Note : Je suis de retour après avoir terminé de traduire en anglais. Je suis désolé d'avoir délaissé la version francophone durant tous ces mois, entre le travail et la traduction, je n'ai réellement pas eu le temps d'écrire. Mais maintenant que je n'ai qu'à traduire les chapitres que j'écris, je peux me consacrer à cela. Cela fait tellement longtemps que je ne sais pas quoi vous conseiller, relire le dernier chapitre, l'histoire entière, je n'en sais rien, mais si vous vous en souvenez alors vous pouvez procéder. J'ai corrigé énormément de fautes lors de la traduction, surtout d'inattention, j'essayerai de poster la version corriger de l'histoire d'ici quelques temps, désolé si des fautes persistent dans ce chapitre, bonne lecture.
Taille chapitre : 14000 mots.
La tour qui illuminait les vallées, partie 2
«
Le silence régnait depuis plus de cinq minutes dans le vestiaire. Une accalmie endeuillée, mortuaire.
Assis sur le banc central qui séparait tous les casiers, il retira les plaques de fer qui recouvraient ses tibias, son torse, ses avant-bras, ses poignets, puis retira le masque blanc en forme d'ours qui recouvrait son visage et ses cheveux noir de jais.
Un long souffle éreinté s'extirpa de son être. Légèrement courbaturé, il s'étira la nuque et sa mâchoire carrée d'un mouvement maladroit, lui arrachant une grimace de douleur.
Son regard se déposa à sa gauche où, un homme, bien plus jeune qu'il ne l'était et devant avoisinait les vingt ans, reproduisait au millimètre près sa gestuelle. Son masque de lion déposait à même le banc, le jeune homme observait la plaie sur son avant-bras droit dans un rictus de douleur.
À sa droite, un autre homme, brun, devant avoir la trentaine. Les yeux bleus et portant un katana dans son dos, celui-ci tenait entre ses doigts un masque de lézard et venait tout juste de commencer à se changer. Des gestes lents, méticuleux, permettant de ne pas réveiller ses crampes.
Dans un réflexe qu'il parvint à arrêter une seconde après l'avoir entamé, son champ de vision quitta les courbes féminines à sa droite afin de se focaliser sur les cheveux bruns et le regard ivoire de la jeune femme. Sur le haut du casier se trouvait une forme ovale, blanche, pointue. Un oiseau solitaire, abandonné. L'expression fermée, la jeune femme s'en était rapidement débarrassée et, se changeant, était plongée dans ses pensées.
- C'était une mission rondement menée, déclara-t-il d'un timbre de voix bien plus calme qu'il en avait l'habitude.
Il était… fatigué.
- Ouais, on peut dire ça.
La voix emplie d'ironie du plus jeune du groupe s'éleva dans son dos à la suite de ses félicitations, et les deux restantes qu'il attendait restèrent aussi silencieuses que celles qu'ils avaient laissées aux Démons.
Dans un énième soupir, toujours assis, sa vision se troubla légèrement tandis qu'il observa ses mains où de fines traces cramoisies persistaient entre ses phalanges. Il essaya de les effacer à l'aide de son pouce, mais il ne les étala que plus.
L'ouverture du casier résonna dans le vestiaire, ce qui attira inévitablement son attention éreintée. Il tourna son visage vers la jeune femme qui, toujours habillée d'un pantalon et d'un t-shirt sombre, récupéra un t-shirt jaune fluo, un pantalon bleu clair, ainsi qu'une serviette grise.
La seconde vie était terminée, une fois lavée et essuyée, ils allaient pouvoir retourner à leur réalité, leur monde plus coloré.
Comprenant que les séparations après deux semaines de missions allaient sous peu arriver, il ouvrit la bouche.
- On se donne rendez-vous à même endroit que d'habitude demain matin pour établir le rapport. Je le rédigerai dans la nuit, vous pourrez le lire avant que je ne l'envoie, ensuite vous pourrez rentrer chez vous.
- Très bien.
- Suzume ne sera pas présente, mais je tâcherai de signer en son nom.
Un sourcil relevé, il observa le trentenaire à sa droite qui continua de se changer en ne lui prêtant guère d'attention. Il observa ensuite la silencieuse jeune femme venant de refermer son casier et qui se dirigeait vers les douches.
Son timbre rauque résonna pour la troisième fois.
- Quelque chose ne va pas ?
La femme s'arrêta un instant, resta de marbre le temps d'une réflexion, puis se retourna dans sa direction. Ne lui prêtant là aussi aucun regard, elle courba rapidement l'échine avant de se redresser.
- Toutes mes excuses Eizan-senpai, j'ai un rendez-vous important demain matin.
- Un rendez-vous ?
Les sourcils cette fois-ci froncés, il se remit à observer l'homme puis la femme successivement, ne comprenant rien au manège qui se tramait.
- Kohei, Suzume, qu'est-ce que vous mijotez tous les d-
- Je suis enceinte.
Le silence mortuaire naquit pour la seconde fois et perdura quelques battements de cils. Juste le temps pour qu'il ouvre sa bouche sans qu'aucun son de s'en extirpe, tout comme le jeune homme assis sur le banc derrière lui… bien que chez ce dernier le mutisme fut de courte durée.
- Tu… tu es enceinte ? Depuis quand ? Et comment ça se fait que tu sois au courant toi ? Ne me dites pas que… vous… vous êtes…
Habillé seulement de son pantalon noir taché d'écarlate, un bras appuyé contre les casiers et l'autre pendu dans le long de son corps recouvert de bleu et de coupure, le futur père soupira légèrement avant de se pincer le nez.
Un souffle aussi ennuyé que le fut sa question, mais, étant à la tête du groupe, il se devait de la poser.
- Toutes mes félicitations à vous deux, je présume donc que vous vous retirez de la Section ?
À la suite d'une seconde et succincte prosternation, Suzume lui répondit presque immédiatement. Un léger sourire déformait les lèvres de la jeune femme. Le premier sincère depuis les trois dernières semaines.
- Pour tout vous dire, Senpai, il s'agissait de notre dernière, nous avons déjà envoyé nos lettres à Iwa, nous ne souhaitions pas vous le dire avant pour assurer le bon déroulement de la mission.
Un sourire similaire, ce fut tout ce qu'il put offrir à la jeune femme. Il comprenait. Il comprenait parfaitement. C'était là exactement ce qu'il avait fait douze ans plus tôt.
- Très bien, c'est très avisé de votre part.
Le futur père se tourna légèrement dans sa direction et s'apprêta à lui adresser la parole. Des remerciements ou des reproches, il ne sut pas ce qu'il aurait voulu lui dire, car, pris de court par la porte du vestiaire qui s'ouvrit en fracas, il se retourna, tout comme la jeune femme qui le fit dans un sursaut.
L'air froid extérieur s'engouffra à l'intérieur du vestiaire tempéré dans une bourrasque non désirée, mettant un terme aux félicitations.
Le nouvel arrivé, essoufflé, une feuille froissée aux prises de sa main gauche posée sur son genou flageolant, se releva brusquement. Sous la stoïcité de ses cheveux roux et court, il mit aussitôt la feuille en évidence.
- Ça… ça vient directement d'arriver de Iwa… c'est… c'est de la plus haute importance.
Assis sur le banc, il se releva, rigide. La question dans son dos attendit. Le placard à sa droite se referma dans un grincement austère. Le t-shirt fluo, le pantalon clair ainsi que la serviette tombèrent.
- De quoi s'agit-il ?
Et les derniers ordres de mission s'imposèrent.
- Ils… ils demandent à toutes les unités les plus proches de se rendre à Ninohe… un… un village au nord de Kossori... là-bas se trouve l'homme à l'origine de l'attaque de Yariba dans… dans un hôtel avec le prisonnier trois mille deux cent trente-quatre.
»
Pour cette technique, la perfection n'existait pas. Cela lui arrivait de la visualiser, mais il n'arrivait pas à la créer. Lorsqu'il matérialisait un clone, il pouvait l'apercevoir, la sentir, pour autant il ne pouvait qu'espérer l'effleurer. C'était pourquoi chacun de ses clones possédait, à un certain degré, sa propre personnalité. Jamais il n'était parvenu à reproduire une copie parfaite. Pas une seule fois sur plus d'une centaine de milliers. À chaque fois que les souvenirs lui revenaient, que ce soit pour un ou mille clones en simultané, il la percevait.
L'imperfection, la légère différence.
Il s'agissait là d'un fait que toute personne ayant maitrisé cette technique connaissait. Un mot que se passaient toutes les personnes ayant entamé l'apprentissage du clone de l'ombre.
« Si un jour le parfait vient à se présenter, alors tu n'es plus dans ta réalité, mais dans celle que ton adversaire a décidé de te plonger. »
Un moyen simple et efficace de savoir si l'on se trouvait dans un Genjutsu.
Son imperfection ? Il avait réussi à la dissocier de son créateur après une dizaine d'inspirations.
Ses premières réflexions avaient été occupées par le fait de savoir si, d'abord, ce n'était pas lui le donneur d'ordre, mais il en était rapidement arrivé à la conclusion que ce n'était pas le cas, qu'il n'était fait que de chakra et que le démon enfermé en lui n'était pas vraiment là. Puis il l'avait ressenti. Enfin, il avait plutôt remarqué son absence.
Il ne ressentait pas la peur. Elle n'était plus là, disparue. Ce sentiment qui lui avait tant fait perdre n'était plus là et, bien qu'il ne savait pas comment l'expliquer, cela ne le dérangeait pas. C'était étrange, très étrange. Il avait même du mal à y penser. Ses pensées arborescentes étaient en feu, et la fumée l'empêchait de confirmer ou infirmer la moindre d'entre-elles.
Durant les deux minutes de marche qui l'avaient amené dans ce couloir plongé dans l'obscurité, il s'était remémoré tous les moments de sa vie, toutes les fois où il avait été effrayé, tous les souvenirs qu'il partageait avec la demi-douzaine de ses copies dans le dédale illuminé de leur côté, lugubre à ses pieds.
Il ne comprenait pas. Pourquoi avait-il ressenti cela ?
Pourquoi avait-il eu peur ce jour-là ? Pourquoi n'avait-il pas agi plus tôt ? Pourquoi était-il resté paralysé, pourquoi l'avait-il regardé combattre, pourquoi ne l'avait-il pas aidé ?
Pourquoi avait-il laissé le renard se déchaîner ?
Il… n'aimait pas ces souvenirs… ses souvenirs. Cela lui faisait honte. Il aurait tout donné pour que ce soit cette émotion-là qui ait disparu et non celle qui lui permettait de ne pas culpabiliser.
