31 octobre 1998
Ginny remit une mèche de ses cheveux roux en place. Ils étaient parfaitement lisses et descendaient jusqu'à sa poitrine. Elle portait une robe bleu nuit qui lui allait à ravir.
Elle se regarda une dernière fois dans le miroir qui lui faisait face, soupira et prit la direction de la Grande Salle où se déroulait le bal d'Halloween.
Voilà des jours qu'Hermione l'évitait et elle avait de plus en plus de mal à le supporter. Cela se ressentait dans ses crimes, plus la brunette s'éloignait d'elle et plus elle faisait preuve de cruauté envers ses victimes.
-Tu es magnifique, lui dit Neville en lui tendant un verre de bière-au-beurre lorsqu'elle le rejoignit dans la Grande Salle où se déroulait le bal.
-Merci, toi aussi tu es très élégant, répondit-elle.
Elle remarqua alors que son camarade de maison et Luna se tenaient discrètement la main et esquissa un sourire. Depuis le temps qu'ils se tournaient autour, elle était contente de voir qu'ils s'étaient enfin décidés à être ensemble. Elle porta son verre à ses lèvres, sentant la déception l'envahir. Elle aurait tellement aimé qu'Hermione soit là, elle aurait tellement aimé pouvoir tenir sa main avec tendresse, comme le faisaient ses deux amis.
Elle soupira et prit le temps d'observer la Grande Salle. Les décors étaient merveilleux. Les tables avaient toutes disparu -à part une qui faisait office de buffet- pour optimiser la place pour danser. Néanmoins, les couleurs des quatre maisons éclairaient la pièce et on pouvait apercevoir ci et là des citrouilles qui riaient sadiquement. Les fantômes voletaient dans les airs joyeusement, à part Peeves qui s'amusait à bombarder de craies certains élèves. Tout le monde s'était fait élégant, les hommes portaient des costumes « moldus » ou des robes de sorciers luxueuses, les femmes revêtaient des robes dignes de princesses de contes de fées. Les couples commençaient à se déhancher timidement au rythme de la musique et, au fur à mesure, d'autres allaient les rejoindre.
Du coin de l'œil, Ginny aperçu Hanna, la jeune Serdaigle avec qui elle avait eu des rapports sexuels quelques jours plus tôt, qui la regardait de travers. Elle ne s'en formalisa pas et l'ignora superbement.
Les heures défilaient, la soirée se déroula sans encombre. Elle buvait, dansait, riait, tentant d'oublier l'absence de celle qu'elle aimait même si elle n'arrivait pas à la sortir de sa tête.
Vers minuit, elle sentit de légers spasmes parcourir son corps. Elle savait ce que cela signifiait. Elle profita d'un instant où Neville et Luna s'embrassaient pour s'éclipser discrètement. Elle se rendit avec précipitation dans sa chambre, prête à laisser place à son « moi » maléfique.
Mentalement, elle remercia Rogue tandis qu'elle se changeait rapidement pour mettre des vêtements plus « confortables ». Ce dernier lui avait concocté une nouvelle potion contenant une quantité minime de Sable du Bonheur qu'elle avait bu juste avant le bal. Malheureusement, ils n'avaient pas pu utiliser assez de sable magique pour anéantir ses pulsions meurtrières, le professeur de potions préférant garder le reste du flacon en cas d'urgence, mais cela suffisait pour les calmer un peu. Ainsi, elle avait sentit que le virus prenait le dessus avant même d'avoir perdu le contrôle durant le bal et le temps où elle serait l'Ange était réduit.
Elle avait moins d'une heure avant de redevenir elle-même. A toute vitesse, elle se rendit dans le laboratoire de sa victime.
Elle se trouva face à un homme d'une trentaine d'années, blond, les cheveux mi-longs relevés en une queue de cheval. Il sursauta en la voyant et pointa sa baguette sur elle.
-Qui êtes-vous, par Merlin ? Hurla-t-il de sa voix grave.
Elle roula des yeux d'un air exaspéré. Ne parlait-on pas assez d'elle dans les journaux pour qu'elle n'ait plus besoin de se présenter ?
