IX

Châtiment onirique

Note de l'auteur : Chapitre 9, après ces quelques jours d'absence. Une partie des réponses, même si on est encore loin de la fin. L'intrigue va passer dans une nouvelle phase et Pavel est complètement paumé. Bonne lecture et merci pour vos reviews!


Bermimpi, point de vue du Capitaine James T. Kirk.

Spock, Bones et moi étions redescendus sur la planète, après que les scannes lancés nous aient révélés qu'elle émettait des ondes bêta qui étaient également associées à la phase de sommeil paradoxale, ainsi qu'aux rêves. Ce qui pouvait expliquer au moins une partie du problème, même si l'épuisement général restait un mystère. Hors de question, cette fois-ci, de perdre du temps à attendre ou à tenter d'obtenir des informations d'un secrétaire récalcitrant. Nous passâmes cependant devant la « mairie », pour être sûr que le Mayor ne s'y trouvait pas. C'est là, qu'un homme manqua de nous percuter, en sortant du bâtiment. Il retint notre attention, car il semblait bouleversé. C'était la première fois, depuis notre arrivée, que nous avions l'occasion de voir l'un des habitants exprimer de la tristesse. Ses yeux brillants de larmes contenues se posèrent sur nous, comme s'il nous reconnaissait, alors que nous ne l'avions jamais vu. Cette réaction piqua ma curiosité, d'autant plus qu'il se donna du mal, ensuite, pour montrer l'illusion du contraire. Il essaya d'écourter la conversation, mais je ne le laissai pas partir aussi facilement.

« Qu'êtes-vous venu faire ici ? » Lui demandai-je.

« Cela ne vous regarde pas ! » Répondit-il, sur la défensive. « Maintenant, excusez-moi, mais je dois m'en aller, monsieur Kirk. »

Il s'engagea sur la route, pour traverser, mais je le rattrapai par un bras.

« Je ne vous ai jamais dit mon nom. Et je ne vous connais pas. Alors vous allez vous expliquer, maintenant. » Dis-je, sur un ton quelque peu menaçant.

J'étais à prendre avec des pincettes. L'épuisement me mettait les nerfs à vif.

« Je vous assure que vous vous êtes présenté, tout à l'heure. Vous devriez vous reposer, vous avez une tête à faire peur. » Tenta-t-il de se dérober.

« Je n'ai nullement besoin de sommeil et je vous confirme qu'il ne vous a pas dit comment il s'appelle. » Intervint Spock, en lui barrant la route.

Leonard se chargea de finir de l'encercler.

« Écoutez, c'est vrai, je sais qui vous êtes. » Commença-t-il, visiblement effrayé par nous. « Mais, si vous voulez des réponses, je vous invite à vous rendre au bureau des doléances. » Ajouta-t-il, en pointant l'immeuble qu'il venait de quitter.

« Nous y sommes déjà allés. Deux fois. Mais personne n'a su nous renseigner. Et nous n'avons toujours pas pu voir le Mayor. » Contrai-je.

« Parce que vous ne posez pas les bonnes questions. » Dit-il, mystérieusement. « Qui est ce Mayor ? » Demanda-t-il, ensuite, dubitatif.

« Comment ça ? Vous ne savez pas qui dirige votre ville ? » S'étonna Bones.

« Mais…personne ne commande ici. Chacun est responsable de lui-même. » Nous expliqua-t-il. « Je sais que vous êtes une espèce de chef, sur votre machine de guerre, là-haut, mais nous autres sommes étrangers à ce concept. » Ajouta-t-il à mon encontre.

« Nous sommes pacifistes. Notre vaisseau sert à l'exploration spatiale. Mais, ce n'est pas le sujet. Pourquoi nous a-t-on parlé d'un Mayor, s'il n'y en a pas ? » Commençai-je à m'énerver.

« Je n'en sais rien ! » S'exclama-t-il, visiblement excédé. « Encore une fois, je vous conseille de vous renseigner au bureau. Mais, réfléchissez bien à ce que vous voulez savoir, avant. Maintenant, laissez-moi partir, s'il vous plaît. Je ne peux rien pour vous. »

« Vous ne nous avez toujours pas expliqué comment vous nous connaissez. » Lui rappelai-je.

« J'ai rêvé de vous, tout simplement. »

« Si c'était le cas, nous vous aurions également vu. » Contra Bones.

