hinata un peu trop fort.
Il se rassoit et Oikawa prend place à côté de Kageyama qui serre les poings sur ses genoux. Hinata fronce les sourcils. Toujours aussi mal embouché, celui-là ! Son sempai vient le saluer et il ne lui dit même pas bonjour ! De toute façon, Hinata a décidé de l'ignorer et de regarder le match, qui vient de commencer.
oOo
La coïncidence est drôle, si l'on peut dire. Juste au moment où Nishinoya vient de lui raconter qu'il a changé de sport, il découvre que c'est également le cas d'Iwaizumi. Kageyama trouve que le hockey lui correspond bien, et il semble doué, même s'il a du mal à se concentrer sur le match. La présence d'Oikawa le stresse. Il sait qu'il n'a pas fait exprès de se mettre sur le chemin de son sempai à l'époque du collège et qu'il ne devrait pas s'en vouloir, mais il sait aussi combien Oikawa lui en veut. S'il doit être tout à fait honnête, à sa place il serait furieux lui aussi.
« J'ai entendu dire qu'on concourra l'un contre l'autre une nouvelle fois, Tobio-chan. » Kageyama ne dit rien. Il ne sait pas quoi dire. Il se contente de hocher la tête. « Cette fois, je suis prêt, tiens-le toi pour dit. »
Kageyama serre tellement les poings que ses ongles s'enfoncent dans ses paumes. Il a envie de dire qu'il est prêt lui aussi, qu'il travaille dur, quoi qu'Oikawa en pense, et qu'il peut gagner. Il va le dire.
« Tu n'as pas trouvé de nouvelle partenaire, alors ? »
Kageyama se fige.
« J'imagine qu'être le roi des glaces n'a pas que des avantages. Ta réputation t'a précédée.
-J… j'ai… »
Des cris retentissent dans les gradins. Tanaka a marqué un point. Nishinoya est en transe, il hurle plus fort que tout le monde. Kageyama a les mains moites et sent sa nuque le brûler.
« On aurait pu croire que tu apprendrais de tes erreurs passées, avec tant de filles que tu as fait fuir, mais non, » dit Oikawa d'un ton nonchalant. « Je ne sais pas si tu t'en rendais compte, mais tu étais infect, avec elles. J'avais de la peine pour ces pauvres demoiselles. »
Je sais.
« Je ne peux pas dire que je ne comprends pas, quelque part, ce besoin d'être le meilleur, mais au point de les faire pleurer, ça ne va pas ! »
Je n'en avais pas l'intention.
« Tu n'as pas osé demander à tes camarades cette année ? Ou les as-tu déjà fait fuir ? Ce serait du rapide, dis donc. »
Les mots se coincent dans sa gorge, Kageyama aimerait répondre mais il n'y parvient pas. Oikawa ne fait que dire la vérité.
« Alors, roi des glaces, tu as perdu ta langue ? Ou alors tu ne daignes même plus parler au bas peuple ? »
Je voulais simplement qu'on soit les meilleurs.
« Cette fois, tu ne me battras pas comme les autres fois. Aujourd'hui sera le jour où je te ferai descendre de ton trône, Tobio-chan.
-Ça va aller, maintenant, non ? »
Kageyama relève la tête et découvre avec stupeur Hinata qui se tient debout devant lui mais fait face à Oikawa, comme pour mettre une distance entre eux.
« Roi des glaces, roi des glaces, on a compris ! continue Hinata, agacé. Il voulait juste gagner, qu'est-ce qu'y a de mal à ça ? Alors d'accord, sa communication est méga pourrie et il aurait pu mieux faire. Mais déjà, pour ce qui est des couples, ça vous regarde pas, et puis c'est pas de sa faute s'il était meilleur que vous en solo ! Enfin si, un peu, mais ça veut juste dire qu'il s'est entraîné comme un fou. C'est un crétin, il a que le patinage en tête. Et je le comprends, parce que moi aussi. Je m'entraine pour devenir le meilleur du Japon, alors faites pareil et arrêtez de le culpabiliser pour vos échecs ! Si vous êtes vraiment capable de le battre, prouvez-le, Empereur des glaces ! »
Il y a un moment de silence, durant lequel Kageyama regarde successivement Hinata qui a fini son discours en pointant Oikawa d'un doigt accusateur, Oikawa qui est bouche-bée, et à nouveau Hinata qui devient progressivement écarlate et se met à brasser l'air comme un idiot, comme s'il pouvait effacer ses paroles. Il finit par s'excuser et part en courant.
