VIII
Entêtement
Note de l'auteur : Chapitre 8, de différents points de vue, parce que j'aime toujours autant traiter tous les personnages. Bonne lecture et merci pour vos reviews!
PS : Mon amie, Barjy, qui me review à chaque chapitre d'ailleurs ^^, arrive demain et passe quelques jours chez moi. Je ne posterai donc pas durant cette période. Mais je reviens vite, ne vous inquiétez pas ;)
USS Enterprise, sickbay, point de vue de l'Enseigne Pavel Andreievich Chekov.
Je marchais jusqu'à l'infirmerie, d'un pas rapide, en essayant de me convaincre que ce n'était qu'une coïncidence. Le Docteur McCoy m'accueillit, un air las sur le visage.
« Laissez-moi deviner. » Dit-il, en s'approchant de moi. « Vous êtes épuisé ? Vous faites des rêves étranges ? »
« Comment le savez-vous ? » M'étonnai-je.
« Vous êtes loin d'être le seul. Moi-même, je suis concerné. Nous pensons que cela vient de la planète. En attendant, il n'y a pas grand-chose à faire, malheureusement. Je peux vous prescrire un somnifère, si vous voulez. Vos songes sont-ils partagés avec d'autres personnes ? Si oui, envoyez-les-moi. »
« Vous voulez dire que tout le monde fait des rêves communs, chaque nuit ? »
« Non, seulement certains. Ces cauchemars, puisque c'en est la plupart du temps, même si quelques-uns m'ont rapporté des événements plus agréables, se nourrissent de nos angoisses, nos névroses et donc, nos désirs refoulés. Il semble apparemment logique de penser que régler le problème en question, mettra fin à vos désagréments oniriques. L'état d'épuisement, en revanche, est général dans tous les cas. » M'expliqua-t-il.
« Je veux bien quelque chose pour mieux dormir. Et je vais dire à l'autre personne concernée de venir vous voir. » Répondis-je, simplement, ne souhaitant pas m'étendre sur le sujet.
Le médecin se retourna, pour sortir un flacon de pilules d'un placard, et me le tendit.
« Un seul, chaque soir avant de vous coucher. Pas plus. Ce n'est pas un produit miracle, ne vous attendez pas à des résultats extraordinaires. Mais, cela vous aidera un peu. Vous ne voulez pas me parler de votre rêve ? »
« Pas vraiment, non. C'est… personnel. » Dis-je, gêné, en empochant les somnifères.
« Je vois. Qui que ce soit, elle ou il vous plaît. Vous devriez… »
« Je ne suis même pas sûr de ça. J'ai plutôt l'impression que cela vient de lui, en réalité. C'est lui qui a débarqué, alors que je n'avais même pas conscience de m'être endormi, à ce moment-là. » Me justifiai-je.
« Et comment vous sentez-vous, par rapport à ça ? Je veux dire, je ne vous ai jamais vu avec quelqu'un, monsieur Chekov. Sauf avec cette Klingonne, sur la base stellaire 8. Si je comprends bien, c'est un homme qui s'intéresse à vous. Êtes-vous à l'aise avec cette idée ? » Me demanda-t-il, très sérieusement.
« Je n'en sais rien. Je ne l'ai jamais regardé de cette manière… »
« Mais cela ne vous a pas déplu. »
Ce n'était pas une question.
« Dîtes-lui de venir me consulter. J'imagine qu'il ne sait pas que c'était réellement vous, dans ce rêve. Je peux me charger de lui expliquer la situation, si vous voulez. Mais, pour le reste, il va falloir prendre votre courage à deux mains. Si cette personne est un ami, et que vous ne voulez pas le perdre, il va falloir que vous discutiez. »
Comme si je ne savais pas déjà tout ça.
« Je vais… y réfléchir. Merci, Docteur. Il faut que je retourne sur la passerelle. » Conclus-je, précipitamment, avant de quitter les lieux. Au moment où j'allais sortir, il me demanda d'éviter d'ébruiter cette histoire de songes télépathiques.
…
USS Enterprise, infirmerie, point de vue du Docteur Leonard McCoy.
