A/N : Il fait beaucoup trop chaud dans ce monde. Du coup je suis partante pour devenir une créature à sang froid, si jamais quelqu'un connait un vampire, je veux bien être mise en contact x)

Résumé du chapitre précédent :

Harry sert de mannequin pendant l'après-midi. Dans les jours qui suivent, il continue les leçons diverses et variées tout en profitant de ses vacances. Narcissa invite Skeeter pour qu'elle fasse une interview de Sirius et aide à ranger l'opinion publique en sa faveur. Sirius taquine Harry sur sa vie amoureuse, réalise qu'il doit avoir La Discussion avec lui, et apprend que Tom s'en est déjà chargé. Harry a une discussion avec Tom, qui le rassure sur sa capacité à conserver ses secrets tout en profitant du temps qu'il va passer avec ses amis à la Coupe du Monde.


Le jour du départ, le petit-déjeuner se déroula dans une ambiance calme et silencieuse, tant les différents habitants du manoir étaient tous perdus dans leurs propres pensées et réflexions.

En milieu de matinée, Harry commença à préparer sa valise pour plusieurs jours. Cependant, le renouvellement complet de sa garde-robe s'avéra être un obstacle de taille pour sa stratégie habituelle, qui consistait à tout faire rentrer en vrac et espérer pouvoir refermer le tout sans problème. Il en était aux chaussettes quand il entendit quelques coups à la porte de sa chambre.

- Entrez !

Le seul autre adolescent de la demeure poussa la porte, et jeta un coup d'oeil à ses bagages avant de lui adresser un regard affligé.

- Potter, comment est-ce que tu as fait ta valise exactement ?

- J'ai pris un peu de tout et j'ai fourré le résultat à l'intérieur ? tenta Harry.

L'air que prit son rival acheva de convaincre le Griffondor qu'il avait dû perpétrer un crime de lèse-majesté contre la mode en agissant de la sorte. Le blond parut sur le point de dire quelque chose – voire de réorganiser entièrement sa valise lui-même – mais se retint et opta pour un changement de sujet.

- Mon père et moi sommes officiellement invités à assister à la finale avec Fudge.

- Ta mère n'est pas invitée ? s'étonna Harry.

- Si, mais elle n'est pas spécialement amatrice de Quidditch. Et comme ce sera un soir de pleine lune, ajouta le Serpentard, elle veut s'assurer qu'il y aura au moins une personne ici pour empêcher ton parrain de sortir en douce et essayer de te rejoindre.

Le garçon à la cicatrice ne chercha même pas à retenir un petit rire amusé. Entre le sourire narquois de son rival et le ton lourd de sous-entendu qu'il avait employé, Harry ne pouvait que visualiser la scène, et celle-ci était on ne peut plus drôle. Lorsque son rire se calma, il s'assit sur le bord de son lit et invita d'un geste le blond à faire de même. Le Serpentard se tendit un instant, mais finit par rejoindre son invité et s'installa sur les draps carmins en veillant à maintenir une distance raisonnable.

- Je ne sais pas lequel des deux est le plus à plaindre, admit Harry.

Draco leva les yeux au ciel, mais évita de répondre. Quelques secondes passèrent dans un silence confortable, avant qu'il reprenne la parole pour en venir à ce qui l'amenait dans la chambre de son rival en premier lieu.

- Normalement, on ne devrait pas se croiser une fois sur place, annonça Draco, mais si ça devait se produire...

- On se comporte comme on le ferait à l'école, compléta Harry.

Le Griffondor s'était légèrement assombri à la perspective de retourner à leur attitude pré-estivale, et Draco s'en aperçut aussitôt. Il afficha une attitude légèrement moqueuse, et planta ses yeux gris dans ceux de la vedette de Poudlard.

- Ne me dis pas que la mascotte des Griffondors est passée à l'ennemi après un été avec moi ?

Le regard outré qu'Harry arbora suffit à lui arracher un sourire, et l'atmosphère se détendit. Le Griffondor passa une main dans ses cheveux, et relâcha la tension dans ses épaules avant d'inspirer profondément, son regard tourné vers la fenêtre et l'horizon.

- C'est juste que sans aller jusqu'à demander à changer de maison, déclara Harry, j'aimerais bien qu'on puisse continuer à être am- à être en bons termes, se reprit-il, quand on retournera à Poudlard.