Oikawa se tourne vers Kageyama, stupéfait, et après quelques secondes il éclate d'un rire tonitruant. Il rit tellement qu'il se tient les côtes et se met à essuyer les larmes aux coins de ses yeux.
« Emper… emper… essaie-t-il de dire. Il a dit… empereur… »
Il met encore une minute ou deux à se calmer et pousse un soupir amusé. Son regard croise à nouveau celui de Kageyama :
« Je vois que tu as réussi à te faire un ami, Tobio-chan. Je suis content pour toi. »
Il se lève :
« Ce qu'il a dit est vrai, mes échecs ne sont dus qu'à moi. Quoi qu'on en dise, tu t'es battu loyalement. Je n'aurais pas dû venir te provoquer. Iwa-chan avait raison, encore une fois, mais je compte sur toi pour ne rien lui dire, dit-il, un doigt devant la bouche, suivi d'un clin d'œil. Dis à ton ami que c'est une noble attitude qu'il a eue là et que j'ai hâte de le voir sur la glace. »
D'un petit geste de la tête, il prend congé, mais Kageyama retrouve l'usage de la parole et s'écrie :
« Oikawa-san ! » Comme ce dernier se retourne, il s'incline et déclare : « Je suis désolé de ce qui s'est passé au collège, même si je n'ai jamais voulu vous faire du tort. Cela dit, je ne compte pas me reposer sur mes lauriers et je ferai tout pour vous battre aujourd'hui. »
Oikawa lui sourit.
« Je n'en attends pas moins de toi, Tobio-chan. »
Oikawa est parti, Kageyama s'est rassis et tente de regarder la suite du match mais son cœur bat à cent à l'heure et il n'arrête pas de se remémorer les paroles d'Hinata. Il ne lui a pourtant rien demandé ! D'ordinaire il serait furieux qu'on se soit mêlé de ses affaires, et il essaye de se persuader qu'il l'est, mais au fond de lui, il sait qu'il n'en est rien. Il n'est même pas fâché qu'Hinata l'ait traité de crétin. Il ne comprend pas pourquoi cet abruti s'est interposé, alors qu'ils viennent de se disputer encore une fois. Ça lui fait un peu plaisir.
Son attention est captée par des mèches rousses qui dépassent du couloir et il aperçoit Hinata qui scrute les gradins, anxieux, pour voir s'il peut revenir. Kageyama lui fait signe, et Hinata vient à côté de lui l'air penaud. On dirait un petit chien qu'on viendrait de gronder, alors que c'est lui qui vient de faire la leçon à un sempai. Il jette des petits coups d'œil à Kageyama dans l'espoir que celui-ci lui parle. Kageyama s'en amuse et décide de ne rien dire, les yeux rivés sur le match. Au bout d'un moment, Hinata croise les bras, boudeur, et Kageyama doit se pincer les lèvres pour ne pas rire.
« Je te ferais dire que je regrette pas ce que j'ai fait ! lui murmure Hinata qui n'y tient plus. Si t'es fâché tant pis pour toi !
-Je suis pas fâché, répond Kageyama.
-Bah vu la tête que tu fais…
-C'est ma tête normale, ça !
-Ah oui, remarque…
-Toi… » râle Kageyama, prêt à le frapper. Hinata ferme les yeux, mais Kageyama se ravise. « Merci. »
Quand il rouvre les yeux, Hinata fait encore sa tête d'ahuri effrayé alors Kageyama fait rouler ses yeux en arrière.
« Je suis sincère, maintenant lâche-moi et regarde le match ! »
Hinata semble encore douter pendant quelques instants, mais il finit par sourire et demande à Noya où en est le match.
oOo
Le match s'est terminé sur une victoire de Karasuno, ce qui a rendu Nishinoya extatique. Hinata s'est vite rendu compte qu'il n'était pas le seul car les autres membres du club de patinage artistique étaient tous remontés à bloc, à l'exception peut-être de Tsukishima qui n'a jamais l'air emballé par rien. Le capitaine a alors déclaré qu'ils ne pouvaient pas leur faire honte et qu'il fallait qu'ils soient parfaits lors de leur danse synchronisée. Malgré son mal de ventre revenu, Hinata a tenu le choc, et lors de leur position de départ où ils se tenaient tous par les épaules, Kageyama a serré son épaule un peu plus fort qu'à l'ordinaire, comme pour lui signifier qu'il le soutenait. Probablement dans tous les sens du terme. Ça l'a rassuré, bizarrement.