C'était bientôt l'heure du déjeuner, et déjà quatre nouveaux membres d'équipage qui se plaignaient de fatigue chronique. Moi-même, je piquais du nez sur mon bureau, quand Sulu entra dans l'infirmerie. Il avait l'air aussi atteint que nous autres, je me doutais donc de la raison de sa venue. Ce qui me cloua sur place, par contre, c'est ce qu'il dit en arrivant.
« C'est Chekov qui m'envoie. Il est un peu bizarre, depuis ce matin, mais il a insisté pour que je vienne vous voir. »
« Oh. » Fut la seule chose qui sortit de ma bouche.
« Oh ? » Répéta-t-il, perplexe.
J'expliquai donc, pour la cinquième fois aujourd'hui, la situation actuelle. Quand j'en vins aux rêves communs, l'expression de son visage devint franchement inquiète, au fur et à mesure qu'il comprenait.
« Vous voulez dire qu'il sait ? »
« De toute évidence. »
« Il vous a raconté… »
« Non. Il ne souhaitait pas en discuter. Mais, il est évident que cela l'a perturbé. Je lui ai conseillé de vous en parler. Mais, quelque chose me dit qu'il risque de ne pas trouver le courage de le faire. Peut-être devriez-vous faire un pas vers lui. » Suggérai-je.
« J'ai peur… »
« …qu'il vous rejette ? De perdre son amitié ? » Le coupai-je « Il m'arrive de me tromper sur les gens, monsieur Sulu. Mais, je pense que vos craintes sont injustifiées. J'ai dit qu'il était perturbé, pas ennuyé par la situation. Qu'est-ce qui se passait dans ce rêve ? »
« Je l'ai embrassé. » Dit-il, simplement.
« Vous a-t-il repoussé ? »
« Non, mais il pensait que ce n'était pas réel, donc… »
« Il m'a dit lui-même qu'il n'avait pas conscience de s'être endormi, à ce moment-là. Vous avez toutes vos chances. Foncez. » Insistai-je, en lui tendant des somnifères, à son tour.
« D'accord. Je vais y réfléchir. » M'assura-t-il. « Merci Docteur. » Dit-il, en s'emparant du flacon.
Je lui donnai sa prescription et lui demandai de rester discret, avant qu'il ne quitte l'infirmerie.
À ce rythme-là, on n'était pas près de les marier ces deux-là. C'est en apercevant Nyota, venue me chercher pour aller au mess, que je me fis la réflexion que je n'étais pas vraiment un exemple non plus. Elle était magnifique, comme toujours, alors qu'elle s'avançait vers moi pour m'embrasser. Je retrouvai avec délice, la douceur de ses lèvres, que je n'avais pas eu l'occasion de goûter depuis ce matin, avant qu'elle prenne son quart. Autant dire, une éternité. Ça faisait très adolescent, mais je rajeunissais en sa présence. Elle me relâcha et me sourit tendrement, en caressant ma joue quelque peu râpeuse. Sa mine était beaucoup moins marquée par la fatigue que la mienne. Elle arborait cet air sûr, celui des gens qui savent ce qu'ils veulent et qui n'ont aucun problème avec ça et par conséquent, ne faisait aucun rêve. J'enviais son assurance. Si seulement je pouvais me libérer de ma peur. Je la pris dans mes bras et me penchai sur son oreille.
« Je t'aime. » Murmurai-je.
« Je t'aime aussi. » Répondit-elle, dans le creux de mon cou. « Tu vas bien ? »
« Oui. J'ai juste besoin d'un peu de temps. »
« Pour quoi faire ? » Demanda-t-elle, en se reculant pour capter mon regard.
Je me noyai quelques instants dans ses yeux.
« Pour faire la paix avec mes démons. » Répondis-je, tout bas. « Allons manger. » Ajoutai-je, pour clore à conversation.
…
USS Enterprise, mess des officiers, point de vue du Commander Spock.