Le garçon à la cicatrice se mordit la lèvre en réalisant l'erreur qu'il avait manqué de faire, et espéra très fort que le Serpentard ne relèverait pas. La relation qu'il avait avec Draco s'était considérablement améliorée au cours des quelques semaines passées au manoir Malfoy.

Harry avait envie de croire qu'ils étaient désormais assez proches pour considérer le blond comme un ami, mais s'efforçait de garder en tête la foule de raisons qui rendaient cette idée impossible. La première du lot étant que Draco n'avait probablement aucune envie d'une amitié avec lui. Rien que l'idée d'une trêve estivale avait été difficile à faire passer, et Harry ne se sentait pas en droit de demander plus. Pas après avoir rejeté la main tendue du Serpentard comme il l'avait fait en première année.

Pour sa part, Draco s'était figé en reconnaissant l'amorce d'un mot qu'il ne s'attendait pas à entendre de la bouche du Golden Boy de Griffondor. Ou a minima, pas en étant la personne concernée. Est-ce que Potter avait sérieusement été sur le point de suggérer qu'ils étaient amis ? Et qu'il aurait aimé qu'ils le restent même après la rentrée, au vu et au su de tous les élèves de l'école ?

Le sorcier blond tenta comme il pouvait d'empêcher son coeur de s'emballer, et s'obligea à conserver une attitude impassible. Tout le langage corporel de son rival indiquait qu'il regrettait son choix de mots et était anxieux de sa réaction. Draco ravala l'espoir qui s'était formé dans sa poitrine, et opta pour une attitude exagérément dégoûtée. Si le Griffondor souhaitait faire comme si rien ne s'était passé, Draco allait l'y aider.

- Rester en bons termes à Poudlard me forcerait à supporter Granger, Londubat et Weasley en plus de toi, Potter. Il y a des limites au nombre de Griffondors que je peux tolérer avant d'avoir recours à des méthodes drastiques et potentiellement illégales.

- Tu sais, négocia Harry, je suis sûr que tu pourrais t'entendre avec Neville et Hermione si tu faisais l'effort de ne pas les insulter à chaque fois que tu les vois.

Draco haussa un sourcil, peu convaincu par l'argument. Sans compter que la suggestion laissait de côté un point crucial. Le Serpentard s'assit un peu plus franchement sur le matelas pour pouvoir se tourner vers le héros de Griffondor, et s'assurer que son message allait être clair.

- Potter, même dans l'hypothèse improbable où j'accepterais d'abaisser mes standards au point de supporter ces deux-là plus de trois minutes, il est hors de question que j'ai à endurer la présence de Weasley.

- Donc si Ron n'est pas là, ça ne te dérangerait pas de passer du temps avec nous ? lança Harry.

Le regard émeraude à la fois malicieux et plein d'espoir du garçon à la cicatrice fit immédiatement reculer Draco, et le Serpentard dut s'accrocher à sa raison et ses arguments plus fort qu'il n'était prêt à l'admettre. Plutôt que de répondre, il se leva et évita de regarder dans la direction de son interlocuteur lorsqu'il recommença à parler.

- Potter, tu es le Golden Boy de Griffondor, et moi le Prince de Glace de Serpentard. Nous avons tous les deux un rôle à tenir dans cette école, et à moins de vouloir mettre Dumbledore au courant de ton changement d'allégeance, changer notre attitude l'un envers l'autre est impossible.

Même sans le regarder, le blond eut l'impression de sentir la déception déferler comme une vague dans son dos.

- Oh... oui, c'est logique, admit le Griffondor. Évidemment. C'était stupide comme idée.

À sa décharge, Draco résista une poignée de secondes avant de céder en maudissant la faiblesse dont il faisait de plus en plus preuve à l'égard de son rival. Il se retourna pour faire face au Griffondor, tout en observant soigneusement ses ongles pour éviter de croiser ses yeux.

- Ceci dit, lança-t-il d'un ton désinvolte, je n'oublie pas que tu me dois une visite de la Chambre des Secrets. Et puis de toute manière, j'avais l'intention de renouveler un peu les provocations que j'utilise. On finit par se lasser de toujours en revenir aux statuts de sang.

