Ils sautent de joie. Le coach Ukai approuve leur thème et il est très content qu'ils aient trouvé si vite. Il leur avait certes donné le week-end mais il sait bien que c'est parfois difficile de s'accorder sur une même idée et il avait réfléchi de son côté, mais c'est décidé. Le Soleil.

Plus précisément, la légende d'Icare. Là encore, il adhère à un Kageyama en Icare et il propose un double rôle pour Hinata. Pour lui, Hinata fera Dédale, puis le Soleil. Si ce dernier s'est un instant senti insulté qu'on ne l'imagine pas dans le rôle du protagoniste, il est très vite revenu sur sa première impression. Voilà qu'on lui confie deux personnages, et puis il s'est raisonné en se rappelant que dans le patinage de couple, s'il peut y avoir un des partenaires mis en valeur, ils sont aussi importants l'un que l'autre. Mais l'argument qui l'a le plus touché, c'était la comparaison de Kageyama entre lui et le soleil. Kageyama l'a déjà complimenté sur son énergie positive, mais dit comme ça, c'était différent, et il n'arrive pas à s'enlever cette conversation de la tête.

Ukai va leur créer une chorégraphie, et il ne pourrait pas être plus enchanté. Il a envie de faire des bonds partout, aussi décide-t-il de le faire véritablement, pour se défouler. Il réussit tous ses sauts, dont deux triples axels. Il se sent plus en forme que jamais. Il s'imagine déjà en costume flamboyant, et Kageyama avec ses ailes. Il sera tellement classe, comme la dernière fois qu'il l'a vu en costume de compétition.

Lorsqu'ils se changent après l'entrainement, il n'a pas envie de rentrer tout de suite, alors il propose à Kageyama d'aller manger une brioche fourrée. Une fois passé au magasin, ils sortent s'assoir sur un banc non loin.

« J'ai tellement hâte de découvrir la chorégraphie du coach ! s'exclame Hinata en croquant dans sa brioche. Et d'avoir nos costumes ! On aura des ailes, c'est tellement cool ! »

Kageyama a un petit rire.

« Ouais, c'est cool, » dit-il simplement.

Il n'ajoute rien, mais il a l'air content. Ça le change drôlement d'avant, et c'est rafraichissant. Ça lui fait vraiment plaisir.

Ça lui fait plaisir que Kageyama soit content… c'est bizarre, non ? Enfin c'est normal de vouloir que les autres soient heureux, mais il ne se l'est jamais dit d'une personne en particulier.

« Ah, au fait, » se rappelle-t-il soudain. Il fouille dans son sac d'où il sort une clé usb, qu'il tend à Kageyama. « Je t'ai fait la copie que tu m'as demandée.

-Merci.

-Mais je t'avais déjà envoyé les pistes qu'on a choisies pour Icare par mail, pourquoi tu voulais toute ma sélection ?

-Je n'écoute pas beaucoup de musique, comme une certaine personne me l'a souvent fait remarquer, répond Kageyama avec un regard appuyé à Hinata qui se mord la lèvre pour ne pas rire, alors j'étais curieux. Y avait des trucs pas mal.

-Il fallait me le dire, je t'en aurais mis d'autres !

-La prochaine fois.

-Ça marche ! »

Après avoir parlé encore quelques minutes ils décident de rentrer. Bientôt, ils commenceront leur chorégraphie, et Hinata sait que Kageyama aura autant de mal à dormir que lui ce soir.

oOo

Dans l'espoir de gagner plus rapidement le sommeil, Kageyama a chargé le contenu de la clé usb d'Hinata sur son baladeur et il cherche des pistes calmes. Il en trouve une et la laisse tourner. Elle est vraiment sympa. Plus que découvrir de la musique, ce qu'il recherche en vérité, c'est mieux connaître Hinata. Est-ce que ça fait de lui un sale type ? Est-ce qu'Hinata serait fâché ? Probablement pas, en fait, ça lui ferait même plaisir qu'il « sorte de sa grotte » comme il aime bien dire. Enfin, c'est en supposant qu'il n'apprenne pas les intentions véritables de Kageyama.

