Ragnarök
Chapitre 13: La Destruction de Vanaheim
La guerre. Le sang. Il n'y avait plus rien qui nous donne envie de sourire. Il faisait nuit sur Vanaheim, et cela faisait bien deux heures que nous nous battions contre les guerriers vengeurs de Surtur. Il est vrai que le monstre était bien mort, mais ces créatures n'avaient même pas besoin de maître pour tout détruire selon leur humeur.
Thor se battait à coté de moi, mais je riais tout seul rien qu'à le voir marcher. La punition avait été tellement terrible qu'il n'arrivait pas à marcher autrement que comme un autiste. C'était marrant à voir, surtout que je l'avais prévenu et qu'il m'avait juré que j'étais trop "inoffensif" pour lui faire quoi que ce soit.
Comique. Je suis bien plus fort que lui, contrairement à ce que montre le physique.
J'avais réussi à le soulever. Quand même. Lui ne parvenait pas à le faire pour moi.
"Thor, tu marches comme un pingouin."
"C'est de ta faute."
"C'était marrant, à refaire. Juste pour que Stark rigole à ton allure de phoque."
Il s'arrêta une seconde. "La prochaine, c'est moi."
"Alors là, jamais." La colère avait prit le dessus. "Moi, tu ne me touches pas. Fils d'Odin."
Il se remit rapidement rapidement au combat, un rire jaune sur le visage. Il tuait les petits sbires qui se ruaient vers les maisons encore debout, tandis que moi et les Avengers bataillions contre les plus coriaces. Ceux-ci approchaient à toute vitesse, et Hela lança un diamant jaune sur un monstre qui explosa d'un coup, en un magnifique feu d'artifices.
D'un sourire moqueur, je me tournais de son côté. "Je savais pas que tu fabriquais des bombes dans ta chambre. Je t'en aurai empêchée."
"Parles pour toi, tu me dois une fière chandelle. Bon. Nous avons environ dix-sept minutes pour tout évacuer, voire moins. Faites vite, je m'occupe d'apporter du soutient à mon oncle."
Avant qu'elle ne parte en grande vitesse - "Faites attention à vous, surtout !"
Elle se joignit à son oncle, et Stark en Iron Man vint se poser à côté de moi. "Tu t'en sors, Reindeer Games ?"
"Je m'en sortais plutôt bien jusqu'à ce que tu arrives. Qu'est-ce que tu veux ?"
"Ils se sont retirés sur la côte Ouest, on pense qu'ils vont prévenir leur sous-chef, et Cap' dit que ceux du Nord sont sur le pont de départ."
Je pris une longue inspiration, puis frappai dans le visage d'un de ces géants avec une dague magique. Je tendais alors la main juste devant moi et celle-ci revint se loger dedans, étant magiquement adaptée à ma poigne. Je me battais toujours, tandis que Stark semblait attendre une réaction. "Stark, dis à Steven d'empêcher leur fuite. Il est impératif qu'on les détruise, on ne peut pas se permettre de les laisser hors de notre portée."
"Mais ils sont bien trop nombreux !"
"Je me moque de combien ils sont, empêchez les de s'enfuir !"
Là, une rafle d'ennemi arriva en notre direction. Stark se plaça devant mais en un rire, il décida de céder sa place. "Vas chercher tes amis, ce ne sont pas cinquante petites bestioles qui vont me faire mourir."
Il fit volte-face, et pendant qu'il s'apprêtait à partir, ma main entra en contact avec son poignet. Il se tourna vers moi, apercevant joyeusement un sourire bon. "Tu sais, j'ai décidé de ne pas mourir aujourd'hui. Pas dans cette guerre. Peut-être dans la prochaine."
"Je ne savais pas que tu avais envie de mourir à Svartalfheim."
"Mais j'en rêve depuis que je suis venu au monde, voyons !" Il sourit gentiment et attendit une seconde pour que je reprenne. "Nous allons arrêter ces monstres, comme ça, aucune seconde guerre."
