III
Foyer
Note de l'auteur : Retour à la maison, sur l'Enterprise. Bonne lecture et merci de vos commentaires!
Nous passâmes la nuit à nous relayer au volant, si bien que nous débarquâmes à San Francisco au petit matin. Nous regardâmes la ville s'éveiller lentement, alors que je ne rêvais que d'un bon lit. Une fois au siège de Starfleet, nous retrouvâmes une bonne partie de l'équipage déjà prêt à embarquer. L'ambiance était survoltée, certains se racontaient leur courte permission, d'autres avaient juste hâte de remonter à bord. Je me laissai volontiers porter par les évènements et jouai des coudes pour rejoindre Bones et Nyota qui nous saluèrent en nous voyant arriver.
« Ça s'est passé comment avec ta mère ? » Me demanda Leonard.
Il était une des rares personnes à connaître ma situation familiale.
« Mieux que je ne l'imaginais. » Répondis-je, vaguement.
« L'autre était là aussi ? »
« Oui. » Soufflai-je.
« Je vois. » Dit-il, simplement. « Et lui, il s'est tenu tranquille ? » M'interrogea-t-il, pour changer de sujet, en s'accroupissant devant la cage du tribble que je tenais en main.
« Et bien, il a goûté aux frites, rencontré une Orionne et profité du paysage. » Résumai-je, en plaisantant.
« Rien que ça ! » S'exclama-t-il, en se relevant. « Tu ne l'as pas laissé s'empiffrer, au moins ? Tu sais ce qui se passera sinon. »
« Ne t'inquiète pas. Je sais m'en occuper. » Lui assurai-je.
« Et toi ? Comment as-tu trouvé l'Iowa ? » Questionna-t-il Spock qui lui fit un récit détaillé de notre périple, sans s'appesantir sur Frank et la manière dont il nous avait accueillis.
Nous discutâmes avec entrain, en montant dans la navette qui devait nous ramener sur le vaisseau nouvellement réparé. Mon meilleur ami et sa copine nous racontèrent leur virée dans la région, en amoureux.
Finalement, accorder ce court répit à mes hommes était une bonne idée. Ils semblaient tous plus motivés que jamais. Chacun retrouva rapidement ses marques et la vie à bord reprit ses droits. Ma présence sur la passerelle n'était requise que pour le départ. Question de tradition. Je pourrai ensuite dormir enfin. Bones m'avait réprimandé à la vue de mon teint cireux, mais il ne m'en voulut pas vraiment d'avoir plus ou moins fui la ferme de nuit, vue les circonstances. J'avais largement le temps de rattraper mon sommeil, avant que nous atteignions l'espace profond et ses dangers potentiels. C'est donc courbaturé et fourbu que j'accompagnai Spock dans ses quartiers, après que nous ayons quitté notre système solaire. À peine la porte refermée sur nous que je me débarrassai de mon uniforme avec contentement et investis la salle de bain. Mon compagnon me rejoignit rapidement, et je pus enfin me détendre sous le jet brûlant et les caresses de ses mains expertes sur mon dos endolori par notre long trajet en voiture. Il me massa longuement, fit rouler ma peau sous ses doigts, dénoua mes muscles.
« Tu sais, j'ai bien réfléchi, et il serait bien plus simple que tu déménages complètement ici. Tu y passes déjà toutes tes nuits. Tes quartiers ne sont plus qu'un placard où tu ranges tes affaires. Cela éviterait des allers-retours inutiles. » Dit-il, soudainement.
« J'y songe depuis un moment, moi aussi. Mais, j'ai peur que nous soyons un peu à l'étroit. J'ai beaucoup de livres, de souvenirs, je ne vois pas vraiment comment je pourrais les faire rentrer sur tes étagères déjà pleines à craquer. Je ne veux pas envahir ton espace. »
« J'ai une idée pour remédier à ce problème de place. Je m'en occuperai dans la journée. Pour le moment, tu dois te reposer. » M'assura-t-il.
« Si ça fonctionne, quoi que tu aies en tête, dès demain j'emménage. » M'enthousiasmai-je, en me séchant d'une serviette, avant de la nouer autour de ma taille.