« Nous savons nous cacher. Contrairement à vous, nous avons une maîtrise naturelle de nos songes. J'ai vu l'intérieur de votre… vaisseau, comme vous l'appelez, ainsi que vous deux. » Nous apprit-il, en nous désignant, Leonard et moi. « Vous, par contre, votre visage m'est inconnu. Vous n'êtes pas tout à fait comme eux, à ce que je vois. » Dit-il à Spock, en observant ses oreilles.

Instinctivement, je me rapprochai de mon compagnon.

« En effet. Mon peuple ne rêve que très rarement. »

« Comment faites-vous pour régler vos problèmes, dans ce cas ? » Demanda l'homme.

« Je ne comprends pas la question. » Admit Spock, après quelques secondes de réflexion.

« Si, par exemple, quelqu'un vous offense, comment mettez-vous fin au conflit ? » Reformula l'individu.

« En discutant. »

« Et pour les actes plus graves ? »

« Nous avons des centres de réhabilitation. Où nous tentons de corriger les comportements déviants. » Résuma mon compagnon.

« Vous fonctionnez sur le même genre de système ? » M'interrogea-t-il.

J'hochai simplement la tête.

« Et qui décide qu'un comportement est déviant ? »

« Nos lois. » Répondis-je.

Je devinai la question suivante, avant même qu'il ne la pose.

« Et qui écrit ces lois ? »

« Nos gouvernements respectifs. Qui sont élus par le peuple. » Expliqua Spock.

« C'est un cercle fermé. Donc imparfait, parce qu'il ne peut pas contenter tout le monde. Ici, personne n'est privé de sa liberté, quoi que nous fassions, nous gardons notre place dans la société. »

« Vous ne punissez pas les criminels ? » M'étonnai-je.

« Ce n'est pas ce que j'ai dit. Il y a bien un châtiment, mais il n'est pas corporel, pas… physique. Il est psychique. Le condamné s'endort et plonge dans un rêve qui dure, jusqu'à ce qu'il arrive à trouver la volonté de se faire pardonner et par conséquent, d'attirer la ou les personnes à qui il a fait du tort dans son cauchemar, pour s'excuser. C'est un exercice très difficile, parce qu'il faut vraiment le vouloir et faire pénitence. » Nous expliqua-t-il.

« Vous enfermez donc ces gens dans leur propre tête. Je ne vois pas la liberté là-dedans. » Fit remarquer Spock.

« Le rêve peut bien durer longtemps, dans la réalité il ne se sera passé qu'une nuit. Une fois son but atteint, le condamné reprend sa vie là où il l'avait laissée. Et ce, même si cela lui prend ce qui lui semblera des années. Il garde son emploi, son statut, ses droits, quoi qu'il arrive, car s'il se réveille, c'est qu'il a purgé sa peine. Il n'a donc pas à être jugé par ses paires. Ainsi, la bonne entente générale est maintenue. »

« C'est ingénieux. » Avoua mon compagnon. « Même si on ne pourrait malheureusement pas l'appliquer dans nos sociétés respectives, car nos planètes n'émettent aucune onde capable d'influencer nos subconscients. Nous sommes tous incapables de partager nos songes. Ce système fonctionne pour tout ? »

« Essentiellement, oui. Si vous rêvez qu'une personne vous rend service ou vous fait plaisir, vous devez la remercier le lendemain, en lui offrant un cadeau, par exemple. Si quelqu'un vous avoue ses sentiments dans un songe, vous avez le devoir de répondre à sa requête, favorablement ou non… »

« En résumer, quoi qu'il se passe dans votre sommeil, cela entraîne forcément une réaction dans la réalité. » Abrégeai-je.

« Exactement. »

« Quel est le but du bureau des doléances, dans ce cas ? » Demanda Bones.

« Il arrive malgré tout qu'il y ait des désaccords. Dans le cas où deux personnes désirent la même chose, il faut un médiateur. Celui-ci doit être neutre, nous endossons donc ce rôle chacun notre tour. Tous les jours, l'un d'entre nous prend son service dans ce bâtiment, faisant son possible pour démêler les conflits qui se présentent à lui. »

« Nous avons, en effet, eu affaire à deux hommes différents. Je n'ai toujours pas compris pourquoi ils ont menti à propos d'un Mayor qui n'existe pas. » Dis-je, contrarié.

« Le premier aura certainement improvisé. Quant au deuxième, il a dû simplement suivre le mouvement. Ce sont des gens comme moi. Ils n'ont aucune forme d'autorité et ne sont certainement pas préparés à recevoir des visiteurs d'autres mondes. L'idée les a sûrement effrayés. » Avança-t-il.