Au début, il n'avait aucune intention particulière, cela dit. Il ne comptait pas se déclarer, et s'était même convaincu que c'était un béguin qui allait s'estomper avec le temps. Hinata l'impressionne depuis le départ, ça aurait pu être de la confusion, surtout que Kageyama n'a jamais vraiment compris ce qu'était être amoureux. Jusqu'à maintenant.

Il soupire. Il s'est pourtant dit et redit qu'il devait se concentrer uniquement sur le patinage. Demain, ils vont s'entrainer comme d'habitude et il n'y pensera pas.

Il ne se trompait pas finalement, parce qu'ils s'entrainent avec acharnement, et ça ne lui laisse pas le temps de gamberger. Les portés se succèdent, avec plus ou moins de succès, mais ils progressent. Le coach est d'excellent conseil, et grâce à lui, ils sont confiants. Confiants sur tout sauf sur une chose : leur inscription à la compétition. Le coach hésite. Soit il inscrit une fille à la place de l'un d'eux et ils surprennent tout le monde le jour J, au risque de se faire disqualifier à ce moment, soit il essaye de convaincre le comité, qui peut alors refuser de les laisser participer.

Aucun d'eux ne sait ce qui est la meilleure solution. Kageyama angoisse sérieusement. La date approche dangereusement, et ils doivent se décider. Il ne sait pas s'il doit laisser Ukai décider ou s'il doit lui-même réfléchir à ce qu'ils doivent faire et insister. Mais s'il se trompe, ce sera sa responsabilité. Chaque problème en suit un autre, c'est insupportable. Les jours passent, et la situation n'évolue pas. Ça le stresse tellement qu'il se met à perdre l'appétit, et qu'il a du mal à dormir.

A une pause déjeuner, qu'il passe presque toujours sur le toit avec Hinata, il délaisse à nouveau son pain au curry. Il ne se rend même pas compte qu'il est en train de taper nerveusement du pied, car il sursaute quand Hinata pose sa main sur son genou, l'air inquiet.

« Qu'est-ce qu'y a ? dit-il, agacé malgré lui.

-Tu ne manges pas beaucoup en ce moment, répond Hinata en désignant son petit pain entamé.

-Et alors ?

-Il te faut des forces, pour l'entrainement.

-C'est bon, je sais !

-Si c'était moi tu m'engueulerais », réplique Hinata. Il a raison, mais Kageyama est trop énervé pour faire preuve de bonne foi.

« Je n'ai pas besoin de toi pour me dire quoi faire !

-J'ai pas envie que tu t'écroules cette après-midi, continue Hinata. Comment on va faire sinon ?

-De toute façon on n'est même pas sûrs que ça serve à quelque chose, maugrée Kageyama.

-Comment ça ?

-On va peut-être pas avoir le droit de participer ensemble ! Me dis pas que t'as pas conscience de ça !

-Si bien sûr, mais je pense que ça va marcher ! Et c'est pas en t'affamant que ça va régler le problème ! » Depuis quand Hinata fait preuve de bon sens ?

« -Comment tu peux savoir que ça va marcher ? L'optimisme a ses limites.

-Dit le gars qui comptait aller aux nationales avec moi y a pas si longtemps ! Tu visais les jeux olympiques, je te rappelle ! Tu étais tellement sûr de toi ! »

Kageyama se lève, et écrase sa brique de lait vide dans son poing.

« Ouais, j'y croyais ! crie-t-il. Mais je me suis sans doute trompé !

-T'es pas…

-T'as le droit de retourner en simple ! Il est encore temps ! Tu es suffisamment doué aujourd'hui pour pouvoir gérer.

-Je ne compte pas…

-Tu devrais même pas traîner avec moi de toute manière !