La danse a été joliment exécutée et a reçu bon accueil du public. Après la pause déjeuner, il est l'heure pour les solos féminins puis masculins et enfin des couples. Hinata est de retour dans les gradins, il tremble d'impatience. Kageyama passe en quatrième position, après Sawamura, Sugawara et Oikawa.
Mais tout d'abord, les filles. La première à passer est Yachi, Hinata l'encourage mentalement de toutes ses forces. Elle doit stresser plus que jamais, mais il sait qu'elle sera magnifique.
Yachi glisse vers le milieu de la piste et croise les bras, la tête légèrement baissée. Ses cheveux sont élégamment coiffés en arrière, tenus par un serre-tête argenté qui s'accorde avec son justaucorps bleu ciel et argent avec un voile en guise de jupe. La salle fait silence et quelques secondes plus tard, la musique commence. Elle a choisi « The Lightning Strike » de Snow Patrol. Elle ouvre les bras un à un, lentement, et les balance sur le côté alors qu'elle glisse dans le sens opposé, puis elle se retourne, encore et encore, rapidement cette fois, en faisant de petits sauts. Elle fait une pirouette avec les bras en corolle lorsque la musique s'intensifie. Elle tournoie longuement, puis s'arrête net son mouvement est parfait. Elle reprend la marche avant et fait un jeu de pieds complexe, puis elle se tourne et fait un lutz. La salle applaudit. Elle continue et enchaine rapidement avec un autre lutz, puis elle lève une jambe très haut derrière elle et l'attrape, se laisse glisser ainsi puis elle la relâche et fait de jolis mouvements lascifs. Elle courbe le dos, et tient la pose tout en s'accroupissant et vient caresser le sol de la main. Elle se relève, prend de l'élan et saute pour un double piqué. Elle retombe mal et met un genou à terre, mais elle se reprend aussitôt et continue son programme. Hinata a mal pour elle, il serre les dents et lui souhaite encore bon courage. Elle finit son programme sans souci, mais on sent qu'elle a été secouée par son raté. Lorsqu'elle sort de la piste, Hinata la voit s'essuyer les yeux. Il n'imagine pas ce qu'elle doit ressentir, pourtant, malgré sa confiance en lui-même et ses capacités, il sait que ça peut lui arriver un jour et ça le terrifie.
La performance de Shimizu qui vient juste après est splendide, on voit que c'est une patineuse expérimentée. Après tout, elle participe déjà à des concours nationaux. Elle a de grandes chances de gagner cette compétition. Hinata pouffe quand il voit que Noya et Tanaka, qui les a rejoint dans le public, lui jettent des roses pour être complètement ignorés par la jeune fille. Étrangement, ça n'a pas l'air de leur déplaire. Des patineuses d'Aoba Johsai lui font suite, et elles sont douées, mais aucune ne lui arrive à la cheville.
Vient le moment des solos masculins. Sawamura et Sugawara se succèdent sur de superbes performances, respectivement sur des pistes de « Gladiator » et du « Fabuleux Destin d'Amélie Poulain ». Ça ravit Hinata qui adore les bandes originales de films. Il faudra qu'il songe à ce qu'il veut utiliser lorsqu'il participera à des compèt'.
Perdu dans ses réflexions sur ses futures musiques de programme, il est ramené à la réalité par des cris dans les gradins. Ce sont majoritairement des filles qui hurlent, certaines tiennent même des pancartes. Il aperçoit le nom d'Oikawa dessus et porte alors le regard sur la piste. L'ancien sempai de Kageyama entre sur la patinoire en envoyant des baisers à ses fans qui crient de plus belle. Hinata est à la fois dégoûté et captivé. Oikawa porte un costume noir en bas et turquoise à la poitrine. Les manches sont noires aussi et les couleurs se fondent l'une dans l'autre. Il est si bel homme que c'en est un peu énervant. L'heure n'est pas à la jalousie, cela dit, car Oikawa va commencer sa performance et c'est bien ce qui intéresse le plus Hinata.