Harry fut choqué pendant un instant, puis son visage s'illumina et il bondit du lit pour entrainer le blond dans une étreinte aussi spontanée que maladroite.

- Merci Draco !

Le Prince de Glace se figea, et son cerveau bloqua toute forme de compréhension de ce qui était en train de se produire. Draco enregistra mécaniquement la présence d'un corps chaud contre le sien, l'enthousiasme sincère, la position assez inconfortable, et ne put faire autrement que cligner les yeux dans l'espoir que ce serait suffisant pour donner une dimension réelle à la scène.

Harry Potter, qui évitait le moindre contact physique avec une constance exemplaire, avait sciemment entrepris de se jeter dans ses bras pour manifester sa joie à l'idée de passer du temps avec Draco. Avant que le Serpentard parvienne à réaliser la présence de son rival contre lui et agir en conséquence, Harry s'éloigna et prit un air embarrassé.

- Désolé, s'excusa le Griffondor en rougissant. Je te promets que je t'emmènerai voir la Chambre cette année.

Un silence gênant s'installa entre eux, avant qu'Harry ne décide de le fuir en se tournant vers sa valise. Le Serpentard affichait toujours un air indéchiffrable, et le brun n'avait aucune idée de la façon de se sortir d'une situation aussi gênante.

- Je... je ferais mieux de finir mes bagages.

Le blond sembla revenir à la réalité, et hocha brièvement la tête avant de se retourner et de sortir de la pièce, laissant effectivement son invité à ses problèmes de valise.

-o-oOo-o-

En fin d'après-midi, les trois Malfoy et leurs invités se tenaient devant l'entrée du manoir. Remus et Harry étaient dans l'allée, prêts à être accompagnés par un elfe aux limites du domaine afin de pouvoir transplaner jusqu'au Terrier. Narcissa se tenait à côté de Sirius, qui avait un air bougon à l'idée de laisser son filleul partir voir la Coupe du Monde sans lui. Lucius et Draco avaient leur habituel masque impassible, dans une version plus détendue que celle qu'ils montraient au public.

- Bien, déclara Remus, je pense qu'on peut y aller. Tu as tout ce qu'il te faut, Harry ?

- Oui, répondit le jeune Griffondor. Enfin je crois, grimaça-t-il. Mais je pars juste une semaine, donc ça devrait aller quoi qu'il arrive.

Après quelques échanges supplémentaires et les dernières recommandations de Lucius au cas où ils viendraient à se croiser, les deux Griffondors finirent par partir. Une fois les grilles d'entrée du manoir passées, Remus se tourna vers le plus jeune et lui sourit.

- Pas la peine d'être nerveux, Harry. Transplaner est une expérience un peu bizarre et désagréable au début, mais on s'y habitue. Agrippe-toi à mon bras et tout ira bien.

Le garçon à la cicatrice eut l'air un tantinet méfiant, mais suivit les instructions de son ancien professeur.

Quelques secondes plus tard, il avait l'impression que son corps se tordait dans tous les sens, se recomposait, puis se tordait de nouveau en tourbillonnant. Le monde autour de lui sembla se distordre dans un affreux mélange de couleurs et de formes confuses.

Lorsque son corps se stabilisa pour de bon et que le paysage forma de nouveau une image cohérente, Harry lâcha le bras de Remus pour se pencher en avant et poser les mains sur ses genoux, haletant et nauséeux.

- Tu t'en es très bien sorti, Harry.

- Pardon ? hoqueta le plus jeune.

Remus hocha la tête, un petit sourire amusé aux lèvres.

- La plupart des gens vomissent la première fois, lui indiqua-t-il.

- Merlin, grogna Harry, je me demande bien pourquoi.

Le rire du loup-garou fut interrompu par deux voix que les Griffondors reconnurent en un clin d'oeil.

- Harry !

Le concerné leva la tête et un grand sourire fendit son visage. Fred et George s'approchaient d'eux avec leur enthousiasme habituel, et le brun en profita pour finalement observer l'environnement dans lequel il était.

Les plaines caractéristiques du Devon s'étendaient à perte de vue, seulement interrompues par des bosquets ou une ligne d'arbres indiquant l'entrée d'une forêt. À une trentaine de mètres d'Harry et Remus se tenait une maison biscornue, dont l'équilibre semblait plus que douteux, mais dont émanait une chaleur et une vie indéniables. Elle était entourée d'un jardin à l'entretien hasardeux et d'un verger aux arbres dépareillés. Un écriteau tordu à quelques pas d'eux annonçait son nom, qu'Harry devinait plus qu'il ne pouvait lire au vu de son état.