Heureusement, il n'avait plus à y penser.
Debout, immobile, habillé de noir, les mains dans les poches, la conversation de l'autre côté de la porte blanche faiblement éclairée murmurait à ses pensées de simplement écouter. Juste écouter. Ce n'était pas compliqué, pas nécessaire de s'interposer, pas la peine de se mettre en danger. Il n'avait qu'à rapporter ce qu'il s'était passé dans un nuage de fumée et sa mission serait terminée. C'était pourquoi il avait été créé. L'ordre qui lui avait été donné.
Ce genre de pensées… n'était-ce pas la peur qui les façonnait ?
D'un simple coup de pied, la porte en métal renforcée se dégonda et arracha deux gros blocs de béton dans un bruit assourdissant. Valdinguant à l'intérieur de la pièce quelle renfermait dans plusieurs rebonds aléatoires, la plaque de métal déformée réduisit en morceaux le béton quelle transportait et s'encastra net dans un énorme bidon en fer à une dizaine de mètres.
Le son strident se propagea en un instant dans la pièce aux néons jaunis, lui permettant d'en écouter la superficie et de se rendre compte que, pour une énième fois, il avait fait fausse route.
Le dernier coup de tonnerre fit écho entre les murs de béton tandis qu'il s'aventura à l'intérieur, au-delà de la poussière et du trou béant.
Perplexe, son attention se focalisa sur l'obscurité devant lui.
L'énergie que cette présence dégageait était si… étouffante qu'il avait cru qu'elle se trouvait juste derrière la porte. Il n'en était rien. Elle se trouvait à un peu plus de trente mètres, et la petite pièce n'en était finalement pas réellement une. En fait il s'agissait d'un immense entrepôt souterrain où des milliers de caisses et de bidons étaient amalgamés sur plusieurs étages dans d'immenses étagères de fer. Des escaliers métalliques à perte de vue, des cartons, des produits à n'en plus finir.
Quel était cet endroit ?
Telle fut la question qui le tarauda.
- Allez voir !
Telle fut l'exclamation qui résonna.
Tout comme son entrée remarquée, un liquide jaunâtre s'extirpa du bidon éventré devant lui et se répandit sur le sol en béton. Faisant fondre la peinture de la porte métallique, le liquide s'évaporait à vue d'œil et semblait d'ores et déjà l'avoir atteint.
L'odeur d'œuf pourri lui en retourna l'estomac, et son premier réflexe fut de couper sa respiration, chose qui lui sauva son chakra s'il en croyait les premiers signes d'étourdissement qui commencèrent à lui faire perdre l'équilibre.
Il ne savait pas quel était cet endroit, mais ce qu'il renfermait n'allait pas de pair avec la tour de fer au-dessus de sa tête. Ce lieu était plus ancien que l'édifice qui le surplombait. Bien plus ancien, à croire même que les cent étages avaient été érigés pour le dissimuler.
La respiration coupée, les sens aux aguets, il longea les poutres de métal verticales afin de rejoindre l'allée la plus proche. Celle où trois costumes noirs et lunettes opaques s'arrêtèrent brusquement en plein milieu.
Ce fut à ce moment précis qu'il les remarqua. Les quelques caisses ouvertes où des armes blanches en tous genres se trouvaient à l'intérieur. Et ce ne fut qu'après avoir quitté des yeux un instant les trois hommes devant lui pour observer les milliers de caisse à perte de vue, qu'il comprit.
Cet endroit pouvait alimenter une armée, des armées. Peut-être bien que c'était d'ores et déjà le cas.
Doucement, il rapporta son attention sur les lunettes opaques.
Ayant suivi les ordres du timbre autoritaire, les trois hommes s'étaient précipités vers l'entrée qu'il avait enfoncée - la treizième, s'il se fiait aux marques au sol et au numéro de l'allée - et se trouvaient maintenant nez à nez avec lui, subjugués.
Le premier d'entre eux, un poil plus grand et avoisinant les deux mètres, observa à sa droite le trou dans le mur ainsi que la porte enfoncée dans le tonneau vert, et son premier réflexe fut immédiatement de se recouvrir le nez et la bouche. Trop tard. Il tomba net après un léger vacillement, tout comme son compère… ainsi que le dernier.
Penaud, il fit descendre son regard azur sur les trois hommes inconscients à ses pieds.
Pour une fois qu'il n'avait rien fait.
Prenant soin de garder sa respiration bloquée, il fit remonter son visage sur les se… trois personnes à une vingtaine de mètres. La pièce faiblement éclairée ne le laissa qu'entrapercevoir leur visage, leur carrure, mais surtout leur accoutrement, et ce fut amplement suffisant.
Dans un premier temps, il ne ressentit rien, puis, prenant conscience de la situation, recracha le peu d'oxygène présent dans ses poumons, ce qui l'obligea à s'avancer afin de reprendre une bouffée. À quinze mètres et n'ayant toujours pas cligné des yeux, ceux-ci s'asséchèrent. À dix, il avala son inexistante salive, à cinq et sous l'un des rares néons jaunis, il s'arrêta et scruta les trois hommes, ou plus précisément deux d'entre eux.
Le premier, à sa gauche, les bras croisés, un sourcil relevé, à moitié assis sur une caisse en bois que d'immenses piles de cartons avoisinés, le dévisageait.
Le second, devant lui, les bras le long de son corps, placide, debout au milieu de l'allée devant un bureau, le scrutait.
Le premier, les cheveux argentés coiffés en brosse vers l'arrière et les yeux violets, était habillé d'un long manteau sombre doublé de carmin à l'intérieur et orné de nuages cramoisis, et avait accroché à son dos une fourche à trois lames écarlates.
Le second, une cagoule grise, un masque noir sur son visage, et habillé à l'identique, ne laissait qu'apercevoir ses iris verts et ses sclères rouge sang.
Le premier, le manteau ouvert sur son torse nu, possédait autour de son cou un bandeau barré prouvant fièrement son ancienne affiliation à Yu, le pays des Sources Chaudes. Sous le bandeau fait de soie se trouvait un collier pour le moins étrange. Un cercle qui enfermait un triangle, qui n'allait absolument pas de pair avec la bague blanche qu'il portait à son index gauche.
Le second, le manteau fermé jusqu'au bas de son menton et les bras cachés derrière ses longues manches lui arrivant jusqu'aux hanches, affichait sur son front le symbole rayé de Taki, le pays des Cascades.
Parmi toutes les pensées qui lui traversèrent l'esprit en cet instant de surprise, une s'imposa sur les autres, et celle-ci lui remémora deux rencontres bien précises.
Après le Prétentieux et le Masqué, l'Ingénieux et le Montreur, voilà qu'il rencontrait l'Impétueux et le Discret.
Les membres de cette organisation ne cessaient pas de l'impressionner.
Bien que le genre de personnalité à sa gauche - les émotions sanguinaires que les yeux violets exacerberaient - était souvent synonyme de danger, c'était bel et bien du deuxième que l'aura se dégageait. Celui qui ne semblait pas vouloir attirer l'attention obnubilé la sienne.
Concentré, à l'affut, il scruta les iris verts et, de frustration, inclina légèrement son visage sur le côté.
Cet… homme était d'un tout autre niveau… en était-il même un ? N'était-ce qu'une façade ou devait-il le craindre tel que lui dictait son instinct ?
Là où il pouvait facilement ressentir les envies meurtrières de l'homme qui souhaitait abreuver sa fourche, il ne ressentait rien de cela derrière le masque noir.
Que cela pouvait-il bien être ?
Ce n'étaient pas plusieurs personnalités, pas une malformation de la bobine de chakra, c'était encore autre chose. Là où la source d'énergie d'un être vivant se mélangeait parfaitement à la nature alentour, quelles que soient ses convictions, ses pulsions, chez cet homme, plusieurs sources se dégageaient, essayaient de s'imposer.
Une calme pour quatre enragées. Il n'avait encore jamais ressenti cela.
Plusieurs fluctuations similaires à la sienne, celle qui l'incombait. Pourtant cela paraissait invraisemblable que cet homme ait quatre démons à queues scellés en lui. Surtout en prenant conscience de son affiliation à cette organisation. Mais alors, si ce n'était pas cela, comment l'expliquer ?
Comment pouvait-il expliquer que cet homme dégageait des pulsions de chakra similaire à celles d'un Jinchūriki ?
- Pour qui tu te prends, gamin ?
Focalisé jusqu'alors sur les deux manteaux, le visage tétanisé sur la cagoule grise à moins de cinq mètres, il mouva avec hostilité ses pupilles sur le troisième homme avant même que celui-ci n'ait terminé sa tirade.
Assis sur une chaise en bois derrière un bureau situé entre les cartons et le milieu de l'allée, l'homme était habillé d'un costard gris et avait une carrure athlétique. Des cheveux noirs, rasé de près, un dos droit, un bras sur l'accoudoir en bois, une main sans ornements accrochée au rebord du bureau devant lui, il le dévisageait de ses iris argentés.
Gamin…
Ce mot, il ne l'aimait pas. Il ne l'aimait plus.
Sa paupière droite se contracta une fraction de seconde, retenant la colère qui essaya de s'échapper de son regard des plus calmes.
Le silence qu'il maintenait n'était pas gênant, il était… étouffant ? Du moins, il l'était pour le troisième homme, s'il se fiait à la manière dont celui-ci rabattit sa main droite afin de quelque peu desserrer sa cravate.
Toutes les parties du puzzle étaient désormais entre ses mains. Il avait descellé le mystère de la tour de fer, des iris argentés. Que ce soit ceux qui se trouvaient au sommet de la tour ou ceux qui l'observaient sans ciller. Il comprenait maintenant pourquoi il avait ressenti ce malaise entre le père et la fille. Mais cela ne lui servait plus à rien. Le véritable notaire de Natoma lui était devenu inutile alors même qu'il venait de le trouver. Enfin, il ne lui était pas inutile, mais plutôt moins utile. Il avait trouvé mieux.
Son regard azur revint lentement sur les nuages cramoisis.
Beaucoup mieux.
Ce symbole, cette couleur qui lui avait tout pris. Le moins qu'il pouvait en dire était qu'il ne s'était pas attendu…
Il braqua soudainement son regard sur sa gauche, sur la source de chakra à plus de deux cents mètres, bien au-delà de la fourche carmine et les pensées psychotiques, et ses sourcils se froncèrent inlassablement.