Je la balançai ensuite sur le dossier d'un fauteuil, avant de me laisser tomber sur le lit, retrouvant avec délice la douceur des draps. Spock s'empara du tissu humide et le mit à sécher. Je l'observai, allongé sur le ventre, alors qu'il rangeait quelques affaires. Il s'imaginait peut-être que je ne remarquais pas son regard s'attarder sur moi, à chaque fois qu'il repassait devant notre couche, mais la serviette dont il s'était entouré, elle, ne cachait pas grand-chose de l'effet que ça lui faisait. Son indifférence feinte me fit sourire, je savais parfaitement qu'il se comportait ainsi parce qu'il voulait me laisser dormir.
« J'ai fait quelque chose de drôle ? » Me demanda-t-il, en interrompant ses gestes face à l'expression de mon visage. « Je croyais que tu étais fatigué. »
« Oui, mais tu as manifestement un petit problème et quoi qu'il arrive, j'aurai toujours assez d'énergie pour le régler. » Répondis-je, taquin.
« Je n'ai pas envie de subir les remontrances d'un certain docteur, parce que tu te seras endormi en plein service. » Contra-t-il.
Et j'avouai que son argument était plutôt solide. Mais, je n'aurais pas été moi-même si, quand il repassa une énième fois devant moi, je n'avais pas agrippé fermement le tissu pour tirer dessus. Je lui lançai mon regard de chiot innocent, quand il se retourna avec un air blasé sur le visage. Puis, il leva les yeux au ciel, avant de ramasser la serviette dans l'intention de s'en recouvrir de nouveau. Mais, je fus plus rapide et l'envoyai valser au loin, avant de le tirer par le bras. Il tomba lourdement sur le matelas et je le plaquai sur le dos, avant de monter sur lui. Il capitula, dès que j'embrassai sa bouche et l'emportai dans un baiser fougueux. Ses mains se posèrent sur mes fesses, me serrèrent contre lui. Ses doigts dérivèrent jusqu'à s'insinuer en moi, doucement. Je me cambrai sur son torse, en ondulant mes hanches. Sa main libre caressa mon cou, mes pectoraux, agaça un téton au passage, puis s'enroula autour de mon érection. Un gémissement m'échappa. Je croisai ses yeux noircis de désir et passai ma langue sur mes lèvres sèches, avant de me soulever légèrement pour m'empaler sur son membre. Je l'accueillis en moi, lentement, en me délectant de l'expression de plaisir qui crispa les traits de son visage. Il se saisit fermement de mes hanches et s'enfonça profondément d'un coup de reins. Je rejetai la tête en arrière, en haletant, puis me mis en mouvement, imposai un rythme mesuré mais intense. Quand mes bras commencèrent à trembler et que la fatigue me rattrapa, il m'enlaça, m'incita à m'allonger sur son torse et m'embrassa tendrement, avant de me relayer, me prenant à une cadence plus dure, jusqu'à ce que je vienne entre nos ventres. Nos gémissements se mêlèrent, quand il me rejoignit en plongeant une dernière fois en moi.
Nous restâmes ainsi de longues minutes. Moi, étendu sur sa poitrine, lui, encore prisonnier de mon corps. Je sentis son cœur cogner contre mes côtes, puis ralentir, à mesure qu'il reprenait son souffle. Ma tête me sembla lourde et mes paupières se fermèrent toutes seules, quand il m'allongea finalement à ses côtés, avant de rabattre le drap sur nous. Je sentis un baiser aérien sur mes lèvres, avant de m'endormir.
…
C'est en début d'après-midi que j'émergeai enfin. Détendu, reposé et quelque peu collant, je déposai un baiser sur les lèvres de Spock qui était déjà habillé et prêt à prendre le service, puis me dirigeai au radar jusqu'à la douche, pour me laver rapidement, avant d'enfiler un uniforme propre.
« Je me suis absenté, pendant que tu dormais, pour vérifier si ma solution à notre problème de place est réalisable. » M'apprit mon compagnon.
« Alors ? »
« Monsieur Scott m'assistera. C'est lui le spécialiste quand il s'agit du vaisseau. Il ne devrait plus tarder. Et Leonard te demande à l'infirmerie. Si j'ai bien compris, sa requête n'a rien de médicale. » Répondit-il.
« Il veut certainement discuter d'un sujet en particulier. Je vais y aller maintenant, du coup. Je te laisse à tes aménagements. » Dis-je, en finissant de me préparer.
Je l'embrassai une dernière fois, avant de quitter la pièce.
…
Je pénétrai dans l'atmosphère aseptisée de l'aile médicale et retrouvai mon meilleur ami à son bureau.
« Tu as bien meilleure mine, à ce que je vois. » Constata-t-il, en me voyant arriver.
