V
Bermimpi
Note de l'auteur : Chapitre 5, où Jim fait du tourisme, où Spock fait du baby-sitting, où Bones pose des question dont il ne veux pas connaître les réponses, où Leonard le tribble est là où on ne l'attends pas et où Scotty délire complètement. Bonne lecture et merci pour toutes vos reviews!
Estherikka (qui m'a reviewé en guest) : tu m'as mis la larme à l'œil. Merci.
Bones relativisa la situation. D'après lui, ce phénomène de rêve commun pouvait avoir plusieurs explications. La théorie de l'inconscient collectif, un songe télépathique. Pour lui, cela ne signifiait pas grand-chose. C'était, certes, un phénomène impressionnant et perturbant, mais loin d'être sans précédents. Nyota se rangea également à son avis. De plus, elle trouvait ses actions oniriques franchement risibles et sans aucune signification particulière. Le synthétiseur fonctionnait parfaitement, il n'y avait donc rien à interpréter. Mais, le pressentiment qui m'avait envahi au mess, ce matin-là, ne me quitta pas. Et seul Spock sembla vouloir lui accorder du crédit. Cependant, nous avions toujours une planète mystérieuse sur les bras et c'est ainsi que, plus tard dans la matinée, Leonard nous rejoignit en salle de téléportation, prêt à partir.
« Jim, arrête de te tracasser avec cette histoire de cauchemar. » Dit-il.
J'ouvris la bouche pour répondre.
« Je connais cette expression, sur ton visage. Je t'ai expliqué que ce n'était rien d'inquiétant. »
« Très bien ! » M'exclamai-je, en levant les mains en signe de reddition. « Allons plutôt étudier ces gens d'un peu plus près. » Ajoutai-je, en montant sur la plateforme.
…
Nous nous matérialisâmes dans un autre quartier de la ville. Il était temps d'en savoir un peu plus sur le lieu où nous nous trouvions. Comme le nom de cette cité ou le genre de régime sur lequel se basait cette société. Nous marchions dans la rue, en débattant avec entrain sur les différents monuments que nous croisions, quand une femme surgit soudainement d'une boutique, poussette en avant. Je percutais l'engin et son occupant se mit à pleurer. Je me confondis en excuses, et la mère, chargée de courses, qui semblait pourtant avoir du mal à jongler entre ses sacs et son enfant, se contenta de me sourire, en m'assurant que ce n'était pas grave. Bones et moi nous empressâmes, malgré tout, de la décharger de son fardeau, en nous emparant des commissions.
« Merci, c'est très gentil à vous. » Dit-elle, en prenant le bambin dans ses bras. « Est-ce que vous pouvez me le tenir deux minutes ? » Demanda-t-elle à Spock, en lui mettant le petit être entre les mains. « Oh ! Vos oreilles sont amusantes ! J'aime beaucoup. » Ajouta-t-elle, en récupérant ses courses, pour commencer à les ranger dans un petit coffre, sous la poussette.
Mon compagnon ne sut pas vraiment comment réagir et Leonard étouffa un fou rire. Il cala donc le bébé dans le creux de son bras et de sa main libre, rajusta la petite couverture qui l'enveloppait. L'enfant cessa de pleurer, s'empara d'un de ses doigts et ne le lâcha plus. Spock leva un sourcil dubitatif vers moi.
« Il faut croire qu'il t'aime bien. » Dis-je, en haussant les épaules.
Il reporta son attention sur le petit et je jurerais qu'un micro sourire vint se dessiner sur ses lèvres. Et cette vision furtive me ravit.
« Comment s'appelle-t-il ? » Demanda-t-il.
« Sebastian. » Répondit la femme. « Et moi, c'est Adeline. »
« Jim Kirk. » Me présentais-je. « Mon mari, Spock et mon ami, Leonard McCoy. »
« Enchantée. Vous n'êtes pas du coin. Je me trompe ? »
« Non. D'ailleurs, si vous pouviez nous parler un peu de cette ville. »
« Bien sûr. Que voulez-vous savoir sur notre belle Bermimpi(1) ? » Dit-elle, avec enthousiasme, alors qu'elle récupérait son fils des bras de mon compagnon, pour le remettre dans sa poussette.
« Eh bien, de là d'où je viens, les gens sont parfois… Vous savez… Un peu nerveux ou en colère. Mais, j'ai l'impression qu'ici, vous êtes tous très sereins, jamais hostiles les uns envers les autres. » Lui expliquai-je.
Elle sembla soudainement très mal à l'aise.
« Désolé. Je viens de me souvenir que j'ai un rendez-vous. Je dois vous laisser. Merci de votre aide et passez une bonne journée. » Lança-t-elle, brusquement, en s'enfuyant presque en courant.
Nous restâmes interdits face à un tel comportement, si bien que nous n'essayâmes même pas de la retenir.