Le patineur est en place, ses fans se sont tus pour le regarder. Sa pose est simple, il se tient droit, les bras le long du corps, l'air grave. La « Sonate au clair de lune » de Beethoven débute, Oikawa avance, il met les bras en corolle devant lui, ses mouvements sont fluides et délicats. Il tourne sur lui-même, droit, virevolte pendant quelques secondes, puis reprend sa route. Soudain, la musique se brouille, Oikawa ralentit jusqu'à s'arrêter complètement, lève les yeux vers la cabine de DJ, l'air de demander ce qu'il se passe. Hinata se mord la lèvre. Un problème technique en pleine performance, c'est vraiment pas de bol ! Oikawa hausse les épaules et tout à coup on entend :
« But first… let me take a selfie ! »
Oikawa fait un petit saut sur place et met ses doigts en rectangle devant son visage comme s'il prenait une photo alors que la piste électro house démarre et il reprend son programme. La salle explose de rire, et les fans se mettent à taper dans leurs mains au rythme de la musique. Oikawa est plus à l'aise que jamais, il patine en alliant audace, humour et talent. Le public l'aime, et c'est réciproque. Galvanisé par les encouragements, il réalise des enchainements de sauts splendides, un triple axel suivi d'un double et ensuite des doubles boucles piqués. Il termine sa performance sous des applaudissements rugissants, en s'inclinant très bas, un sourire scotché au visage.
Hinata est absolument fasciné. Il n'aurait jamais eu le cran d'utiliser une chanson comme « Selfie » mais il trouve l'idée formidable. C'est moderne, original, énergique, tout ce qu'il aime. Il sent à nouveau la honte lui empourprer le visage lorsqu'il se rappelle avoir fait la morale à ce superbe patineur auprès duquel il ferait pâle figure.
Le prochain participant arrive et le cœur d'Hinata se met à battre à toute vitesse. C'est Kageyama qui va se produire maintenant. Kageyama qui lui apprend tant de choses. Kageyama qui a battu plusieurs fois un patineur tel qu'Oikawa. Il ne l'a jamais vu en réelles conditions de concours et il n'attend que ça. Il se dandine sur son siège, tout impatient qu'il est, et il retient son souffle lorsque son ami entre sur la patinoire et que la salle devient silencieuse. Kageyama porte un costume vert foncé de style officier, et ses cheveux sont plaqués en arrière. Il est si élégant qu'Hinata se sent un peu troublé, il a l'impression d'avoir affaire à une toute autre personne.
Kageyama est penché, un bras devant lui, l'autre à l'arrière, comme s'il attendait le coup d'envoi d'une course de cent mètres. Au contraire de ce qu'indique sa position, il se lève lentement sur le final de la « Belle au bois dormant » de Tchaïkovski. Hinata comprend alors qu'il était probablement en train de s'incliner comme le ferait un prince. Kageyama entame des gestes qu'Hinata l'a vu faire un bon nombre de fois et ça le fait sourire. Il y a de la nouveauté dans ce programme, cela dit, et Hinata pousse des hoquets de surprises à plusieurs reprises. Il sait que Kageyama est impressionnant, mais le voir seul sur la glace, dans son habit de compétition, si doué et classe, lui fait comprendre qu'il l'admire plus qu'il ne souhaite l'admettre.
Après une pirouette assise, Kageyama fait un double lutz, puis il glisse sur un pied en se penchant tant sur le côté qu'on a l'impression qu'il va tomber, mais il maitrise parfaitement sa route. Il enchaine des pas élégants et de nouveaux sauts et termine sa performance sous les applaudissements de la salle.
Hinata est en train de regarder la performance de Nishinoya quand Kageyama revient s'asseoir à côté de lui. Ils ne disent rien pendant un moment, jusqu'à ce que Kageyama rompe le silence :
« Alors ? »
Il s'agirait d'être diplomate.
« C'était très bien.
-Mais… ?
-Mais… ça manquait de magie. Tu as la technique, tu as des idées superbes, mais il manque effectivement quelque chose.