-Qu'est-ce que tu racontes ? »

Il se fige et se rend compte qu'il en a trop dit. Il se mord la lèvre avant de dire plus de bêtises. Hinata doit être furieux, Kageyama a tellement insisté pour qu'ils fassent un duo, le voilà qui se débine au dernier moment.

Au lieu de ça, il sent les mains d'Hinata envelopper son poing doucement, exactement comme l'autre jour. Instinctivement, Kageyama le desserre, et Hinata récupère la briquette, qu'il pose à côté d'eux. Tout en gardant sa main dans les siennes, Hinata murmure :

« T'es qu'un con. » Kageyama devrait se fâcher, mais bizarrement il n'en est rien. Il sait que c'est un peu vrai, et le ton si calme d'Hinata l'apaise. Il le laisse continuer. « Je veux patiner avec toi, c'est une certitude, et si on y arrive pas, on y arrive pas, mais si on a une chance de pouvoir le faire, alors je ne vais pas la laisser passer. C'est pas juste parce que tu as insisté que je le fais, c'est parce que j'aime ça. J'aurais arrêté depuis longtemps si c'était pas le cas. Je te fais une confiance aveugle… » – littéralement, lors de certains portés jetés, il ferme les yeux – « …et ça m'attriste un peu que ce ne soit pas réciproque.

-C'est faux… !

-Alors crois-moi, continue Hinata comme s'il ne l'avait pas entendu, je vais trouver un moyen. Un moyen de te convaincre que je compte pas te lâcher, et un moyen de régler notre problème d'inscription. »

Son regard est plein d'une détermination à toute épreuve, et Kageyama reste figé. Lorsqu'Hinata lâche son poing, il a envie de lui dire mille et une choses, mais rien ne lui vient, à tel point qu'il reste là sans bouger, et Hinata est parti avant qu'il ait pu réagir.

oOo

Lorsque Kageyama le rejoint sur la glace, Hinata l'accueille d'un regard qui coupe court à toute conversation. Son partenaire a l'air ennuyé, il fait sa tête de grognon, avec ce jeu de sourcils qui indique qu'il est gêné et qu'il veut potentiellement s'excuser, mais Hinata ne lui en laisse pas le temps.

« Faut qu'on bosse la suite du triple axel », déclare-t-il.

Quel abruti, ce Kageyama ! Qu'il soit stressé, c'est une chose, qu'il baisse les bras en est une autre ! Et puis il aurait pu lui en parler. Ils sont partenaires, non ? En plus, ce n'est pas comme si Hinata ne comprenait pas. Lui aussi, il est inquiet. Ils n'ont aucune certitude que leur association ne soit pas rejetée, et oui, ça le terrifie. Ça le met en colère, aussi. Pourquoi les règles du patinage artistique sont-elles si coincées ? Dans tous les autres sports, les hommes jouent ensemble, et les femmes de leur côté aussi ! C'est injuste.

« Hinata ! Kageyama ! crie soudain le coach Ukai. Vous êtes à ce que vous faites, ou quoi ? »

Ils ont pourtant effectué un triple axel parfait, et ils n'ont fait aucune faute après. Ukai leur fait signe de s'approcher.

« Vous êtes complètement à côté, depuis quelques jours, qu'est-ce qui vous arrive ? »

Hinata ne sait pas s'il doit répondre, et Kageyama se renfrogne. Ukai soupire.

« Bon écoutez, je vois bien que ça ne va pas en ce moment. J'espère que vous avez conscience que la compétition est pour bientôt ! »

Le silence qui suit est gênant et Hinata aimerait pouvoir affirmer au coach qu'il est au taquet, qu'ils sont au taquet, mais il a les nerfs trop à vif. Ça ne sonnerait pas juste, même s'il veut vraiment faire de son mieux. Il entendrait presque Kageyama grincer des dents tant la mâchoire de ce dernier est tendue. Il va se faire mal, cet idiot.