« Je suis tombé comme une masse. Spock m'a dit que tu voulais me voir. »
Il hocha simplement la tête.
« Quelque chose te tracasse ? Dis-moi tout. » Ajoutais-je, en prenant place dans le siège en face du sien.
Avant de dire quoi que ce soit, il sortit une bouteille et deux verres. Ce qui présageait une conversation très personnelle. Il nous servit généreusement, avant de peser ses mots.
« Nyota et moi, dans des circonstances qui seraient bien trop longues à expliquer, avons eu une discussion sur le mariage. » M'annonça-t-il, après quelques secondes d'hésitation.
Un sifflement admirateur m'échappa.
« Ça devient sérieux vous deux, ma parole ! » M'exclamai-je.
« Je n'ai pas envie de rire, Jim. Tu connais ma vie avant Starfleet et l'image que j'ai gardée de l'engagement. » Me reprit-il, en buvant une gorgée.
« Mais elle, elle ne serait pas contre l'idée. C'est bien ça le problème ? » Lui demandai-je.
« C'est ce que j'ai cru comprendre, oui. Même si elle m'a assuré qu'on avait le temps et que ce n'était pas grave. »
« Je vais te dire honnêtement ce que je pense. Nyota en vaut dix comme ton ex-femme. Je ne l'ai jamais vu faire preuve de méchanceté. Elle a son caractère, un humour tranchant, mais elle est franche. Je ne suis pas en train de t'inciter à l'épouser demain. Parce que c'est vrai que ce n'est pas la peine de se précipiter. Mais, réfléchis-y vraiment. » Dis-je, très sérieusement, en trempant mes lèvres dans mon verre.
« Je sais que tu as raison, et ce n'est pas quelque chose que je dis souvent te concernant. Mais… »
« Tu as peur. » Complétai-je.
« C'est un euphémisme. »
« Il va falloir surmonter ça. Sinon, tu refuseras pour de mauvaises raisons et tu la perdras. Tu as le droit de ne pas vouloir, parce que ça ne te correspond pas, mais prendre une décision dictée par la peur ne donne jamais rien de bon. »
Il soupira, en vidant son verre d'une traite, avant de le reposer un peu violemment sur la table.
« C'est la première fois depuis longtemps que je me sens aussi bien. Je me suis perdu dans le travail si longtemps, que j'avais oublié ce que c'était d'aimer quelqu'un. J'étais persuadé que ça ne m'arriverait plus. Pas après l'échec cuisant de mon premier mariage. Sans compter Joanna, que je ne vois pas grandir. »
Il se resservit.
« Promets-moi de ne jamais faire d'enfant, dans le seul espoir vain de sauver ta relation. »
« Je te le jure. Même si dans mon cas, ça ne risque pas d'arriver. » Lui affirmai-je.
« On ne sait jamais, avec les Vulcains. » Dit-il, en rigolant.
Je me laissai contaminer par son hilarité et la conversation dériva sur des sujets plus légers.
…
Un peu plus tard, ce jour-là, je repassai par les quartiers de Spock, juste avant de prendre notre service. Je crus, pendant une seconde, m'être trompé de porte, mais la décoration ne laissait aucun doute quant au propriétaire des lieux. C'est donc bouche bée, que j'observai les changements apportés à la pièce, durant mon absence. Je compris mieux l'implication de Scotty dans cette démarche. Une des cloisons du bureau avait été modulée en une suite d'étagères incrustées, prêtes à être remplies. Un des murs de la chambre abritait un meuble de rangement supplémentaire et nous avions un nouveau lit, visiblement plus large. Spock patientait, silencieux, assit sur ce dernier. Il ne montrait absolument rien de son appréhension, mais je la perçus néanmoins à travers notre lien. Elle disparut, à la seconde où je lui souris, plus que touché par l'effort fourni.
« Je n'ai plus le temps avant notre quart, mais dès demain, je ramène toutes mes affaires. » Dis-je, en m'installant sur ses genoux.
Je l'embrassai tendrement, pour le remercier de me laisser la place d'exister un peu plus dans son univers. Ce n'était peut-être pas grand-chose au final, mais à bord de ce vaisseau, cela équivalait à l'achat d'un appartement. Un jour, quand nous aurons depuis longtemps tourné le dos à l'exploration spatiale, nous vivrons sûrement dans une grande maison, comme celle des parents de Spock. Mais, en attendant, ce foyer répondait à toutes mes attentes et je ne comptais pas le quitter de si tôt.