Le Terrier. La maison familiale des Weasley.

Le héros de Griffondor remarqua en son for intérieur que l'endroit était presque l'exact opposé du manoir Malfoy. Il eut le plus grand mal à contenir son amusement en songeant que les deux demeures reflétaient désormais un endroit synonyme de chaleur et d'accueil pour lui, mais qu'une telle comparaison horrifierait sans nul doute leurs propriétaires respectifs.

Remus jeta un regard curieux au jeune sorcier à côté de lui, mais ne fit aucun commentaire. À la place, il accueillit ses deux anciens élèves avec un sourire et un hochement de tête.

- Fred, George, c'est un plaisir de vous revoir.

- Plaisir plus que partagé, répondit Fred en souriant.

- Maman n'attendait plus que vous deux pour commencer le repas, enchaina George.

- D'ailleurs, autant vous prévenir maintenant.

- Elle est sur ses grands hypogriffes depuis l'article de Skeeter sur Black.

- En fait, tout le monde a encore du mal à y croire.

- Donc notre cher petit frère adoptif, commença Fred.

- Va se faire cuisiner à n'en plus finir, acheva George.

La bonne humeur d'Harry diminua considérablement, et il grommela un mélange de phrases indistinctes. Remus sembla s'armer de courage, et fit signe aux jumeaux de passer devant. Tandis que le groupe de quatre marchait d'un pas résolu vers la maison bigarrée, le Maraudeur adressa plusieurs regards encourageants au plus jeune. Remus avait prévu de repartir après le diner plutôt que de rester dormir, ne serait-ce que pour des questions de place disponible. Mais il se promit de faire de son mieux pour délester son louveteau d'un maximum de tension tant qu'il le pourrait.

Une fois à l'intérieur, Harry nota inconsciemment que l'espace était toujours aussi encombré. Contrairement à la demeure spacieuse et ordonnée où il avait passé les dernières semaines, la cuisine et le salon des Weasley semblaient déborder constamment de choses et de gens.

L'ambiance lui rappelait un grand tourbillon de vie colorée et chatoyante, dans lequel il était à la fois heureux de se trouver et un peu perdu, pas habitué à une telle sollicitation de ses sens. Molly Weasley était derrière les fourneaux, mais en sortit rapidement pour se diriger vers la table. Elle était suivie de plusieurs plats fumants qui dégageaient une odeur délicieuse, et fit un grand sourire à ses invités.

- Harry, Remus ! Vous êtes enfin arrivés ! George, va dire à ton père, tes frères et ta soeur qu'on va manger.

- Tout de suite, m'man !

George s'avança jusqu'au bas des escaliers, avant de prendre une grande inspiration.

- TOUT LE MONDE A TAAAAAAAAABLE ! hurla-t-il.

Harry et Fred se mirent à rire devant la méthode employée, et Remus pinça les lèvres en portant une main à son oreille. C'était typiquement dans ce genre de situation qu'il regrettait les sens surdéveloppés dont sa partie loup le dotait, même sous forme humaine. Molly, de son côté, fit léviter les plats sur la table en secouant la tête, habituée aux manies de ses enfants. George revint vers eux en même temps qu'un bruit de cavalcade se faisait entendre, signe que les divers occupants allaient les rejoindre sous peu.

Percy et Ginny arrivèrent les premiers, suivis par Bill et Arthur, puis par Ron. Tous saluèrent leurs invités avec plus ou moins d'enthousiasme, et s'installèrent autour de la table pendant que Molly finissait de répartir les différents plats dans les assiettes. Le temps qu'elle s'assure que chacun aurait sa part de purée, de carottes et de ragoût, Harry et Bill avaient eu le temps d'échanger des présentations sommaires, puisqu'ils étaient les seuls à ne pas encore se connaitre.

Lorsque chacun fut assis et servi, la première remarque fut faite par le patriarche de la famille, qui affichait une expression enjouée et chaleureuse.

- Tu as l'air d'avoir meilleure mine qu'au retour de Poudlard, Harry, ça fait plaisir à voir.