Pourquoi est-il inquiet pour ce nul, après tout ? Il a tellement envie de s'approcher de lui et de lui demander de se détendre. Est-ce qu'il doit le faire ? Est-ce qu'il doit mettre sa fierté de côté ? Son discours de tout à l'heure en prendrait un coup alors non. Tant pis. Il déglutit.

« …nata. Hinata ! Tu m'écoutes ?

-Ah, oui, pardon ! s'écrie-t-il en tournant son regard vers Ukai.

-Rentre chez toi.

-Euh…

-J'ai des obligations familiales ce week-end, donc je ne vous entrainerai pas. Profites-en pour te rafraichir les esprits et reviens en forme lundi. Et débrouille-toi pour arranger ce qui ne va pas. »

Il pourrait avoir l'air plus fâché que ça, mais le coach a finalement l'air à la fois compréhensif et agacé.

Lorsqu'ils sont dans les vestiaires, il sent que Kageyama essaye de capter son attention, ou peut-être cherche-t-il ses mots, mais Hinata se change en un clin d'œil et il sort aussitôt. Il est partagé entre la culpabilité et l'irritation. Ils ont pris l'habitude de traîner un peu ensemble après leur entraînement et ça lui manque déjà. Il n'a jamais été aussi dépendant de ses amis, qu'est-ce qu'il lui prend ? Bah, c'est que Kageyama est aussi passionné que lui et ça n'avait jamais été le cas de ses amis proches jusqu'à maintenant.

Est-ce qu'il considère Kageyama comme son meilleur ami ? Il n'est pas sûr. Il s'en rapproche, sûrement.

Son téléphone vibre et il sursaute. Son cœur se met à battre plus vite, ça doit être lui qui essaye de s'excuser ! Hinata déchante en voyant que c'est un message de sa mère qui lui demande d'acheter des pommes de terre et de la sauce soja sur le chemin.

Tout le long de la route, il espère que son téléphone vibre à nouveau.

Après avoir passé un moment à lire un magazine de prépublication tout en jetant des coups d'œil nerveux à son téléphone, il abandonne et va prendre un bain. Après tout, il a clairement fait comprendre qu'il n'avait pas envie de lui parler, c'est rageant de le reconnaître mais c'est immature de sa part de s'attendre à ce que Kageyama lui coure après. Si c'était lui, il n'essaierait probablement pas de le contacter avant le lendemain. Peut-être même qu'ils ne se parleront pas de tout le week-end ! Cette pensée le déprime terriblement.

L'eau du bain est chaude et relaxante mais elle ne parvient pas tout à fait à lui remonter le moral. En sortant de la salle de bain, Hinata s'ouvre une cannette de thé vert et retourne dans sa chambre pour se mettre en pyjama avant le dîner. Avant de d'y aller, il enverra un message à Kageyama. Il n'a vraiment pas envie de rester fâché avec lui.

Sa gorgée de thé lui passe par la trachée plutôt que l'œsophage quand il entre dans sa chambre et qu'il y découvre Kageyama assis à la table basse. Ce dernier se lève d'un bond et vient lui taper dans le dos en lui demandant si ça va d'un ton alarmé. Entre sa toux et les cris de Kageyama il distingue la voix de sa mère qui vient de la cuisine :

« Shouyou ! Kageyama-kun est passé te voir, je lui ai dit de t'attendre dans ta chambre ! »

Il voudrait répondre quelque chose du genre « Merci, j'avais remarqué ! » mais il est trop occupé à reprendre sa respiration.

Une fois calmé, son cerveau se met en ébullition et lui fait parvenir plein d'informations d'un coup : il n'avait pas prévu ça, il ne sait pas quoi dire il est super content il a très chaud il est encore en serviette de bain il ne sait pas pourquoi ça l'interpelle Kageyama est super mignon dans sa veste à capuche violette.

« Je suis désolé, tu veux que je sorte le temps que tu te changes ? demande Kageyama comme s'il avait lu dans ses pensées.

-Ah euh non ! C'est pas grave, tu n'as qu'à te tourner. Après tout on se change tout le temps l'un devant l'autre, non ? » Il rit nerveusement et trop longtemps. Il n'a aucune idée de ce qu'il lui arrive.

