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Le lendemain fut des plus incommodes pour Stiles. Si Derek, après avoir crié sa rage à toute la salle, avait viré chaque étudiant, et également permis Scott et sa bande de partir… Ce matin il en était tout autrement.

Dès l'aurore, il s'était pointé chez Stiles, son coutumier air mécontent crispant son visage. Derek avait longuement hésité à sonner mais avait finalement opté pour une entrée en matière un peu moins formelle, la fenêtre.

Il avait déjà été dans la chambre de Stiles, une fois, mais ça c'était quand le jeune homme ne représentait pas encore ce qu'il représentait pour lui aujourd'hui. Ainsi lorsque Derek posa le pied dans la chambre de Stiles, il ressentit comme une certaine petite émotion. Son regard fit rapidement le tour de la pièce avant de se fixer subitement sur une masse endormie.

Un petit sourire étira ses lèvres à la vue de Stiles, avachi sur son lit, la couette défaite et la tête en arrière. Sa bouche était légèrement ouverte et Derek se força à détourner les yeux pour calmer son trouble. Il retourna près de la fenêtre pour inspirer une bonne bouffée d'air frais. C'était déjà mieux. Comment ce morveux parvenait-il à l'exciter aussi rapidement et sans même faire le moindre geste…

Allez, tu es un loup-garou bon sang ! Songea-t-il, ce n'est pas le moment de se laisser intimider ! Il s'avança fermement vers le lit et releva la couette rapidement, espérant que ça le réveillerait de suite. Mais c'était la plus mauvaise idée qu'il n'ait jamais eue… Non seulement Stiles ne sortit en aucun cas de sa léthargie, mais en plus il poussa un petit gémissement de satisfaction tout en se retournant un peu dans son lit. Et, plus encore, maintenant que le dormeur était découvert, Derek ne pu empêcher ses yeux de parcourir le corps de Stiles. Il sentait ses pommettes rougir au fur et à mesure qu'il atteignait la zone fatidique. Prit d'une soudaine effervescence, il grogna, sortit ses griffes et serra ses poings pour retrouver le contrôle.

Pourquoi fallait-il que Stiles ne dorme avec rien d'autre qu'un caleçon ? Mais sa petite conscience lui répondit de suite, parce qu'il est seul dans sa chambre et qu'il n'avait sans doute pas prévu qu'un loup-garou en chaleur ne vienne admirer son anatomie en profondeur… Profondeur ?

Un grondement rauque s'échappa à nouveau de sa gorge et il se frappa à nouveau le visage avant de regarder Stiles. Cette fois, c'était la bonne, il allait tout simplement lui attraper les épaules, le secouer fermement et aucun doute qu'il se réveillerait immédiatement. Cependant, il eut la surprise de constater que c'était déjà le cas. Une paire d'yeux marron le fixait avec perplexité.

Stiles étouffa un bâillement avant de marmonner.

« Pourquoi est-ce que je rêve que tu es dans ma chambre ? »

Derek ne s'attendait pas à ça. Il réfléchit quelques secondes et répondit narquoisement :

« Je ne sais pas… À toi de me dire. »

« D'accord, c'est un cauchemars… Mais je te préviens, cette fois tu ne m'obligeras pas à danser un tango avec toi… » Sur ce, il referma les yeux et repartit dans ses songes.

Un tango ? Se demanda Derek avec incrédulité. Il n'a quand même pas l'habitude de l'imaginer danser avec lui. Pourtant, il sourit à l'idée de leur corps se serrant l'un contre l'autre avec sensualité. Oui, ce serait une bonne idée.

Il retrouva son idée principale et agrippa le bras de Stiles pour le secouer vigoureusement.

« Hé ! S'exclama Stiles, en se redressant finalement. Qu'est-ce que tu fous là ? »

Ah enfin je le retrouve, se rassura Derek. Mais il n'arrivait pas à parler. Quelque chose lui bloquait la gorge, il était pétrifié. Allez, réagit Derek ! Se cria-t-il intérieurement.

« Je suis la pour danser un tango, » dit-il sérieusement, avant de réaliser ce qu'il venait de dire. Décidemment, cette idée l'avait chamboulé bien plus qu'il ne le pensait.

Stiles écarquilla les yeux.

« Tu plaisantes, hein ? »

« Évidemment que je plaisante, » lâcha Derek, en le fusillant du regard.

C'est à cet instant que la porte de la chambre s'ouvrit brusquement, laissant apparaître le Shérif Stilinski dans l'embrasure de la porte. Une tasse de café dans une main et une pile de dossier sous le bras, il était déjà en tenue de travail et s'apprêtait à partir.