« Quelles questions aurions-nous dû poser, dans ce cas ? » M'interrogeai-je.

« C'est de vos rêves dont vous devez parler à cet homme. C'est sur ce seul sujet qu'il vous répondra. » Affirma-t-il.

« Pourquoi sembliez-vous si bouleversé, en sortant, tout à l'heure ? » Demanda Spock, soudainement.

J'avais presque oublié ce détail. L'inconnu se referma comme une huître, alors que nous venions à peine de réussir à le faire un peu parler. Il écourta la conversation et tenta de nous fuir de nouveau. Je n'eus pas la volonté de le retenir et le laissai partir. Si nous voulions en savoir plus, nous n'avions pas d'autre choix que d'entrer dans ce maudit bâtiment une nouvelle fois.

USS Enterprise, point G, point de vue de l'Enseigne Pavel Andreievich Chekov.

Je n'avais pas trouvé le courage de suivre les conseils de McCoy. Et maintenant qu'il était parti en expédition avec le Capitaine, je n'avais plus personne à qui me confier. C'est à peine si j'avais réussi à convaincre Hikaru de consulter le docteur. Je me doutais qu'il était au courant, maintenant, que nous avions partagé notre rêve et je faisais donc tout pour ne pas le croiser, depuis des heures. Parce que je ne savais toujours pas ce que je voulais vraiment et ne saurais donc pas quoi lui répondre. Je ne souhaitais pas le blesser, cependant. Il valait mieux que je me tienne éloigné, en attendant. Mais, il restait un endroit où je ne pourrais le fuir. La passerelle. Nous faisions souvent partie de la même équipe.

Je m'efforçais de l'éviter, mais c'était sans compter sa connaissance approfondie de mes habitudes. C'est ainsi qu'il m'alpagua, alors que je tentais de rejoindre mes quartiers. Il m'attrapa par un bras, ouvrit la porte et me poussa dans ma chambre, vide à cet instant, puisqu'Hendorff était de service.

« Il faut qu'on parle. » Dit-il, après avoir refermé derrière nous.

Je fixai mes pieds, mal à l'aise.

« Regarde-moi. » Exigea-t-il, en caressant ma joue pour relever ma tête.

Il était déjà bien trop proche et je ne pus me concentrer sur autre chose que ses lèvres qui remuaient, alors qu'il parlait.

« Pavel ! » S'écria-t-il, quand il comprit que je n'écoutais pas.

Je sursautai violemment, en croisant enfin son regard. Le souvenir encore vivace de notre baiser onirique me revint en mémoire et je ne pus m'empêcher de fixer de nouveau cette bouche. La main qui se posa sur ma nuque me surprit, quand il me tira à lui pour m'embrasser une nouvelle fois. La sensation, dans la réalité, fut encore plus grisante. Mais, McCoy avait incontestablement raison. Cela ne me déplaisait pas. Cette étreinte, pourtant bien plus virile que celles de Miria, embrasa mes sens. Sa barbe naissante irrita mon menton, ses mains larges agrippèrent mes hanches avec forces, me collèrent à lui, son torse musclé se heurta au mien. Je glissai une main sur son t-shirt, avide de toucher sa peau chaude. Mais il mit fin au baiser et recula d'un pas, sans pour autant me lâcher.

« Doucement. » Murmura-t-il, essoufflé. « Je préférerais que l'on discute avant. »

« De quoi ? » Demandai-je, en posant mon front contre le sien.

« De nous. De la direction que tu souhaites prendre. J'aimerais que l'on soit sur la même longueur d'onde, tous les deux. » Répondit-il, en caressant mes cheveux. « C'est bientôt l'heure de dîner. Si tu veux, on peut manger ensemble et parler tranquillement. » Proposa-t-il.

« Ça me convient. » Lui assurai-je. « Laisse-moi prendre une douche et je te rejoins. Attends-moi là-bas. »

Il approuva et s'éclipsa. Je ne comptais pas me doucher du tout, à la base. Mais, ma tête tournait, mes jambes tremblaient, j'avais besoin d'un moment pour me reprendre. Je me déshabillai rapidement et offris mon visage au jet brûlant, après être entré dans la cabine en verre. Cela me fit un bien fou et une fois un uniforme propre endossé, je me sentis d'attaque pour débattre avec celui que je ne considérais plus vraiment comme mon meilleur ami.