« Pardon d'être venu à l'improviste et de t'avoir fait peur… marmonne Kageyama pendant qu'il met un jean et un sweat, parce que ça lui ferait bizarre de se mettre en pyjama maintenant.

-C'est pas grave, » répète Hinata qui n'a pas encore les idées claires. Kageyama qui s'excuse deux fois de suite, que se passe-t-il, l'apocalypse est proche.

Un silence gênant s'installe. Hinata s'assoit en tailleur, mais il ne dit pas à Kageyama de se retourner. La chaleur du bain ne s'est certes pas dissipée mais ça n'explique pas complètement pourquoi Hinata a si chaud.

« Tu avais raison. » Le silence est rompu par cette déclaration de Kageyama qui sert les poings sur ses genoux. « J'ai fait n'importe quoi et je n'ai pas d'excuses. Si les rôles avaient été inversés je suppose que je t'aurais fait bouffer ton repas de force à midi, » – Hinata pousse un couinement terrifié – « ou quelque chose du style. En tous cas, j'ai conscience que tu disais ça pour mon bien. »

Kageyama lui fait face, en jetant d'abord un rapide coup d'œil afin de s'assurer qu'Hinata est habillé. Son regard brûle d'intensité.

« Mais je te fais confiance. » Il sort son téléphone portable et va dans la galerie où il fait défiler des photos d'Hinata sur la patinoire du lycée et des vidéos d'eux qu'Ukai a prises. « Je te vois faire, j'observe tes progrès, je sais que tu veux vraiment qu'on aille loin, et je crois en toi. » Il se mord la lèvre. Il prend quelques secondes avant de reprendre. « J'ai merdé, mais je sais que tu ne vas pas lâcher l'affaire pour autant, je sais bien que tu tiens tes promesses et je voudrais que tu saches que je vais tenir les miennes. Ce midi j'ai dit qu'on devrait arrêter et que tu devrais reprendre l'individuel mais je ne le pensais pas. Je n'ai pas envie… » Sa voix perd de son volume. « … de te perdre. »

Hinata se retient de justesse d'enfouir son visage dans ses mains. Ses oreilles le brûlent et il a envie de pleurer. Son cœur bat si fort dans sa poitrine que ça lui fait presque mal.

« OK, » dit-il avec un sourire. Il n'arrive pas à plus.

« Tu vas bien ? dit Kageyama d'un ton inquiet. T'es super rouge, t'as chopé la crève ? » Il s'approche pour lui toucher le front.

« C-C'est le bain ! crie Hinata d'une voix tremblante. Ça me fait toujours ça !

-Ah bon. T'as dû y rester trop longtemps. »

Kageyama retire sa main et se lève.

« Tu pars ?! s'écrie Hinata, une détresse non contrôlée dans la voix.

-Bah, vous allez bientôt manger je crois et… »

Sans attendre la fin, Hinata court dans le couloir et crie :

« Mamaaan ! Est-ce que Kageyama peut rester manger ?

-Bien sûr chéri !

-Merci ! »

Il revient précipitamment dans la chambre, comme s'il craignait que Kageyama ne soit parti entre temps.

« C'est bon ! Tu peux rester. Si tu veux.

-T'es sûr ? »

Il a l'air gêné, Hinata devrait lui dire qu'il n'a pas à s'en faire.

« Je suis trop content que tu sois là. »

Le regard de Kageyama lui apprend qu'il a dit ça à voix haute et il sent ses muscles se raidir et sa mâchoire lui faire mal tant il est mortifié d'avoir lâché ça d'un ton aussi ému. Le sourire qu'il a en réponse le rassure tout de suite.

« Je n'avais pas envie qu'on se dispute plus longtemps, c'est trop nul » se sent-il obligé d'expliquer.

Kageyama hoche la tête lentement.