-Un peu ce qu'a Oikawa-san… ? » Les mots souffrent dans la voix de Kageyama.
« Par exemple. »
Hinata tourne la tête vers son ami qui a posé le front sur ses poings. Il semble faire des efforts monstrueux pour ne pas craquer et hurler.
« Si ça peut te consoler, certains de tes mouvements m'ont beaucoup plus marqué que les siens, » offre Hinata.
Il doute que ça rassure son camarade mais contre toute attente, celui-ci tourne la tête vers lui et même s'il n'acquiesce pas verbalement, une petite étincelle dans son regard se charge de le faire.
« Et puis je t'ai promis de t'aider et j'y arriverai, je le sais ! » dit Hinata, qui le pense sincèrement.
Kageyama hoche la tête et reporte son attention sur la piste où Noya finit sa performance. Hinata s'en veut un peu d'avoir loupé quelques passages car pour ce qu'il en a vu, son sempai a une façon de patiner drôle et dynamique et il a pu observer de très beaux mouvements. Il faudra qu'il le félicite plus tard.
Il entend Kageyama retenir sa respiration quand on annonce les doubles. Hinata sourit. Ça le passionne vraiment, hein. Tout à coup, Hinata se rend compte qu'il n'a jamais vraiment assisté à du patinage de couple. Il ne se rappelle pas en avoir vu en vrai et s'il en a vu à la télévision, ce n'est que quelques prestations dont il n'a que peu de souvenirs. Un frisson lui parcoure l'échine lorsqu'il imagine la réaction de Kageyama si celui-ci apprend ça. Il vaut donc mieux se taire et se contenter d'apprécier ses camarades sur la glace.
oOo
Les doubles d'Aoba Johsai sont très bons. Un savant mélange de jalousie et d'admiration s'empare de Kageyama qui ne peut s'empêcher de s'imaginer à leur place. Le jeune couple qui se produit est parfaitement synchro. Ils sont audacieux, beaux, flamboyants dans leurs costumes assortis couverts de paillettes. La jeune fille s'évanouit dans les bras du garçon qui la laisse trainer quelques instants avant de la lancer en l'air en la faisant tournoyer sur elle-même et de la rattraper avec grâce.
« Wouaah ! »
L'attention de Kageyama est détournée par le cri d'Hinata qui se plaque les mains sur la bouche en étouffant ses exclamations. Son regard brillant ne quitte pas la piste. Il est subjugué. Cet idiot n'avait sans doute jamais pris la peine de vraiment regarder de doubles. Kageyama prend note de lui sortir un « Je te l'avais bien dit ! » cinglant à la fin de la journée, ce à quoi Hinata répondra sûrement un « L-la ferme ! » suivi de justifications farfelues.
Le duo d'Aoba Johsai termine sur une étreinte douce qui fait soupirer tendrement tout le public. Kageyama s'apprête à se moquer d'Hinata quand celui-ci se tourne vers lui, le regard perdu. Il semble vouloir dire quelque chose sans y parvenir, on ne sait pas bien s'il est sous le charme ou en colère.
Alors qu'il ouvre la bouche pour s'exprimer enfin, le public applaudit l'entrée du nouveau couple de patineurs qui n'est autre que leur capitaine et Michimiya. Hinata se rassoit droit sur son siège, les yeux fixés avec détermination sur la patinoire. Kageyama aimerait savoir ce qu'il voulait dire mais pour l'instant, il est encore plus curieux de voir la performance de ses sempai.
Sawamura porte un pantalon noir, une chemise blanche et un veston doré joliment paré de broderies ton sur ton. Un nœud papillon noir vient agrémenter le tout. Michimiya quant à elle est vêtue d'une robe à franges saumon à fines bretelles, fendue sur le côté et d'un serre-tête frontal blanc fait de perles et de papillons. Ils sont à couper le souffle.