« J'ai dit quelque chose de mal ? » M'interrogeai-je, perplexe.
« Je ne pense pas que le problème vienne de toi. » M'assura Bones.
…
Nous n'osâmes pas de nouveau questionner qui que ce soit. Ce genre de réactions ne ferait qu'attirer l'attention sur nous et pour le moment, ce n'était pas notre but. Durant notre expédition, nous constatâmes la même paix environnante que la veille et Leonard pu voir de ses propres yeux que je n'exagérais pas. C'en était presque flippant.
« Cela fait quelques heures que nous sommes là et je n'ai vu aucun bâtiment pénitencier. » Constata Spock.
« Peut-être ont-ils un système judiciaire très différent de ce que nous connaissons. » Suggérai-je.
« Possiblement. Mais il me semble improbable qu'aucun délit ne soit jamais commis. En conséquence, il doit forcément y avoir une structure, ou au moins des normes, des lois. Sinon nous serions face à une population en plein chaos où régnerait l'anarchie et ce n'est manifestement pas le cas. »
« J'ai également remarqué que les richesses semblent distribuées équitablement. Personne ne paraît plus riche ou plus pauvre. » Releva Leonard.
« Ce qui prouve que cette société est assez avancée politiquement pour prétendre entrer dans la fédération. Il est peut-être temps de contacter les autorités locales. En tout cas, c'est bien la première fois que nous descendons sur une planète et qu'il ne se passe… rien. D'accord, il y a eu la réaction étrange de cette femme, mais ça n'est sûrement pas très important. Tu vois Bones, tu n'es qu'une mauvaise langue quand tu dis que je suis un aimant à problèmes. » Répondis-je.
Il leva les yeux au ciel en réponse.
« Et si nous allions manger quelque chose, avant de décider quoi que ce soit ? » Proposai-je.
« Penses-tu parfois à autre chose que manger ? » Railla-t-il.
Je lui lançai un regard entendu et un petit sourire en coin.
« Non ! Je ne veux rien savoir ! » S'exclama-t-il.
J'éclatai de rire, en repérant un restaurant au coin d'une rue, et décidai qu'il ferait très bien l'affaire.
…
Nous fûmes accueillis aussi aimablement que nous nous y attendions. Les plats du menu nous étaient parfaitement inconnus, alors Spock se contenta de préciser qu'il ne voulait pas de viande et mon ami et moi prîmes deux plats du jour.
La cuisine n'était pas mauvaise, quoi qu'un peu étrange. Et c'est enfin rassasiés, que nous nous mîmes en quête d'un bâtiment officiel où nous pourrions trouver l'équivalent local d'un maire. Il nous fallut près d'une heure supplémentaire, pour finir par tomber dessus, un peu par hasard. Puisque nous ne savions pas réellement ce que nous cherchions, nous ne pouvions pas vraiment demander notre chemin. Nous fûmes donc quelque peu soulagés, quand un immeuble d'un blanc immaculé, dont l'entrée était estampillée d'un drapeau qui flottait au vent, apparut au bout d'une avenue. Il n'y avait, cependant, aucun agent de la sécurité, ni devant, ni à l'intérieur. Juste un unique guichet esseulé au milieu d'un hall immense. Derrière la vitre, nous attendait un homme plutôt petit et rondouillard, ce qui le rendait sympathique.
« Bonjour, Monsieur… ? » L'abordai-je.
« Arthur Rickman. Et vous êtes ? »
« Capitaine Jim Kirk, Spock et Leonard McCoy. Nous souhaiterions nous entretenir avec un responsable. »
« Le Mayor n'est pas en ville aujourd'hui, malheureusement. Puis-je prendre un message, ou un rendez-vous ? »
« Demain, c'est possible ? »
Il pianota sur son clavier quelques secondes, avant de nous répondre.
« En début d'après-midi, ça vous irait ? » Nous proposa-t-il.
« Parfait. » Approuvai-je. « Merci, monsieur Rickman. »
Quand nous sortîmes du bâtiment, la nuit commençait à tomber.
« Nous allons remonter à bord, en attendant. Je vais en profiter pour rassembler quelques documents à présenter au Mayor, demain. » Décidai-je. « C'est moi, ou les jours sont plutôt courts ici ? » Dis-je, en regardant le ciel déjà sombre.
« Elles ne font que 21 heures, en effet. » M'informa Spock.
« Très bien. Il faudra donc faire attention de ne pas nous tromper d'horaire, pour notre rendez-vous. » Ajoutai-je, avant de sortir mon communicateur, alors que nous nous engouffrions dans une ruelle. « Kirk à l'Enterprise, trois à téléporter. »
…
Nous étions, tous les deux, dans nos quartiers. Le sommeil ne venait pas, malgré notre longue expédition, et je savais très bien pourquoi. L'idée de faire de nouveau un rêve étrange m'angoissait.