- C'est vrai ça ! s'exclama Molly avant que le Golden Boy puisse répondre. Et est-ce que ces vêtements sont à ta taille ? Ta famille t'a enfin emmené faire du shopping ? Il était temps, si tu veux mon avis, et je suis contente qu'ils t'aient un peu remplumé. C'était à croire qu'ils ne te donnaient jamais à manger ! Et qu'est-ce que-

- Maman ! protesta Bill. Laisse-le respirer. Il n'est pas habitué à se battre pour son temps de parole comme le reste de la famille, ajouta-t-il en riant.

Le brun lui lança un regard reconnaissant, et l'aîné des enfants Weasley lui répondit par un clin d'oeil joueur. Harry remarqua au passage que Ron était sur le point d'exprimer sa surprise à son tour, et s'exprima avant qu'il finisse d'engloutir sa bouchée. Heureusement pour lui, la seule personne dans la pièce capable de repérer les mensonges à coup sûr était son ancien professeur.

- J'ai eu un peu d'aide cet été, et les vêtements viennent de Sirius.

Le nom sembla provoquer une réalisation générale chez toute la famille, et une nuée d'exclamations lui tomba dessus d'un seul coup.

- En parlant de Black !

- C'est vrai que c'est ton parrain !?

- Merlin Harry, tu aurais pu me dire que tu lui parlais !

- Il est vraiment innocent !?

- Qu'est-ce que c'est que cet article !?

Harry et Remus grimacèrent de concert devant l'attaque combinée, et ce fut l'ancien enseignant qui prit sur lui d'intervenir. Dans un geste protecteur, il plaça une main devant Harry et posa l'autre sur la table.

- Calmez-vous, déclara Remus. Ça ne sert à rien de le noyer de questions. Harry a déjà eu un été assez intense comme ça.

- Remus, répliqua Molly, je tiens à savoir comment un repris de justice a pu entrer en contact avec un garçon qui est comme un fils pour moi. Un homme comme Sirius Black ne peut avoir qu'une mauvaise influence sur un esprit aussi jeune et fragile que celui d'Harry, et-

- N'insultez pas mon parrain, coupa le Golden Boy.

Le ton excessivement froid et les éclairs qui fusaient de ses yeux provoquèrent un silence immédiat dans la cuisine, jusqu'à ce que George et Fred sifflent d'admiration.

- Harry, je sais que tu as l'habitude d'enchainer les exploits irréalisables, commença Fred.

- Mais créer un silence de cinq secondes complètes au moment du repas dans cette cuisine, même Tu-Sais-Qui n'en serait pas capable ! acheva George.

Alors que Ron et Molly allaient respectivement protester et réprimander les deux frères, Arthur prit la parole pour s'adresser à son jeune invité.

- Nous sommes juste inquiets pour toi, admit-il d'un air préoccupé. Les articles de Rita Skeeter déforment trop souvent la réalité pour qu'on puisse s'y fier, et Ron n'a pas pu nous dire grand-chose.

Le regard du garçon à la cicatrice s'adoucit de façon perceptible, et la tension disparut de ses épaules. Remus se détendit également, et entreprit de répondre à la place de son louveteau.

- Sirius a repris contact avec Harry et moi à la toute fin de l'année scolaire, expliqua-t-il.

Cette simple phrase lui valut l'attention renouvelée de toutes les personnes dans la pièce. Ron était ahuri par la formulation, Ginny et Molly étaient choquées, Arthur et Bill semblaient curieux, et Percy tentait de dissimuler un air intrigué. Le Maraudeur reprit en expliquant les choses du mieux qu'il put, sans pour autant trop en dévoiler.

- Entre ses explications et les preuves qu'il a pu avancer ce soir-là, son innocence était plus qu'évidente, poursuivit l'ancien enseignant. Après ça, je me suis assuré qu'il resterait en sécurité tant qu'il n'aurait pas un procès en bonne et due forme, et Harry et lui sont restés en contact pour rattraper le temps perdu.

- Des preuves !? s'exclama Molly. Comment peut-il avoir quoi que ce soit de concret après treize ans ?

- Molly... soupira Arthur.

Sa femme l'ignora pour se pencher vers Harry, qui était à un siège d'elle, Remus entre eux deux. Cependant, elle n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche avant que Percy intervienne d'un ton guindé.