-Je n'ai pas le temps de bavarder alors je vais faire court, répondit-elle. Je suis celle que les médias surnomment l'Ange des Ténèbres, j'ai été mordue par l'une des créatures de Voldemort génétiquement modifiées par certains scientifiques et, pour une raison que nous ignorons, j'ai en partie été contaminée. Je suis ici pour vous tuer parce que vous êtes l'un des scientifiques qui a permit à ces monstruosités d'exister et vous ne pourrez rien y faire parce que par votre faute je suis un être sanguinaire, irraisonnable et qui se délecte de voir des gens comme vous souffrir. Des questions ? Non ? Bien, alors je vais me dépêcher de mettre fin à vos jours, je suis pressée.
Avant même que l'homme ait le temps de répondre, elle pointa sa main, grande ouverte, vers lui et referma son poing avec lenteur. Le scientifique hurla tandis que sa poitrine se levait douloureusement au rythme des battements de son cœur. Ginny le regardait d'un air dénué d'expression. Elle ferma complètement le poing et la cage thoracique de l'homme explosa.
-Même pas le temps de s'amuser, marmonna-t-elle en soupirant d'un air déçu.
Elle entendit soudain des bruits de pas derrière elle et fit volte-face. Trois hommes, eux aussi scientifiques, se tenaient face à elle. Ils affichèrent une mine horrifiée en voyant le cadavre de leur collègue et, après avoir échangé un regard, sortirent en chœur leurs baguettes pour les pointer sur elle.
-C'est celle dont parlent les journaux ! S'exclama l'un des hommes.
-Tu es cernée, rends-toi ! Lui ordonna un autre.
Sans attendre, elle ouvrit sa main et la pointa en direction de l'un d'eux qui fit un vol plané pour s'échouer contre le mur, s'écroulant avec un gémissement de douleur et de bruit d'os brisés. Un autre lui lança un stupéfix qu'elle balaya d'un coup de poignet. Elle ouvrit ses deux mains, paume vers le ciel, et l'homme fut soulevé à un mètre de hauteur. Elle ferma les poings et ses organes explosèrent. Il retomba en un bruit sourd, son sang se rependant sur le sol du laboratoire. Le troisième la regarda, apeuré, et tenta de s'enfuir à reculons. Il trébucha sur une chaise et la fixa d'un air suppliant. Avant même qu'il ne puisse ouvrir la bouche, elle claqua des doigts et sa gorge se trancha. Elle s'approcha de celui qu'elle avait balancé contre le mur et qui était toujours en vie. Il se tenait les côtes et avait le souffle court à cause de la douleur. Elle mit sa main autour de son cou et lui brisa la nuque avec force et rapidité.
Elle se releva et épousseta ses vêtements d'un air contrarié. Elle sentit une pointe de culpabilité la gagner. Tuer des innocents ne lui avait procuré aucun plaisir mais ils avaient vu son visage, elle était obligée de les réduire au silence. C'était de sa faute après tout. Prise par le temps, elle n'avait pas vérifié si le laboratoire était vide.
Il était temps pour elle de partir. Elle se mit à courir avec une rapidité déconcertante et, en moins d'une minute, se trouva devant l'entrée de l'école. Tapie dans l'obscurité, elle observa les alentours pour vérifier qu'il n'y avait personne, contra les sorts de protections pour empêcher quiconque d'entrer ou de sortir sans autorisation et escalada les grilles. Discrètement, elle se rendit dans ses appartements. Elle s'assit sur le lit, le temps de reprendre ses esprits. Une fois redevenue elle-même, elle enfila à nouveau sa robe de bal et remit de l'ordre dans sa coiffure. Il était minuit quarante-deux, elle avait été rapide grâce à la potion, avec un peu de chance personne n'aurait remarqué son absence.
-Où étais-tu ?! Lui demanda Neville en criant pour couvrir la musique qui résonnait dans la salle lorsqu'il la vit.
-J'étais dans mes appartements, j'avais besoin de m'isoler. J'ai eu un petit coup de blues par rapport à Hermione, mentit-elle.
Ses amis ne mirent pas sa parole en doute. La soirée reprit son cours et elle s'amusa un peu, le poids de son fardeau s'étant allégé.
Hermione soupira de soulagement. Elle s'était postée dans un coin du Hall menant à la Grande Salle et observait le bal qui se déroulait sous ses yeux, tentant de se faire la plus discrète possible, ce qui n'était pas difficile étant donné le nombre d'élèves qui participaient à la fête et qui, sans le savoir, la cachaient.
Lorsque Ginny avait disparu pendant près d'une heure, elle avait ressenti un pincement au cœur. Et si la rouquine était allée finir la nuit avec quelqu'un d'autre ?