Que faisait-il ? Pourquoi laissait-il son chakra s'échapper ? Il ne pouvait pas se permettre de perdre le contrôle ici.
- Intéressant.
Doucement et pour la troisième fois, il rapporta son regard sur le masque noir. Sur celui qui venait de s'exprimer d'un timbre à en faire pâlir plus d'un. Il était clair que la voix caverneuse s'associait parfaitement avec les pulsions que l'homme dégageait.
Cela en était presque trop parfait.
- Je n'aime pas ton visage, s'exprima pour la première fois celui à la chevelure brossée et aux émotions chaotiques.
Descendant de sa caisse, l'homme fit quelques mouvements verticaux de sa main devant ses yeux violets. « Il est trop arrogant. » Avant d'attraper le manche de l'arme dans son dos et de la poser sur son épaule.
Ses iris azur n'eurent le temps que d'observer une seconde la corde flexible qui reliait le manche de l'arme à la manche du manteau que l'homme s'exprima une seconde fois.
- Il est pour moi, ça fait deux jours que je n'ai tué personne.
C'était… étonnant.
L'homme était une copie parfaite de ses émotions. Jusqu'ici le sociopathe avait presque tout exprimé sans s'en rendre compte. Joie, colère, surprise, dégoût. Même la tristesse était présente sous une couche d'excitation. Tout était là, tout sauf la peur.
À absolument aucun degré le chakra de l'homme était effrayé par sa présence. Par le danger que celle-ci représentait. Bien au contraire, il semblait même ravi qu'il soit là, comme s'il allait pouvoir combler un manque.
Un impétueux sociopathe et un discret schizophrène.
Ce duo-ci était… étonnant.
- Ce n'est qu'un clone, imbécile, insulta la voix caverneuse, ce qui força l'attention du sociopathe dans la direction de son duo, lui offrant par la même occasion le moindre de ses points vitaux.
Était-il si confiant que cela ou était-il aussi imbécile que la voix caverneuse venait d'indiquer ?
D'un mouvement austère, l'homme déplaça sa fourche en direction des sclères rouges.
- Fais gaffe aux mots qui sortent de ta bouche tas de ficelles.
Il ne savait réellement plus quoi penser de ces deux hommes. D'habitude il lui suffisait de quelques secondes pour déterminer s'il devait s'enfuir ou si sa vie n'était en rien menacée. Mais là, il ne savait pas. Deux énigmes. Mais faisant partie de cette organisation, il savait qu'ils n'étaient en rien anodins, faibles. Ces deux hommes se trouvaient au sommet de la chaîne alimentaire. Tout ce qu'il avait besoin de savoir était qui était le prédateur et qui était la proie.
Eux, ou lui.
La fourche écarlate reprit sa position d'origine et, d'un simplement mouvement de tête vers l'obscurité, son propriétaire offrit un semblant de réponse à ses questions intérieures.
Heureusement pour lui, la peur ne faisait plus partie de son vocabulaire.
- Je sais très bien qu'il se trouve là-bas, tu crois que je ne peux pas ressentir ce genre de chakra ?
Il ne lui restait que l'adrénaline et l'excitation. Deux sensations qu'il partagea avec son créateur alors que la fumée blanche marqua sa disparition.
« - Comment tu le connais, cet homme ?
- Je l'ai rencontré il y a trois ans.
- C'était lui la raison de ta disparition après la guerre ?
- Oui, c'était lui. »
S'il y avait bien une chose qu'elle aimait chez Neji, c'était qu'il ne parlait pas, enfin… très peu. Souvent plongeait dans ses pensées, tout comme elle, voilà la seule discussion qu'ils avaient eue. Du moins elle n'avait laissé aucune fenêtre à une quelconque autre conversation avancée.
Elle ne s'était pas arrêtée depuis leur départ de Konoha, et l'Hyūga l'avait suivi sans flancher, sans se plaindre. Un voyage qui aurait dû durer deux jours s'était achevé en vingt heures de moins. En comptant le jour qui précédait leur départ, cela faisait donc quarante-huit heures qu'ils n'avaient pas dormi. Tout ce qu'elle pouvait dire était qu'elle était fatiguée, mais l'adrénaline et l'excitation qui parcouraient ses veines l'empêchaient actuellement d'en ressentir les effets.
Inclinant sa tête sur le côté en observant le soleil qui se levait à l'horizon, elle essora ses cheveux rose bonbon avant de secouer ses mains loin de son corps dénudé et frigorifié par la brise fraiche.
Amorçant quelques pas et quittant le lac dans son dos, elle s'avança vers le petit arbre à quelques mètres afin de récupérer les sous-vêtements ayant terminé de sécher sur l'une des nombreuses branches et, s'en habillant, récupéra ensuite le pantalon noir ainsi que le pull à col rond vert foncé. Commençant à claquer des dents, elle s'empara rapidement de la veste en soie noire et s'en habilla aussi vite qu'elle le put. Les pieds nus à même la terre et les feuilles mortes de la forêt qui l'entourait, elle s'assit sur le rocher le plus proche afin d'enfiler sa paire de chaussures noire ouverte sur leur extrémité.
Les bras croisés sous sa poitrine, les jambes serrées et les lèvres bleues, elle observa de l'autre côté du lac, à plus de quarante mètres, la silhouette de Neji qui s'habillait.
Ses dents claquèrent de plus belle.
Elle ne savait pas pourquoi elle l'avait proposé en voyant le lac, mais cela avait été une mauvaise idée. Ses derniers souvenirs où elle l'avait fait avec un certain Hatake remontaient à deux ans maintenant, à l'été de ses dix-huit ans.
Été.
La faible lumière de l'autre côté du lac attira son attention congelée et elle ne réfléchit pas à deux fois avant de se lever de son rocher.
Elle avait encore gravé en mémoire sa bonne humeur et son sourire tandis qu'elle sortait de l'eau deux ans plus tôt, propre…
À cet instant, ses muscles étaient-ils assez chauds pour ne serait-ce que former un sourire ?
Marchant sur l'eau d'une dizaine de degrés, elle secoua son visage afin de chasser les souvenirs de cette nuit d'été, ne lui rappelant qu'un passage de sa vie qu'elle souhaitait oublier. Une section qu'elle haïssait.
Elle posa à nouveau pied sur la terre ferme et il ne lui fallut que quelques secondes pour rejoindre le feu improvisé situait aux côtés de l'Hyūga qui terminait de s'habiller.
- Combien de temps avant d'arriver ? lui demanda-t-il en enfilant son t-shirt et en récupérant sa tunique blanche.
- Moins d'une heure.
Un court silence, puis la voix terne de Neji résonna à nouveau dans l'étendue boisée.
- On aurait pu s'arrêter à une source thermale, Natoma en regorge.
Accroupie, les paumes de ses mains braquées vers les flammes, elle soupira discrètement.
- Je n'aime pas.
- Cela reste mieux que de se laver dans de l'eau à huit degrés.
Ne pouvant retenir son air amusé, elle répliqua :
- C'est bon pour le corps, tu ne le savais pas ?
Son sourire qui se volatilisa à la seconde où l'homme dans son dos ouvrit la bouche.
- Dans ce cas tu devrais le faire plus souvent.
Refermant ses doigts, elle tourna lentement et calmement son visage vers le regard blanc, incrédule, ce qui ne manqua pas de lui réchauffer le côté droit de sa chevelure rose bonbon.
- Pardon ?
Assis sur une roche similaire à celle qu'elle avait utilisée de l'autre côté du lac, complètement habillé, Neji l'observait sans la moindre crainte.
Il assumait ce qu'il venait de dire, chose qui arrivait rarement après qu'elle ait lancé son regard offusqué, meurtrier. Le membre de la Seconde Branche ne la craignait pas, ce n'était pas nouveau pour elle, elle avait eu l'occasion de l'expérimenter plus d'une fois.
- La moitié de tes tenketsus filtrent mal ton chakra, surtout ceux de tes jambes. Cela fait combien de temps que tu te laisses aller, que tu ne t'es pas sérieusement entrainée ?
Sa fierté mal placée prit immédiatement le contrôle de la moindre de ses pensées, ses actes, et elle n'eut besoin que d'une fraction de seconde pour rabattre l'une de ses mains afin de pointer du doigt l'autre côté du lac.
- Tu m'as reluqué ? demanda-t-elle d'un timbre similaire à son regard.
Impassible, il continua de la dévisager durant plusieurs secondes, avant de finalement se disculper.
- Avec ou sans vêtements, je vois la même chose. Je n'ai pas eu besoin d'attendre que tu te déshabilles pour m'en apercevoir.
Elle déplaça aussitôt son index de l'eau à l'opale et, ne réfléchissant pas à deux fois, proféra l'exacte même menace qu'elle avait exprimée aux iris cramoisis.
- Ne t'avise plus de me regarder lorsque tu les actives, c'est clair ?
Pour autant et contrairement à Sasuke, la réaction ne fut pas celle escomptée.
- Très bien, mais, étant donné que lorsque je les active je vois tout autour de moi, il me sera impossible de ne pas te regarder si tu te trouves à mes côtés, il faudra donc que tu te déplaces instantanément à quatre kilomètres et trois cent quatre-vingt-sept mètres dans n'importe quelle direction, tu peux faire ça ?
À la suite d'une grimace moqueuse reflétant l'absurdité de la demande, elle soupira avant de rabattre son attention sur les flammes et ses mains, amères.
Voilà l'une des raisons qui la poussaient à toujours essayer de se retrouver seule. Au moins, lorsqu'elle l'était, elle avait toujours le dernier mot.
Doucement, le silence reprit place, seulement dérangeait par le faible, mais néanmoins incessant crépitement de la braise. Les secondes s'écoulèrent, puis une minute tout entière et, presque sèche, elle se releva, tout juste avant que Neji ne s'exprime à nouveau.
- Shino a rejoint Sasuke à Mizu, tu le savais ?
Les mains autour de son cou afin de le réchauffer, elle se retourna une seconde fois et fut surprise de remarquer qu'il l'observait toujours, bien que cela fut moindre comparé à la question.
Les Hyūga pouvaient lire dans les pensées maintenant ?
- Oui je le sais, il est allé prêter main-forte à l'Unité dans laquelle il se trouve.
Les sourcils face à elle se froncèrent inlassablement.
- Ce n'est pas ce qu'il m'a dit, il ne m'a pas parlé de la section. C'est Sasuke qui l'a demandé personnellement.
Avant que, à son tour, elle ne fronce les siens.
- Tu lui as parlé ?