« Ça m'aurait soûlé aussi, répond-il. Genre, vraiment. »

Hinata se met à rire, puis il propose à Kageyama d'aller jouer à la console en attendant le dîner.

« Au fait, lance-t-il pendant un combat. J'ai pris une décision.

-Hm ?

-Je vais me faire passer pour une fille. »

Ils finissent leur partie tranquillement puis Kageyama pose sa manette.

« Je ne veux pas que tu te sentes obligé de faire ça, dit-il.

-Ecoute, c'est encore le plus simple. J'y ai vraiment réfléchi, ce n'est pas juste sur un coup de tête. Il n'y a aucune chance qu'on nous laisse faire, et même si le coach les supplie, je n'y crois pas trop. Je ne dis pas que je vais me travestir pour de bon, on va juste trafiquer mon prénom et je vais mettre une perruque et une capuche le jour J, et une fois sur la glace, j'enlèverai tout. Enfin quand je dis tout, je vais devoir mettre ma fausse barbe de Dédale et tout mais… »

Il sursaute et s'interrompt quand il sent la main de Kageyama se glisser dans la sienne et la serrer fort. Il a l'impression qu'il serre son cœur en même temps. Sa gorge se noue. Kageyama le regarde droit dans les yeux.

« On va tout défoncer. Après notre choré, ça n'aura aucune importance qu'on soit des garçons. J'en suis sûr. »

Hinata hoche la tête frénétiquement.

« Merci, » ajoute Kageyama, en détournant la tête, la nuque et les oreilles rouges.

Hinata tend son autre main vers Kageyama et s'arrête juste avant de le toucher car pile à ce moment-là, on les appelle pour le dîner. Il ne sait pas si c'est une bonne ou une mauvaise chose.

Après le dîner, ils passent encore un peu de temps à jouer et rigoler ensemble. Hinata n'est plus aussi tendu qu'il ne l'était et il hésite vaguement à proposer à Kageyama de rester dormir comme l'autre fois, mais il se retient. Il en serait ravi, mais vu qu'il vient tout juste de prendre conscience de ses sentiments pour son ami, ça ne ferait que le bouleverser davantage de partager la même chambre. Ils se disent au revoir sur le pas de la porte, et il essaye d'avoir l'air le plus naturel possible. De retour dans sa chambre, il se change enfin et se glisse dans son futon. Il saisit son téléphone et ouvre une fenêtre de conversation avec Kageyama. Il commence à rédiger : « Merci d'être passé, ça m'a fait super plaisir. On se voit demain ? »

Il hésite, efface tout et recommence : « J'ai hâte qu'on patine de nouveau. » Les mots qui s'affichent sur l'écran sont simples, mais ils semblent soudain en révéler beaucoup trop, comme s'ils le mettaient à nu, comme si Kageyama allait tout comprendre avec cette petite phrase. C'est stupide. Le téléphone retrouve pourtant sa place d'origine sans avoir été utilisé.

Quelques minutes plus tard, alors qu'il se tourne et se retourne sous ses couvertures sans trouver le sommeil, il entend un bip de notification et se précipite sur son smartphone.

« Je sais pas comment tu fais pour me supporter. Mais je te promets que je vais tout faire pour qu'on gagne. »

Il roule sur lui-même, trop heureux, mais prend soin de ne pas crier, sinon Natsu va venir l'engueuler.

« Je sais pas non plus. » Il envoie ensuite un sticker de corbeau qui tire la langue. Puis il tape : « Ça va le faire. On va le faire. » Entre temps, Kageyama a répondu « Sale débile ! » suivi d'un sticker de héros de sentai en colère et ça le fait éclater de rire. Tout de suite après, il en reçoit un autre du même personnage qui fait une pose victorieuse. Il sourit, envoie une dernière image du corbeau qui dit bonne nuit et repose le téléphone.

Il a beau savoir que c'est compliqué, que la situation est délicate, là tout de suite, il se sent bien. Il n'a pas envie de se prendre la tête. Il ferme les yeux et il pense à Kageyama.