- Harry et Remus sont cités comme témoins à comparaître pour le procès de Black. Ils ne sont pas autorisés à dévoiler les détails de l'affaire en dehors du cadre de l'enquête.

Bill hocha la tête d'un air approbateur et se dépêcha d'enchainer avant que sa mère reprenne.

- J'ai entendu dire que son procès se ferait à huis-clos, personne en dehors du Magenmagot et des sorciers strictement concernées par l'affaire ne sera autorisé à y assister. Il parait que même Dumbledore n'aura pas le droit de savoir ce qui s'y dit.

- Pardon !? s'exclama Ron. Mais il est concerné ! C'est à Poudlard que Black a vu Harry !

Remus secoua la tête avant de répondre. Le loup-garou était prêt à bénir les interventions de Percy et Bill, qui lui donnaient nettement plus de poids face au bulldozer qu'était la matriarche Weasley lorsque celle-ci avait une idée en tête.

- La rencontre a eu lieu à Pré-Au-Lard, pas à Poudlard. À moins que Sirius décide de faire appel à Dumbledore pendant son procès, le directeur n'a pas plus le droit d'y assister que n'importe quel sorcier ou journaliste.

- Évidemment que Sirius va faire appel à Albus pendant son procès, fit Molly en se rasseyant. Il faisait partie de l'Ordre, après tout, et il a besoin de son soutien s'il souhaite réintégrer la société magique avec un semblant de dignité.

- Pourtant, fit Ginny d'une petite voix, d'après la Gazette, c'est Narcissa Malfoy qui l'a aidé à avoir un procès, vu qu'ils sont cousins et tout ça.

La remarque jeta un froid. Arthur fronça les sourcils, et se tourna vers ses invités avec une question informulée sur son visage. Cette fois-ci, Harry se chargea de répondre.

- Sirius m'a dit que sa cousine ne lui a pas vraiment laissé le choix et lui a pratiquement imposé son aide. Apparemment, c'est une question d'honneur familial pour elle. Et si ça peut aider Sirius à être innocenté plus vite...

Harry accompagna sa phrase d'un haussement d'épaules, qui indiquait bien à quel point peu lui importait comment son parrain obtenait son procès, tant qu'il l'obtenait rapidement. Molly pinça les lèvres, mais demeura assise. Percy fixa Harry du regard, l'air à la fois agacé par toute la situation et curieux des différentes forces en mouvement.

Bill et Arthur étaient en train de réfléchir à ce qu'ils venaient d'entendre, et avaient de façon amusante le même geste de main sur leur menton. Quant à Ron et Ginny, le premier profita du fait que tout le monde réfléchissait pour se resservir, et la seconde semblait inquiète à l'idée d'avoir dit quelque chose de travers. Finalement, ce fut Arthur qui sortit le premier de ses réflexions et afficha de nouveau un sourire engageant.

- Ma foi, il n'y a qu'à attendre le résultat du procès ! Mais vu à quel point vous êtes tous les deux convaincus, j'imagine qu'il doit y avoir de très solides preuves de son innocence. Quand Sirius sera libre d'aller et venir comme bon lui semble, dites-lui qu'il est le bienvenu au Terrier. Ce sera bon de le revoir et d'avoir sa version de l'histoire, ajouta-t-il avec chaleur.

Les deux invités lui rendirent son sourire avec un hochement de tête, et Harry se sentit respirer de nouveau.

- J'avoue que je serai curieux de le rencontrer, admit Bill. J'ai un peu entendu parler de sa visite à Gringotts, mais j'étais en mission quand il y est passé. Le retour de l'héritier Black a beaucoup fait parler, à la banque.

- Au Ministère aussi, lui assura Arthur. Le département de la justice magique est sans dessus-dessous depuis que Lady Malfoy y est passée au début de l'été. D'ailleurs, fit-il en se tournant de l'autre côté de la table, il me semble que tu es de service pour le procès, Percy, je me trompe ?

Le concerné confirma d'un mouvement de tête, sans desserrer les lèvres pour autant.

- Pauvre Sirius Black, se désola Fred.

- Passer plus de dix ans enfermé à Azkaban, approuva George.

- Tout ça pour se faire juger par Percy à sa sortie.

- La vie est décidément cruelle pour lui.

- Atroce, même.