- Oui, il est venu me voir avant de partir, il m'a demandé de veiller sur toi, ou du moins de te-
Elle pouffa de rire tandis que l'amertume remonta le long de sa gorge, ce qui interrompu son présomptueux interlocuteur.
- Vous n'êtes pas croyable vous tous, il faut quoi, hein ? Il faut quoi pour que vous arrêtiez de me prendre pour une enfant ? Que je vous botte le cul un par un ?
Elle fit un pas vers l'Hyūga qui, toujours assis, releva aussitôt une main et mouva sa jambe sur la roche, quelque peu pris de panique et prêt à esquiver un coup que, bien entendu, elle ne porterait jamais.
- Je n'ai jamais dit que j'étais là pour cela.
Neji ne la craignait pas, enfin… très peu.
Elle soupira une énième fois afin de reprendre son calme et, à sa énième surprise, celui-ci revint aussi rapidement qu'il avait disparu.
- Tu es là pour quoi alors ? Qu'est-ce qui fait que tu travailles pour Utatane Koharu ?
- Je ne travaille pas pour elle, pas directement, nous avons simplement un intérêt commun.
- Lequel ? Explique-toi mieux, et explique-moi aussi comment elle savait où il se trouvait pour prendre cette photo ?
- C'est un interrogatoire ?
- Oui, réponds.
- Non.
Un calme qui repartit aussi vite qu'il était revenu.
Elle serra les poings face à l'impassibilité qui caractérisait tant Neji. Celle qui avait don de la faire sortir de ses gants - bien qu'elle en sortait assez souvent.
Les pierres à ses pieds se mirent à légèrement trembler, ce que les yeux opales face à elle ne manquèrent pas de zieuter.
Contre toute attente, ou du moins pour ceux qui n'avaient pas déjà assisté à ses sauts d'humeurs, elle arbora un magnifique sourire, et le gravier arrêta subitement de graviter.
- Je manque un peu de patience ces derniers temps, pardonne-moi, s'excusa-t-elle.
- Je te pardonne, lui répondit-il d'un timbre plat.
Elle s'avança vers le lac avant de se retourner une dernière fois.
- Je t'ai dit qu'il restait une heure avant de rejoindre Natoma, je me suis trompée, on y sera dans dix minutes.
Ses dents blanches disparurent pour ne plus jamais réapparaitre. D'un mouvement de la main, elle pointa les deux jambes de l'Hyūga.
- Quatre kilomètres et trois cent quatre-vingt-sept mètres tu as dit ? Essaye de bien ouvrir tes tenketsus, je ne voudrais pas que tu me perdes de vue.
D'un bond, le sol se désagrégea sous la pression de son chakra et, la seconde qui suivit, elle se retrouva à soixante mètres au-dessus du lac. La chaleur de son visage se volatilisa à l'encontre de la brise que sa chute engendra tandis qu'elle se réceptionna sur une branche du plus grand des arbres de l'autre côté de l'eau, avant de sauter à nouveau.
[…]
Vertigineux. Voilà le seul mot qui lui venait à l'esprit à chaque fois qu'elle levait les yeux.
Elle n'avait jamais ressenti cela auparavant, pas même lorsqu'elle avait vu pour la première fois les inatteignables conifères de la Forêt Shikkotsu, ou même les plus gargantuesques limaces qu'ils abritaient.
Ici, à Natoma, tout semblait démesuré, elle avait cette étrange impression de s'être réincarnée en insecte. Elle avait commencé à apercevoir les buildings deux kilomètres avant son arrivée et maintenant qu'elle se trouvait à leur pied, elle comprenait.
En plein milieu de l'immense avenue et de manière aléatoire, elle observa les nombreux passants à sa gauche, avant de basculer sa tête en arrière afin de contempler l'immense bâtiment de métal rectangulaire à une vingtaine de mètres devant elle. Puis celui qui se trouvait cinquante mètres plus loin. Cent. Deux cents.
À perte de vue.
N'importe quel bâtiment faisait deux à trois fois la taille de celui qui renfermait son appartement, et ce malgré que son quartier surplombait le village. Jamais encore elle n'avait vu pareille structure de ses propres yeux. Elle se souvenait encore de ses treize ans lorsqu'elle était venue non loin d'ici pour une mission… elle n'arrivait pas à s'imaginer comment tout cela avait été construit en si peu de temps. Les buildings semblaient s'être extirpés du sol.
L'argent était bien plus miraculeux que ne le serait jamais le surnom qu'on lui attribuait.
Un regard attrapa le sien : un jeune homme dans la vingtaine habillé en ouvrier qui passait dans l'avenue. La reluquant simplement, celui-ci continua sa route jusqu'à ce qu'elle le perde de vue dans la foule près d'une échoppe non loin.
Ce simple échange la bouleversa.
Il ne n'avait pas regardé sa couleur de cheveux, mais son visage. Jusqu'ici elle avait croisé plus d'une centaine de personnes et cet homme était le premier à l'avoir regardé. Trop occupé par leur propre vie, personne ne faisait attention à sa couleur atypique et, même lorsqu'ils le faisaient, ce n'était pas pour cela qu'il la regardait.
C'était… une première depuis très longtemps.
Ici, elle n'était rien d'autre qu'une passante, une femme. Si elle se savait connue dans les villages cachés depuis les trois dernières années, dans le cercle fermé des utilisateurs de chakra, des ninjas, elle semblait ne pas l'être dans celui des simples hommes.
C'était… apaisant.
Un bruit de moteur à vapeur bourdonna à ses tympans et, se concentrant sur le train à plus d'un kilomètre à sa droite, au-delà des bâtiments en construction et des grues si grandes que leurs ombres l'atteignaient là où elle se trouvait, elle observa la fumée noire qui s'élevait, puis le klaxon d'un second train qui tonna, suivi d'un troisième…
Elle comprenait maintenant comment cet endroit s'était développé si rapidement.
S'écartant afin de laisser passer un cheval ainsi qu'une calèche remplie de marchandise qui tintaient à chaque mouvement de patte de l'animal, son attention se déposa sur l'homme debout et droit comme un piquet devant une petite ruelle entre deux immeubles. Habillé tout de noir, l'homme possédait un brassard où un kanji était cousu.
Police.
D'une mine agréablement étonnée, elle observa l'autre homme de l'autre côté de l'avenue, ainsi que celui un bloc plus loin.
Même équipement, même position, tous séparaient d'une centaine de mètres, chargeaient de faire régner l'ordre, et les civils passaient à côté sans s'en soucier comme s'ils faisaient partie du décor.
Doucement, elle se mit à marcher sous la brise fraiche et le soleil parfaitement centré entre les bâtiments devant elle et, doucement, passa devant les policiers qui ne remarquèrent pas sa présence colorée.
Si elle avait le choix, elle quitterait Konoha dans la seconde qui suivrait. Ces deux minutes dans cette rue avaient été plus agréables que les trois dernières années dans celles de la Feuille. Mais malheureusement, le choix, n'était pas quelque chose offert à un nouveau-né dans un village caché. Si elle ne voulait pas finir comme le Grand Sannin Jiraiya, finir traquée où qu'elle soit, elle se devait de continuer à hocher la tête et fermer sa bouche. Chose qu'elle avait eu du mal à reproduire ces derniers temps.
Commençant à s'enfoncer dans ses pensées, dans des souvenirs de son adolescence aux côtés d'une femme qu'elle souhaitait oublier, elle secoua son visage afin de les chasser.
Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver la fausse raison de sa venue, elle n'avait eu qu'à se concentrer sur les bruits que produisait la ville pour la trouver. Au-delà des quartiers dans lequel elle se tenait et du fleuve qui remontait jusqu'au Pays du Fer. Là où les marteaux-piqueurs, les meuleuses, et les hommes en armures renforcées soulevaient les blocs de béton et se faisaient entendre.
Pour la première fois et dans une zone de plusieurs hectares, aucun immeuble n'était érigé. Formant un carré, la zone était entourée de bâtiments plus hauts les uns que les autres et de routes pavées, mais rien n'était bâti en son centre, ou du moins, plus rien ne l'était.
Située juste à l'entrée ouest du quartier, elle leva les yeux afin d'observer les gravats et les poutres en métal qui s'accumulaient jusqu'à plus de quarante mètres et où, telle une fourmilière, des centaines d'hommes et de femmes entraient et sortaient des débris, des trous plus ou moins grands, à la recherche de survivants.
Passant devant plusieurs groupes de personnes - semblant être des journalistes au vu de leur attirail - qui discutaient de comment cette catastrophe avait pu se produire, elle s'avança jusqu'aux rambardes de fer qui entouraient la totalité de la zone.
Accrochées tous les dix mètres, les banderoles jaune et rouge se distinguaient de tout le reste.
Interdit de franchir.
Son attention se déposa sur les centaines et centaines de tentes incolores de l'autre côté de celles-ci qui se mouvaient au gré du vent. Montées de manière symétrique sur plus de trois cents mètres d'ouest en est, elles laissaient voir les centaines de femmes et d'hommes en blouses blanches qui se croisaient à l'intérieur, qui essayaient de soigner les derniers blessés, ainsi que les derniers retrouvés, .03.
de la catastrophe qui s'était produite trois jours avant son arrivée.
S'accroupissant devant les barrières, elle récupéra une pierre ovale à ses pieds avant de se relever et, la seconde qui suivit, leva son bras à l'encontre de ce qui semblait être un membre de la police de Natoma à une vingtaine de mètres. La voyant presque immédiatement, celui-ci, les deux mains accrochées à la veste en kevlar noir qu'il portait se dirigea dans sa direction.
D'un geste rapide, elle déplaça sa main droite dans son dos au moment même où un nuage de fumée usurpa l'identité de la pierre qu'elle maintenait. À peine l'homme se trouva à un mètre d'elle, qu'elle lui tendit le badge fraichement créé.
Elle ne ressentait aucune source de chakra chez le policier, il n'y avait aucune chance qu'il remarque sa supercherie. Enfin, cela n'en était pas vraiment une, elle n'avait simplement pas pris le sien avec elle, il s'agissait là simplement d'un moyen de gagner du temps.
- Bonjour, je m'appelle Haruno Sakura, je suis médecin, puis-je passer ?
Brun, la trentaine, l'homme récupéra le badge d'une main ferme avant de se focaliser dessus. Similaire en tout point avec le badge sur son bureau de l'autre côté du pays, le policier alterna son attention entre la photo et ses yeux émeraude afin de s'assurer qu'il s'agissait bien d'elle, avant de le lui rendre.
- Vous venez de Konoha ? lui demanda-t-il d'un timbre qui en disait long sur ce qu'il pensait de son village natal.