Ils démarrent dos à dos, les bras entrecroisés. Sur de début de la chanson « Over the love » de Florence and the machines, Michimiya se détache de Sawamura qui se retourne et la suit le bras tendu vers elle. Elle tourne la tête, puis s'enfuit de plus belle, Sawamura patine alors plus vite pour la dépasser et la prendre dans ses bras. Elle se laisse tomber en arrière, il la rattrape par le cou et la redresse, attrape son bras et la fait tournoyer et ils s'installent en position de valse. Ils font quelques pas, puis font des pirouettes en parfaite synchronisation. Après cela ils patinent à l'opposé l'un de l'autre et se retournent pour se faire face. Sawamura pose un genou à terre et ouvre les bras. Michimiya accourt, et saute alors qu'il se relève, la tenant par la taille et la porte quelques secondes avant de la laisser glisser lentement contre lui. Il la garde serrée contre lui, puis elle vient patiner à ses côtés en lui tenant la main, bras tendus. Ensemble, ils font une série de pas élaborés et enchaînent sur ses pirouettes et des arabesques. Ils font un double salchow superbe, et se laissent tomber sur les genoux un instant, têtes baissées. Ils se relèvent et dansent encore, Sawamura fait tournoyer Michimiya autour et sur lui, prenant pour appui tantôt sa taille tantôt son genou, elle virevolte comme un cerf-volant dans une tempête. Ça a l'air si facile, si naturel. Un double lutz, une pirouette assise et des petits pas habiles se succèdent. Michimiya se place derrière Sawamura et lui prend les mains sous ses jambes, et elle vient glisser entre celles-ci puis elle se retourne pour lui faire face, pose ses mains sur ses joues et vient poser son front sur celui de son partenaire puis elle le repousse d'une élégante violence. Elle s'enfuit encore une fois, croise les bras sur sa poitrine en baissant le regard. Il attrape sa main et la fait tourner bras tendu autour de lui, dans une spirale couchée ou elle frôle le sol, tête en arrière. Après cette spirale de la mort, ils font des petits sauts, tournent l'un autour de l'autre, et Sawamura la porte sur l'épaule, elle sur le dos, les bras en arrière. Lorsqu'il la repose, ils tournoient ensemble à toute vitesse et il s'écroule enfin dans ses bras, comme mort. Elle caresse lentement la forme de son visage et de son buste dans l'air avant de poser doucement la tête contre son torse.
Il faut quelques secondes à la salle pour réagir, mais un tonnerre d'applaudissement fait suite à un silence admiratif. Des gens se lèvent, sifflent. On entend Nishinoya hurler les noms de ses sempai avec ferveur.
Kageyama est sous le choc. Beaucoup d'émotions s'affrontent dans son esprit. Il pense tout d'abord, et il se félicite d'être positif, qu'il a de la chance d'avoir des sempai comme Sawamura et Michimiya dont il a tout à apprendre. Ensuite, il regrette, et cela vient malheureusement prendre le dessus sur son optimisme, de ne pouvoir reproduire une performance pareille.
Son cœur bat fort dans sa poitrine, tant à cause du spectacle que de sa jalousie et il déglutit avec difficulté. Il se rend compte qu'il n'applaudit pas et se met à le faire, par courtoisie et respect envers ses sempai, puis il constate qu'Hinata non plus ne les félicite pas. Il s'apprête à le lui faire remarquer lorsqu'il voit des larmes couler sur le visage de son ami. Hinata ne lâche pas les patineurs des yeux, sa poitrine tremble légèrement, sa respiration est saccadée.
Kageyama a l'impression sa tête va exploser tant le sang pulse fort au niveau de ses tempes. Il sent ses oreilles chauffer et sa bouche devenir sèche. Comme s'il avait oublié l'existence du monde entier jusqu'à maintenant, Hinata finit par prendre conscience de sa présence et s'essuie les yeux avec empressement.
« C'est pas ce que tu crois ! bafouille-t-il, la voix tremblante. C'est… » Sa voix se brise. « C'était vraiment beau… » avoue-t-il d'une petite voix hypnotisée.
Il ne sait pas si c'est le visage empourpré d'Hinata, il ne sait pas si c'est son désespoir qui est en cause, ou sa fascination étrange pour ce type, il n'est pas sûr que l'idée ne lui a pas déjà traversé l'esprit, mais lorsque Kageyama s'exprime, il est surpris par son propre calme et sa témérité.
« Hinata. Nous devrions patiner ensemble. »
Le trouble est la seule chose qui peut se lire dans les yeux de son interlocuteur, alors, pour ne pas créer d'ambiguïté, Kageyama reformule :
« Deviens mon partenaire de double. »