Elle savait qu'elle n'avait pas le droit d'être jalouse, ayant elle-même refusé d'accompagner son amie à la fête. Et pourtant, elle ne pouvait s'en empêcher…
Elle avait tellement envie d'aller rejoindre ses amis, surtout Ginny, mais elle ne pouvait s'y résoudre. Elle se sentait prise entre deux feux, enchaînée entre ce qu'elle ressentait pour sa cadette et ce qu'elle avait découvert sur l'Ange des Ténèbres. La rouquine la prendrait pour une folle si elle lui avouait qu'elle pensait qu'une des membres de l'Ordre du Phoenix pouvait être derrière ces crimes, peut-être même se sentirait-elle trahie d'apprendre que sa meilleure amie soupçonnait ses amies et sa famille…
Hermione inspira. Elle ne pouvait pas éviter Ginny indéfiniment, cela les faisait souffrir toutes les deux. Et ses recherches avaient beau être importantes, elles ne l'étaient pas autant à ses yeux que sa cadette. Elle prit sur elle et décida qu'une fois n'était pas coutume, elle allait arrêter d'être raisonnable et qu'elle agirait comme son cœur le lui dictait.
Après s'être déhanchée sur plusieurs chansons, Ginny se rendit jusqu'au buffet pour reprendre des forces. Une fille de Poufsouffle, plutôt mignonne, l'invita à danser. Au moment où elle allait accepter, elle sentit une main se poser sur son bras et vit avec stupéfaction Hermione s'interposer entre elle et sa prétendante.
-Désolée, mais elle est déjà avec moi !
-Ah, euh, ok, répondit la Poufsouffle avant de repartir d'un air déçu.
La rousse, bouche bée, fixa son amie d'un air interrogateur. Celle-ci ne dit rien, la prit par le bras et l'entraîna sur la piste de danse.
-Hermione… Finit par murmurer Ginny au bout de quelques instants.
-Pas maintenant, se contenta de répondre la brunette en posant délicatement son index sur les lèvres de la cadette, coupant court à toute conversation.
Elles se collèrent l'une contre l'autre et se déhanchèrent doucement. Hermione posa sa tête sur l'épaule de Ginny. Cette dernière aperçut du coin de l'œil Neville qui lui adressait un pouce levé et Luna qui les regardait de son éternel air rêveur en souriant. Si la rouquine avait tourné la tête, elle aurait vu qu'Hanna l'observait avec attention mais à la place elle ferma les yeux, se délectant du moment qu'elle passait avec son amie après avoir été en froid durant plusieurs jours.
Hermione s'écarta soudainement, la sortant de ses pensées. Elle lui prit la main et l'entraîna hors de la Grande Salle. Elles s'arrêtèrent dans un couloir désert. Après un long silence, la brunette la prit par la taille et la serra doucement contre elle. Elles se séparèrent et la rousse prit un instant pour observer sa camarade. Elle portait une splendide robe bordeaux et ses cheveux étaient relevés en un chignon. Elle était entrain de se dire combien Hermione était magnifique lorsque cette dernière reprit la parole.
-Je m'en veux tellement de t'avoir mise de côté ces derniers temps, chuchota-t-elle avec émotion. Tu m'as manqué.
-Toi aussi 'Mione. Tu ne peux pas t'imaginer à quel point ces derniers jours ont été difficiles pour moi, répondit Ginny en resserrant leur étreinte.
-Je suis désolée, j'avais besoin de prendre du recul par rapport à certaines choses, expliqua Hermione d'une voix tremblante. Mais je suis là maintenant. Je ne te laisserai plus jamais tomber.
-Plus jamais, quoiqu'il arrive ? Demanda la rousse avec un pincement au cœur en pensant au jour où sa camarade découvrirait que c'était elle qui commettait tous ces meurtres.
-Quoiqu'il arrive, promit Hermione.
Elle se pencha vers elle et, après un instant d'hésitation, posa timidement ses lèvres sur les siennes. Ginny ne se fit pas prier et répondit au baiser avec joie. Elles finirent par se séparer, haletantes et un sourire aux lèvres.
Elles se rendirent avec hâte jusqu'aux appartements de Ginny. A l'abri des regards, elles s'embrassèrent encore, heureuses de pouvoir enfin laisser leurs sentiments s'exprimer.
1 novembre 1998
Ginny se réveilla en sursaut. Désorientée, elle regarda autour d'elle. Elle n'était plus dans son lit mais était allongée, nue, sur le sol dur et froid d'une forêt. Pourtant, elle se rappelait très bien s'être endormie dans les bras d'Hermione quelques heures plus tôt.