Jim mangea avec appétit, ce midi-là, et cela me rassura. Il avait dormi d'une traite, sans se réveiller en sueur et effrayé. Peut-être avait-il finalement arrêté de s'imaginer que je pourrais un jour m'éloigner de lui. Comme si j'en étais capable. Je ne saisissais pas encore très bien la manière d'aimer des Terriens. Mais, en ce qui concernait les Vulcains, quand nous avions choisi quelqu'un, il était inenvisageable de s'en détourner. Depuis la nuit des temps, les représentants de mon peuple n'avaient de cesse de trouver leurs T'hy'la, leurs âmes sœurs. C'est ainsi que nous concevions les choses. Les Terriens semblaient plus volubiles. Dans un sens, j'avais plus de raisons de craindre l'abandon, que Jim. Mais je savais, viscéralement, que je pouvais lui faire confiance. Il me sourit, en terminant son plat, et cela me réchauffa le cœur, comme à chaque fois.
« Tu as l'air bien pensif. » Remarqua-t-il, silencieusement.
« Je me disais que j'étais satisfait de te voir manger. »
« Pitié, j'ai déjà assez de Bones, en ce qui concerne mes habitudes alimentaires. Je vais mieux, ne t'inquiète pas. » M'assura-t-il, en caressant mes doigts.
Je fixai nos mains jointes, sur la table, en me rappelant pourquoi j'avais épousé cet homme, plutôt qu'une Vulcaine.
Leonard et Nyota nous rejoignirent, alors que nous terminions notre repas. Jim en profita pour faire le point sur cette mission qui n'avançait pas.
« Nous devons essayer une dernière fois. » Affirma-t-il. « Je refuse de simplement passer mon chemin, sans prendre contact avec une espèce aussi évoluée et si intéressante. »
Son entêtement forçait mon admiration, depuis que j'avais appris à le connaître. Mais parfois, je craignais que ça ne lui apporte que des ennuis. Je n'en avais pas encore parlé, car les seules intuitions que j'acceptais de suivre étaient celle de Jim, mais ces gens ne m'inspiraient aucune confiance. L'adage terrien « trop beau pour être vrai » me venait à l'esprit, quand j'observais cette civilisation. Et pour que j'en vienne à penser ce genre de chose, il fallait une bonne raison. Or, je n'arrivais pas encore à la saisir. D'où la raison de mon silence sur mes impressions, pour le moment. Je n'étais pas pessimiste de nature, sans pour autant voir le bien chez tout le monde. Ça, c'était plutôt dans le caractère de Jim, et j'aimerais autant que ça ne change pas. Qu'il reste éternellement émerveillé sur ces mondes étranges.
« Mais, si on se fait encore envoyer sur les roses, nous partirons. » Exigea Leonard.
« Promis, Bones. Bien que j'aurais également aimé savoir comment cette planète agit sur notre sommeil. »
« Nous ne sommes même pas sûrs que c'est le cas, Jim. »
« Raison de plus. »
« Je pense que nous devrions lancer des scannes spécifiques, sur les possibles ondes émises ou pour détecter un champ électromagnétique. » Suggérai-je.
« Spock a raison. C'est bien mieux que d'aller importuner ces gens. » Approuva le docteur, ce qui me perturba intérieurement.
« Et en quoi les avons-nous dérangés, en faisant du tourisme ? » Demanda Jim, sarcastique.
« Nous n'en savons rien, mais il y a manifestement un problème. Peut-être qu'en réalité, cette planète a également un effet sur eux, et qu'avec le temps, ils ont acquis une certaine maîtrise. Peut-être s'en servent-ils même pour communiquer d'une autre manière ou traiter un type bien particulier d'affaires. Nous pouvons tout imaginer. Dans tous les cas, il y a manifestement quelque chose qui les dérange, dans notre façon d'agir. » Répondit Leonard.
J'approuvai totalement son analyse, même si je me gardai bien de lui en faire part. La conversation continua sur le même schéma durant de longues minutes. Je savais que l'obstination de Jim était surtout motivée par son pressentiment. Il serait toujours incapable de détourner le regard de quelque chose qui le dérange. Et je l'aimais aussi pour ça. Il fut finalement décidé que nous y retournerions cet après-midi-là, une dernière fois, pour essayer de trouver par nous-mêmes ce mystérieux Mayor.