Récupérant la pierre malgré les arrière-pensées de l'homme, elle acquiesça.
La Feuille n'était pas un village apprécié, pas connu pour apporter la paix, et ce même dans le pays auquel il louait ses services.
- Que faites-vous ici ?
- Je suis venue apporter mon aide.
Il l'observa quelques secondes de plus avant de secouer son visage et de soupirer. Elle ne comprit pas très bien le mot qui s'échappa de la bouche du trentenaire, peut-être était-ce « qu'importe » ou « super », mais dans les deux cas celui-ci s'avança afin de déplacer la barrière.
- Suivez-moi.
Passant entre les barreaux de fer que l'homme referma derrière elle, elle le suivit et entra dans l'ombre d'un des immeubles du quartier avant de jeter la pierre sur le côté.
Le gazon, parfaitement taillé, arborait une fiche couche de poussière ainsi que des milliers de petites pierres qu'elle n'eut aucun mal à identifier comme du béton. À certains endroits alors qu'ils arrivèrent au niveau des premières tentes, la verdure laissait voir des taches écarlates plus ou moins abondantes et sèches que les fourmis piétinaient avec entrain.
Ce fut à ce moment-là qu'elle commença à les entendre. Camouflées par le vacarme des recherches, les lamentations des tentes l'atteignirent.
Derrière le premier cache-misère qu'elle observa se trouvait un homme, l'air grave. Assis à même le sol, il tenait la main d'une femme, allongée sur une couverture, une jambe amputée et le corps et le visage recouverts de bandage. Une fois toutes les trois secondes, après avoir repris son souffle, la femme émettait un gémissement de douleur et l'homme ne pouvait que serrait plus fermement la main de celle-ci afin d'essayer de l'apaiser, en vain.
Plus loin, après les six tentes qui enfermaient les infirmes et les visages dépassés, vinrent les premiers endeuillés. À moitié assis, à moitié avachis sur une toile blanche recouvrant des corps sans vie, ceux-ci n'arrivaient plus à pleurer.
Ensuite vinrent les protestations entre les infirmières compréhensives et les familles répréhensives : lorsque le vent tournait, l'odeur des morts faisait vomir les vivants, ils devaient les déplacer.
Habituée à l'odeur, elle ne la remarqua qu'à l'appellation, qu'au moment où le policier s'arrêta devant les deux infirmiers et les cinq membres d'une famille à l'intérieur d'une énième tente.
Réunies au milieu de la toile, la mère et ses trois filles pleuraient à chaudes larmes face aux deux blouses blanches. Derrière la mère, un tissu blanc recouvrait un cadavre que personne n'osait regarder, et pour cause : malgré la nappe, elle pouvait parfaitement voir que celui-ci se trouvait en plusieurs morceaux.
- On doit le déplacer, madame, je suis navrée.
Un mouchoir en main, la mère de famille, blonde, comme l'étaient ses trois filles, pointa du doigt l'infirmière devant elle.
- Vous n'y toucherez pas ! Où allez-vous l'emmener ?! Je… Je refuse qu'il soit incinéré, il ne le souhaitait pas !
Le policier face à elle s'avança entre les deux groupes afin de faire descendre la femme d'un ton. Chose que, les larmes aux yeux, celle-ci fit immédiatement. Le trentenaire se tourna alors vers l'infirmière et son assistant.
- Docteur Midori, il semblerait que cette femme vienne directement de Konoha, je m'occupe de la situation, pouvez-vous vous occuper d'elle ?
Presque aussitôt, elle croisa le regard châtain de la doctoresse aux cheveux verts. Un calepin en main, un masque jetable sur le visage qui l'empêchait de deviner son âge et habillée d'une blouse blanche ainsi que de vêtements bleu foncé de rechanges, la femme soupira avant de se diriger dans sa direction.
Alors que la médecin et son assistant s'approchèrent de l'entrée de la tente, là où elle se tenait, elle se recula de quelques pas afin d'en sortir tandis que les protestations de la mère se refirent entendre, mais cette fois-ci à l'encontre du policier.
Après un pas supplémentaire, les contestations ne devinrent que des bourdonnements, et ce fut celle derrière le masque bleu qui accapara son attention.
- Que puis-je faire pour vous ? Recherchez-vous quelqu'un ? lui demanda la femme d'une voix éreintée.
Elle eut nul doute quant au fait que celle-ci avait l'habitude de poser ce genre de question, car, d'un timbre placide et étouffé, la doctoresse n'attendit pas sa réponse et pointa du doigt le chemin à sa droite. « La liste des personnes blessées se trouve plus loin, si vous continuez dans cette direction vous la trouverez, celle des personnes décédées se trouve juste à côté., si vous ne trouvez pas le nom que vous recherchez, il faudra vous rendre de l'autre côté du terrain, là-bas se trouvent les personnes dans l'identité n'a pas été trouvé. À gauche, celles qui ne se sont pas encore réveillées et à droite celles qui sont décédées. Si vous avez du mal à reconnaitre un visage, car il n'est plus identifiable, référez-le à Yoshiyuki-san, il se trouva devant les tentes derrière un bureau, vous ne pourrez pas le louper. Sur ce, je vous laisse. »
Étonnée après ce monologue, elle ne dit rien et observa la femme qui s'en alla, toujours suivie de près par son assistant. Elle resta plantée dans le gazon durant plus d'une dizaine de secondes jusqu'à ce que la médecin entre dans une tente quelques mètres plus loin.
Un frisson lui parcourut l'échine.
Elle avait cette étrange l'impression d'être retournée trois ans en arrière. Ce même monologue sans âme, elle l'avait tenu durant plus d'une semaine sous la bruine de Ame.
Revenant à la réalité, les lamentations autour d'elle reprirent le contrôle de ses pensées tandis qu'elle se remit à marcher. Tel un rituel, à chaque fois qu'elle passait devant une tente, elle jetait un coup d'œil à l'intérieur, et tel un rituel, elle se répétait la même chose : elle n'était d'aucune utilité.
Comme elle l'avait prévue et dit à Neji un jour plus tôt, elle arrivait trop tard. Absolument tous les blessés étaient déjà soignés, et ceux qui étaient retrouvés vivants avaient plus d'une quarantaine d'infirmiers et de médecins qui les attendaient. S'ils étaient retrouvés après trois jours sous les gravats, c'était que leur blessure n'était pas sévère, il ne restait qu'à les surveiller. Elle était arrivée trop tard pour soigner les blessés les plus graves.
Passant devant une longue liste de nom placardée sur un panneau en bois, elle n'y prêta aucune attention et continua sa traversée.
Elle ne trouverait rien dans tous ces noms, ce n'était pas la peine de chercher, il n'était plus dans cette ville, dans ce pays, elle en était persuadée. Le nom qu'elle cherchait réellement, elle ne le connaissait pas.
Arrivée à l'endroit que lui avait indiqué la doctoresse, au niveau des deux plus grosses tentes des environs, juste à côté d'une immense fontaine fracassée et remplie d'eau marron et de morceaux de béton, elle s'arrêta devant un cinquantenaire, assis sur une chaise derrière un bureau en plein milieu de l'allée, à même le gazon.
Les cheveux gris et portant des lunettes, celui-ci remplissait des papiers à l'aide de son stylo plume.
Debout devant le bureau et ne souhaitant pas interrompre celui-ci tant il était plongé dans ses écrits, elle tourna son regard vers la tente à sa gauche, là où une dizaine d'infirmiers examinaient les patients allongés au sol ne s'étant toujours pas réveillés, puis observa la tente à sa droite, là où une seule femme tournait à l'intérieur avec un homme et ouvrait un à un les sacs mortuaires noirs afin d'identifier les victimes. Dès que l'homme, tenant un mouchoir sur son nez et sa bouche, faisait signe de la tête que non, l'infirmière refermait et passait au suivant.
- Puis-je vous aider ? s'éleva la voix devant elle.
Elle rapporta son attention sur l'homme derrière le bureau avant d'incliner d'un geste rapide son visage.
- Oui, s'il vous plait, je recherche une personne.
L'homme pointa immédiatement de son stylo le chemin qu'elle venait d'emprunter.
- Il y a une liste plus l-
- Je ne sais pas comment elle s'appelle, le coupa-t-elle.
Le quinquagénaire releva un de ses sourcils bruns, étonné par ce qu'elle venait de dire, mais semblant avoir entendu bien plus loufoque ces dernières soixante-douze heures, il ne s'en formalisa pas.
- Savez-vous à quoi elle ressemble ? lui demanda-t-il.
- Elle me ressemble, répondit-elle aussitôt. « J'ai regardé dans toutes les tentes, elle ne s'y trouve pas. »
Les yeux plissés, l'homme observa ses cheveux rose bonbon un court instant, avant de hausser des épaules.
- C'est bien la première fois que je vois des cheveux si atypiques, je m'en souviendrais.
Quelque peu déçue, elle inclina son visage pour la seconde fois.
- Merci quand même.
Alors qu'elle se retourna afin de s'apprêter à jeter un second coup d'œil dans les tentes, la voix de l'homme s'éleva dans son dos.
- Allez demander à l'infirmière Kozakura, elle saura peut-être vous répondre, lui indiqua-t-il en pointant de son stylo l'immense tente où les cadavres se décomposaient.
Tournant son visage vers les sacs mortuaires, elle posa son regard émeraude sur l'infirmière chargée de les ouvrir, avant de se retourner vers l'homme et de baisser son visage pour la troisième fois.
- Merci.
S'il avait bien une chose qu'elle se reprochait, c'était bien d'avoir été vantarde quelques secondes plus tôt.
Elle n'était pas si habituée que cela. L'odeur était bien plus forte une fois les bâches en plastique transparent passées. En fait, elles lui donnèrent la nausée. L'odeur de la chair en décomposition n'était définitivement pas quelque chose dont elle était habituée.
Marchant entre les sacs noirs à même le sol et les fins poteaux de métal qui maintenaient la tente, une triste pensée lui traversa l'esprit tandis qu'elle observa les plus petits sacs à ses pieds. Une pensée que l'infirmière Kozakura interrompit en entrant dans son champ de vision.
D'un geste courtois et tout comme elle l'avait fait avec l'homme derrière son bureau, la femme s'inclina légèrement devant elle. Malgré le masque jetable que portait celle-ci, elle n'eut qu'à observer ses yeux chocolat pour comprendre ce qu'elle exprimait.
- Bonjour.