Lorsque le père de Stiles remarqua la présence du loup-garou, sa bouche s'ouvrit en grand et se referma, puis se rouvrit et se referma à quelques reprises. Il finit tout de même par inspirer un grand coup et prit un air qu'il espérait naturel.

« Derek ? Je… Ne savais pas que tu avais passé la nuit ici… » S'étonna le Shérif, d'une voix calme mais qui trahissait un certain embarras.

« Je… Non pas du tout… » Commença Derek.

« Ce n'est pas du tout ça ! » S'était exclamé Stiles en même temps. À vrai dire, il n'avait lui-même pas encore tout à fait compris ce que le loup-garou faisait dans sa chambre.

Mais le Shérif les avait coupé brusquement.

« Je ne veux pas savoir. C'était juste pour voir si tu étais réveillé et pour te prévenir que je partais et que je rentrerais sûrement tard… Il semblerait que Caitlin ait disparu la nuit dernière… »

Sur ce, il fuit rapidement la pièce, refermant violemment la porte. Stiles, à présent parfaitement éveillé, se déchaina alors sur Derek.

« C'est quoi ton problème ? Tu voulais m'assassiner pendant la nuit ? Je t'ai dit que c'était les jumeaux ! »

« T'assassiner ? Répéta Derek, en levant les yeux au ciel, absolument pas. »

Stiles haussa les sourcils.

« Ah bon ? C'est pourquoi alors ? »

Derek soupira avant de clamer :

« Tu crois sincèrement que si je suis ici c'est forcément dans le but de te tuer ? Honnêtement, ce serait fait depuis longtemps si je le voulais… »

Stiles réfléchit un instant avant de se raviser.

« Non, bien sûr, tu pourrais aussi être là pour… Pour… Me décapiter, me massacrer, m'étrangler… »

« Je crois que j'ai compris, c'est bon, coupa Derek, mais ça revient à tuer ça non ? »

« Ah ? Alors, autant pour moi, je pense effectivement que tu ne viens ici que pour me tuer, » dit-il avec un air savant.

« En fait je suis là pour que tu viennes nettoyer la salle de fête où vous avez squatté hier soir. »

« QUOI ? S'étrangla Stiles, c'est hors de question ! »

Derek le regarda avec un regard mauvais.

« Vraiment ? »

Stiles déglutit et répéta avec une petite hésitation :

« Vraiment…? »

« C'est une question, ou…? » Se moqua Derek.

Stiles se renfrogna. Pourquoi Derek parvenait toujours à lui faire perdre la face comme ça ? Avec Scott ou Isaac, c'était sans problème qu'il les envoyait paître. Mais Derek… Eh bien, c'était Derek !

« Pourquoi tu ne prends pas Ethan et Aidan ? En plus avec vos supers facultés, ça irait beaucoup plus vite, » protesta-t-il.

« J'avais pas vraiment envie de devoir les chercher à travers toute la ville, rétorqua Derek, toi je savais que je n'aurais aucun mal à te trouver. »

Enfin, ça c'était l'excuse qu'il lui donna, parce que l'esprit de Derek lui soufflait surtout que quitte à devoir se trouver avec un mec à nettoyer sa maison, autant que ce soir quelqu'un d'intéressant pour le motiver ! Stiles le regarda avec énervement et leva les mains pour contester, mais il se radoucit au dernier moment.

« Évidemment… Mais pourquoi pas Scott alors ? » Demanda-t-il soudainement avec suspicion.

« Bon, tu vas arrêter de poser des questions ? »

« Ou même Isaac ? » Demanda encore Stiles, sans même écouter Derek. « Ou Alli… »

Le loup-garou plaqua sa main sur sa bouche pour le faire taire.

« Scott est avec Kira et Isaac est avec Allison. »

« Ah. »

En vérité, Derek n'en avait aucune idée, mais une fois encore, Stiles n'était pas obligée de connaître les détails.

« Donc nous sommes tous les deux ? » Demanda Stiles, innocemment.

Derek avala de travers et se mit à tousser, quelque peu troublé.

« Apparemment. »

« Ok. »

La conversation semblait prendre une drôle de tournure. Derek baissa les yeux et remarqua à nouveau à quel point Stiles était nu devant lui. Stiles suivit son regard et ouvrit gros les yeux de gêne. Il passa sa main dans ses cheveux, légèrement embarrassé de sa posture.

« Je vais m'habiller alors, peut être, » suggéra nonchalamment Stiles.

Le cœur de Derek commença à tambouriner intensément dans sa poitrine, tandis qu'il sentait des rougeurs apparaître sur ses joues. Il se retourna pour les dissimuler, en tentant d'avoir l'air le plus normal possible.