« Viens prendre une douche. Ça va te détendre. » Me proposa Spock, en se déshabillant.
« Bonne idée. » Approuvai-je, en l'imitant.
Et en effet, sous le jet brûlant, mes préoccupations s'en allèrent, en même temps que la sueur sur ma peau. Les mains puissantes de mon compagnon achevèrent de m'apaiser. Une fois propres, c'est en nous embrassant, que nous déambulâmes jusqu'au lit, avant de nous laisser tomber dessus. Un couinement paniqué retentit. Nous nous relevâmes en catastrophe et je soulevai le drap. Leonard s'était roulé en boule dessous. Je le pris délicatement dans mes mains, pour le rassurer, et vérifiai qu'il allait bien. Il s'agrippa à la peau nue de mon torse, en ronronnant.
« Que fait-il là ? » Demandai-je à Spock.
« J'ai pensé qu'il apprécierait de se promener librement dans la chambre, durant notre absence, puisqu'il ne peut pas en sortir. J'ai complètement oublié de t'en parler. Je suis désolé, je vais le remettre dans sa cage. » Dit-il, en s'emparant de l'animal.
« Non, non. Tu as bien fait. C'est une bonne idée. J'ai juste été surpris de le trouver là. » Lui assurai-je, en me couchant.
Je tendis la main pour récupérer le tribble.
« Tu veux dormir avec lui ? »
« Peut-être m'empêchera-t-il de refaire des cauchemars, avec ses propriétés relaxantes. »
Il s'étendit à mes côtés et déposa Léonard sur l'oreiller, entre nous deux. La boule de poil roucoula de plaisir, quand je le caressai. Je le regardai, attendri, un sourire aux lèvres.
« Je sais à quoi tu penses. » Dit Spock.
« Ce n'est pas nouveau. »
« Ce n'est pas vraiment possible, avec la vie que l'on mène. »
Je savais qu'il parlait de l'image que j'avais en tête, depuis ce matin.
« Je t'ai juste trouvé très doué, avec ce bébé. »
Il frôla ma joue de ses doigts.
« On a le temps d'y penser. »
« Je sais. J'oublie parfois qu'on a réellement le temps, maintenant. »
« Dors. Tu as l'air épuisé. » Murmura-t-il.
Je m'endormis au son des ronronnements de Leonard.
…
Un bruit me réveilla en sursaut. Spock dormait encore, à côté de moi. Mon tribble s'était enroulé dans ses cheveux. L'image me fit sourire. Nous étions au milieu de la nuit et j'étais pourtant tout à fait alerte. Je me levai discrètement et enfilai rapidement un boxer, pour aller me rafraîchir dans la salle de bain. La lumière crue de la pièce m'agressa les pupilles et quand je retrouvai la vue, je me rendis compte que je n'étais pas seul. McCoy était assis sur le battant refermé des toilettes.
« Bones ? Qu'est-ce que tu fais ici ? »
« Elle ne veut pas m'épouser. »
« Quoi ? »
« Nyota. J'ai trouvé cette lettre sur son oreiller. Elle est partie. » Dit-il, en me tendant un PADD, sur lequel il n'y avait rien d'écrit.
« Je pense que tu as rêvé. Tu devrais retourner te coucher. » Lui conseillai-je.
« Tu as sûrement raison. » Répondit-il, en se levant.
Il ouvrit la porte et traversa la chambre. Je le regardai sortir, en me demandant soudainement comment il était entré. Mais, je décidai de remettre mes interrogations à demain et retournai au lit. Étonnamment, je le trouvai vide. Spock avait dû sortir, alors que nous étions dans la salle de bain. Je quittai donc la pièce à mon tour. La température du couloir, plus basse que celle de nos quartiers, me fit frissonner. Je frictionnai les manches de mon uniforme, pour me réchauffer. À un croisement, j'entendis Scotty qui semblait en pleine conversation. À ma grande surprise, une voix féminine que je ne reconnue pas, lui répondit. Je tournai à gauche et le rejoignis, constatant qu'il était seul pourtant.
« À qui parles-tu ? » Lui demandai-je.
« À l'Enterprise. Qui d'autre ? » Répondit-il, comme si c'était évident.
« C'est un vaisseau, Scotty. Elle n'est pas vivante. »
« Bien sûr que si ! » S'exclama la même voix de femme que j'avais entendue.
Elle semblait venir de partout et nulle part, en même temps. J'en restai bouche bée.
« Où est Spock ? » Me questionna l'ingénieur.
« Je ne sais pas. » Dis-je, et une sourde angoisse me liquéfia les entrailles.
J'eus l'impression d'étouffer, de nouveau, avant d'ouvrir les yeux en me redressant brusquement dans notre lit.
(1) « rêver » en Malaisien