"Tu es un peu optimiste." Surprit une voix venant de derrière, tandis que Clint s'approchait. "Il y en a encore deux cent qui arrivent par l'Est."
"Je les tuerai."
"Non, tu es trop affaibli. Il faut que tu rentres sur Terre, ou tu vas nous causer des ennuis."
"Je ne veux pas abandonner !" Je me mettais à trembler brutalement. "J'exige de vous sortir de là ! C'est moi qui ai provoqué ça, c'est à moi de l'arrêter ! Je ne permettrai pas que vous mourriez pendant que je reste tranquillement loin de la malédiction ! Il est temps que j'assume un peu mes actes, j'ai vingt-et-un ans !"
Hela s'avança et posa sa main sur mon épaule froide. "Nous avons évacué tout le monde, il ne reste plus personne. Papa, il est temps de rentrer sur Midgard, on va se faire tuer ici."
"Hela ! Je refuse ! Il faut qu'on les tue ! Tous !"
"Tu sais comme moi que pour l'instant, ce n'est pas la priorité. Rentrons maintenant avant que Thanos ne vienne reprendre son dû ici."
"Son dû ?"
"Oui." Il hocha doucement la tête, une douleur soudainement vive dans les yeux. "Toi."
Je secouais la tête lentement. "Non, il ne me fera rien."
"Il te tuerait. Et je ne veux pas prendre ce risque. Il veut la Gemme."
"Mais - Elle n'est plus apparente sur moi !"
"Certes, mais elle est enfouie en toi, et il va la prendre, quitte à t'arracher le cœur pour la trouver dedans !" J'avais arrêté de réagir, et les larmes coulaient sur ses joues squelettiques, tandis qu'elle posait calmement sa main contre mon cœur. "Je le sens encore battre. Je ne veux pas qu'il perde ce brin de vie qui l'anime encore."
Thor s'approcha, mais n'osa pas parler, regardant seulement ce moment de complicité avec attention. Toujours, on m'avait empêché l'accès à l'amour paternel que je portais à mes enfants, on m'avait refusé la vue même de mes enfants, les éloignant en leur apprenant le fait que j'étais monstre, qui leur voulait trop de mal pour qu'on les laisse m'apercevoir dans un coin de mur.
Mais là, j'étais uni avec Hela, ma dernière, mon cadeau, tout ce que j'avais toujours pleuré, alors que mes enfants étaient morts pour la plupart, même mon louveteau, mon Fenrir, il était mort et attendait sur Asgard que je prenne sa couverture pour le serrer dans mes bras. Les autres avaient été maudits, et je ne les avais jamais revu.
En un regard ému, je me lançais dans les bras de Hela, ma fille. La mienne. Celle de personne d'autre, juste la mienne. Elle était de nouveau avec moi - bien que pour raison uniquement contractuelle, soyons francs - et elle tenait à moi - pour raison uniquement sexuelle -.
Thor sourit tendrement. "Loki ?"
"Fils d'Odin ?"
"On doit rentrer maintenant."
Je me relevai d'un bond. "Alors on ne tue pas ces monstres ?"
"A quoi bon, Papa ? Ils ne peuvent plus faire de mal à qui que ce soit ici. Rien ne sert de se blesser, une autre planète aura besoin de nous la prochaine fois qu'ils attaqueront."
"On a une idée d'où ce sera ?"
C'est là que Stark et Banner arrivèrent. Stark se lança avec un grand sourire. "Alors, c'est notre registre, ça. On a Niflheim, et dans le pire des cas, on a Midgard."
"Deux planètes ?"
"Hélas..." Soupira le docteur à côté de Stark. "Si je calcule bien, on a eu cinq attaques en dix jours, alors je pense que dans maximum quatre jours / une semaine, nous sommes rayés de la carte de l'Univers."