- Il ne méritait pas ça.

Leur frère les fusilla du regard, tandis que le reste de leur fratrie – accompagnée d'Harry – se mettait à rire et que leur mère les réprimandait. Après cette intervention, la conversation s'allégea une bonne fois pour toutes et lorsque la tarte aux pommes arriva, le Quidditch était au coeur de la discussion.

Remus prit congé de la famille Weasley vers dix heures et demie, et transplana jusqu'au manoir Malfoy pour rassurer tous ses occupants, et principalement Sirius, que le héros de Griffondor était entre de bonnes mains.

Au Terrier, Harry ne resta pas beaucoup plus longtemps éveillé et suivit rapidement Ron jusqu'au cinquième étage pour installer ses affaires dans la chambre qu'ils partageraient. Le brun nota que les mêmes posters des Canons de Chudley décoraient les murs, et que le lit était toujours défait. En étant au dernier étage avant le grenier, le plus jeune garçon de la fratrie bénéficiait d'une vue imprenable sur les plaines qui entouraient la maison.

Les deux adolescents se mirent en pyjama, et Harry s'installa sur le matelas déposé au sol. Il finissait un bâillement magistral lorsque Ron se décida à lui poser une question d'un air embarrassé.

- Dis Harry... ça ne t'inquiète pas que ton parrain soit aidé par la mère de Malfoy ?

Le roux était allongé sur son lit et le regardait du coin de l'oeil. Harry se tourna complètement, ahuri par la question, et répondit sans réfléchir.

- Pourquoi ça devrait m'inquiéter ?

- Harry, les Malfoy sont sournois et dangereux, ils étaient du côté de Tu-Sais-Qui pendant la guerre ! Si ton parrain s'associe avec eux, il risque de changer de camp et de te livrer à eux, fit-il en chuchotant.

L'air dubitatif de Harry dut être particulièrement lisible sur son visage, car Ron se mit à rougir e marmonner une série d'explications et de justifications incompréhensibles. Lorsqu'Harry reprit la parole, son ton véhiculait une incrédulité marquée.

- Tu penses vraiment que Sirius, qui a réussi à rester sain d'esprit après douze ans à Azkaban, va se faire retourner le cerveau par Narcissa Malfoy dans les deux mois que ça a pris pour organiser son procès ?

Le second Griffondor ouvrit la bouche pour répondre, s'interrompit, grimaça, puis finit par rire d'un air gêné.

- Présenté comme ça, admit-il à contrecoeur. Mais je maintiens qu'on ne peut pas faire confiance aux Malfoy.

- Je crois que j'avais compris, ironisa Harry. Ça ne fait jamais que trois ans que tu le répètes.

- Parce que c'est vrai !

Le Golden Boy leva les yeux au ciel, mais ne répondit pas et se remit sur le dos. Si seulement son auto-proclamé meilleur ami avait la moindre idée d'à quel point les Malfoy étaient éloignés de la vision étriquée qu'il en avait... Il caressa un instant l'idée d'essayer de montrer au roux les bons côtés de son rival, mais se ravisa. Ron tomberait probablement dans les pommes s'il l'entendait évoquer les qualités de Draco, et le Prince de Glace l'écorcherait vif s'il apprenait qu'Harry l'avait appelé par son prénom devant Ron.

À la place, le Griffondor s'étira longuement et remonta la couverture jusqu'à ce que celle-ci lui arrive à la moitié du torse. Après un dernier bâillement, il souhaita une bonne nuit à son ami, et s'endormit en quelques minutes.

-o-oOo-o-

Neville arriva dès le lendemain matin par la cheminée, et Bill se chargea d'aller chercher Hermione chez ses parents. Le sorcier riait toujours en revenant, très amusé par la tête que les moldus avaient fait en le voyant. Apparemment, Hermione avait dû parlementer un long moment pour convaincre ses parents que l'homme aux cheveux longs qui voulait repartir par leur cheminée était parfaitement sain d'esprit. Même en ayant connaissance de l'existence de la Magie, les deux dentistes avaient eu du mal à appréhender ce moyen de transport improbable.