« Et tu as intérêt à te dépêcher, » grogna Derek, en s'approchant de la fenêtre, et il ajouta mentalement pour lui même, si tu ne veux pas que je t'arrache le caleçon à coup de dent dans les prochaines secondes.

Stiles l'ayant empêché de ressortir par la fenêtre, pour ne pas alerter tous les voisins, comme il avait dit, Derek eut le privilège, même s'il ne l'avouerait certainement pas, de voir quelques recoins encore inexplorés de la maison. Il du prendre sur lui pour s'empêcher de s'attarder trop longtemps sur les photos qui trainaient pas ci par là ou pour embarquer un vêtement sentant fort le Stiles au passage.

Ils sortirent de la maison et montèrent dans la grosse voiture de Derek.

« Au fait, c'était quoi cette histoire de tango ? » Demanda Stiles, d'une voix incertaine.

Ça lui avait inévitablement rappelé un rêve qu'il avait fait il y a quelques jours. Un fameux dans lequel Derek et lui partageaient une danse endiablée. Si Derek apprenait qu'il fantasmait sur son corps, il risquait de le tourmenter encore plus qu'actuellement. Sa vie deviendrait probablement un calvaire !

La réponse ne venait pas. Derek s'était tourné vers lui et avait plongé ses yeux verts dans ceux de Stiles et semblait comme figé.

« Je n'en ai… Aucune idée, » répondit-il finalement, avec douceur.

Stiles avala difficilement sa salive. Il sentait son regard osciller, mais il ne voulait pas être le premier à lâcher prise. Aucun des deux ne le voulaient visiblement.

« Je… » Commença Derek. Mais il s'interrompit de suite et regarda droit devant lui. Il attrapa le volant et mit le contact.

Stiles, quant à lui, savourait sa victoire. Il ne comprenait pas pourquoi Derek avait soudainement parut si faible, presque doux. C'était comme s'il avait été intimidé, comme si soutenir son regard avait pu le troubler… Il regarda par la fenêtre et sourit largement. Derek Hale. Pourquoi étais-tu si fascinant ? Si énervant et déconcertant à la fois ?

Stiles alluma la radio. Et Derek, dans la seconde qui suivit, l'éteignit aussitôt. Stiles soupira mais la ralluma. Alors Derek se tourna vers lui, contrarié. Il avait retrouvé son expression d'être exécrable et susceptible. Ses yeux lançaient des éclairs et étaient parsemés d'éclats bleutés. Il avait détesté se sentir aussi frêle lorsque leurs regards s'étaient accrochés et il s'en voulait pour cette perte totale de contrôle.

« Ça t'amuse tellement de m'agacer comme ça ? » S'exclama-t-il avec teigne.

Stiles était fier de lui, bien trop content de réussir à le mettre en rogne aussi facilement.

« Oui, » répondit-il simplement.

Derek grogna et éteignit la musique. Stiles le regarda en soupirant et éclata de rire. Puis il avança à nouveau sa main pour la rallumer, mais Derek avança également la sienne pour l'en empêcher. Elles ne firent que se frôler qu'une émanation électrique les traversa. Ils frissonnèrent tous deux et Derek repose rapidement ses mains sur le volant, se concentrant sur la route.

Stiles, quant à lui, était encore un peu abasourdi. Il s'était comme sentit exploser en un million d'électron lors de leur contact. Puis une sensation de vide l'avait traversé lorsque leur jonction fut rompue. Il ne disait mot. Il méditait. Pourquoi Derek semblait aussi gêné que lui ? Se pouvait-il que… Lui aussi… Non ! Stiles secoua la tête et chassa ses pensées de son esprit.

« Tu… Peux remettre la musique, si tu veux, » dit Derek.

Prononcer rien que cette phrase lui avait semblé être un effort insurmontable. Mais il avait plutôt bien fait. Stiles retrouva immédiatement son sourire malicieux et appuya à nouveau sur le bouton de la radio.

« Je savais bien que tu aimais le groupe Augustana, » ricana Stiles, en commençant à fredonner au rythme des paroles.

Derek rigola intérieurement. Si ça pouvait rendre Stiles heureux, il pourrait certainement être capable de feindre d'effectivement apprécier ce groupe…

Lorsqu'ils arrivèrent à la demeure de Derek, ils semblaient tous deux d'humeur assez positive en dépit de la matinée plus qu'éreintante qui s'annonçait.

C'était probablement dû à cette même image qui se formait inlassablement dans leur esprit. Celle de deux corps se frottant lascivement l'un contre l'autre sur un tango frénétique et infernal.

C'est donc sur cette pensée, que pendant toute la matinée, ils trouvèrent tous deux le courage de faire le nettoyage sans protester une seule fois. Ou presque.

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