« Où suis-je, par Merlin ? »
Il faisait encore nuit mais le jour n'allait pas tarder à se lever. Elle frissonna, elle était glacée mais n'avait rien pour se couvrir. Elle se redressa avec difficultés et avisa un étang qui se trouvait non loin de là. Elle avait la gorge sèche. Elle fit quelques pas en se tenant aux arbres et se pencha pour boire mais elle sursauta en apercevant son reflet. L'iris de ses yeux était rouge vif. Sous le choc, elle recula et trébucha, s'écorchant le coude. Avec stupéfaction, elle constata que la plaie finit par se refermer d'elle-même au bout de quelques secondes. Le cœur battant à tout rompre, elle se pencha à nouveau au dessus de l'étang et se regarda. Ses yeux étaient redevenus normaux.
« Mais qu'est-ce qu'il m'arrive ? Je deviens folle ! »
Elle se releva alors brusquement et se mit à courir pour pouvoir s'évader de la forêt. Après en être sortie, elle se mit à marcher le long d'une route. Elle aperçut alors une cabane. Elle toqua à la porte en bois, espérant pouvoir trouver de l'aide, mais personne ne lui répondit. Elle poussa la porte qui s'ouvrit en grinçant. Elle cria en apercevant un cadavre qui gisait sur le sol.
Avec hâte, elle prit quelques habits, se couvrit et transplana devant Poudlard. Elle murmura les contre-sorts pour pénétrer dans l'enceinte du château que Rogue lui avait apprit et couru jusqu'au bureau du maître des potions.
Les couloirs étaient déserts, le soleil se levant à peine. Rogue la regarda d'un air perplexe en la voyant débouler comme une furie dans ses quartiers.
-Seve… Severus ! S'exclama-t-elle, haletante. Je ne sais pas ce qu'il m'arrive, je…
-Du calme, Ginny. Assied-toi, reprends ton souffle et explique moi ce qu'il s'est passé.
La rouquine fit ce qu'il lui dit et lui raconta son étrange réveil en pleine nature.
-Tu crois que c'est moi qui ai tué la femme qui se trouvait dans la cabane ? Demanda-t-elle une fois qu'elle eu terminé son récit.
-Je ne sais pas, avoua le directeur de Serpentard. On en saura plus lorsque je me serai infiltré dans ton esprit grâce à légitimencie.
Quelques minutes plus tard, il abaissa sa baguette et la regarda avec stupeur.
-Il n'y a rien, dit-il d'une voix blanche. Rien entre le moment où tu t'es endormie auprès d'Hermione et ton réveil dans la forêt. Rien qui explique comment tu t'es retrouvée dans cette situation…
-Comment ça ?! S'exclama Ginny, outrée. Ce n'est pas possible, les souvenirs ne disparaissent pas tous seuls !
-Tous seuls, non…
-Qu'est-ce que ça signifie ? Que quelqu'un les a effacés de ma mémoire ?
Le maître des potions hocha lentement la tête.
-Ca ne signifie rien de bon, répondit-il.
Hanna marchait d'un pas assuré. Elle traversa les couloirs du manoir abandonné dans lequel elle se trouvait et entra dans une pièce sombre. Malgré l'obscurité, elle arrivait à discerner la silhouette encapuchonnée qui lui tournait le dos.
-Madame, dit-elle en s'inclinant respectueusement bien que son interlocutrice n'avait pas prit la peine de se retourner.
- Que m'apportes-tu, Hanna ? Lui demanda la femme d'une voix glaciale.
-De bonnes nouvelles, répondit la jeune fille, le sourire lèvres. Apparemment notre cobaye s'est rabibochée avec Granger. Il y a fort à penser que ses sentiments ne la rendront que plus vulnérable. De plus, il semble qu'elle n'ait aucun souvenir de ce qu'il s'est produit la nuit dernière.
-Parfait. Je te félicite, Hanna. Tu joues ton rôle à la perfection.
-Merci, Madame.
-Bien, maintenant Weasley va vite se rendre compte que plus elle tentera de contrôler ses pulsions et plus elles prendront le dessus. Elle comprendra bientôt qu'elle n'est que mon pantin, une pièce essentielle de mon plan.
Elle afficha un rictus mauvais, se délectant à la pensée du futur qui s'annonçait.