Ce fut tout ce que l'infirmière lui dit. Aucune autre formalité, pas même savoir ce qu'elle souhaitait, pour autant elle salua la jeune femme aux cheveux bruns d'un geste similaire.
- Bonjour.
Dans cette tente, les mots semblaient être difficiles à choisir, à prononcer, à exprimer. Les personnes encore vivantes qui s'y trouvaient savaient exactement ce qu'elle souhaitait, ce qu'elle recherchait. Il n'y avait rien à ajouter.
- Auriez-vous vu une personne avec la même couleur de cheveux que la mienne ? Une femme dans la vingtaine.
L'infirmière sembla réfléchir un court instant avant de joindre ses deux mains au niveau de son ventre et de baisser son visage.
- Désolée, cela ne me dit rien.
D'un geste de la main à l'encontre de sa chevelure rose bonbon, elle rebattit ses mèches derrière son oreille et, inspirant profondément l'odeur de putréfaction, soupira.
L'infirmière s'inclina une seconde fois.
- Vraiment navrée.
Les bâches de la tente s'ouvrirent doucement et attirèrent le regard du membre du personnel hospitalier.
- Ce n'est rien, merci quand même.
Et la voix d'un homme s'éleva dans son dos.
- Mademoiselle Okada, pourquoi êtes-vous ici et pas à l'hôpital ? Vous devez vous reposer.
Elle se retourna afin de faire face à l'homme à moins de cinq mètres de sa curiosité et, à la simple vue du regard vert que celui-ci lui attribuait, elle comprit qu'il s'adressait à elle. Une seconde lui suffit à recoller tous les morceaux. La seconde suivante, le médecin en blouse blanche fronça des sourcils et la pointa du doigt.
- Co… comment votre bras a-t-il déjà guéri ? Et… votre tête… où sont vos bandages ? demanda-t-il avant d'écarquiller des yeux, incrédule. « Vous vous êtes coupée les cheveux ? »
Pour la énième fois, elle baissa son visage devant son interlocuteur.
- Désolée, vous vous trompez de personne.
L'homme dissimulé derrière son masque bleu s'inclina à son tour.
- Oh ! Pardonnez-moi, vous ressemblez beaucoup à une de mes patientes.
Elle se contenta d'offrir un petit et rapide sourire.
Cet endroit ne permettait pas davantage.
- Est-ce la personne que vous recherchez ?
Lentement, elle tourna son visage à sa gauche ainsi que vers la question de l'infirmière.
- Il se pourrait, oui.
Avant de se retourner vers le médecin.
- Sauriez-vous me dire dans quel hôpital je peux trouver Mademoiselle Okada ?
La réponse de l'homme ne fut pas celle qu'elle avait espérée.
- Je suis désolée, à moins ce que vous êtes un membre de sa famille, je ne suis pas autorisé à donner ce genre d'informations.
Et elle crut pendant un instant qu'elle allait devoir faire tous les hôpitaux de la ville, voire de la région, mais son mensonge découla instinctivement.
- Elle est ma cousine, mentit-elle, quelque peu honteuse au vu des circonstances.
À la manière dont l'homme s'était mis sur la défensive, elle avait compris que cette femme semblait être une personne importante, que la situation dépassait le cadre professionnel et que ne serait-ce que donner sa localisation pouvait être compromettant pour lui, mais à quel point, cela elle ne le savait pas encore. Une chose en revanche qu'elle savait c'était que, pour la première fois de sa vie, elle allait devoir remercier sa couleur de cheveux, car, se frottant l'arrière du crâne, l'homme hésita un instant, avant de lâcher prise face au rose bonbon.
- Elle a été transférée à l'hôpital Sendai Kousai dans le quartier de Miyagi, au nord d'ici.
Elle baissa la tête en signe de remerciement et l'homme, jetant un dernier coup d'œil à sa couleur de cheveux, fit de même avant de tirer congé. Les bâches en plastique se refermèrent, et la voix de l'infirmière dans son dos s'éleva.
- Suivez les rames du train, ainsi vous ne pourrez pas louper l'hôpital.
Elle se retourna aussitôt vers la femme.
- Merci beaucoup, je vous souhaite bon courage.
- Merci.
En un rien de temps l'odeur de putréfaction se volatilisa et, en un rien de temps, elle se retrouva de nouveau derrière les barrières, à l'exact endroit où elle était arrivée.
À l'exact endroit où Neji l'attendait.
- Alors ? lui demanda-t-il à peine le policier rebroussa chemin une fois la barrière dégagée.
- Elle se trouve à l'hôpital Sendai Kousai.
En une fraction de seconde et sans même que les veines sur le visage de l'Hyūga n'aient le temps de gonfler, celui-ci relâcha une pulsion de chakra et, l'instant d'après, il indiqua d'un signe de la tête le nord de de la ville.
- Il se trouve à trois kilomètres d'ici, suis-moi.
Restant le temps d'un battement de cil planté dans le gazon, elle… le suivit finalement.
Pas de rames, donc.
Le soleil disparut à l'horizon derrière des nuages grisâtres, elle s'enfonça dans une ruelle non loin de l'allée principale et suivit l'Hyūga lorsque celui-ci s'aida d'une poubelle afin de sauter sur un mur et de se mettre à courir dessus à la verticale.
Une dizaine de secondes plus tard et au sommet des quarante mètres de béton, elle observa, un pied appuyé sur le rebord de l'immeuble, l'immense ville de Natoma.
L'incommensurable fleuve qui coupait le paysage en deux et qui longeait la montagne à l'horizon, les fumées qui s'élevait vers les cieux et qui d'alimentait la pluie imminente, la monotonie des couleurs des édifices variants du gris au gris clair ou foncé, ainsi que les milliers de civils, chevaux, calèches, qui se croisaient sans jamais se regarder.
Le vent fit virevolter sa chevelure rose bonbon et, à cet instant, une seule chose lui vint à l'esprit, une blague qui lui permit d'oublier, le temps d'une inspiration, ce à quoi elle venait d'assister.
- Tu en as mis du temps pour arriver, tu t'es perdu en chemin ?
Debout sur le rebord de l'immeuble à sa droite, Neji tourna inévitablement son attention vers elle et, comme à son habitude, mit sa fierté de côté afin de laisser place à l'honnêteté.
- Tu es rapide je dois le reconnaitre, sans mes yeux je ne t'aurai pas retrouvé, avoua-t-il. « Néanmoins tu es plus lente qu'auparavant. »
Elle fit un pas vers l'Hyūga, mais celui-ci ne lui laissa aucune marge de manœuvre et sauta dans le vide, ou du moins vers le fleuve.
Un souffle incrédule et un air à la fois hilare et colérique plus tard, elle sauta à son tour afin de se réceptionner sur l'eau.
- Comment comptes-tu passer ses gardes ?
Fut la question qu'il lui posa tandis qu'ils montaient un second immeuble à l'abri des regards.
- Ses gardes ? Tu peux les voir ?
Fut la réponse étonnée qu'elle extériorisât.
- Non, il y a trop de monde à l'intérieur pour que je puisse les différencier, cela me parait seulement évident qu'elle en a, vu qui elle est.
- Qui elle est ? Que veux-tu dire ?
De nouveau au sommet d'un immeuble, cette fois-ci à plus de soixante-dix mètres, il s'arrêta devant elle et, reproduisant le même geste, le vent arrêta de sifflet à ses oreilles sous le bruit de ses pas sur le gravier.
- Avec la mort de son père, elle est l'unique héritière de la famille Okada.
Face à son silence, il se retourna afin de dévisager la mine perdue qu'elle affichait.
- Tu… ne connais pas le conglomérat ? lui demanda-t-il d'un timbre étonné… chose que, bien entendu, elle prit mal étant donné que cela signifiait à quel point elle était déconnectée de la réalité… chose que, bien entendu, elle assumait.
- Non, je suis supposée connaitre ?
Se remettant à observer l'horizon, le brun plongea ses mains dans ses poches noires avant de soupirer.
- Que s'est-il passé lors de ta dernière mission pour que notre monde te dégoûte à ce point ?
La goutte de sueur qui perla dans son dos lui vola une sensation désagréable qui se termina par une bouffée de chaleur. Faisant quelques pas, les poings relâchaient et le visage impassible, elle passa devant l'Hyūga afin d'observer la fourmilière en contrebas.
- C'est la troisième fois que tu me le demandes et les deux dernières, même ivre, je ne t'ai pas répondu, pourquoi penses-tu qu'aujourd'hui est différent ? Contente-toi de me dire qui est cette femme avant que je ne m'énerve vraiment.
Elle l'entendit soupirer une seconde fois, néanmoins il se plia à sa demande.
- Elle est depuis moins de trois jours la quatrième fortune du monde, si on ne prend pas en compte les Empereurs de l'Est, ce qui fait d'elle une cible. Nul doute que beaucoup de personnes parmi les actionnaires la souhaitent morte. Il suffira que ses gardes te regardent une seconde pour te sauter dessus et il me parait peu probable qu'il n'y en ait pas un qui connaisse nos capacités à se métamorphoser. Même en médecin, ils ne te laisseront pas passer.
- Je peux passer par l'extérieur.
- Il y a des caméras partout, cela sera difficile de ne pas se faire repérer, voire impossible.
- Je peux me changer en garde.
- Combien de temps peux-tu tenir ?
- Une demi-heure.
- Cela semble faisable, mais que comptes-tu faire après ? Pourquoi te laisseraient-ils passer ?
Le regard plissé, elle observa du haut de son perchoir et de l'autre côté de l'immense avenue l'hôpital Sendai Kousai, avant d'à son tour soupirer.
- Je peux foncer dans le tas et la kidnapper.
Du coin de l'œil, elle observa la chevelure noire venant d'apparaitre dans son champ de vision.
- Après tout ce qu'elle vient de traverser, penses-tu qu'elle mérite cela ?
Et elle ne put se retenir d'amèrement pouffer.
- Depuis quand notre fonction nous permet-elle de nous soucier de ce qui est bon ou mauvais ? Est-ce nouveau ?
Les mains dans les poches, l'Hyūga scruta l'hôpital à plus de quatre cents mètres.
- Nous ne sommes pas en mission, l'échec est envisageable, c'est pourquoi nous débâtons, pourquoi nous n'avons pas de plan. Si tu le souhaites, tu peux mettre hors d'état de nuire ces hommes et kidnapper cette femme, je ne te retiendrais pas, mais ils ne le méritent pas.
Rapportant son attention sur les civils qui entraient et sortaient du complexe hospitalier, elle se mordit la lèvre supérieure, plongée dans ses pensées.