La majeure partie de la matinée fut occupée par les anecdotes de vacances des uns et des autres, et par l'excitation montante à l'idée d'assister à la finale de la Coupe du Monde. L'élimination de l'Angleterre par la Transylvanie – qui avait plus tenu du massacre en règle que de la défaite – avait fait grimacer tous les sorciers du pays organisateur, mais la raclée que leur avait infligée la Bulgarie en demi-finale avait heureusement remonté le moral des britanniques. La seconde demi-finale avait lieu ce vendredi, et opposait le Pérou à l'Irlande. Les pronostics allaient bon train concernant ce match, mais la plupart des bookmakers donnaient l'Irlande gagnante.

La question de la disposition des chambres et des couchages donna lieu à une bonne heure de parlementations, jusqu'à ce que Bill revienne de sa course à Ste Chaspoule et suggère que Neville prenne le lit de Charlie en l'absence de ce dernier. Le second des enfants Weasley était retenu en Roumanie par son travail, et ne serait vraisemblablement pas de passage à la maison familiale avant le Noël suivant. La suggestion régla la question, et Neville remercia profusément Bill de son aide.

En tant que seule autre fille présente, Hermione avait été immédiatement placée avec Ginny, et avait eu assez de tact pour ne faire aucun commentaire sur son poster de la capitaine des Harpies de Holyhead. En revanche, elle avait été curieuse d'en savoir plus sur le groupe des Bizarr'Sisters, et la benjamine s'était fait un plaisir de faire découvrir la musique en vogue dans le monde magique à une amie de son frère. Hermione en était ressortie perplexe, mais avait diplomatiquement admis que leurs chansons étaient intéressantes. Elle avait toutefois, un peu plus tard dans l'après-midi, confié à Harry avoir eu du mal à discerner l'intérêt d'inclure des vers faisant rimer "troll" avec "rock'n roll".

Le garçon à la cicatrice en avait eu un fou rire qui avait duré une bonne dizaine de minutes.

Le diner fut sensiblement plus animé que la veille, puisque la conversation mêla résultats sportifs, innocence de Sirius, organisation du départ le lendemain et tentative de George et Fred de lancer une bataille de nourriture. Même sans être autorisés à faire de la magie en dehors de Poudlard, les jumeaux avaient mis au point plusieurs prototypes de farces en tout genre, et se faisaient un plaisir de les tester sur leur famille.

La tête de Ron et Percy quand ils s'étaient fait attaquer par des courgettes volantes était d'ailleurs devenue un des plus chers souvenirs de Bill.

Le conjureur de sorts était heureux de retrouver sa famille presque au complet pour les vacances, à l'exception de Charlie. Son frère avait toutefois tendance à faire passer son métier avant tout le reste, et annulait régulièrement ses visites au domicile familial à cause d'une urgence survenue en dernière minute. Protéger un sanctuaire de dragons n'était pas une sinécure, mais Charlie était plus épanoui que jamais et avait des étoiles dans les yeux dès qu'il parlait de son travail. Du point de vue de Bill, c'était de loin le plus important, quoi qu'en dise sa mère. Lui-même appréciait son indépendance à sa juste valeur, après tout, et ne retournait que périodiquement au Terrier.

La rencontre des amis de ses plus jeunes frères s'était avérée être une expérience plus agréable qu'il ne l'aurait crue. Les retours de Ron et des jumeaux lui avaient donné deux images très différentes de Harry Potter, et Bill avait été assez curieux à l'idée d'enfin le croiser en personne. Du peu qu'il en avait vu jusqu'à présent, Harry était un adolescent sympathique et plutôt facile à vivre, malgré un fort caractère qui ressortait lorsque certains sujets étaient abordés. Son attitude lorsque son parrain était évoqué en constituait un parfait exemple, et la flamme de volonté pure qui brûlait dans ses yeux dans ces moment-là avait impressionné le conjureur.

Le calme de Neville et les connaissances d'Hermione avaient également laissé une bonne impression à l'ainé de la fratrie Weasley. Ils présentaient tous deux des qualités dont son plus jeune frère pourrait sans nul doute bénéficier, et s'étaient avérés être de bonne compagnie pendant la journée.

En allant dormir, Bill se fit la remarque que ce qui l'avait le plus marqué parmi les trois jeunes Griffondors était l'énorme potentiel qu'il pressentait en chacun d'eux. Son instinct le trompait rarement sur ce point, et il était curieux de découvrir la façon dont ils évolueraient dans les années à venir.