"Pourquoi s'attaqueraient-ils à Midgard ? Je ne comprends pas, les mortels sont si stupides, qu'est-ce que ces monstres pourraient bien vouloir d'eux ?"
"Hela !"
Elle rit doucement, se faisant toute petite sous les regards insultants des mortels ici présents, et le mien, je suis quand même son père. "Oups, j'avais oublié qu'il y avait des mortels à bord...
"Je sais que tu entends."
"Non, parce que je ne veux pas t'écouter !"
C'était du temps de Thanos, les geôles, la mort, le sang. Jurg était encore là, à l'époque. Je me souviens de ce soir, c'était le jour de mon anniversaire, et personne ne me l'avais souhaité. Jurg était venu comme si -
"De rien n'était, mais pourtant tu m'avais dit que tu savais quand c'était, mon anniversaire ! Pourquoi tu ne me l'as pas souhaité ?"
"C'est juste que tu ne m'en as pas laissé le temps. Calme toi, s'il-te-plaît."
Je tremblais avec la colère. "Tu aurais du me le dire en entrant ! Egoiste !"
"Ça t'a blessé que je ne le fasse ?"
"Menteur !"
"Tu vas te calmer ? Je suis désolé si tu as été blessé par ce manque de réflexion de ma part. Bon anniversaire."
"Trop tard, Jurg, tu me fous la haine là ! J'ai l'impression que - Mais tu te paie ma gueule ?" Criais-je avec toute la rage que j'avais refoulé depuis son arrivée, étant donné que mes sentiments pour lui étaient bien étranges.
A vrai dire, je ne savais pas ce que je ressentais.
C'était juste rien du tout. Une babiole. L'amour, c'est pour les gosses.
C'est moche, sale, ça fait mal, et c'est destructeur. La définition même de ce mot par d'autres termes.
Mais je n'étais pas amoureux de lui, c'était impossible. Je me serais senti trop pourri, rongé, moisi jusqu'à la moelle des os. Et ce n'était étrangement pas le cas.
Étrange était bien le seul mot correspondant à cette sensation, après tout.
"Jurg ! Arrêtes ! Si tu t'approches - Fais un pas de - Jurg - Je te jure que je vais appeler ton père !"
Il rit. "Je n'ai rien à craindre, de manière personnelle, moi, je n'aurais rien."
Il entra en contact avec mon avant-bras, le caressant de ses phalanges coupantes. Mieux encore que la mutilation.
"Tu sais, si il y a quelque chose que j'ai fais qui t'a blessé, tu peux être sûr que je m'en veux atrocement."
Les larmes coulaient toutes seules alors que mes yeux étaient encrés dans les siens de rubis. "Est-ce que quelqu'un m'aime... ?"
"Je suis sûr que oui." Il passa sa main contre ma joue et m'embrassa le front. "Moi, je t'aime."
"Jurg..." Des larmes chaudes sur mes joues avaient glissé, tandis que je regardais Thor qui dormait paisiblement à côté de moi. Il semblait sans problème, plongé dans un rêve d'amour, tout en serrant mes hanches contre les siennes. Un sourire fendit mon visage perverti par la mort et la souffrance, pendant que je touchais délicatement son visage épais. "Thor, tu es réveillé... ?"
Il bougea une seconde puis ouvrit les yeux, se mettant plus à l'aise. "Oui, Loki, mais tu ne l'étais pas. Quelque chose ne va pas ?"
"Non, c'est - Je - Je repensais à Jurg, en fait..."
"Jurg... ?" Il semblait ignorer de qui il s'agissait ou n'arrivait pas à mettre sur le prénom un visage qu'il connaissait.
Un rire passa mes lèvres. "Oui, Jurg, mon ami, le squelette."
"L'as-tu revu depuis l'épisode de Sif ?"
"Non, mais je ne pense pas le revoir un jour..."
Thor fronça les sourcils. "Pourquoi ça ? Vous vous êtes disputés ?"