Plongé dans ses pensées, appuyé contre l'écorce de l'arbre et les bras croisés, il observait droit devant lui dans une parfaite stoïcité.
Derrière le masque blanc en forme de renard qu'il portait, ses iris noir encre se déplacèrent lentement dans la brume et l'étendue boisée alors que les pas sur les feuilles mortes se firent entendre. Le vent souffla et fit virevolter sa chevelure noire de jais tandis que le brouillard se mit à tourbillonner. Quelques rayons solaires profitèrent du tumulte pour se frayer un chemin au travers des feuillages et laissèrent observer les deux silhouettes qui s'approchaient.
Quittant sa position, il remit en place les fines plaques de métal sur ses avant-bras et son torse qui complétaient son accoutrement noir et s'avança sur le chemin de terre que les roues des marchands avaient malmené durant des années.
Le premier arrivé, un homme dans la vingtaine s'arrêta devant lui à moins d'un mètre et le laissa observer son habituelle tenue sombre. Que ce soient les chaussures, le pantalon, le long manteau qui remontaient jusqu'au bas de son visage, la capuche, et même les lunettes, tout était noir, seul sa peau blanche contrastée.
Le second quant à lui, plus maigre, la trentaine, portait des chaussures et un pantalon bleu foncé ainsi qu'un pull de même couleur qu'un gilet vert venait recouvrir. Contrairement à son homologue, le visage de celui-ci n'était pas dissimulé et laissait voir ses cheveux bruns ainsi qu'un regard fuligineux similaire au sien.
Un regard qu'il ne connaissait que trop bien.
Depuis les quinze dernières minutes, la seule question qui l'avait tracassé était de savoir pourquoi l'Insecte était en retard, mais, maintenant, il ne souhaitait savoir qu'une seule chose, et le timbre accusateur qu'il extériorisa en dit long sur sa dernière pensée.
- Je t'ai demandé de venir seul, mon message n'était pas assez clair, Shino ?
Les mains profondément enfoncées dans les poches de son manteau, l'Aburame ne lui offrit rien d'autre que de l'indifférence, contrairement à l'homme derrière lui qui observa les plaques de métal qui protégeaient ses membres d'un air surpris.
D'ailleurs, le trentenaire ne perdit pas de temps pour s'exprimer et le faire remarquer à son camarade de route.
- Oi la Sauterelle, tu ne m'as pas prévenu qu'il s'agissait d'une mission de la Section, je n'ai rien à voir avec-
En une fraction de seconde et coupant le râleur dans un sursaut, il leva son bras et serra ses doigts sur le pommeau de son katana venant d'apparaitre dans un nuage de fumée, la lame pointée à moins de cinq centimètres de la gorge de la Sauterelle.
- Réponds ou je vous élimine tous les deux.
Une respiration s'écoula, et ce fut le plus effrayé de deux hommes face à lui qui s'exprima.
- P-Pour qui tu te prends à nous menacer ainsi, hein ?! J-Je fais partie de la Police Uchiha, je suis envoyé en tant que chef d'unité par Hatake, je suis le responsable de cette mission alors surveille tes paroles si tu ne veux pas avoir affaire au conseil !
À la suite du ton à la fois apeuré et autoritaire du Jōnin, il fit doucement redescendre sa lame et, doucement, se mit à rire derrière son masque.
- Ce que je dis est drôle peut-être ? lui demanda d'un ton énervé le membre de la Police de Konoha.
Quelques secondes filèrent et, son rire estompé, il quitta des yeux les lunettes opaques afin d'observer la brume alentour, ce qui lui permit de se calmer.
Son timbre n'en resta pas moins irrité.
- Hatake Kakashi t'a personnellement nommé ?
Le vent balaya une énième fois la brume, laissant apercevoir la pluie qui déferlait à l'horizon sur les montagnes escarpées.
- Tu n'as qu'à demander à la Coccinelle.
Malgré la suggestion et rapportant son attention sur l'Uchiha, il n'en fit rien et se contenta de le dévisager.
- Tu l'as dit toi-même, c'est une mission de la Section, pour quelle raison le responsable des Jōnins aurait-il une quelconque influence sur nous ?
S'apprêtant à répondre, l'homme face à lui ouvrit la bouche, mais les mots n'en sortirent pas. Il… ne savait littéralement pas quoi dire.
L'ANBU ne recevait aucun ordre des hauts placés de la Feuille, qu'importe son nom. Bien qu'auparavant une personne était nommée à la tête de la Section, depuis plus de vingt ans maintenant les Forces Spéciales ne recevaient d'ordres que de l'Hokage qui, par ailleurs, était aussi celui qui fut à la tête de la Section avant son investiture.
Shimura Danzō était le donneur d'ordre des ANBU depuis plus de cinquante ans.
Ce fut après cette réflexion que l'Uchiha passa devant l'Aburame afin de dévisager ce dernier.
- Pourquoi les Forces Spéciales sont-elles ici ? Tu étais au courant ? Réponds, sale insecte !
Derrière son masque, il observa les deux opposés devant lui, le bruyant et le muet, tandis que le ton monta encore d'un cran chez le policier.
- Tu vas voir le rapport que je vais faire sur ta gueule une fois ren-
- Tu ne le connais peut-être pas, il s'appelle Sadao Uchiha, tonna pour la première fois la voix de Shino, coupant celle du trentenaire qui le menaçait du doigt.
Sadao… malheureusement, ce prénom ne lui disait rien.
Comptant un peu plus de huit mille hommes et femmes pour trois mille ninjas recensés, dont les trois tiers occupaient le rôle de policier, les Uchiha étaient le clan le plus proéminent de la Feuille. S'il n'en connaissait que la moitié, cela serait déjà un exploit en soi, mais malheureusement il ne pouvait pas s'en tarir.
Sadao, surpris, fit descendre son bras tandis que l'Aburame continua, et ce fut à ce moment précis que tout bascula.
- Il y a deux semaines de cela, lui et ses hommes ont fait chanter Sakura dans son appartement afin d'essayer de la faire taire et la violer, ajouta-t-il d'une voix plate.
Que, derrière son masque, même sa respiration se stoppa.
Une heure plus tôt, il s'était demandé comment elle allait, ce qu'elle faisait, et voilà maintenant qu'il avait réponse à ses questions. Il connaissait Shino depuis plus de six ans maintenant, bien qu'ils n'étaient pas proches, ils avaient déjà partagé plusieurs missions au sein même de la Section et, il était certain d'une chose concernant le membre du clan Aburame : bien que sa manière crue de parler laissait parfois penser le contraire, il n'était pas un menteur.
D'une voix redevenue étrangement calme, bien que quelque peu surprise, Sadao répondit presque aussitôt aux accusations à son encontre.
- Tu étais donc au courant, je me le demandais durant le trajet, déclara-t-il en souriant à pleines dents. « Pourquoi parler de cela maintenant ? Tu avais peur que je te le fasse regretter sur le chemin ? Autre chose peut-être ? Ne me dis pas que tu croyais que la Section allait me passer un savon ? » demanda-t-il avant de se mettre à rire à gorge déployée.
- L'Abeille, il faut te réveiller, tu ne l'as pas encore compris ? Tu ne peux rien faire, je suis un Uchiha, je suis dans la police de Konoha, je suis sous les ordres de Danzō, c'était son ordre, si tu me touches, cela équivaut à le toucher lui, ce n'est pas rentré dans ta petite tête de libellule ? ajouta-t-il, continuant de s'esclaffer. « Cette salope n'a eu que ce qu'elle méritait, elle n'avait qu'à fermer sa gueule. Tu savais d'ailleurs que ta coéquipière était une vraie chienne ? Dis-moi, tu te l'es tapée toi aussi ? »
À mesure que l'Uchiha argumenté devant lui, à mesure son masque se mit à s'incliner sur le côté, comme si le poids de ce qui bouillonnait en lieu commencer à peser.
Aussi étrange que cela puisse paraitre, pour l'instant, il ne ressentait rien. Ses émotions étaient si vives, si instables, qu'il avait encore du mal à décider à laquelle il souhaitait s'adonner. La colère, l'inquiétude, la culpabilité… la haine ? Il ne savait pas.
De sa seule main libre ne tenant pas son katana, il glissa son pouce droit en dessous de son masque et son menton et le retira. L'air frais assécha presque aussitôt la sueur qui se mit à perler sur son visage tandis qu'il le laissa tomber au sol. Le bruit attira inévitablement l'attention du policier qui se retourna.
Le sourire hautain de celui-ci se volatilisa tout bonnement.
Le manche de l'arme dans sa main gauche se brisa en deux sous la pression de ses phalanges et la lame rejoignit le masque sur le sol boueux. Les morceaux de magnolia entre ses doigts s'effritèrent et le sang commença à goutter de son poing fermé.
- S-S-S-S-Sa-
- Tu l'as touché ?
Le visage toujours sur le côté et sous les bégaiements incessants devant lui, il écarquilla ses paupières à mesure que les secondes défilèrent, à mesure que la réponse ne lui était pas donnée.
- Réponds à ma question, est-ce que tu l'as touché ? répéta-t-il d'un ton froid.
L'homme tomba sur ses fesses et se mit à patauger dans la boue afin d'essayer de reculer, mais, après deux mouvements de main, les jambes de l'Aburame l'empêchèrent de s'échapper.
- J-J-J-Non on n-ne lui a r-rien fait.
- Il l'a touché.
Alors que la voix de Shino résonna dans la forêt, l'Uchiha au sol releva son regard fou vers l'encapuchonné.
- Toi ferme ta gueule ! Je n'ai pas touché cette sa…
Reprenant ses esprits, Sadao s'arrêta juste à temps dans son insulte afin de se retourner brusquement vers lui et se remettre à le supplier du regard.
- S-Sasuke-san t-tu ne vas pas m-m'en vouloir pour une simple fi-ille n'est-ce pas ? T-Tu sais tr-très bien co-comment ça fonctionne, c'était un or-ordre direct de Danzō, on-on n'avait pas le choix.
Relâchant les brindilles de bois, il fit un pas vers Shino et s'accroupit devant le policier. Les avant-bras posés sur ses genoux, sa main écarlate laissait perler son sang dans la boue à ses pieds.
Ploc.
- Est-ce que tu l'as touché ?
- J-J'ai lui ai juste carre… touché tou-touché la hanche.
Ploc.
- Dans l'ordre de mission, était-il écrit que tu pouvais la violer ?
Dans un bégaiement incompréhensif, le policier ne parvint pas à lui répondre.
Ploc.
