Avant dernier chapitre!
5. Ils devraient juste s'y faire
Il observait Shouyo jouer un accord, hypnotisé. Il ne savait pas combien de fois celui-ci lui avait demandé s'il souhaitait qu'il lui enseigne le shamisen. Sa réponse était toujours la même. L'homme ne s'en préoccupait pas, conservait son doux sourire. Il lui dit, au bout d'un moment :
« J'ai cru comprendre que tu t'entendais bien avec Gintoki. »
Ses épaules se hérissèrent, et il rejeta immédiatement cette idée, détournant la tête en rougissant. La pensée des yeux rouges lui faisait souvent cela, ces temps-ci.
« Il se moque de ta taille, mais il ne te veut aucun mal. Il a simplement des difficultés à se lier aux autres, et ainsi à communiquer. »
Shinsuke déglutit, et laissa son regard planer en dehors de la salle de classe, observant le soleil couchant. Il vit l'ombre d'un papillon de nuit passer, attiré par le reflet d'une chandelle sur l'étang.
« Pourquoi est-il différent? »
Shouyo lâcha son instrument, et posa sa grande main chaude sur sa tête.
« Tout le monde est différent, Takasugi. C'est ce qui fait de nous des hommes. »
La réponse ne lui plut pas vraiment, et le professeur le comprit avec un léger rire.
« Il n'a jamais été aimé. Je l'ai amené ici en espérant qu'il connaisse ce sentiment, de préférence sous ses différentes formes. »
Cela surprit le brun, qui sortit de sa bouderie pour réfléchir. Il se demanda quelles formes pouvait avoir l'amour. Celle d'un père et d'une mère? Celle d'un ami? Celle d'un frère? Celle d'une femme? Et il se dit que si Shouyo était son père, et que Katsura était son ami... qu'était exactement Gintoki?
« Je crois qu'il aimerait que tu sois quelqu'un qui l'aime.
– Moi?
– Oui. Alors la prochaine fois qu'il dit que tu es petit, dis-lui que ses cheveux sont étranges. »
Il fit la moue.
« Mais ça va l'énerver.
– Oui. Mais je crois que la colère est une forme d'amour, si on y regarde bien. Tu n'es pas d'accord? »
Takasugi se renfrogna. Shouyo reprit sa musique, et le brun vit l'ombre envahir la propriété. Le papillon vint se poser doucement sur son épaule.
.
Le sabre refléta ses blessures. Il était rouge. Et quand il releva les yeux, il sourit.
Gintoki l'observait, un katana en fer à la main. Il haletait, et se tenait le flanc, qui rougissait. La lame s'approcha de son cœur, et Takasugi se sentit pour de bon rire. Sans savoir pourquoi.
Il avait échoué. Il était censé tout détruire, se venger du monde, celui qui lui avait prit Shouyo, qui lui avait prit sa vie, son adolescence, ses larmes, son ami, et qui avait fait de l'homme qu'il aimait son ennemi. Le monde qui avait osé frapper Gintoki et l'appeler un monstre. Le monde qui était gouverné par des personnes milles fois plus hideuses que ce qu'elles osaient appeler l'homme qu'il aurait tant voulu voir sourire, à ses côtés; mais qui à la place l'avait conduit à le tuer, aujourd'hui.
« C'est bon. Tu y es vraiment arrivé, hein. »
Gintoki ne répondit pas, son regard voilé. Il ne montrait rien.
« Tu vas enfin déguerpir... souffla-t-il en observant l'enfant, debout près de ses pieds, qui conservait un sabre de presque sa taille contre sa poitrine.
– Je comprends que dalle à ce que tu dis. »
Puis le Yorozuya enfonça la lame. Les paupières de Takasugi papillonnèrent, il vomit du sang. Ses yeux ne lâchèrent pas ceux du samouraï. Il se sentit heureux.
« Je crois que je te détestais vraiment... »
L'homme en kimono blanc baissa la tête.
« Ouais... moi aussi. »
Shinsuke leva la main. Mais elle tomba avant de pouvoir venir faire glisser ses doigts sur le visage de son assassin.