"Il est mort... Thanos l'a tué."
"Oh... Je suis désolé... Ça va aller ?"
Je souris. "Oui, bien sûr, j'ai eu le temps de pleurer. Ça fait quelques mois, déjà..."
Il serra plus fort mes hanches contre les siennes. "Tu sais très bien que je suis là en cas de besoin."
"Mais je vais très bien, Thor, j't'assure. Il m'arrive juste des fois où je regrette mes actes. Sans que je sois allé sur Muspelheim, il ne serait pas mort..."
De sa main, il caressait ma crinière d'ében, cherchant quelque chose à répondre à ça. Finalement, il laissa tomber et me serra plus fort, regardant droit dans mes yeux.
Mais j'avais mal au cœur encore de la mort de mon meilleur ami. La blessure avait beau être vieille et cicatrisée, elle était béante et prenait pour elle seule la majorité de mon esprit. Un vague frisson me fit sursauter, alors que je le sentais, il était là, à coté de nous, en train de nous observer tristement. Il ne voulait sûrement pas que je pense à lui, mais comment faire pour oublier si rapidement une personne aussi importante à mes yeux ?
Thor se redressa, posant ses grands pieds sur le sol glacé de la Tour Stark, et commença à avancer en direction de la porte, sous mon regard interrogateur et mon sourire rieur.
"Mais où est-ce que tu vas donc, comme ça, au milieu de la nuit, Thor Odinson ?"
"Tais toi, tu vas me faire repérer." Il avançait dans la vaste chambre, et au moment où Tony passa le seuil de la porte de la chambre, il sauta et cria pour lui faire peur. L'ingénieur hurla telle une femelle puis reprit ses esprits, cherchant autour de lui un point d'encrage ou bien de confiance -allez savoir- et il posa ses yeux noisettes sur moi, tandis que mon rire était flamboyant. Thor s'accorda un magnifique sourire en me voyant rire de la sorte, des étoiles plein les yeux.
Tony, lui, entreprit de venir plus près. "Loki ! Il n'y a rien de drôle ! Il a failli me faire faire un arrêt cardiaque !"
"Bah oui ! C'est ça qui est drôle !"
Thor rit un peu, puis s'avança aux cotés de Stark, qui râlait. "Ami Tony, j'essaie seulement de faire rire mon malheureux petit frère."
"Malheureux ? Il semble plutôt joyeux là !"
"C'était le but. Ecoute, il a perdu un ami très cher à son cœur, je veux juste qu'il se sente bien avec nous. En sécurité."
"On peut même pas fermer des fenêtres tranquille, mais où va le monde ?"
"Tu es vexé, Tony ?"
Il se tourna vers moi d'un regard sombre avant de fermer la grande fenêtre ainsi que les volets automatiques. "Non, je ne suis pas vexé. Je suis agressé."
Un nouveau rire passa mes lèvres. "Agressé ? Thor, appelles la police ! Tu as agressé Tony Stark !"
"Loki, la ferme !" Cria Stark, de moins bonne humeur encore que le gamin quand il doit aller à l'école. Il avança jusqu'à la porte où il s'arrêta, regardant autour, cherchant quelque chose.
"Anthony Edward Stark ?" Demandais-je, me demandant bien ce qu'il cherchait.
"Chut. Vous n'entendez pas ?"
Là se fit le silence, et un petit bip récurent se manifestait dans la pièce. Cela venait de sous le lit, d'où une épaisse lumière rouge émanait.
Thor se mit à genoux sur le bord du lit, et regarda en dessous, ne faisant plus un bruit alors qu'il tendait sa main vers un point juste en dessous de moi.
"Thor ? Qu'est-ce que c'est ?"
Il sortit une pierre magique de dessous le lit, la montrant. Elle brillait de milles feux en bipant, et le dieu du Tonnerre la tourna pour en regarder l'insigne. D'un coup brutal, il releva la tête. "Midgard !"