D'un geste si rapide que même la brume eut du mal à suivre, ses doigts ensanglantés s'agrippèrent à la mâchoire du trentenaire, juste en dessous de son nez et il serra si fort que celui-ci relâcha un gémissement de douleur.
- Réponds.
D'un signe de la tête, celui-ci lui répondit à la négative.
Un étouffement inaudible lui fit vibrer sa main et, alors que la bave de l'homme se mélangea à son sang, il relâcha abruptement son emprise tandis que l'Uchiha tomba sur le côté, à bout de souffle.
- Tu… tu ne peux pas…
L'air impassible, la mâchoire serrée, il observa le visage recouvert de sang du policier.
- Notre clan… le-le conseil… ils te banniront si tu-tu me touches, tu… tu ne peux pas me toucher… Danzō te tuera.
Restant immobile le temps de parvenir à réceptionner les iris noir encre du trentenaire, il ouvrit finalement la bouche.
- J'emmerde le conseil, j'emmerde notre clan. J'emmerde Danzō.
La terreur naquit dans les yeux du policier qui se mit à ramper dans la boue.
- Pi-Pitié… je-je ne lui ai rien fait…
À bout de souffle et se retournant dans la boue dans un bruit flasque, le fuyard l'observa tandis que, de nouveau debout, il le surplombeait.
Allons à contre courant de l'apparence qu'il avait affiché jusqu'alors, le fier et craint Sadao Uchiha se mit à pleurer.
- Ne-ne me tue p-pas pitié, je-je ne v-veux pas mourir.
Des pleures qui se stoppèrent alors que Sadao remarqua la lame qu'il avait récupérée à même le sol. D'un mouvement pris de panique, le trentenaire s'agrippa à son pied gauche avant de se remettre à pleurer.
- J-Je t'en supplie Sa-Sasuke, je fe-ferai tout ce que tu de-demandes.
- Lâche-moi.
Il le relâcha aussitôt et, se mettant à genou, plaqua ses mains l'une contre l'autre.
- Je-Je ne recommencerai pas t-tu as ma parole, je-je travaillerai pour toi, j-je te rapporterai tout ce que je vois et en-entends, je t'en supplie ne me tue p-pas je peux t'être utile, hein ? D-D'accord ?
- Tu es droitier ou gaucher ?
L'homme à ses pieds releva presque immédiatement sa main droite.
- D-Droitier, je suis droitier oui droitier.
- C'est donc avec cette main que tu l'as touché ?
Un air d'incompréhension se répandit sur le visage du policier et ce dernier n'eut pas le temps de réfléchir à ce qu'il venait d'entendre qu'il se mit à hurler à pleins poumons avant de retomber au sol. Sa main gauche aux prises de son poignet droit, le trentenaire observa le vide devant lui alors que le sang gicla.
Son hurlement de terreur fut bruyant, celui de douleur fut assourdissant. Les pleures n'étaient plus.
- Espèce d'enfoiré ! Qu-Qu'est-ce que tu as fait ?! À l'aide ! Aidez-moi !
De nouveau sur ses genoux, les doigts fermement serrés autour de son poignet droit afin d'empêcher le sang de s'écouler, l'homme émettait des gémissements animaux et ne parvenait plus à retenir sa bave de dégouliner à chacune de ses respirations haletantes.
Le choc passé, les larmes revinrent.
D'un mouvement sec, il enleva le sang sur la lame qu'il maintenait et s'approcha une nouvelle fois de membre de la Police Uchiha.
- Je… tu… tu tues un-un membre… de ta propre famille espèce… de sale… enfoiré…
L'homme releva son regard à l'encontre du sien, et cette fois-ci la terreur sur son visage se décupla par mille.
- NON ! NE FAIS PAS C-AAAAH
Les flammes noires apparurent sur la jambe droite de l'Uchiha, qui essaya dans un hurlement de s'en débarrasser, en vain. À peine posa-t-il sa main gauche dessus afin d'essayer de l'éteindre que celles-ci se répandirent sur son bras.
Dans des vociférations bestiales plus bruyantes les unes que les autres, il glissa dans la boue, dans les flaques d'eau, frappa, griffa, et s'arracha les cheveux, avant de se mettre à ramper dans une direction aléatoire, trop tard. Les flammes s'étaient d'ores et déjà répandues sur les moindres fibres de son corps.
L'odeur de poulet braisé se répandit dans l'air et, alors que le dernier râle se fit entendre, les flammes se dissipèrent.
«
Vingt et une heures, trente-deux minutes, quarante-trois secondes.
- On est déjà passé par ici il y a sept ans il me semble, non ? Ou alors c'était avant ? Je n'arrive plus à me souvenir.
Cela faisait un peu moins de vingt-deux heures qu'il l'avait laissée seule au sommet de cette montagne, et le moins qu'il pouvait dire était que cela le rendait malade, littéralement. Son ventre lui faisait subir des haut-le-cœur insupportables.
- Il doit y avoir un village non loin d'ici si mes souvenirs sont bons, tu sens cette odeur de poulet ?
Il s'agissait là d'une sensation bien plus horrible que de récupérer les souvenirs des douleurs physiques de plus de mille clones. Car cette douleur-ci n'était pas éphémère, elle durait sur le temps. Elle durerait deux mois, certainement.
- Tu comptes tirer la gueule encore longtemps ?
Continuant de marcher le long de la lisière de la forêt, il observa du coin de l'œil l'interminable chevelure blanche à sa droite. Le soleil qui se couchait à l'horizon ne lui permit que de l'observer un instant, mais cela fut suffisant pour ouvrir à la colère son humeur… ainsi que ses lèvres.
- Elle m'a dit de ne pas m'énerver contre toi, alors ne m'adresse pas la parole.
Un soupir plus tard, le timbre fatigué à ses côtés s'éleva dans l'atmosphère chargée d'humidité… d'animosité.
- Penses-tu que je l'ai laissé là-bas par gaieté de cœur ? Cela m'emmerde autant que toi.
Sans parvenir à se contrôler, les poings serraient, il s'arrêta soudainement sur le chemin de terre, et les guettas devant lui firent de même la seconde qui suivit. Il observa un long moment les iris noirs de son maitre, avant de finalement fermer les yeux dans un énième soupir. Il essaya de ravaler sa colère, en vain, et le regard d'opale plissé et souriant qui s'imposa à son champ de vision ne l'aida en rien. À l'expiration qui suivit, il rouvrit les paupières, et son humeur passagère n'en sortit que plus violemment.
- Ne te cache pas derrière ces belles paroles, si cela t'emmerdait tant on serait encore là-bas, et arrête de parler comme si tu pouvais voir l'avenir, aux dernières nouvelles tu n'es pas un crapaud millénaire, tu n'en sais rien, tu ne sais pas ce qu'il peut se passer, comme d'habitude tu n'en fais qu'à ta tête, tu ne penses qu'à toi, je t'ai dit que je ne voulais pas y aller, mais tu as quand même réussi à la mettre de ton côté.
Un frisson étrange, un sentiment humiliant. C'était ce qui venait de lui parcourir l'échine. Il se sentait honteux de parler ainsi à la personne qui lui avait tout appris, à celui à qui il devait tout. Mais il n'arrivait tout simplement pas à se retenir.
- C'est énervant. Tu m'énerves.
Il n'y arrivait plus.
Dernièrement, l'ancien Sannin agissait bizarrement, vraiment bizarrement. C'était… comme si le temps jouait contre lui, contre eux. Le cinquantenaire prenait des décisions hâtives et, d'un point de vue extérieur, de son point de vue, elles semblaient carrément irréfléchies. Voilà quelque temps qu'il commençait même à se demander si son maitre était sous l'emprise d'un Genjutsu.
Il s'agissait réellement là de la conclusion la plus rationnelle, tout comme le furent ses prochains mots.
- Ne m'adresse plus la parole, je ne veux plus t'entendre, amène-moi où je dois aller, apprends-moi ce que je dois apprendre, qu'on en finisse.
Il reprit sa marche et passa devant l'air impassible du quinquagénaire.
Il s'attendit à entendre une phrase qui avait pour habitude de l'énerver, mais, à son grand étonnement, ce ne fut pas le cas. Jiraiya n'insinua rien sur une certaine crise d'adolescence, rien sur son caractère de fillette pourrie gâtée. Au lieu de cela, seuls quatre mots s'élevèrent dans l'air qui s'asséchait.
- Un jour tu comprendras.
Quatre mots des plus simples qui furent suffisants pour le faire de nouveau s'arrêter brusquement afin de se retourner.
- Comprendre quoi ?
Le muet de plus d'un mètre quatre-vingt-dix ne répondit pas à sa question, ce qui ne l'énerva que plus.
- Et après tu dis que c'est moi le gamin ?!
Sans le moindre mot, l'ancien Sannin passa devant lui et le laissa planté aux côtés de la flore locale.
D'un pas lourd, il reprit sa marche et, les bras croisés, tourna son visage sur le côté, vexé.
Oui, il venait de se faire prendre à son propre jeu. Le quinquagénaire avait respecté sa demande, il ne lui adressait plus la parole.
Oui, il comprenait maintenant à quel point le silence était rageant.
Cette même rage s'en alla aussi rapidement qu'il put sentir la pulsion de chakra dans sa sacoche. D'un geste rapide, il abaissa son visage vers son pantalon noir et plongea sa main dans le polyester accroché dessus afin de récupérer la parure jaune et ne se pria pas pour ouvrir le livre. Parcourant les mots qu'elle lui avait envoyés trois heures plus tôt, ceux qui lui souhaitaient une bonne nuit, il lut les derniers, ceux venant d'être rédigés.
« Où vous trouvez-vous ? »
Fronçant les sourcils, il releva son visage vers la fumée grise à moins d'un kilomètre de leur position - de sa position - tandis qu'un stylo fit son apparition entre ses doigts sous la disparition d'une fumée blanche.
« Nous venons de nous arrêter dans un petit village à la frontière du Son et du Feu, pourquoi ?
Pour rien, je me demandais simplement, j'ai du mal à dormir. Quel village exactement ?
Tomioka, à l'est de Nemuro. Tu ne devais pas aller te coucher il a de cela trois heures petite menteuse ?
Oui tu as raison, je vais dormir de ce pas, bonne nuit.
Très bien, bonne nuit. »
Il ne savait pas ce que le futur lui réservait, mais il espérait qu'une seule chose : retourner à ses côtés le plus rapidement possible.
»
Infos chapitre suivant : La tour qui illuminait les vallées, partie 3. (25/06/23, En cours, 500 mots.)
